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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

22 Feb

" Révolution " de Sébastien Gendron (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Révolution " de Sébastien Gendron (2017)

Souvent, c'est la couverture qui fait tout. Celle-ci, elle m'a tout de suite parlée, murmurée à l'oreille de la serial lectrice que je suis... "prends-moi, lis-moi, consomme-moi". OK, que je lui ai répondu, si t'insiste ! Je vais t'ouvrir et te dévorer ! M'enfin... faut pas m'chauffer, moi ! 

Révolution, c'est un titre qui parle, qui fait écho à l'actualité ! OK, c'est aussi un titre à la mode, n'est-ce pas Mr l'ex banquier qui faites compagne pour devenir notre prochain mollusque-en-chef et considérez tous les habitants des Hauts de France comme des "alcooliques et des accros au tabac ne vivant que du RSA" ? (rancune quand tu nous tiens... ah ! ah ! ah !)

Mais je vous rassure, ce Révolution-là, il est vachement mieux que celui de bébé MACROmagnoN ! Une lecture qui est tombée au bon moment, et je vous dis tout de suite pourquoi, après ce petit rappel du pitch ! 

 

-> 4ème de couverture :

 

Debout au milieu d'un pont autoroutier, jambes légèrement écartées, corps dressé, bras droit le long de la hanche, bras gauche replié soutenu par une orthèse, Pandora Guaperal a un Glock 23 posé sur la tempe, chien relevé, balle wadcutter dans la chambre, index sur la queue de détente réglée à un kilo de pression, cran de sûreté en position on.

Face à elle, à la sortie du tunnel, un véhicule approche. Derrière lui, des milliers d'autres dont le seul horizon est la route des vacances.

Pandora est prête : la révolution n'attend pas. Et elle vaut bien une balle dans la tête. "

 

Pour résister à l'absurdité du monde, Sébastien Gendron, l'auteur de Road Tripes et de La Revalorisation des déchets, a lui aussi une arme : nonsense et subversion dans une comédie noire, entre Frédéric Dard et les Monthy Python.

-> Aux armes etc...

 

Pandora & Georges n'ont pas de bol. Ils sont employés par Vadim Intérim... une boîte d'intérim d'un genre particulier (pas si éloignée de ses semblables, soit dit en passant). Ils ont des compétences mais on les envoie systématiquement là où ils ne devraient pas être. 

Toux deux vont être envoyés sur une mission qui va considérablement modifier leur horizon... jusqu'à ce qu'une idée lumineuse germe dans l'esprit rebelle de Pandora : marre de cette société ! Marre de cette vie de merde ! Marre de se laisser faire. Et si... Et si on faisait la révolution ? Et si on embarquait le plus de monde avec nous ? Projet utopique ? Pas tant que ça... ce qui est sûr, c'est que l'être humain est un animal imprévisible capable du meilleur... comme du pire ! LOL

Et donc, nous voici à la 4ème de couverture : une "prise d'otages" d'un genre particulier, ou plutôt un message à faire passer au plus grand nombre. Quoi de mieux que de bloquer le viaduc d'une grande autoroute qu'empruntent des millions de vacanciers début août ? Et ainsi, de forcer les vacanciers à stopper leur route et à écouter l'appel de la révolution de Pandora.

-> " Allons, enfants de la patrie, le jour de gloire (n')est (pas) arrivé ! "

 

Révolution c'est le genre de livre dont on sait que (presque) tout n'est qu'absurdité mais qui en même temps vous fait l'effet d'une piqûre de rappel ! Pourquoi ? Ben parce qu'il est archi criant de vérités, ces vérités qu'on oublie, cette vie qu'on subit dans bien des domaines, bien des situations. Alors ouais, beaucoup de loufoque dans l'intrigue mais une situation qui peut laisser le lecteur éveillé songeur. Qu'est-ce qu'il faudrait vraiment pour qu'on sorte tous de notre léthargie ? Pour qu'on fasse honneur à nos ancêtres, ceux-là même qui n'ont pas eu peur de prendre les armes et de jeter des pavés, ni de pendre haut et court tout ce qui symbolisait l'oppression du peuple !

Depuis, triste et amer constat : les choses ont bien changé ! On s'est tous endormi, et on nous y a bien aidé à grands coups de télé, de crédits, de (mauvaise) éducation, de manipulations politiques et j'en passe... Osez me dire que c'est faux ! Que les contestataires font fausse route ? Que la situation n'est pas critique et qu'on n'est pas à plaindre ! Vaste débat, je le conçois. Et cette histoire-là, elle fait du bien au coeur, du bien à l'âme, du bien à notre conscience de citoyen lambda, parce que le sujet principal de cette comédie noire absurde, hé ben elle est à mettre en parallèle avec l'actualité politique de notre pays. C'est peut-être pas plus mal que le livre soit sorti quelques mois avant les présidentielles. Peut-être qu'elle permettra à certains d'entre nous de commencer cette révolution directement dans l'urne. Et qui sais ce qu'il se passera ensuite. 

