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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

06 Jul

Un été 2016 avec Emmanuel Prost ! L'interview qu'il fait bon lire...

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

Emmanuel Prost au Salon VIVA LES MOTS de Sin le Noble ( le 30/04/2016) - Crédits photo © Dr Whoo (whoozone.com)

Emmanuel Prost au Salon VIVA LES MOTS de Sin le Noble ( le 30/04/2016) - Crédits photo © Dr Whoo (whoozone.com)

Emmanuel Prost fait parti de ces auteurs sympathiques qu'on sent, d'emblée, passionné par l'écriture.

Natif de Roanne, il est un Ch'ti d'adoption, vivant dans le bassin minier. L'histoire de sa région d'adoption lui a inspiré une "trilogie", avec trois romans consacrés à l'histoire des mineurs.

La Descente des Anges est paru aux Éditions de Borée en 2014, suivi l'année suivante de Les Enfants de Gayant (deux romans assez sombres qui dépeignent la dure réalité du métier de mineur). Puis Un Été 48 est venu apporter un vent de fraîcheur au cours du printemps 2016, nous invitant à partir en vacances avec quelques familles de mineurs. Insouciance et bonne humeur ? Oui, mais pas que... (vous pouvez retrouver la chronique de ce livre ici bas...).

Avant cela, Emmanuel Prost s'est fait les dents avec Kamel Léon en 2008, qui a connu une réédition accompagnée d'une nouvelle version deux années plus tard. Dans un registre radicalement différent, avec un à propos plus fantastique, il nous raconte les tribulations d'un métamorphe, un comédien qui se découvre le don de prendre l'apparence de qui il souhaite. Sympa et pratique, non ? Ce roman va ressortir fin Août 2016 chez les toutes jeunes Éditions Aconitum, qui nous a déjà proposé quelques manuscrits de qualité que nous avons déjà eu l'occasion de chroniquer ici bas...

Une chose est sûre : nous n'avons pas fini de parler d'Emmanuel Prost !

Un livre idéal pour les vacances !

Un livre idéal pour les vacances !

→ Avec Un été 48 tu signes ton 3ème roman sur la thématique des mineurs. Pourquoi cet attrait pour ce pan (ô combien dur et tragique) de notre histoire régionale ?

J’ai découvert, il y a un peu plus de vingt ans, en arrivant dans ce qui est aujourd’hui l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais, la terrible histoire de la Catastrophe de Courrières du 10 mars 1906, la plus meurtrière des catastrophes minières qui a fait officiellement 1099 victimes. Je tenais là un sujet fort et l’ai décliné en une fresque historique sur toute la première moitié du XXème siècle, mon but n’étant pas de faire un roman sur la catastrophe elle-même, mais sur les dommages collatéraux de ce tragique événement sur toute une série de personnages qu’on accompagne sur 4 générations, traversant avec eux 60 ans d’histoire dans ce qu’était le Nord – Pas de Calais de l’époque. Je pensais très sincèrement que ce projet allait être un « one shot ». Mais c’était sans compter sur la force de persuasion de mon éditeur qui m’a dit me sentir à l’aise dans cet exercice. Comme je suis un être faible, j’ai cédé à la tentation de renouveler l’expérience et ai écrit un deuxième roman dans le même univers. Le virus m’a gagné, et je me suis passionné pour l’histoire de cette région. J’ai donc enchaîné avec ce troisième opus : Un été 48.

Un été 48 contraste radicalement avec La Descente des anges et Les Enfants de Gayant, même si il traite toujours des mineurs, cette fois sous un angle radicalement différent. Comment as-tu abordé ce nouveau projet ?

