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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

22 Apr

" Dieu pardonne, lui pas ! ", de Stanislas Petrosky (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Dieu pardonne, lui pas ! ", de Stanislas Petrosky (2017)

Quand Estéban Lehydeux, le curé exorciste surnommé Requiem, rempile pour de nouvelles aventures, on ne peut que se réjouir ! Le premier opus de notre Don Camillon défroqué et très porté sur la bibine nous avait laissé un très bon goût en bouche, si je puis dire... Alors autant dire que ce second volet a de quoi nous affamer. La magnifique couverture (comme toutes ses créations graphiques par ailleurs...) de Caroline Lainé nous donne d'emblée le la : un port, la nuit, le Havre, un tag nazi sur une bitte d'amarrage... et la bénédiction de Patrice Dard, il n'en faut pas plus pour faire frétiller de plaisir le pauvre lecteur manipulé et faible que nous sommes... eh oui, l'homme est faible face à la chair livresque ! 

 

4ème de couverture :

 

Estéban Lehydeux, dit Requiem, est de retour. Le curé exorciste débarque cette fois sur le port du Havre. Il y découvre un docker bien sous tous rapports - si, si, ça existe - accusé de meurtre : une boîte d'import-export d'objets et de matériels pas bien catholiques ; un syndicaliste forcené mais pas mauvais bougre ; des fanas du troisième Reich, et bien évidemment une accorte jeune femme tellement mal fringuée qu'il s'empresse toujours, dès qu'il la croise, de la déshabiller !

Entouré de ces drôles de paroissiens notre héros, un Don Camillo carburant à la bière plus qu'à l'eau bénie, va devoir jouer du goupillon et faire quelques entorses aux règles de son ministère pour parvenir à distinguer le bon grain de l'ivraie...

 

Ce deuxième épisode des aventures de Requiem nous replonge dans l'histoire de Jules Durant, qui défraya la ville du Havre en 1910. Cette sorte d'affaire Dreyfus dans le monde ouvrier est encore dans les mémoires de nombreux havrais.

 

A propos de : Je m'appelle Requiem et je t'...

 

" Donc, voilà un bouquin optimiste sur l'humanité qui part en sucette... Tu lis ça, t'as la patate, parce que c'est très drôle et en plus, ça te laisse des questions dans le ciboulot. Ça clache sec, ça t'envoie des mots enrobés... Çui-là, il a pas sa langue dans le bénitier ! "

Nadine Monfils

" Gros coup de coeur pour ce polar quelque peu atypique ! C'est peu dire que Stanislas Petrosky est habité par les démons de Frédéric Dard, Michel Audiard, Antoine Blondin et autres Alphonse Boulard.

Bob Garcia, France 3

 

Port du Havre

Port du Havre

-> On prend les mêmes et on recommence ? 

 

Ah ! Tu crois sans doute que ce second opus est un bis repetita du tout premier ? Et bien non ! Bim ! Dans ta face de médisant ! Parce que le Requiem, il a a boule à zéro maintenant ! Oui, je sais : snif ! Adieu longue crinière de boucles et barbe à la hippie, désormais le Requiem ressemble plus au John McClane de Piège de Cristal. Oui, c'est un autre genre... Bon, quoiqu'il en soit, ton âme de midinette en chaleur ne sera pas trop en peine puisque le curé vicelard n'a rien perdu de sa gouaille, bien au contraire ! 

C'est donc un Requiem version Mr Propre qui déboule au Havre et entend parler d'un meurtre ayant eu lieu sur les docks. Un gars est mort poignardé et tout accuse son collègue (le gars se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment), un syndicaliste pas bien méchant. Et pas de bol pour lui, il a le même patronyme que le type qui défraya la chronique en 1910, Jules Durand. Il en faut pas plus pour intéresser le curé agent secret du Vatican, parce que bon, sa mission c'est de chasser TOUS les démons. Oui, et on sait bien qu'il sont légion parmi les simples mortels...

