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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

20 Feb

" Le loup peint " de Jacques Saussey (2016-2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Le loup peint " de Jacques Saussey (2016-2017)

Oui je sais, j'aime le désordre et le chaos !

J'ai découvert Jacques Saussey avec son tout dernier roman (Ne prononcez jamais leurs noms - CF chronique ici bas). C'est donc dans une certaine logique que je continue d'aller à reculons en lisant cette fois Le loup peint, one shot publié il y a tout juste un an et qui vient de sortir en poche.

Quel titre énigmatique, hein ! Que dire de l'ancienne couverture (CF la version brochée), rien qu'en la contemplant ça tourne déjà à plein régime dans nos méninges (enfin, dans les miennes). Allez, je vous la remets ci-dessous pour vous rafraîchir la mémoire ! hé ! hé !

Bon, c'est pas tout ça, mais ça cause de quoi Le loup peint ?

 

-> 4ème de couverture :

 

" Vincent Galtier est vétérinaire dans une petite ville de l’Yonne, près d’Auxerre. Depuis la mort de son fils, son couple est exsangue. Seule, Marion, sa maîtresse, parvient avec peine à lui faire vivre quelques rares moments d’oubli au creux de son lit. Une nuit, alors qu’il vient de la quitter et traverse une forêt isolée pour rentrer chez lui, les passagers d’une voiture inconnue lui tirent dessus et tentent de le précipiter dans un ravin. Lorsque Vincent parvient enfin à son domicile, après leur avoir échappé de justesse, c’est pour y découvrir une scène de massacre. Mais ce n’est pas la seule qui l’attend. Le cauchemar ne fait que commencer… "

 

Jacques Saussey a écrit de nombreux thrillers dont La Pieuvre, L'Enfant aux yeux d'émeraude (Livre de Poche, 2015) et Quatre racines blanches (Livre de Poche, 2014). Il habite dans l'Yonne.

 

" Un nouveau talent est né dans le polar. " Franck Thilliez

Ah ! C'te couv' !!! (hein ! qu'elle est belle ?!)

Ah ! C'te couv' !!! (hein ! qu'elle est belle ?!)

-> Qui a peur du grand méchant loup ? (non, je ne sortirai pas !)

 

Le héros, Vincent (véto), n'est pas ce qu'on pourrait appeler un "gars bien". Lâche, malheureux, infidèle, il collectionne un peu les mauvais points, mais on peut comprendre sa souffrance. Responsable d'un accident de la route qui a tué son jeune garçon, sa femme ne lui a jamais pardonné. Mari & femme sont devenus colocataires, l'une ne supportant plus son mari et l'autre tentant de survivre en cherchant du réconfort ailleurs...

Après une opération difficile en pleine nuit alors qu'il est de garde, Vincent rend brièvement visite à sa maîtresse (3 petits tours et puis s'en va) et regagne son domicile. Alors qu'il traverse une zone escarpée et forestière, il assiste à quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir, et est pris en chasse par une voiture folle. Duel en forêt obscure, Vincent parvient miraculeusement à s'en tirer, ce qui ne sera pas sans conséquences. Sauf que la poisse ne va pas le lâcher comme ça... les emmerdes ne font que commencer pour le vétérinaire qui va se prendre littéralement le ciel sur la caboche.

Pourquoi tant de haine ? Parce que... hé oui. La sempiternelle réponse, parce qu'elle le vaut bien et que c'est souvent le cas. Et une réponse qui va vous être révélée par bribes, le tout tissé dans une toile complexe mais ô combien hallucinante & géniale ! Parce qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, hé ! hé !

-> 30 millions d'ennemis...

 

Exercice très difficile de vous parler de ce livre sans trop en dire...

Si je vous résume le livre en un mot - ÉNOOOOORME - vous conviendrez que c'est très minimaliste ^^ Mais c'est vrai.

Déjà, dans Ne prononcez jamais leurs noms (le nouveau-né) j'avais été bluffée par le tissage de thèmes percutants (et terriblement d'actualité). Dans Le loup peint (sorti juste avant), on retrouve ce même tissage. Et même si l'auteur nous prévient qu'il a un peu extrapolé la réalité, bah ça fait fichtrement froid dans le dos. Donc, non, ne comptez pas sur moi pour spoiler les thématiques. Je peux juste vous dire qu'il est question d'une folle furieuse que j'ai eu grand plaisir à suivre (partagée entre compréhension et répulsion, c'est fou de retourner l'affect du lecteur de la sorte, Mr Saussey !).