Après avoir écrit deux romans très historiques sur des périodes assez noires, j’avais besoin de faire quelque chose de plus « léger ». De plus festif. Plus en phase avec l’humour que j’aime utiliser dans mes écrits. Et quoi de mieux que le thème des vacances pour cela. Les houillères avaient acheté en 1947 un château à La Napoule (dans la baie de Cannes) pour en faire un centre de vacances pour ses mineurs. J’ai tout de suite senti que développer une histoire sur les premiers congés de ces ouvriers qui n’étaient pas préparés à ça, dans un endroit si différent de celui de leur quotidien, allait me permettre de faire dans le cocasse.

→ Au cours de ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher d'être exaspérée par l'attitude de certains Ch'tis, en particulier par une famille polonaise, par moment très outrancière (rires). Qu'as-tu cherché à montrer avec cette attitude qui contraste fortement avec les autres mineurs présents dans le livre ?

J’ai volontairement fait dans la caricature, en forçant très grossièrement les traits, pour avant tout amuser le lecteur. J’envoie un groupe de mineurs de Noyelles-sous-Lens en voyage, et comme dans tout groupe, on y retrouve des personnalités très différentes. Il y a le taiseux (le soumis, qui subit bien souvent les choses sans s’exprimer, dans le tracas permanent de son dur quotidien), le syndicaliste qui ne peut s’empêcher de penser que s’il a été tiré au sort (eh oui, parce que ceux qui avaient la chance de pouvoir se rendre à La Napoule étaient choisis par le sort), c’est avant tout pour apaiser sa virulence à toujours vouloir combattre le patronat, le porion (le chef d’équipe à la mine) avec qui, comme le dit la formule, on n’a pas forcément envie de passer ses vacances… Et il y a cette famille polonaise composée de Kazimierz Jędrzejowska (tu comprends aisément pourquoi je l’ai affublé du surnom de Jedjé) et de sa Maria. Parce que c’est mathématique, il ne peut pas y avoir un groupe du Nord – Pas de Calais sans avoir de représentants polonais. Et ces deux-là, j’en ai fait ce qu’on appelle par ici des « amusettes ». Toujours à vouloir chanter, à vouloir danser et à s’empresser de s’amuser de tout. Je me suis moi-même beaucoup amusé en créant ces deux personnages. Alors oui, ils ont une attitude parfois outrancière, mais quand on habite le nord de la France, on est très souvent confronté à des gens qui sont « too much ». Ce qui est de prime abord pris pour une joie de vivre et un art de la fête peut très vite exaspérer. J’ai surtout cherché à montrer à travers eux le danger qu’il y avait à juger un peu trop vite les gens, à ne s’appuyer que sur les apparences. Parce que mon Jedjé et sa Maria peuvent effectivement au départ paraître des plus grotesques, mais l’histoire nous apprend vite qu’ils sont beaucoup moins superficiels qu’il n’y paraît. Et ce qu’on peut d’abord prendre pour de la raillerie de ma part se transforme très vite en un sentiment beaucoup plus noble. Parce que si mes Polonais sont parfois à la limite du supportable, ils n’en sont pas moins attendrissants. Et l’histoire nous apprendra combien ce sont de très belles personnes.

→ Tu évoques aussi les terribles dommages des camps de concentration (je rappelle que dans ton livre, nous sommes 3 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale), à travers l'héroïne, Bella Spielmann. Je n'ai pas (encore) lu tes précédents romans, mais considères-tu que l'écrivain se doit de participer au devoir de mémoire ?

Si l’histoire l’exige, oui. Mais ce n’est pas pour autant une obligation dans un travail artistique. Quentin Tarantino nous livre par exemple dans son Inglorious Basterds une version purement fantasmée d’une période importante de l’Histoire (la deuxième guerre mondiale avec un attentat réussi sur Adolf Hitler et de ses principaux généraux), ce qui ne l’empêche pas d’avoir réalisé un film remarquable. Mais c’est vrai que, pour ma part, je prends énormément de plaisir à tisser des récits de fiction qui s’appuie en permanence sur un contexte historique bien réel. J’adore quand la petite histoire entre en collision avec la grande, comme on a coutume de dire.