Alors, Révolution est une étincelle ? Incontestablement. Des sentiments contradictoires m'animent alors que je viens d'en terminer la lecture : partagée entre un dégoût sans cesse croissant pour mes congénères (humains) et utopique espoir d'un monde meilleur, d'une société plus humaine et plus juste pour tous, moins de haine entre les hommes... Attention, c'est pas pour autant une société de bisounours qu'il nous faudrait, juste autre chose. Et plus sain surtout. Donc ouais, ce livre m'a fait du bien en même temps, car l'impression que tout n'est pas perdu, que peut-être par effet de contagion, les gens vont finir par se réveiller. C'est évident que ça a déjà commencé, ça se ressent. Alors, là où y a de la vie, il y a de l'espoir, hein !

Donc cette heureuse impression de ne pas me sentir seule dans ce malaise qui n'a cessé de grandir en moi depuis que je suis en âge de comprendre le monde qui m'entoure, et ça, ça fait vachement du bien ! Donc rien que pour ça : merci Monsieur Gendron !!! 

Et puis, qui a dit qu'on ne pouvait pas délivrer un message sous couvert d'un récit complètement barge ? Il faut savoir lire entre les lignes et voir derrière l'humour résolument noir & grotesque de Révolution. Des personnages attachants, qui sortent de l'ordinaire, des situations certes hallucinantes mais en toile de fond des archétypes populaires via la réaction des vacanciers coincés dans l'extraordinaire embouteillage : on rit, on se dit "nan mais n'importe quoi !". Et puis on se fige, et là, stupeur : si, y a vraiment des gens qui pensent ainsi. Et le pire dans tout ça, c'est qu'on en connait tous autour de nous. On est mal barré, n'est-ce pas ? (rires)

 

< EXTRAITS >

 

" Ses traits passent de la crispation à une sorte de détente à peine perceptible et il reste là, comme un menhir qui prend la mousse. "

(...)

Des fois, Georges y pense. Des fois, il se dit qu'il faudrait avoir le courage de la simplicité. On a tous à portée de la main une fenêtre ouverte, une lame de rasoir, un tube de somnifères. "

(...)

Quand on prend le temps d'y réfléchir, on se rend compte que le type qui finit par trinquer est toujours moins futé que vous. C'est ça la triste loi des faibles. Hier vous étiez une sous-merde, aujourd'hui l'arrivée d'un pire que vous vous fait grimper au rang de merde. On peut gravir pas mal d'échelons comme ça, mais si on ne produit pas quelque chose de vraiment valable, un truc capable de bouleverser l'ordre des choses, on peut toujours s'échiner, on reste une merde en orbite dans la galaxie des déjections. "

(...)

" - Pourquoi ? Parce que personne ne bouge dans ce pays. Regardez-vous ! Vous êtes des milliers, on est deux. J'ai un flingue sur la tête et je menace de me tuer si vous tentez quoi que ce soit. Et après ? C'est vraiment ça qui vous arrête ? Non. Alors quoi ? Juste la pensée que vous accordez à cet événement : je ne suis qu'un emmerdement de plus. Faites la liste de ce que vous avez traversé ces derniers jours, uniquement pour préparer ces vacances. Faites la liste des produits dont vous aviez besoin pour rejoindre la plage et dont le prix a subitement augmenté. Faites la liste des sociétés qui s'engraissent sur votre dos juste parce que vous êtes tous d'honnêtes gens qui ont besoin de repos. Et si ça vous épuise de faire cette liste, pensez à cette simple autoroute : on l'a construite grâce à vos impôts et quand elle est devenue rentable pour le pays, l'Etat l'a vendue à une société privée qui vous saigne un peu plus à chaque péage. Ça vous fait quoi ? 

Silence. Mais à divers endroits, on voit l'image du dernier ticket du dernier guichet automatique par lequel on est passé.

