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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

26 Jul

LES DÉMONIAQUES de Mattias Köping (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

LES DÉMONIAQUES de Mattias Köping (2016)

Rien que le titre, il m'a interpellée... Mais tu me connais, les bouquins que tout le monde encense, j'ai tendance à les lire bien après que la vague soit passée... 

Le hasard a fait que ce livre est arrivé jusqu'à moi. Hasard ou destin, l'avenir le dira... Toujours est-il que la 4ème a le mérite de dresser le tableau, de même que le tout premier chapitre... t'es fixé, direct ! Hou ! pinaise !!! 

Attends, tu saisis pas ce que j'veux dire ! Tiens, regarde un peu le teaser du livre (ouais Ring aime bien faire des teasers pour ses livres, même qu'ils sont vachement bien foutus !)...

Alors ? T'as vu que j'dis pas que des conneries ! 

Bref, Mattias Köping c'est un p'tit nouveau... j'veux dire que c'est son premier roman, surtout garde-le bien en mémoire pendant ta lecture. Ce gars-là, il a un potentiel de dingue, et c'est pas donné à tous les débutants, et c'est encore moins systématique. 

 

 

4ème de couverture : 

 

 

C'est l'histoire d'une vengeance.

L'histoire d'une fille qui affronte une bête.

Son proxénète, son violeur.

Son père.

 

 

Drogues, meurtres, esclaves sexuelles, pédophilie. Au coeur d'un village qui borde l'autoroute, entre marécages lugubres et forêts profondes, un monstre se déploie.

Depuis la Souille, son repère situé au coeur de la forêt, l'Ours dirige son clan d'une poigne de fer et repousse claque jour les frontières de son empire criminel.

Sa fille Kimy n'a qu'une obsession : attendre froidement l'heure de la vengeance. Car si personne ne se souvient de son visage, nul l'oubliera sa colère. "

 

Dans un thriller à la densité paroxystique, Köping prend le lecteur à la gorge et connecte, page après page, les fils d'une bombe à retardement. Une onde de choc étourdissante qui fait figure d'événement dans la scène littéraire française. 

Dans les lieux de perdition, les âmes ne peuvent qu'être aspirées par les bas-fonds, non ?

Dans les lieux de perdition, les âmes ne peuvent qu'être aspirées par les bas-fonds, non ?

-> Requiem pour un calvaire...

 

Rarement un livre n'a commencé comme Les Démoniaques. Non, sincèrement j'ai beau chercher, je ne trouve pas d'exemple aussi parlant. 

C'est court, c'est clair, c'est précis, c'est affreux ! (CF rubrique < EXTRAITS > ci-dessous).

Kimy fête son anniversaire. En famille. 15 ans, c'est un âge important pour une jeune fille. Pas pour elle. Depuis ses 13 ans, son calvaire est quotidien. Et cela n'a rien à voir avec le fait que sa mère se soit barrée lorsqu'elle était très jeune. Pas de femme pour la protéger, pas de frères et soeurs. Ne restent plus que les hommes de la famille, le père, Jacky dit l'Ours, et son con de frère Dany, et son débile d'acolyte handicapé dit le Simplet... et les potes chasseurs, les notables de la ville etc... que du beau monde !

Le père, parlons-en, tiens : un entrepreneur connu de la région. OK, certes, c'est le trou du cul du monde là-bas mais bon... à la tête d'une scierie, le père gère aussi son business (discothèque, bar, fast-food...). Et un autre plus souterrain constitué de trafic de drogues, proxénétisme (traite de femmes blanches des pays de l'est), pédophilie... un charmant papa, quoi ! Et j'te parle même pas de toute sa clique. Une présence féminine quand même dans tout ce bordel ? Oui, la grand-mère, la mère de l'Ours... une vioc abominable ! 