→ Sur le tableau, les vacances des Ch'tis (en particulier des deux héros, Bella & Tienot) avaient tout pour être idylliques, sur le papier. Mais ce sacré rebondissement, dans les derniers, chapitres précipite nos personnages dans un enfer sans nom... emmenant le lecteur vers la tristesse. Mais pourquoi un tel rebondissement ?

Parce que les vacances sont éphémères. Cette quinzaine n’est qu’une parenthèse dans un quotidien qui était loin d’être rose. Et si je veux extrapoler à l’extrême, j’ajouterais même que la vie est éphémère. Et son issue ne peut être autrement que dramatique. C’est aussi une manière pour moi de secouer un peu le lecteur. Pour, après l’avoir « endormi » avec un bien-être permanent le remettre face à la dure réalité. J’aime faire à la fin de mes romans un constat des actes manqués de mes personnages. Offrir à mes lecteurs une ou plusieurs révélations. Leur permettre de réaliser mentalement un rapide retour arrière de toutes les images que je leur ai mises dans la tête. Et leur proposer en accéléré un montage différent, une relecture de l’histoire sous un angle qu’ils n’avaient peut-être pas envisagé.

→ Bon, Bienvenue chez les Ch'tis, Les Ch'tis à je-ne-sais-où, tes Ch'tis à La Napoule... trop de Ch'tis ne tue-t-il pas trop les Ch'tis ? (rires) As-tu encore des choses à dire sur l'univers des mineurs ?

Oui, j’ai encore de tonnes de choses à raconter. Pas exclusivement sur l’univers des mineurs, mais sur l’histoire de la région, en général. Bon, j’avoue, le passé de ce qu’on appelle maintenant les Hauts de France fait que j’aurai bien du mal à raconter des histoires sans avoir un mineur qui traîne au coin d’une page… Et non, trop de Ch’tis ne peut pas être néfaste aux Ch’tis. Bien au contraire, quand ils sont bien traités. Martine a bien été déclinée à toutes les sauces…

→ Mes oreilles à rallonge ont cru entendre que tu allais collaborer avec une toute jeune maison d'édition... pour changer radicalement de registre. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Oui, effectivement. Je vais très bientôt (le 22 septembre) faire mon entrée au catalogue des jeunes et enthousiasmantes éditions Aconitum (maison d’édition que tu connais déjà très bien, me semble-t-il). Pour une (re)publication de ce qui a été il y a quelques années mon tout premier roman : Kamel Léon. Un conte fantaisiste totalement atypique, qui raconte les tribulations d'un apprenti comédien qui, un soir de beuverie, se découvre métamorphe, un don qui lui permet de devenir physiquement qui il désire rien qu'en pensant à celui (ou celle... si, si !) qu'il désire imiter (ah ben, j'ai bien dit que c'était fantaisiste). Je dévoile à travers ce roman mes premiers amours littéraires, dans un genre effectivement tout autre puisqu’il s’agit cette fois de Fantastique. Une atmosphère qui se veut proche de celle du Passe-muraille de Marcel Aymé. Je suis très excité par cette collaboration avec Aconitum. Je connais David Lecomte et Gaylord Kemp pour les avoir côtoyés sur quelques salons. Ils font preuve d’un bel enthousiasme et d’un réel talent dans la mission éditoriale qu’ils se sont fixée. L’idée de travailler avec eux me booste complètement. Ce sera une belle complémentarité avec la belle aventure que je vis déjà par ailleurs avec les éditions De Borée.

→ Dans ta façon d'évoquer le monde de la mine, on ne peut s'empêcher de penser à deux références du genre, Émile Zola et Marie-Paul Armand. Ces auteurs sont-ils des références pour toi ? Ou d'autres peut-être ?

