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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

08 May

" L'Emprise des sens " de Sacha Erbel (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" L'Emprise des sens " de Sacha Erbel (2017)

Bon, je l'ai déjà dit, mais la couverture, ça joue pour beaucoup dans le fait d'avoir envie d'aller vers un livre. Le contraire est aussi vérifiable. Mais je persiste à croire qu'il faut être appétissant de base pour donner envie.

Ce livre, je me souviens l'avoir vu passer dans mon fil d'actu, et m'être dit qu'il avait l'air sympa. Et puis comme souvent, on prend pas le temps de s'arrêter. Mais appelez ça comme vous voulez, le destin, le karma, de fil en aiguilles on parvient toujours par y revenir, et me voilà donc confrontée à ce livre et son auteure, au demeurant très charmante et cool !

Cette couv', elle te parle vaudou d'emblée (si t'as un peu de culture). Alors tu te souviens avec nostalgie des paysages de la série (et des livres éponymes La Communauté du Sud) de True Blood, et bien avant cela de l'univers si cher à ton coeur d'Anne Rice, et ses cultissimes et inégalées Chroniques des vampires. Plus récemment, tu te souviens avoir tripé sur les descriptions de paysages de Laurence Fontaine dans Bleu Eldorado et The Life Game qui passait par la Louisiane et la Nouvelle-Orléans. C'était comme si t'y étais... bah, je pensais pas revivre ça si vite, littérairement parlant ! La magie des livres, qui consiste à voyager à chaque fois que t'ouvres un bouquin !

Allez, pose-toi, décompresse et embarque avec moi pour un voyage incroyable !

 

4ème de couverture :

 

" Lorsque Talia, en pleine désillusion sentimentale, s'envole pour des vacances de rêves à la Nouvelle-Orléans, elle est loin de s'imaginer que son destin l'y attend.

Dès le lendemain, elle se retrouve mêlée à un crime, exécuté selon un rituel macabre et violent.

Rites vaudous ou crimes en série, la frontière entre les deux semble floue pour Louis Lafontaine, policier chargé de l'enquête, lui-même confronté à des troubles obsessionnels. Avec sa coéquipière il est prêt à tout pour remonter à la source de l'horreur.

Face à l'emprise du mal, Talia saura-t-elle affronter ses démons et le don terrifiant qui lui est révélé ? Le soutien d'Azaia, prêtresse excentrique et l'amour de Basile seront-ils suffisants pour l'y aider ?

Dans la chaleur mordante de ce voyage en pays cajun, les esprits tourmentés se révèlent, les traumatismes refont surface et les peurs inavouables s'entrechoquent jusqu'à la révélation finale. "

 

 

SACHA ERBEL :

Sous le pseudo de Sacha ERBEL se cache une fonctionnaire de Police depuis 22 ans. Actuellement au SDLP, elle est en charge de la protection rapprochée de différentes personnalités politiques ou civiles.

Diplômée en Criminologie Appliquée à l'Expertise mentale, elle sait donner du relief à la psychologie de ses personnages.

L'étude du comportement des tueurs en série est un sujet qui la passionne depuis des années, tout comme l'écriture qui permet à son imaginaire de s'exprimer.

L'Emprise des sens est son premier roman.

Un thriller maîtrisé, poignant et efficace.

Bienvenue en pays Cajun !

Bienvenue en pays Cajun !

Tel est pris qui croyait prendre...

 

Ça commence presque de manière banale : Talia, jeune femme brisée par la vie (on t'en dis pas plus juste que les mecs, elle en a eu sa dose), banquière, décide de se payer des vacances en solo, bien décidée à profiter de la vie.

Dans l'avion, elle cauchemarde... est-ce la tension des drames qu'elle a vécu dans le passé - et qui ne sont pas cicatrisés - qui remonte ? Mais c'est sans compter le charmant pilote de l'avion qui lui fait les yeux doux durant le vol et lui file son 06. Il reste un peu à la Nouvelle-Orléans, alors qui sait... peut-être que sur un malentendu ça peut marcher ? Qui vivra verra, pour l'instant notre héroïne débarque et ça commence mal... enfin presque : à peine sortie de l'aéroport elle aperçoit une locale qui la pointe du doigt avant de se faire écraser par un camion... sauf que lorsqu'elle se précipite sur le lieu du drame, Talia manque de se faire aplatir elle aussi, mais surtout elle ne trouve aucune crêpe sur le bitume. Hallucination ? Fatigue du voyage ? Bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c'est bizarre !

