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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

22 Jan

" MAJESTIC MURDER " d'Armelle Carbonel (2017)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" MAJESTIC MURDER " d'Armelle Carbonel (2017)

Il est de ces livres qu'on attendait depuis des lustres.

Depuis le carton de Criminal Loft, le challenge était de taille pour Armelle Carbonel. Comment succéder à un tel livre, et faire encore mieux ? That is the question ! Et je dirai même plus, élémentaire mon cher Watson ! Facile ! Z'avez qu'à lire Majestic Murder !

Alors, on prend les mêmes et on recommence ?

Pas vraiment même si ici le cadre se situe toujours aux States. On quitte néanmoins le sanatorium hanté de Louisville pour un patelin tout aussi paumé et... une nouvelle ruine. Le Majestic. Un théâtre renommé, en un autre temps. Et une galerie de personnages... tout bonnement inqualifiable.

-> " Une écorchée vive qui rêve de brûler les planches.

Un squat à fuir, un homme secret et tourmenté.

Et une audition menée par une troupe étrange dans un théâtre abandonné...

Le Majestic.

Serez-vous prêts pour la première ? "

Après un " Criminal Loft " encensé par la critique, " Majestic Murder " est un thriller sombre et original, asseyant définitivement son auteure parmi les plumes majeures de la littérature noire.

-> " Noir c'est noir ! Il n'y a plus d'espoir... " (OK -> je sors...)

Plus noir que Majestic Murder tu meurs ?

Bah peut-être bien que oui...

Tout commence dans les bas-fonds. Un squat innommable, comme il en existe des millions sur notre chère planète infernale. Abjecte. Ses habitants ? Des paumés aux rêves brisés. Piégés dans un mouroir sordide avec la dope comme seule véritable compagne. Elle au moins elle ne fait pas de fausses promesses... Fanny a échoué là. Elle s'est liée d'amitié avec Lillian, aussi paumée qu'elle et rêvant de percer à Hollywood. Mais lorsqu'un mystérieux gars débarque, que Lillian manque de crever, tout change. Un beau matin, la papillon aux ailes cassées disparaît, bien décidé à prendre son envol. À moins que ce ne soit pour rejoindre une autre cage. Un autre mouroir... bien pire que le squat de junkies.

Bon, Majestic Murder c'est l'histoire d'une comédienne incroyable, bouffée par la vie, dévorée par l'auto-destruction. Une lumière noire qui attire à elle tous les rebuts de la société. Lillian. Héroïne tragique ? Que répondre... parce que la page blanche c'est bien ce qui m'anime pour cette chronique. Ne pas savoir quoi vous dire de ce roman en fait, pour pas trop en dire...

En attendant, un petit interlude musical ! Ça permet toujours de meubler un peu... hum ! hum !

-> Requiem for a Dream...

Seamus et Lillian ont donc quitté le squat après avoir trouvé une annonce dans un vieux journal. On cherche des comédiens pour reprendre deux rôles dans une pièce de théâtre. Nourris, logés, blanchis, le plan semble idéal, et sous l'impulsion de Lillian, tous deux décident de tenter leur chance.

Et comme ça se bouscule pas au portillon du Majestic (faut voir aussi l'équipe et l'endroit), ils sont tout de suite embauchés après que Lillian ait réalisé un premier essai stupéfiant.

La pièce en question ? Une bizarrerie : l'autobiographie d'une ancienne gloire d'Hollywood déchue, Peg Entwistle, qui mena une existence des plus tragique...

Peg Entwistle, la Suicidée d'Hollywood
Peg Entwistle, la Suicidée d'Hollywood

Peg Entwistle, la Suicidée d'Hollywood

Comme Lillian ressemble très étrangement à l'actrice maudite, elle hérite donc de son rôle. Une pièce calquée sur les tragédies de Peg, mais qui en même temps résonne comme un air de déjà-vu pour Lillian (la violence des hommes etc...).

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Ouais, et pas qu'un peu !

