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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

26 Apr

" Mille Morts " d'Olivier Bal (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Mille Morts " d'Olivier Bal (2016)

Y a un principe qui est, je trouve, un peu débile en littérature : celui de dédaigner l'auto-édition. Souvent, on reproche à un livre auto-édité son manque de sérieux, son amateurisme manifeste, ses fautes de styles, ses coquilles... je ne dis pas que ça n'est pas le cas, mais pas systématiquement. Autant, on peut trouver de tout et n'importe quoi dans l'auto-édition, et je dois dire beaucoup de frustrés... Autant on peut trouver des petites merveilles. Parce qu'il y a aussi un élément à prendre en compte : la liberté. La liberté de vendre son projet, d'être mieux rémunéré, de rester libre de ses choix artistiques, etc.. des auteurs indépendants comme Arnaud Codeville le font à merveille, et le succès est au rendez-vous. Mérité. Olivier Bal est de ceux-là. Avec son premier roman, Les Limbes, il a affolé la blogosphère et les ventes sur Amazon. Et le fait est que ce premier essai était plus réussi !

Il récidive cette fois avec Mille morts, un thriller psychologique complètement hallucinant dans lequel l'auteur se paie bien la tête de son lecteur ! Si, si. 

 

4ème de couverture :

 

Fuir est impossible.

Se cacher est illusoire.

Il n'y a pas d'autre issue que la souffrance.

Entre 2005 et 2016, Paul Klein va traquer sans relâche Frank Lombardo à travers les Etats-Unis. Paul a mis en place un jeu terrible qui ne laisse aucun répit à Frank. A chaque fois, il lui permet de s'installer dans une région, reconstruire sa vie. Puis, avec un machiavélisme toujours plus dément, il le piège et le brise. Pendant onze ans, Paul va faire connaître à Frank mille morts. 

Pourquoi un tel acharnement ?

Qui est le chasseur et qui est la proie ?

Dans ce jeu diabolique, y a-t-il un monstre, y a-t-il un innocent ?

Découvrez Mille Morts, un thriller implacable et bouleversant.

 

L'auteur

Olivier Bal est journaliste depuis une quinzaine d'années. Les Limbes, son premier roman, est devenu un best-seller sur Amazon. Il figure depuis sa sortie parmi les meilleures ventes thriller et fantastique. Mille Morts est son deuxième roman. 

Olivier Bal

Olivier Bal

-> Il était une fois, un chasseur et sa proie...

 

C'est l'histoire d'un drame. Celui d'une famille, apparemment bien sous tous rapports et heureuse, qui explose. Dans la famille Klein, je demande Alice, vétérinaire ; son mari, Paul, commercial dans une boîte de GPS ; et leur gamin, Danny, adolescent de son état. 

Un soir de février 2005, Alice ne rentre pas chez elle. Paul est fou d'inquiétude et s'empresse de sonner la cavalerie. Très vite la nouvelle tombe : on a retrouvé le cadavre d'une femme dans la chambre d'un motel perdu au milieu de nulle part pas loin de là. Visiblement, sa tête a heurté d'un peu trop près une table en verre et la chambre est dans un sacré foutoir. Paul est décontenancé : que faisait sa chère et tendre dans un motel de la sorte alors qu'elle était censée travailler ? Le couperet tombe : la belle vétérinaire venait chaque semaine dans ce motel, et pas seule... vous comprenez ou faut que je vous fasse un dessin ? La colère et l'amertume saisissent le commercial, d'autant plus qu'on a identifié l'assassin présumé de son épouse (ou l'amant) : un certain Frank Lombardo dont les états de service ne plaident pas en sa faveur (violent, passages par la case prison etc...). Paul se noie alors dans une quête de vengeance absolument démoniaque : il parvient à retrouver Frank et ne le lâchera plus, le pistant telle une pauvre bête, ne lui laissant pas le moindre répit. Lui donner un peu de mou - un dérisoire sentiment de liberté - pour mieux lui tomber dessus et anéantir tout espoir de revoir un jour la lumière. 

Frank, parlons-en... l'amant maudit, une espèce de Bertrand Cantat, peut-être ? Sa nana veut mettre un terme à leur liaison, il n'est pas d'accord, le sang monte, il veut la retenir et hop ! Plouf ! C'est la chute... et là c'est le drame, car tomber sur une table en verre c'est assurément ne pas avoir de bol... Homicide involontaire, sauf que Frank sait qu'il risque de prendre cher vu ses antécédents. Alors il prend la fuite... tout paumé qu'il est. 