Zola, on m’en a bien évidemment beaucoup parlé à la sortie de La Descente des Anges. Marie-Paul Armand, elle, je ne l’ai découverte que très tard. Mais je comprends tout à fait que les lecteurs me disent appartenir à la même famille littéraire. Mais si je veux rendre à César ce qui lui appartient, je dois bien avouer que le vrai déclic a été pour moi de découvrir les romans de celle qui me fait aujourd’hui l’honneur d’être ma marraine littéraire : Annie Degroote. C’est en la lisant que j’ai réalisé combien le roman historique pouvait être ludique et plaisant. Et c’est toujours en la lisant que je me suis un jour dit : « Voilà ! Ce qu’Annie réalise avec l’histoire de sa Flandre natale, j’aimerais arriver à faire la même chose, mais avec celle de l’ancien bassin minier artésien… » Sinon, lorsque j’écris, j’ai constamment à l’esprit les Clavel, Simenon et Pagnol, qui sont pour moi des maîtres dans l’art de démontrer que simplicité et efficacité ne sont pas antinomiques. Mais aussi Roddy Doyle qui n’a pas son pareil pour écrire des romans tout en dialogues, au service d’histoires passionnantes sur les journées passées à glander de toute une bande de parasites irlandais. Et enfin, Stephen King (oui, je comprends que le choix puisse surprendre quand on connaît ce que j’écris) qui est tout simplement pour moi le meilleur lorsqu’il se lance dans le récit foisonnant de la vie pathétique d’un cul-terreux américain. Arriver à embarquer et à passionner le lecteur comme il le fait, dans un style bien à soi, reste pour moi le rêve ultime dans l’écriture. Ça fait un sacré cocktail de références, ça, non ?


→ Au vu de ton actualité, tu ne te cantonnes pas à un seul genre littéraire. Y a-t-il des genres dans lesquels tu souhaites t'exercer à l'avenir ?

Je ne sais pas trop. Je ne m’interdis rien. J’aime par exemple beaucoup lire des polars, mais ne suis pas certain d’avoir envie d’en écrire (ni certain d’en être capable). Mais j’évite de dire « ça, jamais ! », parce que je fonctionne à l’envie. Et l’envie du moment n’est pas forcément la même que celle que j’aurai dans dix ans. Je trouve dommage que l’on se sente toujours obligé de tout classer par genre. De mettre des étiquettes sur les auteurs et sur l’univers auquel appartiennent leurs romans. Une histoire pourrait très bien être à la fois policière, historique, romantique, dramatique, fantastique, comique et érotique (si tu as une chanson à écrire et cherches des rimes en « ique », c’est cadeau). Le principal étant avant tout d’avoir une bonne histoire. Et de savoir la raconter. De donner naissance à des personnages avec lesquels on tombe très vite en empathie. D’arriver à développer (ou mieux, l’avoir naturellement) un style qui rende très vite le lecteur complètement addict à ton écriture. Il n’y a que ça qui compte. Que tes lecteurs passent un très bon moment en te lisant. Et pour que ça fonctionne, tout cela nécessite une certaine alchimie. Cette espèce de chose immatérielle, impalpable, qui ne peut s’apprendre. Que même un travail acharné ne garantit pas de trouver. Certains développent des histoires extraordinaires mais s’embarquent malgré tout dans un développement ennuyeux, alors que d’autres sont capables de t’enthousiasmer avec une simple liste de courses.

→ D'ailleurs, quelles sont tes lectures favorites ?

Au vu de ce que je viens de te répondre, tu dois te douter que mes lectures peuvent être des plus éclectiques. Je peux aussi bien lire du thriller, que du roman historique, du roman contemporain, du terroir, du policier, de l’humoristique, du fantastique, de la BD ou même des biographies.


→ Comment en es-tu venu à l'écriture ?

