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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

15 May

" Un Sac " de Solène Bakowski (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Un Sac " de Solène Bakowski (2017)

Quand je le dis qu'il ne faut pas dédaigner le monde de l'auto-édition, qu'on peut y trouver de véritables pépites ! Un Sac est de ceux-là. Il a fait un véritable carton sur Amazon en 2015, décrochant même le Prix Spécial du Jury en 2015. Logique, donc, de le voir sortir en version papier. Et c'est désormais chose faite, chez Milady Thriller, l'excellente filiale poche des Éditions Bragelonne !

D'emblée, sur la couverture, nous est révélé : " Un livre qu'on ne peut pas oublier " (Babelio). Un titre énigmatique, et une 4ème de couv' qui l'est d'autant plus. Bon, et puis surtout des tas d'avis dithyrambiques ici et là ! Du coup, gros coup de pression. On espère ne pas rester insensible. Alors, fébrile, on ouvre le livre et on se lance... dès les premières lignes, il y a quelque chose qui se produit. Et de ça, je vous en reparle après un petit rappel de l'intrigue, hé ! hé ! (vous croyez pas que je vais tout balancer de suite !)

 

 

4ème de couverture

 

Oserez-vous regarder dans le sac ?

 

" En pleine nuit, une jeune femme attend face au Panthéon, un sac dans les bras qu'elle serre comme un étau. Cette femme, c'est Anna-Marie Caravelle, l'Affreuse Rouquine, la marginale.

Lorsque, vingt-quatre ans plus tôt, Monique Bonneuil a pris en charge son éducation à l'insu du reste du monde, elle n'imaginait pas qu'elle abritait un monstre. Car la petite s'est mise à tuer. Un peu, d'abord, puis beaucoup. Voici l'histoire d'Anna-Marie Caravelle. Que fait-elle là, agenouillée en plein Paris, au milieu de la nuit ? Et que contient ce sac qui semble avoir tant d'importance ?  "

 

Plébiscité par les lecteurs, qui en ont fait un succès de l'auto-édition, Un Sac est enfin disponible dans sa version imprimée.

 

" Un roman sombre sur le destin sanglant d'une jeune fille à la dérive. "

Direct Matin

 

" Un véritable coup de coeur. Ou plutôt un coup de poignard. "

Les lectures de Bibliophile

La place du Panthéon, à Paris. Là où tout commence, et là où tout finit.

La place du Panthéon, à Paris. Là où tout commence, et là où tout finit.

-> Encore une histoire de sac (à main) ?

 

Tout commence avec une femme visiblement au bout du rouleau, fatiguée. Elle se traîne dans les rues de Paris qui semblent la mener sur la place du Panthéon, lieu qui symbolise quelque chose pour elle. Avec elle, un sac, qu'elle ne lâche pas. Un sac dont on ne sait ce qu'il contient mais on comprend de suite que ça cache quelque chose de bien plus profond. Commence alors le récit de la vie de " l'héroïne ", Anna-Marie Caravelle, depuis le ventre de sa mère jusqu'à cette nuit d'errance face au Panthéon.

Une vie d'errance, oui, une vie de souffrances. Une vie de pestiférée, une vie maudite.

Un père qui a "quitté" sa mère dès qu'il a appris la prochaine venue au monde d'Anna. Une mère dévastée, prostrée dès lors dans le silence et l'abattement. Une voisine un peu trop collante et serviable, une bonne action, et quelques mois plus tard, Monique Bonneuil, "l'heureuse protectrice", devient sa tutrice, illégale au reste du monde. Mais c'est pas grave parce qu'Anna ne sort pas de sa prison. Personne ne doit savoir, et si bien, personne ne sait qu'elle existe à part Monique. Anna, pauvre enfant rejetée de tous, Pinocchio de souffrance avec sa difformité sur son visage qui ne cessera de se développer au fur et à mesure que la pauvre enfant va se confronter à son destin.