Et ça devient donc l'histoire du chasseur, Paul, et de sa proie, Frank... 

 

 

-> " Un chasseur chassant chasser sans son chien est un bon chasseur... " (OK -> c'est nul, je pourrais sortir mais non, suis chez moi !)

 

Après la lecture de ce roman, mes impressions sont contrastées. Je suis partagée entre être sur le cul et être en colère (ouais, des fois ça m'arrive). 

L'idée de base du veuf cocu traquant l'amant sombre responsable de la mort de sa femme est plutôt bien vue. La construction de cette intrigue est complètement hallucinante : de courts chapitres incisifs, des sauts dans le temps, bref, une chronologie décousue et lâchée au compte-goutte, des chapitres dans lesquels s'expriment différents narrateurs (donc différents points de vue), tout cela est brillant. En même temps que Frank est manipulé, le lecteur l'est par l'auteur. On est, dès les premières pages, dans un page turner, il n'y a pas de doute. Ajoutez à cela une écriture très visuelle, un univers très froid, vide et dénué de chaleur & d'espoir, côté ambiance Mille Morts dépote grave ! 

Je parlais plus haut du lecteur manipulé, hé ! bien c'est l'impression que j'ai aussi quant à mes émotions : j'ai eu beaucoup d'empathie pour Frank, le pauvre gars injustement traqué, qui en subit... et qui reste - on ne sait trop comment - en vie ! C'est plus un dur à cuire à ce niveau-là, c'est un surhomme ! On se dit qu'il l'a pas fait exprès de tuer sa nana, un accident, une chute, ça peut arriver à tout le monde. On se dit plus loin que s'il a tué avant cela, bah c'est que l'autre crevure l'avait bien cherché, qu'il n'a réagit que par pur instinct d'auto-défense... mais à mesure que le jeu continue pour lui, que la traque se poursuit, qu'il entraîne avec lui des innocents... là ça commence à coincer. Notamment avec Jerry... quelle colère j'ai éprouvé ! Bien sûr, il y a eu avant cela un certain combat de boxe à trois contre un qui m'a filé la rage, mais quelque chose de bien. Pourquoi ? Bon, sans spoiler, j'avais vu sur les réseaux sociaux qu'une lectrice avait été heurté durant sa lecture par deux passages, concernant une certaine catégorie de personnages dont je ne dirai rien de plus. Et fatalement, j'ai senti ces deux scènes-là se pointer, je me suis doutée de leur véritable teneur. Et j'ai pas aimé. A croire que pour faire le buzzz, accrocher le lecteur névrosé, c'est un passage obligé que de massacrer aussi ignoblement cette catégorie de personnage... Désolée, j'ai dis que j'étais en colère, j'explique pourquoi. Pour autant, c'est pas que je vais descendre le bouquin mais ça reste mon point noir.

J'en reviens donc à Frank qui a fini par m'énerver à surjouer la victimisation. Mais un peu de cran ! A subir tout ça, comment peut-on ne pas envisager de se foutre en l'air ? A quoi bon tenir ? Vu tout ce qu'il prend dans la gueule, j'ai pas compris pourquoi il tenait bon...  (rires). Ah si ! On me souffle dans l'oreillette qu'on menaçait l'un des proches s'il tentait quoi que ce soit... oui mais bon... 

Par contre, je n'ai pas aimé avoir de l'empathie pour le tortionnaire, le chasseur, Paul Klein, le pauvre veuf cocu. Il se comporte dès le départ comme un pauvre naze avec son gosse qu'il refile à papy et mamy pour pouvoir partir à la chasse (en gros). Il n'en démord pas, même quand son "associé" essaie de lui faire entendre raison. Alors, OK, on peut tenter de se mettre à sa place, se demander comment on aurait réagi à sa place... le fait est que j'en sais rien, des gens qui m'ont fait des crasses j'en ai connu un paquet, tout comme vous je suppose, mais jamais je n'ai eu l'idée de me prendre autant la tête par pur esprit de vengeance. Ce qui me fait dire que je peux comprendre dans une certaine mesure mais que la folie a vite pris le pas. Et quand on arrive aux révélations de fin et qu'on réalise à quel point on a été berné... ben non, même quand la situation se retourne contre le chasseur : bien fait pour ta gueule ! hé ! hé ! Oui, suis en colère !!! 