Le paternel il a des activités bien sympas... en plein coeur des bois il possède une charmante propriété qui pourrait sans aucun problème rivaliser avec la maison des horreurs. C'est un pavillon de chasse régulièrement témoin d'orgies particulièrement corsées. La Souille, qu'elle s'appelle. Marrant ce nom... une zone complètement souillée, oui ! 

Kimy a grandi malgré tout. A l'aube de ses 18 ans, elle réalise que tout ça doit cesser. Elle commence par son intimité. La porte sera désormais close pour toute cette bande de crevards. Elle continuera à dealer au lycée, les clients sont nombreux et fidélisés. Mais combien de temps ce nouvel ordre précaire peut-il durer ? 

Un jour, alors qu'elle erre dans la campagne (j't'ai dit que c'était le trou du cul du monde ?) elle atterrit chez un riverain qui a oublié son livre au pied d'un arbre. Curieuse, elle s'en approche, et s'en saisit. Elle et les livres ça fait deux mais qui sait... un nouveau chapitre commence pour Kimy, et ce livre va être source d'un sacré bouleversement !

Pendant ce temps-là, l'Ours est insatiable. Il en veut toujours plus, rien ne l'arrête, rien ne l'effraie. En affaire avec un albanais pas commode, l'Ours espère se tailler la part du gâteau. Mais n'a-t-il pas les yeux plus gros que le ventre ? 

Tandis que les mâles du coin s'imaginent être bien à l'abri et continuer à exprimer toute leur cruauté et leur bestialité, un piège diabolique va lentement se tisser autour d'eux. Hé ! Hé ! On appelle ça le karma, la loi du Talion (et même la voie !).  

Le passe-temps préféré de l'Ours !

Le passe-temps préféré de l'Ours !

-> Quand tu craches en l'air faut t'attendre à ce que ça te retombe sur le coin de la gueule...

 

Que dire sur ce thriller tellement sombre et glauque ! Tant il y en a à dire...

Pour commencer, vaut mieux pas que tu sois une petite nature ou trop sensible car ce bouquin il va te retourner, et pas qu'un peu ! Rien ne te sera épargné : des sévices répétitives de Kimy, des viols & abus sexuels dont les femmes sont victimes là-bas (des gamines de la MECS en passant par les pauvres prostituées et par Kimy), du désoeuvrement extrême dans lequel se retrouvent les camés exploités par l'Ours, de la violence implacable & de la folie de cet univers patriarcal. Et tu sais le pire là-dedans ? C'est que tu sais au fond de toi que ça n'est pas qu'une fiction. Que dans cette intrigue il y a un terreau. Que ça sent le vécu, que ça existe belle et bien... et là t'as la gerbe. Déjà parce que t'as un paquet de scènes bien gratinées (voir ce que deviennent certains cadavres par exemple). Mais pas que...

Tant de souffrances et d'ignominie c'est barbare. C'est indigne de l'espèce humaine... et pourtant ! C'est clair que pendant cette lecture (et même maintenant lorsque j'y repense), on va dire que l'homme n'est pas du tout remonté dans mon estime. Mais faut pas généraliser, hein ! Souvent, dans ce genre d'intrigue, tu peux y voir l'opposé et la lumière revient. Kimy va trouver la rédemption au coeur de sa tempête vengeresse. Sa nemesis va la conduire à l'absolution. C'est beau, c'est poignant, on se sent revivre en même temps qu'elle découvre le bonheur. Mais putain, la toute fin est juste abominable ! Pourquoi ???!!! Après tu peux décider d'arracher cette dernière page, car perso, elle m'a grave laissée sur ma fin. Elle est cohérente, au fond de moi je sais qu'elle est juste mais elle en a tant bavé qu'on a juste envie d'un dénouement plus heureux pour elle. Après je ne sais pas, peut-être y aura-t-il une suite ? J'ai envie d'y croire...