Toujours cette volonté de vouloir faire l’artiste, depuis tout petit. J’ai d’abord exprimé ce désir à travers la musique, puis le théâtre, et l’écriture est ensuite devenue une évidence. J’étais un spectateur assidu des salles obscures et j’ai, à travers l’écriture, développé les histoires que j’aurais aimé voir sur grand écran. Et puis l’écriture est une activité si addictive, qu’une fois qu’on a commencé, on ne peut plus s’arrêter.


→ J'ai vu, lu, entendu que tu étais un ch'ti d'adoption. Dans tes livres on ressent vraiment un “amour” pour ta patrie d'adoption. Pour quelles raisons ? Imagines-tu, plus tard, ancrer tes romans dans d'autres contrées ?

C’est finalement le fait d’écrire pour ma région d’adoption qui a déclenché cet amour. Je ne l’ai réellement découverte qu’à partir du moment où j’ai voulu la raconter. Il n’est bien sûr pas exclu de déporter mes récits plus tard vers d’autres contrées, mais j’estime avoir encore tant de choses à raconter sur l’histoire des habitants du nord de la France…


→ Passons maintenant à la partie plus corrosive de l'interview (et non, jusqu'à maintenant ça n'était qu'une mise en bouche – rires). Est-ce qu'il y a des choses que tu te refuses à lire ?

Je dirais de prime abord qu’il y a du bon dans toute littérature. Maintenant, je ne perdrais pas de temps à lire ce qu’on appelle la littérature à l’eau de rose. Les collections Harlequin, ou les versions plus modernes des 50 nuances de machin, des After, Before ou Pendant, ce n’est pas trop mon trip. Après, je n’aime pas du tout non plus la Fantasy et la Science Fiction (et malheureusement, quand je parle de mes écrits dans l’univers du fantastique, je déplore que ce soit bien souvent à cela que pensent mes interlocuteurs… Alors que ça n’a rien à voir !)

→ On écrit pour être lu. Par ce biais, on se soumet aux critiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Considères-tu que les critiques négatives (j'entends par là, quand même, qui ne soient pas méchantes et délibérément hostiles) sont profitables à l'écrivain ?

Oui, bien sûr. Je ne te dirai pas que les critiques négatives ne me touchent pas, ce serait mentir. Mais oui, elles sont salutaires à l’écrivain. Je considère qu’à partir du moment où une personne a une réserve à émettre sur un de mes textes, c’est forcément qu’il y avait quelque part moyen de mieux faire. Après, je peux parfaitement entendre qu’on n’adhère tout simplement pas à mon écriture, ou à l’univers littéraire que je représente. Comme on dit, les goûts et les couleurs… Je vais même t’avouer, je suis assez heureux de recevoir aujourd’hui quelques critiques négatives. Sur mes précédentes publications, je ne recevais que des éloges, et très honnêtement, je trouvais presque cela suspect. Parce que je suis assez lucide pour savoir qu’il est impossible de plaire à tout le monde. Mais tant qu’on est inconnu, seuls les bienveillants prennent finalement le temps de se prononcer. Alors recevoir quelques témoignages de déception est aujourd’hui pour moi comme une victoire. Bienvenue aux mécontents ! Ils sont la preuve arithmétique que le cercle de mes lecteurs s’est considérablement agrandi.

→ Quel est ton parcours en tant qu'écrivain ? As-tu beaucoup galéré avant d'être édité ?

