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01 Oct

" American Gods " de Neil Gaiman (2001)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" American Gods " de Neil Gaiman (2001)

Y a parfois des livres qui en une couv' vous parleront beaucoup plus qu'avec leur résumé.

Ce bouquin-là, ça fait un p'tit moment qu'il hantait ma bibliothèque. Glané dans ma librairie préférée, au gré de mes prospections mensuelles, j'avais tout de suite été attirée par son titre, sa couv' et puis son résumé. Une guerre des dieux dans l'Amérique d'aujourd'hui, ça a eu le mérite de m'interpeller. Pis comme souvent, t'achète des tonnes de bouquins en espérant sincèrement les lire, le temps passe, tu es happée par autre chose, tu mets en stand by et ta PAL se creuse chaque mois un peu plus... Le quotidien des serial lecteurs en somme.

Et puis arrive un beau jour où tu entends parler d'une putain de série de la mort qui tue !!! (quoi, tu connais pas l'expression ?!). Puis le jour où tu t'enfiles (pas que des mecs) mais aussi ladite série. Car oui, tu détestes la frustration, tu es une consommatrice compulsive et en terme de séries, tu aimes pouvoir t'enfiler toute une saison (voir plus quand c'est possible) d'un coup. Et là THE claque ! Je reviens pas sur la série car le blog devrait y consacrer très prochainement une vidéo sur sa chaîne You Tube. Mais le livre reprend sensiblement la même formule, normal puisque l'auteur a participé à l'élaboration de la série, hé ! hé !

 

 

4ème de couverture :

 

" À peine sorti de prison, Ombre rencontre Voyageur, un personnage intrigant. Dieu antique, comme le suggèrent les indices énigmatiques qu'il sème à longueur de temps, fou furieux ou bien simple arnaqueur ? En quoi consiste le travail qu'il propose à Ombre ? En acceptant d'entrer à son service, ce dernier plonge au coeur d'un conflit qui le dépasse, opposant héros mythologiques de l'Ancien Monde et nouvelles idoles profanes de l'Amérique. Mais comment savoir qui tire véritablement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l'aube des temps ou les puissances du consumérisme et de la technologie ? À moins que ce ne soit le mystérieux M. Monde... "

 

-> Hier et demain...

 

Ombre n'est pas un mauvais bougre, même s'il a fini en taule. Il a voulu commettre une arnaque, il s'est fait prendre, fin mot de l'histoire. Détenu exemplaire, il n'en a plus que pour une semaine d'enfermement quand le directeur de la prison demande à le voir. Et là c'est le drame, enfin, pour Ombre : sa femme vient de mourir dans un accident de voiture. Compte tenu des circonstances on l'autorise à sortir plus tôt pour assister aux obsèques de sa Laura.

En chemin pour retrouver la dépouille de sa femme il fait une étrange rencontre dans l'avion qui le transporte. Un vieux monsieur, insolent et un peu taré sur les bords, lui propose un job. Voyageur, qu'il se fait appeler... le hasard (ou pas) fera en sorte qu'Ombre (qui a un peu tout perdu) va se retrouver à bosser pour cet énigmatique Voyageur. Une bonne fréquentation quand on sort de taule ? L'avenir le dira...

De rencontres aussi farfelues que gorgées de significations font pleuvoir, Ombre va peu à peu réaliser que chaque homme à un destin qui lui est propre. Qu'il est difficile pour un humain de ne croire en rien, surtout quand tout un panthéon s'offre à vous au gré des rencontres, fortuites ou pas. Parce que voilà, la guerre fait rage. Une guerre apocalyptique qui vise bien à éradiquer tout un groupe, et pas des moindres : des dieux. Enfin, les Anciens Dieux. Ceux qu'on a tous fini par renier au fil des siècles, tout ça pour ériger bien malgré nous au rang de divinités des saloperies néfastes pour l'humanité telles que le capitalisme, internet, la télévision... Un nouveau panthéon (qui incarne typiquement le rêve américain dans tout ce qu'il a de plus abjecte) c'est autoproclamé culte officiel de l'humanité, LA religion de l'avenir... Ceux qui ont fait de nous ce que nous sommes, ceux qui subsistent malgré tout dans les fragments de mythologies ne peuvent désormais que subir en attendant l'oubli (qui signifiera pour eux la mort). Leur pouvoir dépendant en grande partie de notre ferveur, et étant donné qu'une grande partie du globe les a renié... ils ne sont plus que l'ombre d'eux-même. Mais leur chef, le père de tous les dieux, en a décidé autrement. Arnaqueur légendaire (il n'y a qu'à lire les nombreux récits sur la ruse d'Odin dans la mythologie scandinave), il refuse de s'avouer vaincu et va tout mettre en oeuvre pour unir & fédérer des divinités que tout oppose, parce qu'il en va de la survie de l'humanité. Ombre, là-dedans, va se découvrir un destin hors du commun, à des années lumières de la vie qu'il pensait s'être choisi et qu'il n'aura que trop subi.