Aidé d'une copine du coin, Requiem se fait embaucher dans la boîte où travaillaient le moribond et l'accusé innocent... une curieuse boîte d'import/export qui déjà, rien qu'avec son nom, ne paraît pas très nette... la Ody-Art. Oui, on ne l'invente pas ! Même qu'elle est spécialisée dans le transport d'objets d'art, entre autre... hum... hum... enfin, des babioles pas bien catholiques comme va très vite le découvrir Requiem. Fausse identité et tout le tralala, il débute en bas de l'échelle et on le fait bosser comme un vrai forcené. Paraît que l'esclavagisme a été aboli... Tu parles ! Estéban se lie très vite avec un certain Vigneron, un chef d'équipe virulent et accessoirement syndicaliste. Très vite, il apparaît évident qu'il se passe des choses plus que louches dans une autre pièce qui est sensée abriter une machine pour faire des colis. Ne me demande pas de t'expliquer en quoi ça consiste, parce que je m'en tamponne le coquillard et que mon rêve ultime dans la vie ça n'est pas de fabriquer des cartons. Revenons à nos moutons plutôt... Oui, Requiem est très vite branché sur une journaliste qui enquête sur la Ody-Art, parce que paraît que son directeur serait très fan du 3ème Reich et autres joyeusetés à la croix gammée. Sandy, qu'elle s'appelle.. un numéro ! A première vue, un laideron avec des formes. Enfin, disons que sa façon de s'habiller peut prêter à confusion : daltonisme ? mauvais goûts ? Mais vous connaissez le curé défroqué... il ne résiste pas bien longtemps à l'appel de la (bonne) chair. Une collaboration explosive entre le curé et la journaliste, pour le plus grand (dé)plaisir du lecteur (prude) que j'espère, tu n'es pas, sinon tu risques d'être, au choix :

- déçu(e)

- gavé(e)

- choqué(e)

 

 

Le bar à bières Le Trappiste au Havre - l'un des cadres de l'action dans lequel vous pourrez vous rendre en pèlerinage si vous le souhaitez...parce qu'il existe bel et bien !

Le bar à bières Le Trappiste au Havre - l'un des cadres de l'action dans lequel vous pourrez vous rendre en pèlerinage si vous le souhaitez...parce qu'il existe bel et bien !

-> L'étonnant Stanislas Petrosky !

 

Ils sont nombreux à vouloir la peau des méchants nazis...

Après le snuff movie, Requiem explore un nouveau milieu peu reluisant, propre aux bas-fonds de notre société. Un environnement et des thématiques qui font très froid dans le dos, d'autant plus qu'ils sont véridiques (et là je dois me censurer pour ne pas heurter tes chastes oreilles). 

Comme dans le 1er tome, sous couvert d'humour noir très décalé, grossier mais jamais vulgaire, fleuri et très poétique, l'auteur dénonce des travers de notre société qu'il est toujours bon de rappeler (des fois que t'aurais oublié), du genre la pédophilie dans le clergé catholique. Du coup, un curé libidineux, c'est pas très grave surtout si les donzelles sont consentantes et même demandeuses (c'est parfois même à la limite du harcèlement sexuel, pauvre Requiem !). Le style est toujours aussi original, décalé, barge. On entre de suite dans l'histoire, vu que l'auteur nous cause (et ne manque pas de nous rappeler - des fois qu'on aurait des objections, sait-on jamais - que c'est lui l'auteur). Et même quand tu commences à te dire que Requiem ne pense qu'à ça (j'entends par là, la fourrer dès qu'il en a l'occasion), ben l'auteur admet bien volontiers que ça commence à faire beaucoup et la joue plus light, sinon il aurait fallu censurer ou bien indiquer la mention " roman pour adultes" . Encore une fois non, point de vulgarité, c'est tellement drôle de lire une scène de cul chez Stanislas Petrosky qu'on lui pardonne bien volontiers ses égarements... Bon, et puis les notes de pages... Ah la la ! Que de drôleries ! Surtout quand presque à la moitié du livre, l'auteur t'avoue que chaque titre de chapitre est une contrepèterie, t'obligeant de ce fait à revoir tous les titres pour les trouver... et là c'est le drame ! Tu te marres comme une grosse baleine, parce que t'es un lecteur faible... et qu'il t'en faut pas beaucoup pour te gausser. 

Autre point, et pas des moindres, les nombreux hommages rendus aux amis auteurs de l'auteur : y a du beau monde qui passe à la casserole, certains se voyant gratifier de personnages hors normes comme Michel (et Sandy, je présume) Vigneron, Marc Falvo, Maxime Gillio (si je me souviens bien) et même Sandra Martineau qui récolte une position du kama sutra, rien que ça ! 