Ni une ni deux elle rejoint son hôtel, fait un peu de tourisme et atterrit dans une boutique vaudou comme il en existe beaucoup à la Nouvelle-Orléans car le vaudou fait partie intégrante du folklore, de la culture et de l'histoire de cette ville historique. Une rencontre des plus étranges, Talia se barre vite fait et s'empresse d'accepter le RDV du pilote d'avion. Sauf que ça ne se passe pas comme prévu, et c'est dépitée qu'elle rentre à son hôtel avant une nouvelle nuit de cauchemars des plus réels et troublants (et accessoirement bien gores). Le lendemain, la miss continue de découvrir la ville et passe par le cimetière... où une scène macabre l'attend. Et là, c'est le début des problèmes et je ne vous en dirai pas plus, mouhahahaha !

 

Des rencontres, des démons enfouis qui ne demandent qu'à remonter à la surface et s'échapper, un folklore aussi collant à la peau que la moiteur de la Louisiane, un étau qui se resserre et le réel qui se confond avec le fantastique, la plongée dans L'Emprise des sens vous réserve un bon nombre de surprises et d'émotions fortes !

Voyage entre deux eaux...

 

Alors, que dire sur ce roman sans trop en dire ?

Tellement de choses...

La première, la plus marquante pour moi, c'est la reconstitution des lieux ! INCROYABLE ! On y est ! C'est visuel, c'est sonore, on ressent tout comme si on y était ! On voit les couleurs, on sent la chaleur bien sûr, même la saveur des écrevisses à la sauce cajun se retrouve sur notre palais, et cela même si on en a jamais mangé ! Les odeurs, et surtout la musique ! On ressent tout, c'est prodigieux et complètement immersif ! La ville et son carré français sont très bien décrits, on apprend plein de choses, et plus encore sur la culture du vaudou, véritable institution. C'est un sujet qui m'a toujours intéressée, et je n'avais pas encore eu le temps de l'approfondir. Et bien j'ai retrouvé quelques accents de la saison 3 de la série American Horror Story qui y était consacrée en partie. J'ai appris plein de choses sur Marie Laveau, la reine du Vaudou, sur Baron Samedi, sur les vrais zombis, sur les origines et le développement du vaudou. Et tout ça sans aucune lourdeur ! Chapeau pour les recherches, Madame Erbel !

 

Un mot maintenant sur l'intrigue : elle est claire et sans fioritures. Certains pourront reprocher un style parfois confus, ou quelques maladresses stylistiques. Mais on passe vite outre car la narration au présent nous prend direct par la main et on n'a pas envie de lâcher. Le tout est entrecoupé de flashbacks qui vont retracer la genèse du tueur. Parce que oui, c'est bien de cela qu'il s'agit, un odieux et sadique tueur en série qui décime la ville avec ses rites très connotés vaudou. C'est addictif, on bascule dans le page turner. Ce qui m'amène à la particularité de ce roman: sa classification ! Sur la couverture, on nous mentionne "thriller". Oui, il y a de ça, sur fond de polar car on va suivre une enquête de police. Mais on tâtonne sans cesse du côté du fantastique, on ne sait pas tout de suite si on est dedans ou si c'est dans la tête de Talia. Bien sûr, vous serez vite fixés, et peut-être déçu si vous n'avez pas l'esprit ouvert. Ce qui n'a absolument pas été mon cas !

La psychologie des personnages est finement construite, évolutive. C'est vrai qu'au début, je n'ai pas été très emballée par l'héroïne, que j'ai jugé trop naïve. Mais au fur et à mesure, elle s'affirme et nous révèle ses failles qui la rendent plus humaine. J'ai beaucoup apprécié le flic Louis Lafontaine, bourré de tocs mais au final très speed et pro. Le médecin légiste Basile était aussi très intéressant à découvrir, tout comme la plus réservée coéquipière, Meryl...

On pourrait même dire que ce roman est initiatique, autant pour l'héroïne que pour le lecteur qui ne va pas savoir tout de suite dans quoi il s'embarque. J'avoue avoir eu peur avec l'idylle naissant entre l'héroïne et Basile. Vous le savez, je n'ai pas du tout un coeur de guimauve, et les histoires d'amour dans un livre ont tendance à me faire chier. Là, c'est passé tout seul ! Sans doute parce que le côté romance

Enfin, comment ne pas aborder le personnage du tueur en série ! Incroyable lui aussi ! Au début, lorsqu'on fait sa connaissance, on se dit qu'on va encore avoir droit à un classique du genre. Et puis on se souvient du CV de l'auteure, et effectivement, elle nous en met plein la tronche ! Je l'avais pas vu venir jusqu'au moment où un indice est révélé, presque à la fin du roman. Et là, je me suis dit que j'avais pas encore vu un tel psychopathe, et pourtant, j'en ai déjà rencontré un sacré paquet (dans les livres, pas dans la vraie vie, quoi que...). C'est original, cohérent, profond, triste (même si on ne peut pas excuser pour autant) et on va alors aborder un sujet encore relativement tabou.