Un destin difficilement qualifiable, difficilement supportable. Parce que oui, Anna est une enfant qui a cruellement besoin d'amour. Elle pensait l'avoir avec sa Moni jusqu'au jour où cette dernière décide d'emmener (ou plutôt de forcer) la pauvre enfant visiter le seul membre de sa famille qui lui reste. À l'asile. Anna a 10 ans. Elle en sortira traumatisée à vie. Puis un jour, un drame. Une pulsion incontrôlée. Et cette haine qui n'a déjà que trop jalonné l'existence de la pauvre fillette revient avec force. S'en suivra une longue errance qui conduira Anna dans la rue, un autre monde, une autre cour des miracles où les apparences sont souvent trompeuses et les véritables personnalités se révèlent entre cruauté et sadisme.

Mais c'est parfois dans les ténèbres qu'on peut trouver la lumière, lumière qui n'en sera que plus salvatrice. C'est ce qui va arriver à Anna, une heureuse surprise capable de changer sa vie, de lui apporter une heureuse perspective d'avenir mais ce sera sans compter le poids des erreurs passées, des anciennes trahisons qui n'ont pas été oubliées. Car quand tu craches en l'air, faut t'attendre à ce que ça te retombe sur le coin de la gueule...

-> La fille qui voulait voir la vie en rose...

 

Des livres qui vous laissent par terre, il y en a peu, même dans une vie bien remplie de lectrice acharnée comme moi. Tu sais ? Ce genre de livres qu'on n'oubliera jamais, qui laissent une marque indélébile dans l'âme, qui dérangent mais qui en même temps bouleversent ! qui t'arrachent même quelques larmes alors qu'en même temps t'as envie de jeter le livre contre le mur...

Dès les premières lignes, j'étais dedans. Et pourtant, on ne sait pas. On ne sait pas pourquoi cette femme erre comme ça dans le Paris nocturne ! Ni pourquoi elle se trimballe un sac qu'elle a visiblement du mal à porter. Ni même ce que vient foutre ce sac là-dedans... Pis, commencent les flashbacks, le récit de la vie de l'Affreuse Rouquine, cette pauvre fille qui n'a rien demandé à personne, qui déjà dans le ventre de sa mère a provoqué un drame dans la vie de ses parents, qui a engendré mort et folie alors qu'elle n'était même pas née ! C'est d'une violence !!!

Elle n'est encore qu'un foetus lorsqu'elle devient la poupée de la voisine de sa mère. Mise au monde comme on expulse un vulgaire étron sur l'émail d'une baignoire ou d'un chiotte, Anna n'a rien demandé à personne... et pourtant, durant les premières années de sa vie, elle croit au bonheur, parce qu'elle ne connaît que ça. Avec Moni et Poupoune, le yorkshire, elle ne sort pourtant jamais de l'appartement. Elle reçoit une instruction, mais elle n'a aucune conscience du monde extérieur. Car c'est la vie même d'Anna, sa jeunesse, qui lui ont été volées par cette voisine pourtant animée des plus sincères attentions. La cruauté des autres n'est jamais bien loin. Il suffira d'une sortie, brutale, violente, pour faire basculer la pauvre enfant. Un rejet de plus, une incompréhension, cette peur d'avoir été maudite depuis sa conception et un premier drame... qui même s'il résulte d'une pulsion incontrôlée n'en demeure pas moins bouleversant. Pour ma part, j'en ai été écoeurée, je me suis alors demandée comment j'allais pouvoir supporter cette héroïne. Car jusque-là j'avais beaucoup de compassion pour elle, mais lorsqu'elle a commis son premier meurtre je me suis dit que je la détestais, je lui souhaitais les pires tourments, et une mort amplement méritée !

Puis survient le second meurtre, mérité quelque part... etc... C'est alors qu'il se passe quelque chose de bizarre, d'incompréhensible : la souffrance de cette jeune fille nous submerge, nous frappe, et nous émeut. Même si on ne comprend pas pourquoi elle tue (en particulier pas des adultes, on va dire), on ne comprend qu'une chose : cette nana est en pleine dérive ! Il y a malgré tout quelques éclaircies, mais de courtes durées. Et on se demande comment elle fait pour tenir, pour faire face, pour se relever. L'amour ? Oui sans doute, même si un amour illusoire ou un amour au contraire trop fusionnel et déraisonné...