Le loup peint c'est aussi un redoutable contre-la-montre qui vous empêchera de refermer le livre, sauf pour vos besoins élémentaires (quoi que...). C'est le genre de thriller qui vous reste en mémoire, qui s'infiltre en vous, vous fait réfléchir (et frissonner - bon, virez pas parano non plus !). Et là, je comprends mieux pourquoi il y a un an j'ai vu la blogosphère littéraire s'affoler et trépigner de plaisir pour ce livre-là. ÉNOOOOORME, oui, on peut aisément le dire. Et pour un tas de raisons autres que les thématiques abordées : l'écriture (fluide, forte, limpide, lumineuse), le style (parfait) - je promets que j'ai pas été payée pour rédiger cette chronique - la maîtrise totale du suspens & une intrigue remarquablement diabolique, du percutant (ouais, âme sensible s'abstenir mais ici, la violence de bon nombre de scènes est complètement justifiée et sert l'intrigue), du tragique (ah... ce petit être à qui je voudrais tant rendre hommage mais pour des raisons évidentes de spoil je dois me la boucler - snif). La psychologie des personnages est fascinante, et ces mêmes personnages sont attachants (même Vincent), mention spéciale à Laurel & Hardy (qui m'ont tant fait rire) !

Le loup peint (et puis ce titre, merde ! Un double sens superbement trouvé ! ), c'est un condensé de tout ce que j'aime dans un thriller ! Avec ce petit frisson en plus : et si c'était vrai ? Et si ça arrivait ! On se régale de trembler, on apprend plein de choses, on sort de là estomaqué, vidé mais ô combien heureux d'être vivant (et d'être - plus ou moins - sain(e) dans sa tête).

Donc, en deux livres je suis définitivement conquise et accro, et en attendant la prochaine sortie (sûrement l'année prochaine), je vais continuer de lire Jacques Saussey à reculons, parce que je suis pas un mouton !!! (bêêêêê !!! bon, 4 chroniques à la suite, il est temps d'aller prendre mes cachets je crois).

Ah ! et puis comparé à Ne prononcez jamais leurs noms (désolée j'ai que deux titres à comparer), il y a énormément d'humour ! Pour ne citer qu'un exemple, l'auteur rend hommage à de grands noms du thriller/polar français (mais pas que), en inventant des noms de places/rues d'Auxerre : rue du maréchal Norek (Olivier), boulevard Chattam (Maxime), avenue Minier (Bernard), avenue Frédéric Dard, rue Cabu. Et à noter qu'un personnage porte le nom de "commandant Paul Colize" (rien que ça !)

Une jolie petite photo... je vous promets qu'elle a son importance !

Une jolie petite photo... je vous promets qu'elle a son importance !

< EXTRAITS >

 

" Une engueulade domestique qui tourne aux menaces, puis aux coups, et la colère qui éclate entre une femme et un homme beaucoup plus costaud qu'elle. Rien de nouveau sous le ciel de France. Le jour où les femmes auront des bras aussi musclés que leurs Jules pour tenir des couteaux de cuisine et faire des sushis avec leur poitrine, ils feront moins les malins. En attendant, ce seront elles qui morfleront à chaque fois, ou presque. "

(...)

" Son escargot frémissait déjà des antennes dans son pantalon. " (ah ! quelle image, nom de diou !!! LOL et le livre en est truffé pour info)

(...)

" Oui, même les assassins ont un père et une mère. Et parfois, pour s'amuser, ils se font la main sur eux avec un couteau, un flingue ou de la mort-aux-rats avant d'aller jouer dans le grand bain du crime. "

(...)

" Le monde regorge d'argent, il en est pourri jusqu'à l'os. Des prédateurs de toutes sortes se goinfrent à se faire péter la panse.

