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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

29 May

" Dans les eaux du Grand Nord " de Ian McGuire (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Dans les eaux du Grand Nord " de Ian McGuire (2017)

Je pense pas te choquer en te rappelant qu'une couverture de livre, ça joue pour beaucoup dans l'envie de lire un livre ou pas.

La couv' de Dans les eaux du Grand Nord, dès que je l'ai vu j'ai su. J'ai su qu'il fallait que je le lise. Elle est belle, hein ! Elle invite au dépaysement, tu trouves pas ? Et t'as pas idée du dépaysement que tu vas vivre si tu lis ce bouquin...

Les brochés des Éditions 10-18, j'en avais pas encore lu. Ian McGuire ? Inconnu au bataillon. Ouais, on peut pas tout connaître non plus. Sur le coup, ma première impression a été que le livre causait sirènes... Tu peux te moquer si tu veux, j'aime que mes lecteurs se divertissent en venant fureter ici bas.

La 4ème a eu le mérite de briser mes rêves...

 

Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l'armée britannique traînant une mauvaise réputation, n'a pas de meilleure option que d'embarquer sur le Volunteer, un baleinier du Yorkshire en route pour les riches eaux du Grand Nord. Mais alors qu'il espère trouver du répit à bord, un garçon de cabine est découvert brutalement assassiné. Pris au piège dans le ventre du navire, Sumner rencontre le mal à l'état pur en la personne de Henry Drax, un harponneur brutal et sanguinaire. Tandis que les véritables objectifs de l'expédition se dévoilent, la confrontation entre les deux hommes se jouera dans les ténèbres et le gel de l'hiver arctique.

 

Sélectionné pour le Man Booker Prize, Dans les eaux du Grand Nord est considéré comme l'un des dix meilleurs livres de 2016 par le New York Times.

 

" Aussi passionnant que convaincant, plein d'esprit et de vivacité. Une réussite remarquable. "

Martin Amis

 

" Un tour de force de tension narrative et la reconstitution magistrale d'un monde disparu. "

Hillary Mantel

 

" Ian McGuire écrit avec l'attention du détail d'un poète, et imprègne ce roman sombre et violent d'une beauté troublante. "

Ron Rash

 

Dépaysement assuré ? J'ai décidé d'embarquer pour ce voyage, très réticente. Parce que la chasse à la baleine, ça ne me parle absolument pas. Et j'ai limite pas envie que ça me parle. Beurk. Parce que je sais que ça va me foutre la haine... T'as pas idée...

Autre temps autres moeurs... ouais, on a du mal à comprendre, j'avoue...

Autre temps autres moeurs... ouais, on a du mal à comprendre, j'avoue...

-> " C'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme... " (air connu.. tatata !!!)

 

Ça commence sur un port. Un gars, Henri Drax, véritable engeance de l'humanité... j'te dis pas ce qu'il fait, t'auras vite fait de le découvrir. Bref. Un gars pas fréquentable. Harponneur, il doit s'embarquer sur un baleinier dès le lendemain. Tu comprends qu'il est insatiable. Qu'il suit ses propres règles.

Chapitre suivant, un autre gars doit embarquer sur le Volunteer, un baleinier qui doit partir pêcher dans les eaux du Grand Nord. La baleine. Parce que c'est la grande époque de la chasse à la baleine. Ouais, j'te rappelle qu'on se trouve à la fin des années 1850. Autre temps, autres moeurs. Ouais, t'as pas idée à quel point !!!

Patrick Sumner a été chirurgien dans l'armée britannique. Il a connu le siège de Delhi. Il pensait y avoir vu le pire de l'humanité. Il s'est bien gouré... donc revenu au pays, jouissant d'une mauvaise réputation, il n'a rien trouvé de mieux que de s'embarquer lui aussi sur le Volunteer, en attendant un hypothétique héritage ou une meilleure option. C'est en tant que toubib qu'il est embauché. Sauf que le gars il traîne aussi ses casseroles et ses addictions... Bon, il s'imagine qu'il va pouvoir se la couler douche, planer un peu, dormir, se reposer, lire l'Illiade et profiter de l'air marin. Ses espérances vont en prendre un sacré coup : il va se heurter à un monde hostile et d'une violence...

Le Volunteer prend la mer pour le Nord, les baleines se font rares, les phoques non. La pêche à la baleine connaît ses dernières heures de gloire. L'ère du pétrole ne va pas tarder à commencer... la concurrence avec les autres baleiniers, les enjeux économiques de cette pêche, le danger qui rôde à chaque instant, la glace... un monde à 200% hostile !

La vie à bord est vite perturbée par un incident : un jeune mousse demande à voir Sumner pour des maux de ventre. Lors de l'examen, le chirurgien découvre que le gamin a été sodomisé assez brutalement mais le gosse ne tilte pas, un peu simplet ou effrayé ? Sumner cherche à comprendre. L'équipage est sous le choc... sauf que le lendemain, on retrouve le gosse mort, et dans un sale état. J'te laisse imaginer l'ambiance à bord.