Galéré ? Non, je ne dirais pas cela. L’écriture a longtemps été pour moi un simple loisir. Je faisais ça à mes heures perdues, comme quand, plus jeune, je jouais de la clarinette ou faisais du football avec les copains. Juste pour me détendre et amuser la galerie. Puis, lorsque j’ai découvert l’histoire de la catastrophe des mines de Courrières du 10 mars 1906, je me suis dit qu’il y avait là quelque chose d’intéressant. Je me suis beaucoup documenté sur le sujet et ai alors réalisé à quel point ce sujet était sérieux et ne pouvait être traité à la légère. Je me suis alors dit : « Si je dois un jour publier un roman, ce sera celui-ci ! » J’ai pris le temps qu’il fallait pour bien faire les choses. Il s’est passé près de vingt années entre l’idée de départ de La Descente des Anges et sa sortie en librairie. Quand j’en ai eu l’idée, je n’étais vraiment pas près, pas assez mûr pour mener à bien un tel projet. C’était de ma part une prétention folle. Alors tout en continuant à me documenter sur cet univers de la mine que je ne connaissais absolument pas, sur une époque que je ne maîtrisais pas plus, j’ai ressorti des textes de mes fonds de tiroirs pour tenter de les mener jusqu’à la publication. Et j’ai eu raison de le faire. Ces écrits « intermédiaires » m’ont permis d’essuyer les plâtres. De me roder à l’exercice de l’écriture. D’avoir une première approche de ce qu’est le travail éditorial d’un manuscrit. De la communication à développer pour mettre en avant mon travail. De participer à mes premiers salons. Si je m’étais lancé dans le grand bain directement avec ma fresque minière, je me serais planté. Alors que là, quand j’ai bouclé mon projet, je savais avoir réussi, avoir obtenu exactement ce que je voulais. J’y avais mis tant d’acharnement et de passion qu’il était dans ma tête impossible de voir ce manuscrit ne pas trouver d’éditeur. Et l’avenir m’a donné raison. Je n’ai pas trouvé un éditeur, mais plusieurs. Et j’ai dû choisir (ce qui est, je le conçois, un luxe incroyable). Dans le lot il y avait les éditions De Borée qui me proposait un contrat d’édition à diffusion nationale. Après avoir pris conseil auprès de gens bien installés dans le métier, j’ai choisi de me lancer dans le grand bain avec eux. Et je ne le regrette pas un instant, même après avoir vécu avec eux un redressement judiciaire et un rachat qui a obligé la maison d’édition à quasiment repartir de zéro.

→ À l'heure d'internet, des réseaux sociaux, des blogs etc... il est très facile pour un écrivain d'être visible. Tu fais partie de ces auteurs très accessibles et humbles (ce qui n'est pas systématique dans ce milieu). Penses-tu que les auteurs modernes sont plus chanceux que ceux des décennies/siècles précédents ?

Plus chanceux, oui et non. Parce que les outils d’aujourd’hui nous permettent effectivement d’être plus visibles. Mais ils permettent également à nombre de pseudo-auteurs de l’être, uniquement parce qu’ils sont très bons en communication, sans pour autant forcément l’être en écriture. Donc quand on commence aujourd’hui à réussir dans ce métier, on ne cesse de se demander si c’est réellement pour la qualité de ce qu’on écrit, ou juste parce qu’on maîtrise un peu mieux les outils susnommés. Avant, le couperet était là. Un auteur publié était un auteur qui avait donné l’envie à des gens de prendre des risques, et donc de se battre pour le voir exister. Aujourd’hui, les moyens sont tels que des tas de manuscrits peuvent se retrouver sur le marché sans qu’aucun risque ne soit pris par qui que ce soit. Ça permet certes à tout un tas d’auteurs (qui sans cela n’auraient jamais connu cette joie) de voir leurs ouvrages publiés, mais le revers de la médaille est que ça en fait un nombre incroyable qui ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour (tenter d’)exister, parce que personne ne croit assez en eux pour se battre à leurs côtés. Donc, de nos jours, le combat est double pour un auteur. Être publié n’est plus la finalité. Ce n’est qu’une première étape, la deuxième étant d’arriver à prouver qu’il l’a été pour de bonnes raisons.

→ Y a-t-il un aspect, dans le monde de l'édition en général, qui t'horripile ?