La fin est hallucinante, je me suis surprise à rire : le truc surréaliste (attention, j'ai pas dit "pas crédible"). Après tout, sans doute que passé un cap, quand on a été aussi loin dans la folie, dans la souffrance, dans la cruauté, on relativise. Et on se dit alors que ces deux gars-là, ça pourrait bien être deux âmes soeurs : Paul & Frank, manipulés par la même femme au nom de leur amour fusionnel. Ça en devient presque tout mignon (rires) ! Au final, dans les derniers chapitres on retombe dans un nuage de douceur, de tolérance, d'amitié, de pardon... vu le reste du bouquin, ça contraste pas mal, et rien que pour ça je ne m'y attendais pas ! 

 

< EXTRAITS >

 

Je suis allé au travail une journée, laissant entendre à mon boss que j'étais prêt à reprendre mon activité. Ça a été un supplice. Ces visages apitoyés, ces sourires appuyés, ces mains posées sur mon épaule, ces " ça va... tu tiens le coup "... toute cette fausse peine. Tous ces collègues qui, pendant des années, m'avaient oublié, me laissant prendre la poussière dans mon coin, me regardaient à nouveau. A midi, ils ont insisté pour que je déjeune avec eux à la cantine de l'entreprise. Ils ont tenté de me changer les idées, me parler d'autre chose, de tout sauf d'elle, mais j'ai bien senti, derrière leurs gestes de façade, leurs regards chargés de malaise, voire de dégoût. Le malheur fait peur, il rebute. On pense qu'il s'agit d'une maladie transmissible. C'est peut-être vrai. "

(...)

Mais sache une chose... Tu vas connaître mille morts. Je veux que tu souffres à l'infini. Je veux qu'à travers ce que je t'infligerai, cette haine que j'ai en moi, cette douleur s'efface. Je veux que tu paies pour ce que tu nous as fait. Et je peux t'assurer que tu vas payer... "

(...)

Dans la vie, je crois qu'il n'y a pas de gentille morale à la fin, pas de happy end. Il n'y a que le hasard, le poids de nos erreurs et le mauvais sort. Pas de destinée, pas de chemin écrit à l'avance. On est ce qu'on fait. Point. "

(...)

Je suis un iceberg qui, lentement, irrémédiablement s'effrite et s'enfonce dans les eaux noires de l'oubli. "

 

MA NOTE : 5 / 5 

-> Un thriller psychologique dramatique, haletant, survolté, cruel qui ne vous laissera aucun répit. Une fable moderne sur l'art de la chasse, dans laquelle le chasseur et la proie ne sont pas forcément ceux auxquels on penserait. Un jeu macabre, inhumain, incroyablement retors qui vous emmènera aux confins de la folie humaine. 

 

Avec Les Limbes, Olivier Bal frappait déjà fort. Avec ce second roman, Mille Morts, on entre dans la cour des grands ! 

Attention toutefois aux coquilles qui s'y baladent allègrement et aux erreurs de prénoms.

Le style est clair, limpide, visuel, froid. Ça n'est pas transcendant quand on y regarde de plus près mais l'intrigue est tellement percutante que sincèrement on y prête pas attention, et il contribue à l'envie de tourner les pages toujours plus vites. 

J'essaie de chercher la petite bête noire (snif) mais honnêtement je ne vois pas de reproches à faire si ce n'est l'extrême cruauté de certaines scènes (et une violence qui m'a parfois parue gratuite). Parfois, je me suis dis que ces deux-là, Paul et Frank, devaient être sacrément sadiques & masochistes ou peut-être sexuellement troublés pour se déchaîner l'un contre l'autre de la sorte ! LOL Enfin, je suppose qu'essayer de mettre de la raison où il n'y a que folie, désespoir et solitude c'est peine perdue. 

Un roman dans lequel les personnages ne sont ni tout blanc ni tout noir, il y a tellement de nuances qui les colorent... ce ne sont que des humains, après tout. Capables du pire comme du meilleur. Chapeau bas pour la manipulation qui est présente du début à la fin : je dois dire que je n'ai pas vu venir certains rebondissements. Vous aurez très certainement envie de jeter le livre contre un mur plus d'une fois, mais au final vous serez bien content de ne pas l'avoir fait (rires) ! 

Enfin, si je devais résumer ce livre en un mot : inhumain ! C'est inhumain de vivre ça, de survivre à ça, tout comme c'est inhumain d'infliger tout ça, de se claquemurer dans sa névrose et d'y couler ! Paradoxalement, c'est dans cette inhumanité que la lumière va finir par émerger et réchauffer les âmes... troublant et magistral ! 

Vivement le prochain livre, M'sieur Bal !

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