Anna adolescente et qui devient femme, c'est l'enfer de la rue. Mais aussi une renaissance tordue, malsaine, et douloureuse. Au cours de cette période, les travers de l'espèce humaine refont surface : jalousie, désir de possession, amours contrariés, manipulations. Personne n'est épargné. Mais le dernier meurtre est celui de trop. Anna perd sa bouée de sauvetage et se retrouve seule, obligée de survivre en pratiquant la seule chose qu'elle sait faire : ouvrir les jambes. Mais les éclats d'une nuit passée mouvementée se rappellent à son bon souvenir : dans les ténèbres qui l'habitent désormais, Anna entrevoit la lumière. C'est puissant, on a même envie de dire que c'est beau ! Au plus profond de la haine qui unit viscéralement deux êtres, il peut y avoir des miracles... une sorte de rédemption. Mais lorsque, comme Anna, on a été aussi loin dans la folie, peut-on vraiment revenir à une vie normale ? A-t-on vraiment le droit au bonheur lorsqu'on a semé la mort et la souffrance dans son sillage ? Le fou qui a prit des vies peut-il légitimement prétendre à la rédemption ?

Pas sûr, le karma, le destin se chargent souvent de faire leur oeuvre, et toujours avec beaucoup d'ironie... c'est injuste... peut-être, ou pas. Juste retour des choses, harmonie cosmique, bref, appelez ça comme vous voulez.

< EXTRAITS >

 

" Je m'appelle Anna-Marie Caravelle et je suis une marginale. Sans existence officielle, sans identité vérifiable, sans rien. Tous ceux qui auraient pu témoigner de ce que je suis ou de ce que fus ne sont plus. La faute à pas de chance. Je suis une paria comme il en existe des milliers d'autres, et je suis seule, depuis le début ou presque. J'ai fait des choix contestables, mais jamais contestés. Alors j'ai continué. Je vais vous paraître effrayante. Pourtant, je ne suis pas monstrueuse. Disons que je me suis construite à l'envers, en réaction contre tout. Mon histoire ne plaide ni en ma faveur, ni en ma défaveur. Tout juste si je parviens à me trouver quelques circonstances atténuantes. Si je vous raconte tout ça aujourd'hui, c'est seulement pour me dédouaner un peu et parce que je sens bien que, si je reste avec ces mots sur le coeur, il finiront par me le manger. Je balance tout mon être dans ces pages et laisse juge qui voudra. "

(...)

" Paris au réveil est à mille lieues de Paris qui s'endort. La couleur rosée que l'aurore dépose sur la ville, le chant des oiseaux invisibles et insaisissables, cette promesse d'un autre jour qui donnent un charme particulier, presque secret, que seuls les initiés, les décalés, les passionnés ou les insomniaques peuvent appréhender. Celui qui n'a jamais vu le soleil se lever à Paris a assurément raté quelque chose. Il y a, dans ces heures, du beau et du mystère. Il y a des espoirs, des histoires, des trésors et des diamants dans cette ville quand le soleil lui fait l'honneur de sa présence. Paris, tu es un être à part, doté de toutes les grâces. Tu n'appartiens à personne, mais tu tiens le monde entier dans ta main. Paris, tes fantômes courent les rues et tes morts même ne veulent pas s'en aller. Celui qui te quitte est condamné à te chercher partout. Tu déstabilises, Ville, tu accueilles et tu dévores. Ceux qui arpentent ton pavé à la recherche d'un peu de chaleur et de nourriture sont tes rejetons les plus assidus et les moins ingrats. Leurs paroles seront des poèmes à ta gloire, leurs mots sauront à coup sûr te rendre justice. Paris, aime-les comme ils te réclament et, par pitié, soit la cour de leurs miracles. "

(...)

" - Mourir, à mon avis, ça sert pas à grand chose, juste à faire que les autres se souviennent de toi. (...) Tu as remarqué comme on oublie vite les vivants et comme les morts se laissent jamais oublier ? Moralité : si tu veux accéder à l'éternité, mieux vaut commencer par mourir. "

(...)

" La couleur humaine, c'est le gris, comme Paris, comme les rats, comme la pollution, comme la fiente de pigeon. "

(...)