Oui, bien sûr. Ce pro-parisianisme permanent. Quand on écoute les médias nationaux principaux, ils ne connaissent que les maisons d’édition parisiennes. Ils ont un profond mépris pour tout ce qui vient de la province. Il y en a peu des Gérard Collard, des types capables de s’enthousiasmer pour le dernier ouvrage d’une petite maison d’édition (quelle qu’elle soit, et d’où qu’elle vienne) et d’user de son influence pour l’aider à en faire un succès. Même les deux-trois plus grands salons de notre région se mettent maintenant à bouder la production locale pour privilégier les auteurs qui viennent de la capitale. Il y en a même un qui a écrit noir sur blanc dans son règlement que pour pouvoir prétendre y participer, un auteur devait avoir une nouvelle publication entre la rentrée littéraire de septembre et la date du salon qui se déroule en mars (Oups ! Tout le monde l’aura maintenant reconnu !). Que l’on demande une nouveauté sur une année, je peux comprendre, mais sur seulement une partie de l’année, c’est une aberration sans nom. Parce que ça veut dire que celui qui sort tous les ans un livre sur la période avril-août se voit interdit à vie de participation à ce salon. Il a toujours une nouveauté mais ne peut malgré tout répondre aux (absurdes) critères de sélection en place.
Et sinon, je ne supporte pas non plus cette tendance qu’on a à toujours vouloir taper sur celui qui connaît un très gros succès. Sur les locomotives du monde de l’édition. Une critique revient à chaque fois : ils ne savent pas écrire (et il n’est pas dit, mais on l’entend bien fort : le « eux » avec lequel ceux qui se manifestent sembleraient vouloir ponctuer leur cri de mécontentement). J’ai envie de dire « pourquoi tant de haine ? ». On aime ou on n’aime pas. Mais pourquoi les attaquer sur la qualité de leur écriture ? A-t-on le droit de prendre ainsi les lecteurs (ceux-là même qui nous permettent d’exister à travers nos écrits) pour des imbéciles, puisque ce sont eux qui font les succès ? Et puis combien d’auteurs non (ou peu) rentables ne seraient jamais publiés s’il n’y avait pas dans la maison d’édition qui prend des risques pour eux une locomotive qui fasse gagner un peu d’argent ? Je trouve qu’il faut toujours se réjouir du succès d’un auteur. Ce ne peut qu’être bénéfique pour l’ensemble du monde du livre. Mais encore une fois, ce mécontentement général est très certainement un des effets de bord d’avoir (comme je l’ai dit en réponse à ta précédente question) sur le marché tant d’auteurs privés de l’accompagnement d’une « vraie » maison d’édition. Ils sont bien conscients de devoir se débrouiller seuls, et n’ont donc de cesse de se dire : « Pourquoi pas moi ? »

→ Écris-tu un roman en prenant en compte (dès le processus d'écriture) des normes commerciales (par rapport aux attentes du public, de ce qui risque de mieux se vendre) ou est-ce inné chez toi ?

Mais alors pas du tout. Crois-tu que j’écrirais des romans qui se retrouvent dans la catégorie « terroir » si je cherchais ce qui allait se vendre le mieux ? Non, les seules choses auxquelles je suis à l’écoute, ce sont mes envies du moment. Et je suis à chaque fois très agréablement surpris de voir que ce que j’avais envie d’écrire trouve au final son public. Je ne me préoccupe pas du tout des effets de mode. Et je suis très fier d’arriver à amener les lecteurs à mon écriture et que ce ne soit pas l’inverse.

→ Serais-tu prêt à renoncer à ta patte d'écrivain pour rentrer dans des normes plus “bankable” afin de plus vendre ? (parce que certains écrivains le font quand même, il faut l'avouer – rires)

Je ne pense pas pouvoir arriver à la même efficacité d’écriture si on m’imposait ce que je devais faire. Et à la longue, je m’y perdrais, inévitablement. On ne trompe pas le lecteur. Je ne cesse de dire qu’il n’y a qu’en étant soi-même qu’on peut finir par trouver son lectorat. Certains auteurs sont certainement très bons pour écrire « à la demande ». Moi, je ne pense pas avoir ce talent-là.


