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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

27 Feb

" Glacé ", de Bernard Minier (2012)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Glacé ", de Bernard Minier (2012)

Rien qu'à voir cette couv', elle illustre à merveille son titre ! Rarement, couverture et titre auront à ce point été en osmose !

Ça fait un moment que j'entends ce nom, Bernard Minier. Tout autour de moi, ça s'agite frénétiquement : "c'est merveilleux !" me répète-t-on inlassablement. Bon, avec une PAL colossale, on a tendance à remettre au lendemain ce qu'on pourrait lire... Il aura fallu l'adaptation de ce roman en série sur M6 il y a quelques semaines pour que je me penche sérieusement sur le sujet. Je dois faire partie des rares à avoir sincèrement apprécié cette série. Les commentaires ont été sans concession : apparemment rien à voir avec le livre qui est bien meilleur... J'ai donc lu le livre, ce qui me donne maintenant une vision globale de la " chose ". Bah je ne sais pas si je suis saine d'esprit, mais toujours est-il que j'apprécie toujours autant la série et comprends pourquoi le scénario de la série a impliqué des coupes et de nouveaux développements. Et je persiste à dire qu'il faut prendre la série et le livre séparément, et que les points principaux du livres sont respectés, de même que l'ambiance.

 

C'est pas tout ça, il est maintenant temps d'enfiler un bon anorak et de plonger dans la froideur des Pyrénées !

 

 

 

4ème de couverture :

 

" Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise. Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière. "

 

« Retenez bien ce nom : Bernard Minier. »

Le Figaro littéraire

« De répit, point, ni pour les personnages ni pour nous. Une réussite ! »

Le Point

Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac, Bernard Minier a grandi au pied des Pyrénées. Primé à l’issue de plusieurs concours de nouvelles, il publie avec Glacé son premier roman.

-> La montagne, ça vous gagne !

 

Il se passe de drôles de choses du côté de Saint-Martin en Comminges, petit patelin pas si tranquille que ça des Pyrénées. Le corps d'un cheval atrocement mutilé et accroché en haut d'un téléphérique est retrouvé, non loin d'une centrale hydraulique. Le commandant Martin Servaz de Toulouse est dépêché sur les lieux. Pas très content d'être dérangé pour un "simple cheval", il va vite sentir que quelque chose ne tourne pas rond, surtout quand l'ADN d'un tueur en série est retrouvé non loin des lieux du crime. Un psychopathe qui dort au chaud à deux pas de là, dans un institut psychiatrique spécialisé unique en son genre, le dernier bastion de soin pour les désaxés en tous genres, les malades dont les prisons & UMD ne peuvent plus soigner car trop dangereux. Le hic, c'est qu'il semblerait que Julian Hirtmann n'aie pas pu sortir de sa cage. Bientôt, la panique s'empare de la "paisible" vallée lorsqu'un corps humain est retrouvé, pendu et torturé... Quel lien avec le cheval ? Avec Hirtman ? Et si le passé revenait hanter les lieux ? Au sein de l'institut psychiatrique de haute sécurité, Diane, jeune psy suisse, vient de commencer une nouvelle mission (son 1er vrai job). Peu rassurée, elle sent un indicible malaise la gagner au fil des jours et perçoit vite que quelque chose se trame dans les couloirs obscurs et glacés de l'asile...

La pression monte crescendo tandis que la neige tombe de plus en plus épaisse et que la peur gagne les habitants. Quel terrible secret se cache en ces terres inhospitalières ?

Servaz, aidé d'une gendarmette rock n'roll, va avoir du pain sur la planche, leurs pas risquant de les précipiter à chaque instant dans le vide.

-> 50 nuances de blanc

 

Glacé c'est l'archétype du polar/thriller que je kiffe : comme son nom l'indique - et là je vais pas être originale, désolée - il est glaçant à souhait ! Impossible de le lâcher. Une seule envie : continuer, tourner les pages, de plus en plus vite.

Pour un premier roman (ne l'oublions pas) il est magistral du début à la fin ! Les scènes descriptives sont juste hallucinantes : on est transporté là-bas, dans ces montagnes dangereuses et mystérieuses. L'ambiance y est oppressante et froide. Très froide ! Les personnages sont divinement campés, bref, tous les ingrédients d'un best-seller sont réunis.

 

Martin Servaz et Irène Ziegler

Martin Servaz et Irène Ziegler

Servaz, c'est l'archétype du flic torturé. Sauf que lui n'est pas alcoolique. Il a plutôt une santé fragile et des peurs à la con, ce qui le rend humain et touchant.

Quant à son homologue féminin, Irène Ziegler, en voilà une gendarmette qui déchire et qui dépote dans le paysage souvent très masculin qu'on retrouve dans ce genre-là ! Elle fonce, n'a aucune peur et elle est capable de piloter un hélicoptère, une moto et une moto-neige, rien que ça !