Tandis que les dangers se rapprochent, que les baleines demeurent invisibles, le Volunteer va sombrer peu à peu dans les affres de la détresse humaine et de la perversion. Connaîtra-t-il le salut et la rédemption dans un milieu aussi hostile  ?

Ne devient pas chasseur de baleine qui le veut... c'est quand même dangereux !

Ne devient pas chasseur de baleine qui le veut... c'est quand même dangereux !

-> L'Appel du Groenland

 

 

La nature indomptée et sauvage... hein, que ça vend du rêve !

La nature indomptée et sauvage... hein, que ça vend du rêve !

Dans les eaux du Grand Nord c'est un roman inqualifiable. Il est pluriel, il vit plusieurs vies, il t'entraîne aux confins du monde. Putain, c'est violent !

C'est gore, sanguinaire, dur... reflet de l'époque oblige ! La chasse à la baleine, en soi, c'est difficilement soutenable dans les descriptions. Mais toi, lecteur et ami des bêtes, tu risques de pas aimer la suite : la chasse aux phoques ! Gerbante !!! Et le pire c'est qu'elle, elle est toujours en cours...

Non, j'ai préféré m'abstenir de te mettre de vrais photos de chasse aux phoques... il y en a bien assez qui circulent sur internet !!!

Non, j'ai préféré m'abstenir de te mettre de vrais photos de chasse aux phoques... il y en a bien assez qui circulent sur internet !!!

Ah ! Et pis c'est pas fini ! Histoire d'amortir la ballade en mer, faut se faire de l'oseille ! Hé ouais, l'humanité cupide dans toute sa splendeur ! Au moins quelque chose qui ne changera jamais, ça rassure, hein ! Donc, la chasse à l'ours, et si possible, la capture d'un p'tit ourson orphelin. Bah oui, ça peut toujours intéresser un zoo ? Comment ça, ça ne relève pas du passé ? Ouais, t'as tout bon, on est encore en plein dedans. Bref. Parasite d'humains, j'te l'accorde !

 

Un ourson, c'est quand même vachement kawaï, mais évite quand même de le faire jouer avec ton clébard...

Un ourson, c'est quand même vachement kawaï, mais évite quand même de le faire jouer avec ton clébard...

Bon, oui, t'as compris que ce bouquin il est pas pour les midinettes ou les p'tites natures ! C'est une histoire qui dégueule de testostérone et de folie furieuse ! La folie de ces hommes désoeuvrés prêts à tout pour revenir les cales pleins de graisse de baleine, de peaux de phoques, de fanions... prêts à risquer leur vie pour une pêche violente et dangereuse. Des rebuts de la société pour la plupart, des hommes qui ont tout perdu, qui tente de trouver la rédemption dans cet enfer de glace et d'eau. Mais pas que...

Parce que dans cet enfer marin, tu peux trouver de tout : le mal à l'état pur, le tueur sanguinaire, violeur, pédophile, assassin, menteur. Et pis tu peux trouver un gars pas forcément tout propre sur lui, mais qui a conservé sa part d'humanité, et qui va s'y accrocher de toutes ses forces.

Et putain, cette ode à la nature sauvage, qu'elle est belle ! Qu'elle est puissante ! Qu'elle est révoltante ! Qu'est-ce qu'elle te parle, qu'est-ce qu'elle te hurle d'aimer la vie et de respecter la nature ! Mais elle le fait pas avec condescendance.

Y a de la poésie, brutale et sublime, forte et aérienne, grave et mélodieuse.

Y a cette violence qui te quittera pas. Qui te tiendra en haleine. Ces rebondissements, ces images, ces situations, ce froid qui t'engourdira même !

Inclassable roman que celui-là : je croyais m'embarquer pour un huis-clos en pleine mer, avec un tueur en série à traquer ou à entraver. Mais non, Dans les eaux du Grand Nord m'a emmenée bien au-delà : un roman noir, sombre, une odyssée glaciale, un roman d'aventure teinté de survivor extrême, à mi-chemin entre The Revenant et une aventure de Mike Horn (en bien plus extrême). Plus brutal que Moby Dick, plus bouleversant que L'Appel de la forêt, j'avais encore jamais lu un livre comme celui-là ! Il m'a retournée, bluffée, fait vibrer, haïr l'Homme et en même temps, comment ne pas aimer ce héros brisé et double, Patrick Sumner ? L'auteur réussit à nous le rendre sympathique puis à nous faire prendre nos distances dans la dernière ligne droite du roman : on ne le reconnaît plus, et on se dit WAOUH !

Alors ouais, ce roman c'est de la très très grande littérature ! Ça se boit comme du p'tit lait ! Tu verras pas le temps passer, t'auras sûrement envie de jeter le bouquin contre le mur plus d'une fois mais t'es humain... et par conséquent t'auras envie d'y retourner et de t'en prendre à nouveau plein la gueule !

