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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

19 Mar

" Dompteur d'anges " de Claire Favan (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Dompteur d'anges " de Claire Favan (2017)

Y a des auteurs dont on entend parler longtemps avant de pouvoir les lire... À chaque fois qu'on lit/voit un truc dithyrambique sur eux, on se dit que le prochain livre qu'on lira sera de cet(te) auteur(e)... et puis on est pris par le temps ou comme on connaît pas vraiment on remet ça à plus tard. Hé ben non, on devrait pas faire ça ! On devrait lire direct ! Un an que j'ai Serre-moi fort dans ma bibliothèque... et que je remets continuellement sa lecture au lendemain. Et puis là, je vois la couverture (MAGNIFIQUE) du p'tit nouveau Dompteur d'anges, j'apprends que Claire Favan participera à Polar Lens 2017 etc... hors de question de me repointer pour une dédicace sans avoir rien lu de l'auteure comme l'an dernier (pour Serre-moi fort) parce que la loose, quoi ! Donc, Dompteur d'anges a été mon 1er Claire Favan lu ! Oui, je fais pas comme tout le monde, je lis dans le désordre et alors !

Bah laissez-moi vous dire - avant d'aller plus loin - que je ne vais pas être originale dans cette chronique (enfin, quoique...).

Hé oui, t'as des auteurs pour lesquels tout le monde (ou presque) est unanime. Et c'est justifié. Quant à la minorité qui dégueule sur ces auteurs ? Jalousie, frustration, sensibilité accrue, erreur de casting... bref, on s'en fout un peu je dois dire !

 

4ème de couverture :

 

" On ne choisit pas sa famille.

Encore moins celle de son ravisseur...

Condamné pour un meurtre qu'il n'a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là mêmes censés assurer l'ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu'il est reconnu innocent et libéré, ce n'est plus le même homme. Il n'a désormais plus qu'une seule idée en tête : se venger de cette société qu'il hait par-dessus tout.

Pour frapper ses bourreaux au coeur, il va enlever leurs enfants et, méthodiquement, au fil des ans, faire de ces petits anges des bêtes féroces avant de les envoyer punir ses tortionnaires à sa place. Tout se déroulera selon ses plans jusqu'à ce qu'une de ses créatures lui échappe et disparaisse dans la nature... "

 

" Aucune cage ne pourra jamais retenir l'esprit brillant et retors de Claire Favan ! "

Olivier Norek, auteur de Code 93, de Territoires et de Surtensions

 

" Un roman noir, froid, brutal, fou... merveilleux ! "

Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

 

" Claire Favan maîtrise à la perfection la cuisson du lecteur à petit feu. "

Jacques Saussey, auteur du Loup peint et de Ne prononcez jamais leurs noms

 

Née en 1976, Claire Favan travaille dans la finance. Son diptyque culte, Le Tueur intime et Le Tueur de l'ombre, a été récompensé par de nombreux prix. Après Apnée noire et Miettes de sang, elle a marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016.

 

" Chérubin ", oeuvre de Angelo Montana

" Chérubin ", oeuvre de Angelo Montana

-> Il était une fois... une descente aux enfers

 

Max Ender est un jeune homme sans histoire. Pas très branché études, il a vite créé sa micro-entreprise et à peine la 20'taine entamée, il gagne déjà sa vie entre jardinage (sa passion) et menues réparations à droite et à gauche. Il s'est lié d'amitié avec un p'tit surdoué de 12 ans, Kyle, qui le suit partout. Un jour, Kyle disparaît. Inquiète, sa mère prévient Max, avec qui Kyle était sensé se trouver, sauf que Kyle, fatigué, l'a fait courte et est rentré chez lui. Max décide de partir à la recherche de son pote, et en passant devant un groupe de buissons, il aperçoit la roue d'un vélo... le vélo de Kyle. Et pas loin, un corps dénudé et mort... celui de son ami. Et manque de bol, au même moment, une bagnole de flic déboule. Il en faut pas plus pour boucler l'affaire, Max incarnant le coupable idéal, malgré le fait qu'il clame son innocence. On est dans un petit patelin américain où les mentalités sont ce qu'elles sont. On entrera pas dans le débat. Max est envoyé en prison. Et vous savez comme moi quel sort on réserve aux pédophiles meurtriers. Max en bave. 10 longues années de souffrance, de passages à tabac et de viols récurrents. 10 ans à ruminer, à clamer son innocence encore et encore et surtout, à maudire la société et tous ceux qui l'ont envoyé là-bas, en enfer, et ses tortionnaires : le compagnon de cellule violeur, les enragés de co-détenus, les matons qui ferment les yeux... Et puis un jour, l'affaire est relancée : un autre gamin violé et assassiné. Son meurtrier arrêté. Les aveux : il a bien tué le jeune Kyle 10 ans plus tôt. Max est reconnu innocent et libéré. Dédommagé. Délivré pour autant ? Non, parce que pendant 10 ans, Max a ouvert des livres. Il a lu, énormément. Il a appris plein de choses, un terreau fertile pour son insatiable soif de vengeance qui ne demande qu'à être comblée.