Dans cette enquête inédite, police et gendarmerie sont contrains de bosser ensemble. Ça se tire dans les pattes, ça dissimule, ça se sauve la vie, bref, on ne s'ennuie à aucun moment.

 

Julian Hirtmann

Julian Hirtmann

Côté psychopathe, en voici un qu'on est pas prêt d'oublier, Julian Hirtmann.

Si son rôle change drastiquement dans la série, il nous offre un visage bien plus sombre dans le livre, et même une psychologie de barge hautement jouissive (non, je ne fantasme pas) ! Il n'a rien à envier à Hannibal Lecteur, le côté cannibale en moins, mais je puis vous assurer que son autre aspect "épicurien" n'est pas à mettre en reste. Même s'il semble inoffensif derrière sa cage de verre, ne vous fiez pas aux apparences.

Quant au final, il est tout bonnement grandiose, et laisse supposer une suite des plus haletantes.

Car oui, Glacé n'est que le premier volet d'une saga que je vais avoir beaucoup de plaisir à me mettre sous la dent. À suivre : Le Cercle, N'éteins pas la lumière et le p'tit dernier qui vient tout juste de sortir Nuit. Ils mettent également en scène Servaz (mais pas que).

" Glacé ", de Bernard Minier (2012)
" Glacé ", de Bernard Minier (2012)
" Glacé ", de Bernard Minier (2012)

< EXTRAITS >

 

" - Ce n'est pas un endroit facile pour une jeune femme, docteur Berg. Je ne parle pas seulement de l'Institut, je parle des environs. Cette vallée... Saint-Martin.. Ce sont les Pyrénées, le Comminges. Les hivers sont longs, les distractions sont rares. Sauf si vous aimez les sports d'hiver, bien entendu. "

(...)

" Servaz lui-même avait rarement vu tableau aussi insoutenable. À son grand désarroi, il se rendit compte qu'il était si habitué au spectacle de la souffrance humaine que la souffrance animale le choquait et l'émouvait davantage. "

(...)

" Où est-ce que vous vous croyez ? Dans une fac ? Les assassins qui vous attendent au fond de ces couloirs, dit-il en désignant la porte de son bureau, sont plus monstrueux que les pires créatures qui ont pu hanter vos cauchemars, mademoiselle Berg. Ils sont notre Némésis. Notre châtiment pour avoir tué Dieu, pour avoir bâti des sociétés où le Mal est devenu la norme. "

(...)

" - Quel genre d'individu peut faire ça à un cheval ? Vous y comprenez quelque chose, vous, à cette société ? Est-ce qu'on est en train de devenir fous ?

- La folie est contagieuse, répondit Servaz. Comme la grippe. Voilà une chose que les psychiatres auraient dû comprendre depuis longtemps.

- Contagieuse ? fit Marchand, dérouté.

- Elle ne saute pas d'un individu à l'autre comme la grippe, précisa Servaz. Mais d'un groupe de population à un autre. Elle contamine toute une génération. Le vecteur du paludisme, c'est le moustique. Celui de la folie, ou du moins son vecteur préféré, ce sont les médias. "

(...)

" - S'il y a une chose que nous apprenons dans ce métier, dit-il, c'est que les gens sont rarement ce qu'ils paraissent. Et que tout le monde a quelque chose à cacher. "

(...)

" Mais Servaz avait assez d'expérience pour savoir que le mal n'était pas quantifiable, ni réductible à un principe scientifique, à des considérations biologiques ou à une théorie psychologique. Les esprits soi-disant forts prétendaient qu'il n'existait pas ; ils en faisaient une sorte de superstition, une croyance irrationnelle pour esprits faibles. Mais c'était simplement parce qu'ils n'avaient jamais été torturés à mort au fond d'une cave, qu'ils n'avaient jamais regardé des vidéos d'enfants violentés sur Internet, qu'ils n'avaient jamais été enlevés à leur famille, dressés, drogués et violés par des dizaines d'hommes pendant des semaines avant d'être mis sur le trottoir d'une grande ville européenne, ni conditionnés mentalement pour se faire exploser au milieu d'une foule. Et qu'ils n'avaient jamais entendu les hurlements d'une mère derrière une porte à l'âge de dix ans... "

(...)

" La seule chose qui puisse nous sauver, c'est un holocauste nucléaire... "

(...)

" - Vous êtes là à m'examiner sous tous les angles. Vous vous demandez si j'ai quelque chose à voir avec ce qui se passe dehors - ce qui, évidemment, est absurde. Vous vous sentez purs, honnêtes, lavés de tous vos péchés parce que vous êtes en présence d'un monstre. Ça aussi, c'est absurde.