Tu vas apprendre plein de choses, historiquement, sur tous les à-côté de la chasse à la baleine. Tu vas découvrir le Groenland et la culture des Esquimau, indomptée et sauvage, à mille lieues de nos contrées tellement matérialistes et compliquées.

Iceberg droit devant !

Iceberg droit devant !

< EXTRAITS >

 

" Ils lui apportent leurs blessures et leurs contusions, leurs migraines, leurs ulcères, leurs hémorroïdes, leurs maux d'estomac et leurs testicules enflés. Il leur donne des cataplasmes et des emplâtres, des onguents et des baumes : sel d'Epsom, calamine, ipéca. Si rien d'autres ne fonctionne, il les saigne ou leur pose des ventouses, il provoque des vomissements douloureux, une diarrhée explosive. Ils lui sont reconnaissants pour ces attentions, ces marques de soin, même lorsqu'il leur cause de l'inconfort ou pire. Ils croient même que c'est un homme instruit et qu'il doit donc savoir ce qu'il fait. Ils ont une sorte de foi en lui, sotte et primitive, peut-être, mais réelle.

Pour Sumner, les hommes qui viennent à lui ne sont que des corps : des jambes, des bras, des torses, des têtes. Leur chair forme la totalité de ses préoccupations. Quant au reste de leur personne - leur caractère moral, leur âme -, il y est tout à fait indifférent. Il estime qu'il n'a pas le devoir de les instruire ou de les guider vers la vertu, qu'il n'a pas à les juger, à les consoler ou à sympathiser avec eux. Il est médecin, il n'est ni prêtre, ni magistrat, ni conjoint. Il guérit leurs lésions, il trouve un remède à leurs maladies, quand c'est possible, mais, au-delà de ça, ils n'ont aucun droit sur lui, et lui, dans son état actuel de désarroi, n'a aucun réconfort à leur prodiguer. "

(...)

" Mentir lui vient sans difficulté, bien sûr. Les mots ne sont que des sons dans un certain ordre et il peut les utiliser comme il veut. Les porcs grognent, les oiseaux chantent et les hommes mentent, c'est comme ça, en général. "

Ian McGuire

Ian McGuire

MA NOTE : 5 + / 5

Un roman noir d'aventure sombre et violent ! Une odyssée humaine en pleine mer et cernée de glace et de désespoir. Poétique, presque mystique, profondément humain sans pour autant être dépourvu d'humanité, un récit hallucinant tantôt épique, dramatique et écoeurant. C'est aussi le requiem d'un monde révolu qu'on n'a pas connu et qu'on ne pourra sans doute pas comprendre dans son évidente complexité et sa dualité manifeste.

Bouleversant, subversif, un manichéisme déroutant et miroir, la haine qui se mélange à l'admiration, la poésie & la beauté qui succèdent à l'horreur et à la barbarie, l'admiration au dégoût.

Un inqualifiable maelstrom d'émotions aussi diverses que troublantes.

 

J'ai vraiment adoré ce roman, qu'est-ce que ça m'a changé de mes lectures habituelles ! Ce livre a le mérite de te rappeler tes priorités. Alors oui, il peut faire mal, il peut heurter, il peut écoeurer, mais c'est une ode à la vie, à la compassion, au dépassement de soi. À la soif de vengeance aussi, la loi du talion. Tout se pèse au final, le poids de nos actions dont on ne peut se dérober, pourrait-on dire. C'est édifiant, ça fait du bien au final !

Alors ouais, je suis d'accord avec les critiques prestigieuses lues ici et là...

 

" Le roman, de McGuire est une histoire brillante et sombre à la fois. Aucune lueur d'espoir, aucun répit pour ce conte épouvantable : les rares moments de gentillesse et camaraderie entre ces hommes en périls acquièrent donc une signification toute particulière et émouvante. Un voyage incroyable ! "

Publisher's Weekly

 

" L'attention aux petits détails et la description lancinante du froid, de la violence, de la cruauté inhérents à l'activité sanglante de la chasse à la baleine font la force de Dans les eaux du Grand Nord. Au coeur des ténèbres de Conrad n'est jamais loin : si l'horreur est le noyau de l'existence, comment y faire face ? "

The Guardian

 

" Certains passages de Dans les eaux du Grand Nord ont des accents de Conrad et de Melville, mais la plupart du temps c'est l'influence de Dickens qui se fait sentir... Un roman stupéfiant, du genre de ceux qui vous piègent d'entrée de jeu et ne desserrent leur étau qu'à leur fin abrupte. "

Financial Times

 

Peut-on trouver la lumière au fin fond de l'Enfer ? Ce roman vous fournira peut-être un semblant de réponse...

À lire si vous avez grand besoin de dépaysement et d'être bousculé dans vos habitudes de lectures !

GRANDIOSE !!!

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