Les Démoniaques c'est un bouquin qui fait l'effet d'un tsunami. Il te retourne complètement. Il trie l'ivraie du grain ! Il te rappelle qu'il y a encore beaucoup de combats à mener en ce monde, qu'il y a encore bien trop de dégénérés ! Tant de sujets qui te foutent la rage. Tant de tristesse en songeant qu'à notre époque de tels actes barbares puissent encore exister ! Après oui, tu vas peut-être virer parano, fais gaffe ! Tu risques de te méfier de ton banquier, de la vieille épicière de ton bled, du conseiller municipal délégué à la Jeunesse, de l'éducateur spécialisé et j'en passe ! Parce que tu sais qu'il faut toujours se méfier des apparences, et plus encore des gens engagés et souriants...

Ce bouquin, tu vas peut-être avoir envie de le jeter contre un mur plus d'une fois. Tu vas sans doute avoir besoin de pauses entre certains chapitres, même s'ils sont courts. Parce que t'es pas une bête et qu'il y a beaucoup de matière à digérer ! Tu vas pleurer, certainement : tu ne comprendras pas comment un père peut faire ça à sa fille ! Et son oncle ! Et tous les autres !!! Tu vas te dire que ces gens-là ne méritent pas d'être nommés " être humain ", car ils n'en sont pas. Ils n'ont rien d'humain. Même un ours n'est pas aussi barbare ! Tiens en parlant d'ours, tu vas avoir encore moins de sympathie pour les chasseurs, un " passe-temps " dont décidément tu ne saisiras jamais l'intérêt. OK, si c'était seulement pour survivre et bouffer, why not ! Mais là, c'est un concentré de sadisme, point barre. Après si on pouvait chasser ces connards, alors là je dis oui !

Bref, je m'égare. Tu la sens ma colère ? C'est dingue, ça fait quelques jours que j'ai terminé ce bouquin et pourtant... il a laissé une marque en moi, comme une piqûre de rappel, un appel à la résistance. Se méfier, ouvrir l'oeil, les traquer. Les éradiquer. 

Pinaise ! C'est plutôt glaçant comme effet secondaire de post lecture, non ? (rires)

 

De quoi pourrais-je encore te causer ?

L'écriture. C'est un peu la base. Elle est nickel ici ! Et putain, c'est fou ! C'est son premier roman !!! Il a frappé fort, c'est clair ! J'ai beaucoup entendu parler de ce livre à sa sortie. Tu sais que je me méfie des critiques un peu trop enthousiastes (même si j'en fais, je te le concède). Mais là, je ne peux que comprendre et être d'accord. C'est un très grand thriller, très certainement l'un des meilleurs de 2016 à n'en pas douter. Un roman qui gagne à être connu et exporté ! Peut-être un film ? Même si je sais déjà que je ne serais pas très chaude à l'idée de le voir. Tiens, ça m'fait penser à un film qui m'avait rendu malade... Calvaire (de Fabrice du Welz, 2004). Un film belge avec un casting de premier choix. L'histoire d'un chanteur qui se produit en spectacle dans des maisons de retraite. Pis le mec se paume en pleine cambrousse. Il tombe peut-être même en panne, je sais plus. Toujours est-il qu'il tombe sur les autochtones du coin. Et là va commencer son terrible calvaire. Bref, pourquoi j'te cause de ce film ? Ben l'ambiance. La dégénérescence humaine. Le sadisme. Le côté très rural... Les Démoniaques c'est comme ce film mais puissance 10 !

Me vient aussi une autre référence : La Voie du Talion d'Alexandra Coin & Erik Kwapinski. Mais je te dis pas pourquoi... hé ! hé ! 

Mattias Köping

Mattias Köping

< EXTRAITS >

 

2012.

Ils reprennent en choeur !

" Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire, salope ! Joyeux anniversaire ! "

Ils l'ont encerclée, hilares, à poil. Ils sont tous là, son père, son oncle, Simplet, Waldberg, Delveau, Beloncle. Elle est à quatre pattes au milieu de la meute, fragile et nue, déchirée de sanglots. Son père la maintient par les cheveux.