Désormais libre, Max a un plan, démoniaque : il va enlever les enfants de ses bourreaux, de ceux qui sont responsables de son voyage en enfer, ceux qui lui ont pris son humanité et les plus belles années de sa vie, son innocence. Et il va les dresser, durement : pour en faire des tueurs implacables. Histoire de les renvoyer auprès de leurs familles pour qu'ils les fassent souffrir comme lui a souffert en prison.

3 enfants vont être enlevés et reconditionnés mentalement et physiquement. Des petits anges qui vont devenir des chérubins assassins. Formatés à haïr la société et à être la Némésis de Max Ender. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux se fassent la malle et disparaisse dans la nature pour réintégrer la société. Mais un pacte est un pacte, Max entend bien se venger du déserteur, et il le retrouvera, coûte que coûte.

" Dompteur d'anges " de Claire Favan (2017)

-> Par delà le mal il y a la cruauté

 

Bon, sans grande originalité ce livre est une véritable claque. Je parlerai même de phénomène (oui, c'est mon 1er Claire Favan, j'ai le droit).

Le style est simple et pas révolutionnaire en soi, la thème de la vengeance est même banal. Oui mais voilà, il faut avoir énormément de talent (et une sacrée dose de génie) pour être capable d'articuler tout cela comme Claire Favan l'a fait dans Dompteur d'anges. Dès les premières lignes, elle parvient à capter l'attention du lecteur. Tant et si bien qu'on ne peut lâcher le roman. Roman qui s'articule en 3 parties, savamment orchestrées du début à la fin, avant un épilogue jouissif !

Ensuite, il y a la violence. Non pas la violence physique (même si elle est bien présente) mais la violence psychologique. Avec brio, l'auteure parvient à nous faire passer de la compassion à la haine pure et dure concernant le personnage de Max Ender : oui, on souffre avec lui de son injustice, de sa descente aux enfers, de la cruauté & la barbarie du monde carcéral. Oui, on a envie qu'il se venge. Oui, mais voilà, lorsqu'il se retrouve libre et lance son plan vengeur on se dit " ouille ". Et très vite, on se met à le haïr, à détester sa cruauté. Il a retourné sa haine de la société - compréhensive en plus - contre d'innocents enfants dont le seul crime est d'avoir un père "responsable" du sort de Max Ender. De pauvres enfants qui vont être torturés physiquement et psychologiquement, complètement reformatés. C'est d'un sadisme et d'un égocentrisme inouïs. Parce que oui, Max Ender entend bien se venger et prendre les vies de ses tortionnaires, mais il ne se salira pas les mains. Non, il enverra ses petits anges tueurs. Une abomination ! Des enfants qui sont martelés de coups, privés de nourriture, coupés du monde & de la société pour être obéissants. Qui sont mis en concurrence les uns contre les autres, qui doivent voler, tuer pour pouvoir manger et éviter les coups de fouet. Une violence insoutenable mais qui a sa raison d'être dans ce récit.

Parce que voilà, le Max Ender il n'arrête pas de cracher sur la société mais il s'est trouvé une gentille nana prête à tout pour rester avec lui. Il prend ce qui l'arrange dans la société (en cachette, certes) et rejette le reste... un discours pas cohérent du coup. Et de ça, un gamin va s'en apercevoir, il va ouvrir les yeux. La société c'est vraiment le mal à l'état pur ? Et ce gosse, il va profiter d'une énième mission pour se faire la malle et disparaître. Sauf qu'on ne disparaît jamais vraiment quand on a eu Max Ender pour instructeur et tortionnaire. Ça laisse des traces indélébiles en soi, et suffit de pas grand chose pour se retrouver en pleine lumière, visible comme un phare au milieu d'un océan de ténèbres. Et quand on trahit Max Ender, on en paie le prix fort.

Ce qui est marrant, c'est que concernant les gosses enlevés et transformés en anges tueurs, on se prend d'affection pour certain(s) et on en déteste d'autres(s). Concernant le fugueur, je dois dire qu'il est la grosse surprise de ce roman pour moi : au début, on ne sait pas trop comment le juger, innocent mais diablement rusé. Et puis il se sauve, recommence tout mais on apprend qu'il s'est transformé en une sorte de "justicier des temps modernes" avec une grosse part d'obscurité assumée malgré tout. C'est à la limite du politiquement incorrect mais on ferme les yeux. C'est mérité, faut bien nettoyer la fange de notre société, merde !

Bon, et puis je ne dirai rien de plus, j'en ai déjà pas mal dit je trouve. Toujours est-il que c'est rusé, c'est diabolique. Le lecteur est complètement manipulé, et il ne voit rien venir. Et puis à aucun moment il n'y a de complaisance à tuer. Un roman qui pousse le lecteur à s'interroger : la fin justifie-t-elle les moyens ? Tous les moyens sont-ils bons pour se venger et obtenir réparation ? Hein, que c'est pas évident d'y répondre !