" Je m'appelle Anna-Marie Caravelle et je suis née il y a un peu plus de vint-quatre ans. Je viens de passer une nuit à écrire cette confession, par terre, en face du Panthéon. Je ne nie rien, je n'invente pas, je n'ai pas la science infuse, je ne suis pas parole d'évangile. J'ai mes torts et mes travers. J'ai fait des erreurs, j'ai parfois mal jugé et je me suis souvent emportée. Je voulais juste être heureuse. Je ne voulais pas être une fatalité. Je ne cherche pas à me trouver des excuses. J'ai rendu le mal pour le mal, parfois pour le bien, et j'ai, il est vrai, mal géré mes émotions. J'ai voulu me prémunir de souffrir, pour mieux prévenir mes rafales et protéger ceux qui, malgré tout, m'étaient chers. Mes fautes, je les ai payées bien plus cher, dans mon âme et dans ma chair, que la peine de prison la plus lourde, et je les expie un peu plus chaque jour. "

Solène Bakowski, nouvelle papesse du noir !

Solène Bakowski, nouvelle papesse du noir !

MA NOTE : 5 + / 5 

 

Un premier thriller remarquable, bouleversant, magnifique de noirceur, violent de poésie, une ode à la souffrance, une tragique quête d'amour, une plongée dans un véritable enfer. Impossible à lâcher, ce roman fera naître chez vous un mélange d'obsession et de répulsion, vous souffrirez pour Anna mais en même temps vous n'aurez qu'une envie : qu'elle crève ! Cruel dilemme que le rapport à cette héroïne. Une chose est sûre, ce livre ne vous laissera pas de marbre, et vous marquera d'une manière ou d'une autre.

 

L'héroïne le dit elle-même dès les premières pages : " J'ai fait des choix contestables, mais jamais contestés. Alors j'ai continué. Je vais vous paraître effrayante. Pourtant, je ne suis pas monstrueuse. Disons que je me suis construite à l'envers, en réaction contre tout. " On sait qu'elle n'est théoriquement pas responsable, qu'elle ne l'a pas fait exprès, mais c'est un monstre quand même, non ? C'est curieux de ressentir ça, et ça m'a tout de suite rappelée la lecture du dernier Clair Favan, Dompteur d'anges. Cette faculté à nous faire aimer un personnage, souffrir et pleurer avec lui puis le voir se transformer en un monstre de la pire espèce...

Le style de Solène Bakowski est génial : précis, poétique, émouvant, dur, brutal, maîtrisé. Une très belle plume que j'ai sincèrement eu beaucoup de plaisir à découvrir ! Un p'tit quelque chose d'original, la conviction qu'on est en présence d'une auteure talentueuse qui arrivera au sommet très très vite, je n'en doute pas !

Donc oui, ce livre est à part, il fait partie des plus sombres, noirs et violents que j'ai lu ces dernières années. Paradoxalement, pas de surenchère dans la violence et le gore des scènes. Putain, c'est chelou de dire ça, hein, mais c'est plein de poésie ! C'est beau de macabre, cru de réalité sur les rapports humains, c'est dégoulinant d'amour, ça vous appelle à l'aide, ça vous perfore le coeur, ça vous glace le sang, ça vous vrille les entrailles, putain (oui, retour des grossièretés mais quand on aime on ne se censure pas ! Et toc !) c'est jouissif de désespoir. Tu finis le livre, t'as le coeur lourd et pesant, parce que tu te dis qu'elle méritait pas ça, Anna. Peut-être que pour toi, elle avait payé ses crimes. Ou peut-être qu'à la fin, tu vas penser très fort que c'est bien fait pour sa gueule. J'ai rien vu venir, du premier meurtre comme du dernier (dont elle n'est pas l'instigatrice, quoi qu'indirectement, elle aura sans doute généré ça)...

Rha la la... Solène Bakowski, je vous tire mon chapeau, je m'agenouille, vous êtes brillante, vous êtes diaboliquement inspirée !

Un sac à mettre donc dans toutes les mains !

Mouahahahahaha !

 

Commenter cet article

Theroude Jonathan 30/06/2017 18:02

Merci pour cet article, que dis-je ? Cette éloge ! Je me cherchais un livre, je crois que j'en ai trouvé un ! Il me semble sombre comme je les aime...

Benedict Mitchell 30/06/2017 18:28

Pour être sombre, il l'est ! Très très dur... il ne vous laissera pas de marbre, j'en mettrais ma main à couper (enfin, la gauche hein, pas la droite ^^) J'espère qu'il vous plaira !

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