Servaz échangea un regard surpris avec Ziegler. Il vit que Xavier était perplexe. Confiant et Propp attendaient la suite sans broncher.

- Vous croyez que mes crimes rendent vos mauvaises actions moins condamnables ? Vos petitesses et vos vices moins vicieux ? Vous croyez qu'il y a les meurtriers, les violeurs, les criminels d'un côté et vous de l'autre ? C'est cela qu'il vous faut comprendre : il n'y a pas de membrane étanche qui empêcherait le mal de circuler. Il n'y a pas deux sortes d'humanité. Quand vous mentez à votre femme et à vos enfants, quand vous abandonnez votre vieille mère dans une maison de retraite pour être plus libres de vos mouvements, quand vous vous enrichissez sur le dos des autres, quand vous rechignez à verser une partie de votre salaire à ceux qui n'ont rien, quand vous faites souffrir par égoïsme ou par indifférence, vous vous rapprochez de ce que je suis. Au fond, vous êtes beaucoup plus proches de moi et des autres pensionnaires que vous ne le croyez. C'est une question de degré, pas une question de nature. Notre nature est commune : c'est celle de l'humanité tout entière. "

(...)

" Nous vivons dans un monde où tout est désormais possible, répondit Servaz. Et surtout le pire. "

MA NOTE : 5 + / 5

-> Un 1er polar MAGISTRAL, oppressant, impossible à lâcher, un suspens insoutenable, une ambiance glaciale à souhait !

 

C'est encore un coup de coeur, décidément il en pleut beaucoup en ce début d'année !

Glacé (et son auteur) c'est le genre de livre pour lequel tu te dis : mais pourquoi je l'ai pas lu plus tôt ? Pourquoi ai-je tant attendu avant de l'ouvrir ? Pourquoi n'ai-je pas écouté ma maman ?

Mais au final c'est le genre de livre que t'as complètement kiffé de lire, et le genre d'auteur que tu vas suivre (sauf s'il te demande de te jeter d'une falaise, parce que faut pas déconner non plus). Pis c'est aussi une question qui te taraude, et que tu crèves de poser à l'auteur : Monsieur Minier, pourquoi avant attendu la cinquantaine avant de vous lancer dans l'écriture ? Vous avez ça dans le sang, et ça le fait graaaaave !

Bon, revenons à nos petits moutons bien transis de froid : plus sérieusement, je vous encourage vivement à lire ce livre ou même le one shot Une putain d'histoire. C'est une plume qui figure parmi les plus talentueuse que compte notre pays très prolifique en matière d'auteurs doués. Je préfère ne pas trop m'épancher sur l'histoire afin de ne pas dévoiler l'intrigue, mais elle vaut son pesant d'or (ou de cacahuètes, au choix). J'avoue que j'ai un peu tiqué quand j'ai vu les 724 pages annoncées. Non pas que je sois fainéante mais que je croule sous ma PAL et que j'essaie d'avancer vite dans mes lectures. Bref. Je vais pas vous raconter ma vie mais je l'ai littéralement dévoré ! Et ça c'est plutôt bon signe, non ?

Énormément de choses que je retiendrai de cette lecture : l'humour (hé oui, y'a pas que le gore et les tripes dans la vie, ma bonne dame !), le gore (parce qu'il en faut quand même) mais ici il est pas guignolesque, je dirai même plus qu'il est poétique ! Ha ! Ha ! Le tissage de l'intrigue, l'ambiance, la psychologie des personnages, Julian Hirtmann... j'en oublie très certainement en cours de route, mais une chose est sûre : j'en redemande et je vais de ce pas me procurer la suite des aventures de Martin Servaz !

Bernard Minier au salon du polar de Templemars en 2014 (merci pour la photo Docteur Whoo !)

Bernard Minier au salon du polar de Templemars en 2014 (merci pour la photo Docteur Whoo !)

Commenter cet article

Angeline 10/03/2017 20:28

très beau blog sur la littérature. un plaisir de me promener ici.

Benedict Mitchell 10/03/2017 23:22

Merci beaucoup Angeline ! :D

La Petite Souris 28/02/2017 06:44

Pas encore lu de Bernard Minier ( je suis plus roman noir que thriller) mais je vais lire prochainement son ptit dernier " Nuit". l'occasion pour moi de le découvrir. Si l'aventure est séduisante je m'interesserai sans doute à celui ci ! :)

Benedict Mitchell 06/03/2017 19:24

Trés bon choix que "Nuit" ;) Par contre, c'est le 4ème volet des aventures de Servaz, avant celui-là il y a (dans l'ordre) "Glacé", "Le Cercle" et "N'éteins pas la lumière". J'ai cru comprendre que "Nuit" était lié à "Glacé" au niveau de l'intrigue, mais je pense que ne pas avoir lu les romans précédents ne sera pas préjudiciable pour la lecture de "Nuit".

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