" Dompteur d'anges " de Claire Favan (2017)

< EXTRAITS >

" - Oui. Vous êtes libre. Vos affaires vous attendent à la sortie.

Max les suit.

Ce que ni Porter, ni Moore ne mesurent pleinement, c'est que s'ils ont fait emprisonner un innocent, c'est un être assoiffé de vengeance et ivre de haine envers la société qu'ils contribuent à libérer.

Le Max Ender qui a pénétré entre ces murs n'existe plus. Celui qui a surgi des ruines de sa personnalité fracassée, de son corps martyrisé et de ses lectures orientées, personne ne le connaît, pas même Max. Mais il est impatient de tester sa détermination à rendre les coups.

Il retournera dans la maison familiale, maintiendra encore les apparences le temps de récupérer son fric, de la vendre, puis il disparaîtra de leur vie à tous. Il leur laissera le temps de l'oublier.

Et ensuite, à leur tour de connaître cette sensation de déchéance impuissante, de chute irréversible. "

(...)

" Il en veut au monde entier et le monde entier paiera pour ce qu'il a subi. "

(...)

" - La société, ce sont les autres, ceux qui sont bouffis de certitudes sur eux-mêmes et sur ceux qui ne sont pas comme eux. Ils décident de qui doit vivre, qui doit être puni, sans même s'assurer d'avoir raison. Ils agissent comme ça, juste parce qu'ils en ont le pouvoir. Pour eux, vous serez l'ennemi car vous serez au-dessus de ces règles. Ils vont mettre tout en oeuvre pour vous combattre parce que vous sortirez du rang et que vous leur ferez peur. La société, ce sont tous ceux qui alimentent le système et la conviction que la normalité est la seule voie possible. "

Claire Favan à Polar Lens en 2015 (crédit photo Dr Whoo - www.whoozone.com)

Claire Favan à Polar Lens en 2015 (crédit photo Dr Whoo - www.whoozone.com)

MA NOTE : 5 + / 5

-> UN THRILLER MACHIAVÉLIQUE SUR LA VENGEANCE.

CRUEL, PERCUTANT, IMPLACABLE, FROID, IL NE VOUS LAISSERA PAS INDIFFÉRENT !

 

Pour une claque, quelle claque ! Il m'a fallu attendre une dizaine de jours pour pouvoir écrire cette chronique tant il a fallu en digérer la lecture. Ce qui m'a permis de me baffer moi-même pour ne pas avoir lue cette auteur bien plus tôt ! Pour moi, Claire Favan fait partie des très grand(e)s auteur(e)s du polar/thriller français (et même au-delà).

C'est retors, c'est noir, c'est brutal, c'est fort mais c'est d'abord brillant et intelligent !

Oui, avec beaucoup de simplicité et de maîtrise, Claire Favan tisse un jeu de dupes savamment orchestré. Et puis ce fil rouge : la victime qui devient bourreau, ça a déjà été fait mais de la sorte et avec autant de talent, je sais pas... Bref, un habile thriller psychologique qui figure déjà (pour moi) parmi les meilleurs romans de 2017.

Évidemment, un gros coup de coeur, assorti d'un autre pour la splendide couverture de Dompteur d'ange. Bravo la Bête Noire !

Que dire de plus sans en dire trop ? Bah laissez-vous tenter, tout simplement. Surmontez la colère qui ne manquera pas de vous submerger pendant la lecture, lisez entre les lignes, interrogez-vous. Ce livre a le mérite de faire réfléchir le lecteur, et ceux qui me connaissent savent que je suis très sensible à ce détail dans un livre. Hé oui, jusqu'où peut aller la vengeance pour être acceptable et méritée ?

J'ai aussi adoré l'image de la prison comme entité infernale qui corrompt le coeur le plus pur, véritable bouffeur d'innocence et d'humanité. C'est la prison qui fait de Max Ender un monstre obsédé par sa Némésis, incapable, une fois libre, de discerner le bien du mal. Ça fait réfléchir, et pas seulement par rapport à la prison, mais quant à cette société qui cultive l'égo, l'argent, la réussite au profit de l'écrasement des plus faibles. Pour survivre il faut éliminer les plus faibles. Darwinisme. Max Ender a appliqué ce précepte social. Il est devenu un monstre. Il n'y a plus que ça pour le faire survivre, et le faire vibrer. C'est horrible, mais cruellement d'actualité. Bref. Ceci est un autre débat...

J'ai adoré Dompteur d'ange, j'ai adoré la Claire Favan's touch et il me tarde de lire Serre-moi fort !

Allez-y, c'est de la très bonne came ! Vous ne verrez plus les chérubins et les p'tits anges du même oeil, croyez-moi ! Mouhahahahaha !!!

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