-> Aux armes et caetera !

 

American Gods c'est l'oeuvre typiquement (et délicieusement) subversive. Politiquement incorrecte mais jamais vulgaire. Déjantée mais pleine de raffinement. Populaire mais bourrée de références. À tel point que ce livre pourra en dérouter plus d'un car pas linéaire pour un poil. Il regorge de sens cachés, d'aphorismes, de métaphores.

Pour celles & ceux qui connaissent l'univers de Neil Gaiman, rien d'étonnant là-dedans quand on a lu par exemple Coraline (le faux conte pour enfant) et Sandman. Des dieux, tiens... encore une fois. Ici, c'est sur le rapport à la foi & aux croyances que nous interroge l'auteur. Édifiant, original et tellement plausible. Oui, nous avons renié des valeurs qui ont porté l'humanité jusqu'à son niveau actuel, et tout ça pour quoi ? Pour embrasser des valeurs abjectes telles que l'égocentrisme, l'égoïsme, la violence, la cupidité, le péché... grâce à ces "choses" que nous avons élevé au rang de divinités. Plus encore que dans nos contrées, la télé aux USA c'est un mythe. Voici aussi la force de ce livre, nous offrir une image de l'Amérique issue du mythique "Rêve Américain". Voilà ce qu'il est devenu : quelque chose de froid, dénue d'âme... Pas étonnant que la violence règne sur le monde, sans compter les déviances en tous genres et toutes ces valeurs abjectes qui sont aujourd'hui reines. Alors oui, les anciens dieux ça peut rimer avec abnégation, sacrifices, rituels mais y avait quand même plus de noblesse d'âme non ? Et puis entre nous, les humains ne doivent-ils pas pour leur bien être dirigé pour suivre le droit chemin ? Beaucoup de réflexions dans ce genre-là, mais pas que.

American Gods ça te prend aux tripes parce que ça met le doigts où ça fait mal, ça montre un peu ce que tu refuses de voir : que ton monde va mal, qu'il sombre chaque jour un peu plus. Et putain, ce bouquin il est paru à l'aube de l'an 2000... 16 ans plus tard, le constat est encore plus amer quand on songe à l'Amérique de Trump. Les humains ne retiennent-ils jamais la leçon ? Faut croire...

Oui, après avoir lu ce livre, on se sent plus éveillé, plus en phase avec notre véritable nature, notre rapport avec le divin, l'inexplicable. On se sent encore plus révulsé concernant ces outils d'abrutissement des masses populaires, diaboliquement efficaces, j'en conviens.

Tout cela m'amène à dire et penser que ce livre est réservé à un certain public, déjà éveillé. Les autres (= esprits trop terre à terre) n'y décèleront pas le second degré et n'y verront qu'un roman joyeusement déjanté et bien trop abstrait, hélas. C'est dommage, et c'est d'autant plus vérifiable avec la série TV qui malgré des critiques spécialisées dithyrambiques se heurtent à une certaine incompréhension chez une partie du public. Ce qui me rappelle (dans un genre un peu différent, certes) L'Armée des 12 singes, entre autre.

< EXTRAITS >

 

" - Y a un orage qui se prépare, déclara Sam.

- On dirait bien, oui. Il va peut-être pas tarder à neiger.

- Pas ce genre d'orage-là. C'est une vraie tempête qui approche. Je vais dire un truc, mon pote : quand une tempête comme ça se déchaîne, t'es mieux à l'intérieur que dans la rue. "

(...)

" ... Et toi tu fais quoi ?

Il alluma sa cigarette.

- Je suis un leprechaun, dit-il en souriant.

Ombre ne sourit pas.

" Vraiment ? Tu n'es pas censé boire de la Guinness, alors ?

- Ah, les stéréotypes ! Faut apprendre à penser sans la télé. L'Irlande ne se résume pas à la Guinness.

- Tu n'as pas l'accent irlandais.

- Ça fait trop longtemps que je suis là.

- Parce que tu es bien originaire d'Irlande ?

- Je te dis que je suis un leprechaun. On vient pas de Moscou, bordel ! "

(...)

" Tu vas faire une commission à Voyageur. Tu vas lui dire qu'il n'existe plus. Il est oublié. Il est vieux. Dis-lui que nous, on est l'avenir, et qu'on n'en a rien à branler de lui ou des autres dans son genre. Il est relégué dans la poubelle de l'histoire alors que les types comme moi filent dans leur limousine sur la super autoroute de demain. "

(...)