 

< EXTRAITS >

 

" La Nouvelle-Orléans est connue aux yeux de certains pour être un lieu de " perdition ". Talia, elle, trouve plutôt l'endroit entraînant, excitant. Le contraste saisissant comparé à l'important puritanisme du reste des États-Unis fait de la Nouvelle-Orléans une oasis de plaisirs éphémères au milieu de l'Amérique profonde et traditionaliste. Sans oublier le côté mystique de la ville. Le côté obscur, le vaudou, les vampires ! Mélange exotique et mystérieux, agrémenté de légendes plus effrayantes les unes que les autres. Un paradis pour les esprits un peu rêveurs et romantiques, fascinés par les vieilles histoires ! "

(...)

" En observant la scène, Talia ne peut s'empêcher de penser que l'être humain est un voyeur au sens le plus cru du terme. Il éprouve une sorte de fascination pour le morbide et l'horreur. Il se demande comment on peut commettre de telles abominations, et cela, pour essayer de se rassurer. Il veut se donner bonne conscience. Il aime se positionner en spectateur comme s'il était dans son fauteuil, devant sa télévision. Il pense qu'il ne sera jamais concerné par ce genre d'événement !

Il regarde tout ça avec dégoût en public, mais il est secrètement envoûté, en pensant que cela ne peut pas se produire, qu'il est trop équilibré pour ça. C'est toujours aux autres que de telles tragédies arrivent ! Mais la frontière est là, toute proche, presque invisible. En chacun de nous. Est-ce que certains de ces curieux en ont conscience ?

Qui dit qu'un jour, il ne sera pas la victime qui se trouve derrière cette bâche ? Ou pire, qui dit qu'un jour, il ne sera pas le " prédateur " ? Talia, elle, en a conscience ! Et bien plus qu'elle ne le voudrait ! "

(...)

" Un homme crie.

Un cri de douleur et de désespoir qui déchire la nuit.

Un cri qui fait froid dans le dos, mais que personne n'entend.

Elle baisse les yeux et aperçoit un homme, couché par terre.

Une lame pénètre alors sans pitié dans son plexus, remonte jusqu'à la gorge, puis redescend méthodiquement jusqu'au pubis.

Mon Dieu !

Le sang gicle de toute part et toujours cette main assassine sans pitié et sans visage qui fait subir les pires tortures à sa victime.

Puis, les cris cessent et laissent place à d'effroyables borborygmes, L'homme est toujours vivant. Des bulles de sang s'échappent au rythme de sa respiration saccadée. La douleur et la peur produisent comme une étincelle dans son regard. Une lueur de vie toujours présente malgré le supplice. Ne dit-on pas que le moment où l'on se sent le plus vivant, c'est quand on soufre ? Quelle ironie !  "

(...)

" Vous savez, ici, c'est la Louisiane. La magie a une forte influence sur la vie quotidienne de chacun. Le vaudou, les gris-gris, les sortilèges, même si ce sont des histoires de vieilles bonnes femmes pour la plupart, restent très présents ici, et ce n'est pas seulement du folklore pour attirer le touriste. "

(...)

" - En fait, nous pouvons tous, à un moment de notre vie, ressentir de la rage ou des envies de meurtres par exemple. Mais, ce qui nous différencie des tueurs en série, c'est cette entrave mentale qui nous empêche de franchir la limite. On appelle ça aussi la " morale ". Dans le cas des tueurs psychopathes, la morale n'existe plus, la frontière s'efface et ils passent à l'acte. 

- Mais ils sont fous ou pas ? demande Azaia, visiblement très intéressée par le sujet.

- A vrai dire, certains peuvent souffrir de pathologies, comme la schizophrénie. Ils entendent des voix qui leur ordonnent d'accomplir telle ou telle action. Un passage à l'acte commis par une personne schizophrène est souvent très violent et choquant comme par exemple un adolescent qui tue ses deux parents, mais il s'agira plutôt d'un acte isolé et non d'une série de meurtres. Encore faut-il prouver la concomitance des faits et de la crise schizophrénique. En revanche, la psychopathie n'est pas une maladie, mais un trouble de la personnalité. Ce qui signifie que lorsqu'on parle d'un tueur psychopathe, on a affaire à quelqu'un de tout à fait rationnel, sain d'esprit et calculateur, sans aucune empathie pour autrui. Un mental peut être mauvais, mais pas anormal. Les criminels présentant des troubles du comportement, même aigus, connaissent très bien la différence entre le bien et le mal. Et parce qu'ils choisissent consciencieusement leurs victimes, et que pour certains ils cherchent à dissimuler les corps, ou s'attachent à un rituel particulier, il n'y a aucun doute sur le fait qu'ils savent que ce qu'ils font est contraire à la loi et à la morale. "

Encore un tueur au masque ? Ouais, mais c'est pour la bonne cause...