Elle s'appelle Kimy.

Ce soir, on fête ses quinze ans. "

(...)

Son père avait refusé de lui avancer son argent de poche du mois de janvier. Elle avait dû accepter un gang-bang. Les gars l'avait malmenée dans tous les sens, moyennant trente euros chacun. Ils étaient quatre. Mais, à la fin, ils ne lui avaient donné que cinquante euros au total, morts de rire, disant que c'était largement assez pour une petite pute merdique dans son genre. Ils avaient filmé la scène. C'étaient des mecs du lycée pro. Ils allaient bien sûr balancer la vidéo, qui circulerait d'un téléphone à l'autre. Mahaut se demanda si les hommes qui se masturbaient en matant ce genre de film imaginaient une seule seconde la vie des filles dont des ordures abusaient. Bien sûr, il se trouvait d'authentiques nymphomanes. Mahaut en avait croisé quelques-unes. Mais la plupart étaient vulnérables d'une manière ou d'une autre : des mères sans ressources, des camées, des malades mentales, des victimes d'agressions sexuelles, des esclaves de compagnons sadiques, des prostituées, des divorcées à la dérive, parfois tout en même temps. Est-ce que les mecs derrière leur écran y pensaient quand ils s'essuyaient dans un kleenex, à la fin d'une pitoyable branlette ? "

(...)

" Ici, la nuit paraissait plus authentique, plus moyenâgeuse. Voir surgir des loups ou une bande de lépreux à crécelles n'aurait rien eu d'étonnant. "

(...)

Il se donnait à l'instant présent et se dissolvait tout entier dans l'acte, corps et âme. C'était l'essence même du combat : un renoncement total, une oblation à la mort. "

Un peu de douceur dans ce monde de brutes...

Un peu de douceur dans ce monde de brutes...

MA NOTE : 5 + / 5 

 

-> Les Démoniaques n'est pas un thriller comme les autres, c'est une putain de bombe. Tu sais, la bombe bien vicieuse (avec des clous si tu veux te représenter le truc) qui te cause une multitude de dommages. Un condensé de noir bien glauque et malsain mais qui fera réfléchir dans le bon sens et je l'espère évoluer les mentalités. 

 

C'est par le mal qu'on guérit le mal. Alors oui, pour évoquer et dénoncer des thématiques comme la pédophilie, le viol, les déviances humaines, l'esclavagisme, les trafics, la drogue, on y va pas par quatre chemins. Faut marquer les esprits au fer rouge, et Mattias Köping y parvient avec brio ! Sa plume est au service de sa croisade vengeresse : un plaidoyer pour toutes les victimes anonymes et silencieuses dont on sait qu'elles ont existé, qu'elle existent et existeront encore si on continue à fermer les yeux. Ouais, parce que ce bouquin c'est aussi une critique cinglante de notre bonne société moralisatrice et bien pensante. On se targue de dénoncer l'injustice mais bien souvent on refuse d'ouvrir les yeux et de voir les drames qui se jouent juste sous nos yeux au prétexte que ce ne sont pas nos affaires. Et pendant ce temps-là, des vies brisées...

 

Ouais, Köping ne fait pas dans la dentelle et pourtant, dans cette histoire de vengeance, il y a de la poésie, de la grandeur d'âme, de la lumière, de l'amour, de la passion et de la rédemption. Et ça, putain, ça fait du bien même si pour parvenir à ça toi, lecteur, tu t'en prends plein la gueule. Après oui, la fin... elle fait mal. Si tu cherches une histoire de Bisounours, il est certain que tu la trouveras pas dans ce livre. Mais si tu cherches un récit authentique, alors il est fait pour toi.

 

Il va sans dire que j'attends avec un patience le prochain bouquin de l'auteur tant il en a imposé avec Les Démoniaques

 

 

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