" Dame Liberté, répéta Voyageur. Comme tant des dieux qu'adorent les Américains, c'est une étrangère. Une Française, en l'occurrence, même si ses pères ont masqué son opulente poitrine sur la statue qu'ils ont offerte à New York, par respect pour la sensibilité américaine. Ah, Liberté ! "

Le nez froncé, dégoûté, il chassa du pied le préservatif usagé qui traînait sur les dernières marches.

" C'est des coups à se casser la figure, ça. Façon peau de banane, avec un peu de mauvais goût et d'ironie en plus. "

Quand Voyageur poussa la porte de l'immeuble, le soleil frappa les deux hommes de plein fouet.

" La Liberté est une garce à baiser sur un matelas de cadavres, tonna Voyageur tandis qu'ils se dirigeaient vers la voiture.

- Ah oui ?

- C'est une citation. D'un Français. Voilà ce que représente la statue qu'ils ont installée dans leur port de New York : une salope qui se faisait sauter sur la charrette des condamnés, au retour de l'échafaud. Tu peux bien lever ta torche aussi haut que tu veux, ma chérie, ça n'empêche pas qu'il y ait des rats sous ta robe et du foutre froid qui te dégouline le long de la jambe. "

(...)

" On tue plus facilement quand on est mort soi-même, explique Laura. Je veux dire : on n'en fait plus tout un plat. On n'a plus autant de préjugés. "

(...)

" Grosse bagnole, petite bite (...). "

L'affiche promotionnelle de la série

L'affiche promotionnelle de la série

MA NOTE : 5 + / 5

 

-> Entre fantasy urbaine et odyssée américaine, un roman culte, noir, cinglant, acerbe, drôle, délicieusement subversif et mystique à ne pas louper (tout comme sa très réussie adaptation en série télé chez Starz par Bryan Fuller et Michael Green)

 

Il fallait y penser, Neil Gaimant l'a fait ! Transposer notre rapport à la foi, aux cultes ancestraux dans notre réalité, dans notre société cartésienne et consumériste ! Quand on voit quelle place à pris la télévision (rien qu'elle par exemple) dans chaque foyer, c'est assez effrayant quand même ! Surtout quand on vous regarde comme si vous descendiez de la planète Mars lorsque vous dîtes ne pas avoir de télé chez vous, ou plus communément en avoir une mais ne pas regarder les programmas télé : " quoi ? tu ne regardes pas la télé ? (mais comment tu fais ?) "

American Gods c'est une odyssée humaine même si elle se pare d'artifices et se cache derrière des divinités antédiluviennes. C'est aussi l'occasion de brosser le portrait de nos propres croyances, hors religion(s), j'entends. Un exemple : qu'est-ce qui empêche deux hommes de baiser après une courte discussion alors qu'ils se plaisent et se réconfortent, surtout dans un pays qui prône la liberté mais qui d'un autre côté s'offusque d'un sein !

Quel honte pourrait-il y avoir à célébrer la venue du printemps par le biais des lapins et d'oeufs en chocolat même si en réalité c'est la résurrection du Christ qu'on a oublié ? Plus communément, n'a-t-on pas renié le sens du sacrifice pour le bien d'autrui, du plus grand nombre ? Tout ça pour de vains mirages, une vie surfaite et matérialiste où seuls priment les signes extérieurs de richesse (avoir une maison, deux voitures dont un 4x4, partir en vacances quand on te le dit, et avoir une carte de crédit). À force, n'a-t-on pas perdu de vue la signification même de la vie ? Sans croyances, l'homme est-il encore humain ?

Ce livre est pour moi une véritable petit bijou de philosophie, de mythologie, de réalisme, de critique, de fantasy, d'humour noir, et c'est avec une certaine délectation que je me plongerai dans sa suite, Ananzi boys !  Y a des auteurs que je kiffe comme Gabriel Katz, Pierre Pevel ou Maxime Chattam, mais avec Neil Gaiman j'ai véritablement trouvé un auteur qui dit (ou écrit) tout haut ce que je pense depuis des années, et le tout dans un univers caméléon et multiple qui faitt qu'on ne pas peut lui coller d'étiquette (et dieu sait que j'abhorre les étiquettes !).

Et puis j'allais oublié un point crucial : le voyage. Voyageur voyage et nous emmène avec Ombre et lui. C'est une Amérique différente, authentique que vous découvrirez entre ces 600 pages. Des lieux incongrus - pour certains réels - qui laisseront en vous une empreinte presque magique...

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les sortilèges des mots 15/10/2017 18:49

J'ai beaucoup aimé Nobody Owens du même auteur. J'hésitais avec celui-ci. Je serais curieuse de le lire quand même.

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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...