Encore un tueur au masque ? Ouais, mais c'est pour la bonne cause...

Un peu de tourisme et de culture générale, la tombe de Marie Laveau - the Queen of Vaudou ! Vous découvrirez dans le roman pourquoi y a plein de X tagués sur les murs de son mausolé !!!

Un peu de tourisme et de culture générale, la tombe de Marie Laveau - the Queen of Vaudou ! Vous découvrirez dans le roman pourquoi y a plein de X tagués sur les murs de son mausolé !!!

Une boutique de souvenirs...

Une boutique de souvenirs...

Portrait de Marie Laveau, mascotte malgré elle de la Nouvelle-Orléans !

Portrait de Marie Laveau, mascotte malgré elle de la Nouvelle-Orléans !

Un style architectural unique...

Un style architectural unique...

Le Baron Samedi... vous vous demandez qui c'est ? (non, ça n'est pas qu'un méchant dans James Bond !) Ben vous en apprendrez plus sur lui aussi !

Le Baron Samedi... vous vous demandez qui c'est ? (non, ça n'est pas qu'un méchant dans James Bond !) Ben vous en apprendrez plus sur lui aussi !

Intérieur d'une boutique vaudou

Intérieur d'une boutique vaudou

MA NOTE : 4.5 / 5

-> Un thriller folklorique et immersif aux confins du fantastique et du vaudou ! Un splendide voyage dans la moiteur et la chaleur de la Nouvelle-Orléans, et une plongée vertigineuse dans des psychés torturés et brisés par la vie.

 

L'Emprise des sens est un premier roman très réussi ! Très prometteur ! De plus, ça n'aura pas échappé aux yeux de lynx de certains mais le chiffre 1 figure sur la couverture, laissant présager une suite. Il me semble avoir entendu quelque part le mot "trilogie", donc très cohérent avec ce premier volet car il subsiste malgré tout quelques questions une fois le roman terminé. De même que l'auteure y a posé les bases d'un personnage qu'on prendra plaisir à voir évoluer.

Les plus pointilleux des lecteurs pourront sans doute reprocher deux choses : d'avoir l'esprit très ouvert (le côté parfois pas trop réaliste etc... mais gardez à l'esprit qu'on n'est pas dans une biographie, que c'est un roman, hein !), et deuxio, quelques petites maladresses de style mais qui encore une fois ne nuisent (pour moi) absolument pas à la lecture.

Ce roman a des allures de page-turner, il est captivant, il nous entraîne dans les méandres de la folie et dans une région où la magie est souvent de mise, où le réel et l'insaisissable se mélangent à foison. Immersif, il possède quelques scènes bien crues qui choqueront sans aucun doute les lecteurs les plus sensibles. De la violence factuelle, bien sûr, mais psychologique (vous verrez à propos des "démons" de Talia). Parfois c'est difficilement soutenable mais comme le dit l'adage, c'est le jeu ma pauvre Lucette ! 

En somme, dans ce roman sont réunis tous les ingrédients pour en faire un premier roman réussi et plein de promesses ! Une auteure qui gagne à être lue, et qui nous réserve de futures pépites, je n'en doute pas ! J'attends de pied ferme le tome 2 !

Beaucoup d'humour, de références rigolotes et culturelles, une psychologie des personnages fine et bien travaillée, de la profondeur, de l'histoire, du mysticisme, de l'action, de l'émotion, de la violence, une critique de la société, des sujets tabous, un peu d'espoir, des "démons" à combattre, un peu de rêve, des rebondissements, du suspens et un psychopathe haut en couleurs ! Essai réussi pour moi !

 

Sacha Erbel

Sacha Erbel

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Collectif Polar Ge 24/07/2017 11:14

Une formidable découverte que ce bouquin !
En plus il est doublé d'une double rencontre !
Celle d'abord d'Hélène l'éditrice de Sacha, une femme passionnée, chaleureuse, enthousiaste, bienveillante comme je les aime.
Et de Sacha, un vrai rayon de soleil que cette auteur ! mais comment une femme aussi lumineuse peut écrire de telles horreurs !
Et merci pour ce belle avis ! Il faut découvrir et faire découvrir L'Emprise des sens " de Sacha Erbel

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