→ Écrire. Est-ce une thérapie, une renaissance, un exutoire ou une malédiction ?

Un peu tout ça à la fois. Une thérapie parce que je ne me sens jamais aussi bien que quand je suis en train d’écrire. Une renaissance parce que l’écriture m’a permis, suite à un accident de parcours, de donner à ma vie un tout autre sens, et d’arriver enfin à me réaliser. Un exutoire parce que l’écriture, comme toute activité artistique, permet de nous transporter dans une autre dimension où on arrive très facilement à faire fi des tracas du quotidien. Mais aussi une malédiction, parce qu’une fois qu’on a goûté à l’écriture, on ne pense plus qu’à ça et on peut très vite devenir insupportable pour ses proches. Si, si…

→ La délivrance est proche... Avant de conclure, j'ai pour habitude de soumettre mes visiteurs au célèbre Questionnaire de Marcel Proust.
Tes auteurs favoris ? Ton livre préféré ?

Les auteurs de mon panthéon (ceux dont je lis systématiquement tous les livres, sinon, après la liste pourrait être sans fin) s’appellent : William Shakespeare, Oscar Wilde, Stefan Zweig, Tennessee Williams, Bernard Clavel, Marcel Pagnol, Georges Simenon, Agatha Christie, Annie Degroote, Carlos Ruiz Zafon, Roddy Doyle, Hergé, Stephen King, Harlan Coben, Franck Thilliez, Karine Giebel, Goscinny, Dennis Lehane, Paul Cleave, Jean Teulé…
Quant à mon livre préféré, s’il ne faut en citer qu’un, mon choix se porte sur Le portrait de Dorian Gray du génial Oscar Wilde… Appose-moi vite une muselière, sinon je ne vais pas pouvoir m’empêcher de t’en citer plein d’autres…

→ Tes héros dans la fiction ?

Tintin (inutile de le présenter), Marty McFly (de la trilogie cinématographique Retour vers le futur) et Walter White (l’anti-héros par excellence de la série télé Breaking Bad)…

→ Tes héros dans la vie réelle ?

Dans le giron familial : mes grands-parents, parce que j’ai sans cesse envie de raconter tout ce qu’ils ont – ou auraient – pu vivre (et ils ont été si importants dans ma petite enfance). Et bien évidemment celle qui partage mon quotidien, Bénédicte, parce que je n’ai toujours qu’elle en tête quand je dois donner vie à une nouvelle héroïne, elle m’inspire tellement (et puis je dois bien reconnaître que c’est avant tout elle que je cherche à épater en faisant tout cela).
Et sinon : Charlie Chaplin, Jacques Brel, Jean Becker, Robert de Niro…

→ Tu as carte blanche pour partager avec nous un coup de cœur, ou pousser un coup de gueule... au choix, ayant paumé mon couteau je ne peux donc pas te menacer...

Mon tout dernier coup de cœur littéraire est le roman de Valérie Tong Cuong : Pardonnable, impardonnable (publié aux éditions JC Lattès, réédité en poche chez J’ai Lu). Un vrai petit bijou.

→ Merci infiniment Emmanuel Prost, pour avoir accepté de descendre ici-bas. Bon, on ne t’a pas mangé, pour l'heure... on attend ton prochain passage pour se prononcer ! Ou pas. (rires)

Merci à toi pour m’avoir permis de descendre un instant. Bon, je vais regagner la surface, là, parce que même si j’aime écrire des histoires de mineurs, je me sens quand même plus à l’aise en surface… Et tu es des plus sympathiques, mais le regard que tu me jettes commence à me faire flipper (je pense que tu viens seulement de réaliser le fait que je n’aime pas la Fantasy et la SF)…

Déjà parus...Déjà parus...
Déjà parus...Déjà parus...

Déjà parus...

À paraître fin Août 2016 !

À paraître fin Août 2016 !

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