Les politiques, les hommes d'affaires, les banques, les grands patrons qui nous forcent à demander l'aumône pour survivre mais qui n'ont jamais été capables de tenir un outil de toute leur vie. Qui ne se sont jamais sali les mains en accomplissant une basse besogne, à part par procuration. Même les flics sont pourris, qui détournent les fonds de la drogue et de la prostitution. Tout le système est vérolé, du haut jusqu'en bas. Il n'y en a aucun, nulle part, pour rattraper les autres. Alors dis-moi : pourquoi je ne pourrais pas me servir, moi aussi ? Pourquoi je laisserais passer cette chance de vivre comme un nabab et de me foutre de tout le reste ? Et toi, tu n'en as pas envie ? Qui a édicté cette règle qu'on devait tous bosser comme des cons jusqu'à être trop vieux pour dépenser le fric qu'on ne parviendra jamais à gagner ? Regarde les infos, (X). Les gens sont écrasés par les dettes, les crédits, les impôts. Ils ne sortent la tête de l'eau, une fois de temps en temps, que pour pouvoir y replonger encore plus profondément. C'est un cercle vicieux, un purgatoire sans fin, une illusion de trajectoire. Nous sommes tous des particules lancées à fond de train dans un accélérateur où un enculé en blouse blanche est là pour nous observer au microscope au moment où nous nous fracassons les uns contre les autres. Et bien moi, je suis sorti de l'accélérateur, (X). Je me suis évadé de l'atmosphère. Je suis libre. Libre comme l'air. Libre de prendre ce que je veux, où je veux, quand je veux, de manger à ma faim, de rouler dans n'importe quelle voiture qui me plaît, de vivre des semaines sans avoir à me demander si je vais être viré le lendemain. Je suis libre de mourir. Libre de tuer. Libre de tout. Je n'ai aucune limite, aucun remords, aucun tabou. Je suis le roi du monde, (X). Et si tu le veux, tu en seras ma reine... "

(...)

" Un monde meilleur... Depuis la nuit des temps, c'était toujours la même chose. La folie humaine régnait en maître sur la planète, quelles que soient la latitude et la longitude d'où on examinait les choses. Quelle que soit l'image sainte que les croyants évoquaient pour conjurer le malheur qu'ils véhiculaient dans leur propre sang. Quel que soit le dieu qu'ils priaient et qu'ils vénéraient de leurs voeux les plus pieux. Profondément athée, le commandant Colize ne croyait pas à cette vaste illusion soigneusement entretenue au fil des siècles par une cohorte de serviteurs zélés du message divin, le regard empli de miséricorde, qui bénissaient des fidèles prosternés devant un autel ou une direction sacrée, les genoux pliés devant leur maître ou le front courbé sur le sol avec les fesses en l'air.

Aucun dieu, aucune foi ne pouvait sauver l'Homme de lui-même. Tant qu'il y aurait des (X) quelque part, tant qu'il y aurait des (X) et des (X) pour les embarquer dans leur folie meurtrière, le monde ne serait pas meilleur. Il serait juste pareil à ce qu'il était depuis des millénaires.

Ni bon, ni mauvais.

Juste hostile. "

Jacques Saussey, parrain de la 3ème édition des Mines Noires (le salon du polar de Noeux-les-Mines) - 12/02/2017 - crédit photo : la Voix du Nord

Jacques Saussey, parrain de la 3ème édition des Mines Noires (le salon du polar de Noeux-les-Mines) - 12/02/2017 - crédit photo : la Voix du Nord

-> MA NOTE : 5+ / 5

Un thriller haute tension dangereusement addictif et dégoulinant de folie meurtrière !

 

Froid, implacable, brutal, magistral, une plongée en apnée dans la folie meurtrière d'une psychopathe qui n'a rien à envier à Hannibal Lecter & consorts.

Un contre-la-montre de malade, des thématiques d'actualité, une violente critique de la société (ainsi que des hommes et de leurs penchants dégueulasses), UNE GROOOOOOSSE CLAQUE ! (je crois que je vais devoir m'habituer à ça dans les romans de Jacques Saussey ^^)

C'est du bon, du très très très bon, et ce n'est pas exagérer que de dire que Jacques Saussey figure parmi les plus talentueux auteurs de polar/thriller du moment (et je ne précise pas "nationaux" car ce serait largement mérité que de voir ses romans traduits à l'étranger).

Voilà, c'est dit : un nouveau coup de coeur (et pour l'heure c'est mon roman préféré de l'auteur, mais j'ai encore pas mal de retard à rattraper, hé ! hé !)

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