Bon, y a quand même un point noir, et un gros : ce livre est un vil tentateur... à boire de la bière ! Le QG de Requiem et de toute sa clique, c'est le bar à bières le Trappiste (qui existe réellement)... et ben ça donne soif tout ça ! Je ne vous félicite pas Mr Petrosky ! 

Avec Dieu pardonne, lui pas ! tu vas voyager ! Tu vas même remonter le temps... tu vas lire des choses qui vont te faire hurler de rire, jouir (oui, il y a beaucoup de scènes explicites alors prévois l'essuie-tous, on sait jamais), apprendre des choses sur tes ancêtres, sur l'art moderne, la fabrication de colis, tu vas solliciter tes neurones, bref, pour 18 euros tu vas rentrer largement dans tes frais ! 

Alors fais-toi plaisir, et si t'as pas encore lu le précédent tome (tu ne manqueras pas de te fouetter et de réciter 5 "je vous salue Marie" pour la peine !) ne panique pas ! C'est pas grave du tout si tu les lis pas dans l'ordre, et si t'as besoin d'un petit stimulus, va donc voir ma chronique aux petits oignons de Je m'appelle Requiem et je t'... !

 

Bon, j'en dis pas plus. Tu comprendras (enfin je l'espère) que pour préserver tes oreilles chastes et le plaisir de la découverte, je ne peux point trop t'en dévoiler. Et j'ai comme l'impression d'en avoir déjà dit beaucoup ! 

< EXTRAITS >

 

- Philippe, ça va ?

Question on ne peut plus conne, je te le concède quand le type à une lame enfoncée dans le bide et qu'il fait de jolies bulles d'hémoglobine qui explosent de mille reflets sous l'éclat du lampadaire. "

(...)

Je ne sais pas si tu as déjà mis les pieds au Havre ?

Parce que l'architecture Perret, c'est quelque chose, le mec a découvert deux trucs qui l'ont perturbé, ou inspiré, c'est comme tu veux, dans sa vie : le té à dessin et le béton...

Quand on lui a présenté la ville en ruine, le mec ne s'est pas fait chier, il a tiré des lignes droites, des parallèles et des perpendiculaires pour faire renaître Le Havre de ses cendres et il y a posé des cubes de béton. L'avantage c'est que tu n'as pas trop de virages, les havrais peuvent rouler bourrés et concurrencer leurs voisins bretons. Par contre c'est vite monotone, c'est fade.

Mais un jour tu as un autre architecte qui a échoué au Havre et le mec il devait avoir envie de faire chier le fantôme de Auguste Perret. En plein milieu du Lego urbain, le gars il te monte comme une cheminée de centrale nucléaire croisée avec un Flamby, le Volcan... Genre il a coulé un bronze en plein milieu de la ville bien rangée. "

(...)

L'extérieur est aussi gai qu'un cimetière à l'abandon. "

(...)

Vigneron est beaucoup moins con qu'il en a l'air. "

(...)

Tu sais que c'est du bois de la véritable croix de notre Seigneur ? Un objet rare, sacré et précieux... Bon le seul truc qui me gêne, c'est quand j'entends un con dire que " toucher du bois ça porte bonheur ", qu'il le dise au fils du Patron que je me marre. "

(...)

J'ai l'impression qu'on vient de nous déposer un macchabée faisandé de plusieurs mois sur la table, ce n'est pas humain, c'est impossible de puer de la gueule autant. Il a enterré son chat dans sa dent creuse... "

(...)

... Je te causais de 007 tout à l'heure, lui il a Q et Miss Moneypenny, moi j'ai le frère Marco Falvo, un mix heureux des deux...

- Bonjour Frère, je suis Requiem, j'ai besoin de vous.

- Si Requiem est votre nom de code Monsieur, quel est le mien ?

- Stan Kurtz dit la Baderne. Si j'ai ton numéro, logiquement je suis un des sbires de la Sapinière non ?

- Je sais, mais j'aime me la péter, bordel toi tu es toujours en virée et moi coincé derrière mes écrans et mon labo... Que puis-je faire pour toi mon bon Estéban ? "

(...)