- Ça ne vous fait rien. Peut-être que vous avez grincé des dents sur le coup. Mais bon, hein, c'est les vacances. Alors vous avez déjà mis une pelletée de terre là-dessus. Vous vous habituez. On vous apprend à vous habituer à tout. Même au pire. Regardez-vous, un peu. Combien êtes-vous, ici, à ne pas avoir de boulot ? Combien êtes-vous, ici, à payer ces vacances avec un crédit à la consommation ? À penser qu'on vous prend pour des cons ? À vous dire que les politiques sont tous des pourris ? Et combien êtes-vous, ici, à éteindre votre télé après les infos, à vous mettre au lit en avalant un somnifère et à vous endormir en pensant que tout ira mieux demain ? On est en train de brader ce vieux monde sous nos yeux et on nous dresse à regarder sans rien dire. On nous fait croire que réagir serait encore pire que de ne rien faire. Mais vous êtes à combien de poignées de main du SDF qui est en bas de chez vous ? À combien de rangs d'un cousin, d'une soeur, d'un beau-frère qui a préféré se jeter par la fenêtre plutôt que de continuer à subir les harcèlements de son chef de service ? Parmi vous, combien y en a-t-il de ces managers qui harcèlent parce que c'est la seule manière qu'ils ont de faire, s'ils ne veulent pas eux-même être harcelés ? Vous êtes en vacances ? À cette heure, l'État français est en vacances, lui, oui. Les patrons sont en vacances. Qu'est-ce que vous attendez pour foutre le bordel ? "

(...)

- Écoute, papa, tu sais quoi ? Tu me casses les couilles avec Mai 68, ok ? Parce que t'étais peut-être sur les barricades avec tous tes potes de Nanterre, t'as peut-être tout pété à la Sorbonne, t'as peut-être mis sur la gueule aux CRS et aux mecs d'Assas, mais en attendant, vous êtes devenus quoi ? Parmi les mecs avec qui tu gueulais " L'imagination au pouvoir " et " Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner ", y a quand même une belle brochette d'enculés  qui l'ont pris, le pouvoir, qui sont pas près de le lâcher et qui crachent sur " La jeunesse est dans la rue ". En 68, papa, vous aviez le plein emploi et vous nous avez laissé que dalle à part la pilule et le soi-disant amour libre. Vous vous êtes bien engraissés, vous avez baisé dans tous les coins et nous, on s'est retrouvés avec le chômage et le sida. Alors, s'il te plaît, arrête de dire que cette nana est rien qu'une connasse de bourgeoise qui déraille, merde ! "

(...)

L'être humain est plein de surprises, Pandora. Jamais là où on l'attend. "

(...)

Je pense qu'il n'est jamais trop tard pour faire quelque chose de bien, au moins une fois dans sa vie. Même si ça signifie ajourner ses vacances. En quarante-deux ans de boulot obligatoire avant la retraite, ça coûte quoi de se priver de trois semaines ? Et si vous n'êtes pas convaincue, allez promener votre caméra au milieu des voitures et demandez à tous ces gens qu'ils vous dressent la liste des choses qui leur pourrissent le quotidien. Vous verrez à quel point ils sont mûrs pour passer à l'action. "

(...)

" - "Otages, otages !", vous avez que ce mot-là à la bouche ! Sérieusement, il faudrait qu'une fois dans votre vie vous alliez passer deux mois dans un trou à Kaboul avec des barbus qui menacent chaque jour de vous exécuter. Vous comprendriez qu'on n'est pas otages de gens mécontents qui se mettent en grève. Que cette femme s'y prenne mal pour faire passer son message, je veux bien. Mais de grâce, parlez des choses que vous connaissez et ayez un peu de respect. " 

(...)

Notre classe dirigeante ressemble de plus en plus à celle qu'on a envoyée à la guillotine en 1789. Des gens qui n'ont plus aucun rapport avec le peuple et un peuple qui les traite de pourris et s'éloigne de plus en plus des urnes. Vous trouvez ça normal ? Pas moi. Je trouve ça à vomir. "

MA NOTE : 5 / 5

-> Carton plein pour cette comédie grinçante, noire, tonitruante, percutante et complètement hallucinée mais ô combien criante de vérités ! 

Un hymne à se réveiller, à ouvrir les yeux, à ne plus se laisser marcher dessus ! Un message d'espoir, une bouteille jetée à la mer. Il vous appartiendra d'en faire ce que vous voulez. 

Quand la littérature (et une comédie noire grinçante déjantée) se charge de véhiculer de telles émotions, une telle prise de conscience, c'est pas magique ? 

Voilà, tout ça pour dire que c'était le 1er roman de Sébastien Gendron que j'ai lu, et je puis vous assurer que ça ne sera pas le dernier. 

Digne d'une odysée monthy pythienne, vous passerez un super moment de lecture, partagé entre fous rires et " nan c'est pas possible !". Poilant, drôle, subversif mais juste ce qu'il faut, Révolution démange ! Une comédie rock n' roll révolutionnaire, un plaidoyer pour le réveil des consciences, bref, un livre qui déchiiiiiire dans tous les sens du terme ! 

Et surtout, n'oubliez pas la vaseline. On sait jamais... (rires)

 

PS : et un livre qui se lit comme un film, avec une bande originale et tout un tas de références musicales cultissimes !!! Et si vous n'en avez pas assez, l'auteur a veillé à inclure une filmographie démentielle ! Elle est pas belle la vie ?

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