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16 Jan

" Il n'en revint que trois " de Gudbergur Bergsson (2018)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Il n'en revint que trois " de Gudbergur Bergsson (2018)

4ème de couverture :

 

Une ferme perdue en Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. Le ciel est vide et les visiteurs sont rares.
Mais l’écho de la Deuxième Guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ses habitants. Soudain soldats, déserteurs, espions débarquent, mais aussi radio, route, bordels et dollars. Puis viendront les touristes. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera jamais. 
Les personnages de Bergsson sont tout d’une pièce, rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent. Faut-il s’arracher à ce morceau de terre où rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ? 
Un texte sec et fort qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans la modernité, les bégaiements de l’histoire, la force magnétique de certains paysages, qui sont comme des gardiens de la tradition familiale : nul n’y échappe.
"

« Une histoire du peuple islandais du XXe siècle : le livre le plus fort et le plus remarquable de Gudbergur Bergsson. » Fréttabladid

 

 

La couverture m'a tout de suite murmurée des choses... de la neige, un désert blanc, le silence, une histoire du peuple islandais au 20ème siècle. Et puis ma culpabilité de ne pas encore lu de livre/d'auteur véritablement scandinaves alors que je crève d'y migrer... Bref.

Je me lance, le livre ne fait que 206 pages. Alors c'est pas du polar ni du thriller. On peut le rattacher à la littérature blanche même si le ton est résolument sombre et l'ambiance... disons, glaciale (mais ça, ça ne vous étonnera pas) et indescriptible. 

Que dire de ce livre... déjà l'auteur a toute ma gratitude : aucun noms "imprononçables", juste des surnoms du type "la vieille", "le gamin", "le fils", "le vieux"... on appréciera, surtout quand on n'est pas encore familiarisé avec les sonorités islandaises très gutturales et s'apparentant plus à des borborygmes.

Le récit nous emmène quelque part, non loin de la mer. Une étendue sauvage cernée par un désert de lave, des failles et de la roche. Au milieu de tout ça, une ferme. Celle des vieux. Non loin de là, un village (à quelques kilomètres quand même). La vie y est rudimentaire. Le couple a un garçon et trois filles. Ils vivent de ce que la nature leur apporte et la vie est rythmée par l'immuable valse des saisons. Les enfants grandissent, les filles deviennent femmes, des marins s'en mêlent... grossesses, drame... voilà les filles-mères qui accouchent et qui réalisent qu'elles ne sont pas faites pour être mère. Parce que oui, nous sommes à l'orée des années 1940 et de la Seconde Guerre Mondiale. Les filles rêvent d'imprévu, d'inattendu... de liberté. Elle partent, laissant les nouveaux-nés, des filles, aux vieux. Reboot du système, on prend les mêmes et on recommence. La vieille éduque ses petites filles et se prend pour leur mère, les filles rêvent d'ailleurs et surtout d'Amérique, de liberté, de voir le monde... Avec la Guerre arrivent un flot d'étrangers, anglais, allemands... américains, puis les touristes. L'Islande bascule dans la modernité, entraînée par un féroce tourbillon. Que peut-il subsister des valeurs d'un peuple aussi sauvage face à la vague dévastatrice du capitalisme ? 

La réflexion est posée. Et au milieu de tout ça il y a une chose qui reste immuable : la nature indomptable de l'Islande qui est aujourd'hui fréquentée pour cet aspect authentique et sauvage. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? Et que dire de l'évolution sociale qu'ont subi les islandais, grandement influencée par une Amérique désinvolte et matérialiste ? Le sort de cette Islande c'est un peu celui que beaucoup de nations ont subi au cours du siècle dernier. 

 

MA NOTE : 14 / 20

Âpre, rugueux, délétère mais aussi authentique, sauvage, indomptable... une fresque surprenante qui pose un regard différent des stéréotypes communément établis sur la Scandinavie, plus particulièrement sur cette île hors normes au climat rude et difficilement supportable pour les continentaux que nous sommes. Une joli découverte que je conseille, ne serait-ce que pour se rappeler de ce qu'est (supposée être) la vraie vie... 

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