Je pourrais communiquer via mail ou téléphone ? C'et un fait mais j'ai envie de la voir, de nos jours vous faites tout par la virtualité, vous communiquez par réseaux sociaux, vous likez, twittez, snapchatez et tout le merdier. Vous avez quatre milles amis sur Facebook mais à vos funérailles il y a dix poilus, dont deux qui viennent juste pour savoir s'ils héritent et quatre payés par la maison Kanterbien pour te porter. Contredis-moi pour voir, oui je sais je viens de te vouvoyer et là je reprends le tu, c'est toi qui écris ce bouquin ou moi ?

Bref, personne ne peut dire que je m'enflamme, je sais de quoi je cause, des billets pour l'aller simple vers saint Pierre, avec vue sur le Père éternel, j'en composte fréquemment alors crois-moi mon biquet, que je sais ce que je dis.

Tu sais comment il dit le fils de mon Boss ?

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

Mais pour de vrai bordel de merde, passe pas ta vie comme un con derrière ton écran, rencontre, sort, bouge ! Tu le connais le meilleur des réseaux sociaux ? C'est l'apéro, mon pote ! Ça vaut tous les pouces bleus levés du monde entier. "

(...)

Son accoutrement à faire pleurer de honte un clown de chez Bouglione. "

(...)

Oui mon Dieu, je suis curé et j'aime les femmes ! Oui, je suis excité à la vue d'un joli cul féminin qui ondule, j'avoue... Oui, votre Sainte Bible me l'interdit. Mais moi, je ne touche pas les mômes si vous voyez ce que je veux dire, parce que même chez nous il y a des brebis galeuses, des saloperies. "

(...)

- Calme-toi Adolf, pas la peine de te mettre en fureur. "

Stanislas Pretrosky

Stanislas Pretrosky

MA NOTE : 5 / 5 

-> Un polar pas très catholique, entre James Bond qui aurait été formé par San Antonio et un Don Camillo relooké par Mr Bruce Willis/Propre ! Ça dépote grave, ça claque sa mère (comme disent les djeuns), c'est complètement barré (à l'image d'un Nadine Monfils mais en plus rock n'roll), c'est sulfureux, politiquement incorrect, très loin des bondieuseries de culs de bénitiers ; bref, Requiem est un véritable ovni dans le paysage livresque français et ça fait énormément de bien ! Et il est hors de question qu'on le voit disparaître ! 

 

Des nazis comme vous en avez rarement vus (putain, le Jésus... quel personnage secondaire de premier choix ! Merci pour les odeurs, Stan !), des seconds rôles burlesques, des Requiem Girls boulimiques de sirop de corps d'homme - et toujours celui de Requiem), un cadre noir et bien trouvé (ah ! la description du Havre, mon dieu, fallait y penser !), un Requiem V3.0, relooké mais pas du tout exorcisé côté pulsions humaines, des looks improbables auxquels le Joker de Batman n'aurait jamais pensé pour sa Harley Queen ! 

Bref, t'auras compris que ce second tome est carrément démentiel ! Un livre qu'on a envie d'ouvrir rien qu'en voyant sa magnifique couverture, et une fois que tu l'as commencé, tu n'arriveras pas à le refermer. Il se lit très (et trop) vite. Non pas que ce soit un reproche, juste qu'on est triste d'en avoir déjà fini avec Requiem et qu'on sait qu'il va falloir se montrer patient pour découvrir sa prochaine aventure, signe d'une réussite manifeste et d'un personnage qui, malgré ses nombreux travers, est plus qu'attachant (ou attachiant, c'est selon !). 

Du coup, ne nous reste plus qu'à aller allumer une bougie à l'église (faites quand même gaffe à pas éclater de rire dans l'église en imaginant notre cher Requiem célébrant l'office ou je ne sais quel autre délire/fantasme de votre cru, hein !) en espérant survivre à la longue attente qui s'annonce... et on se prend à rêver de voir un jour Requiem sur grand (ou même petit) écran ! Parce que des héros de sa trempe, y en a pas deux comme lui !

 

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Satnislas 22/04/2017 21:28

Merci très chère, ravi de vous avoir fais rire et sourire...

Stanislas P.

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