Armelle Carbonel le clame haut et fort : Majestic Murder  n'est pas Criminal Loft, même si on peut trouver quelques points de comparaisons, et une forme d'écho en ce qui concerne la notion de l'entertainment à l'américaine. Pour votre bien, je n'en dirai pas plus (et j'enrage ! GRRRR !!!) parce que c'est très bien trouvé ici encore. Bref.

Revenons à nos moutons faméliques (enfin, pas tous non plus, hein Sarah !).

Le Majestic est un théâtre pas comme les autres, sorte de transfuge entre American Horror Story  et Le Théâtre des Vampires si cher à Anne Rice. J'ai pensé à ça tout de suite lorsque j'ai dévoré (bien malgré moi) ce roman en une après-midi. Un mélange de fascination/répulsion ne m'a pas quitté, et certaines scènes me hantent encore (la scène de la baignoire - et j'en dirai pas plus !), cette même scène que l'auteure a rêvé avant d'avoir le projet de ce roman (et je tiens l'info de l'auteure elle-même !). Incroyable !!! Et flippant ! Le jour où je ferais un tel rêve (cauchemar serait même un terme plus adapté me semble-t-il), je commencerais à m'inquiéter ! LOL

Ce qui est étrange quant à cette chronique que je m'efforce de mener à son terme (et vous voyez bien que je rame sévère), c'est que je ne sais pas quoi vous dire. J'ai aimé ? J'ai détesté ? Les deux en fait... il est indéniable que ce livre est remarquablement bien écrit ! Quelle plume ! Quelle sombre poésie ! Quelles images ! Quelles références ! Quel univers unique ! Avec du noir, Armelle nous éblouie comme personne ! Mais putain ! Qu'est-ce que le lecteur morfle ! Impossible de rester impassible, de sortir indemne de cette lecture. Plus noir que noir ! Désespérément pessimiste et sans espoir. Sans concessions. Sans gants. Ça fait mal ! Monde de merde... c'est ce que je me suis dit en refermant le livre. Avec une incompréhension qui subsiste encore : pourquoi cette fin ? pourquoi tant de haine ? pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?! Depuis j'essaie de comprendre, de lire entre les lignes. De me demander si je dois y voir une métaphore de notre monde moderne ? De ce qu'est devenu l'art ? Et franchement, ça donne pas foi en l'avenir ni en l'homme...

Vous l'aurez donc compris, Majestic Murder ne ressemble à rien. Difficile de le comparer à quelque chose de comparable... Unique en son genre ? Un nouvel ovni dans la littérature noire ? Oui, indéniablement.

Je salue sincèrement le travail de l'auteure, impeccable, propre. Une plume d'une rare qualité qui font d'Armelle le diamant des Éditions Fleur Sauvage (hé ! gardez-là bien précieusement, hein !). Incomparable, insurpassable, inclassable. Ouais, franchement, je pense encore à American Horror Story, en me demandant si l'auteure a-t-elle seulement déjà regardé cette série géniale ! Si elle a lu Anne Rice ? Parce que punaise ! C'est dingue de lire quelque chose d'une telle qualité, qui fasse vraiment "américain" (et dans le bon sens du terme) pour le coup !

J'ai aussi beaucoup pensé à l'Enfer de Dante, avec ces différents cercles qui résonnaient étrangement aux différents noms des pièces-clés du Majestic. À ce mystérieux Dramaturge. Aux différents membres de la troupe, tous aussi barrés les uns que les autres ! Pouah ! Mais qu'elle équipe ! À se demander qui est le plus sain d'esprit... (enfin, j'ai ma p'tite réponse à la question mais ça me donne envie de chialer que de penser à ce personnage... et à cette satanée baignoire !!!).

 

< EXTRAITS >

" Tuer n'est pas jouer... "

(...)

" - Savez-vous pourquoi nous avons choisi ce théâtre isolé, plutôt qu'un autre, plus accessible ? Parce que Le Majestic, outre son prestige d'antan, possède tout l'équipement dont nous avions besoin... Y compris cette salle de projection. La séance que je vous propose aidera à parfaire votre interprétation. Installez-vous confortablement, monsieur Seamus... Et n'ayez pas l'air si effrayé ! Visionner une bande vidéo n'a jamais tué quiconque... Hormis dans ce film... Comment s'appelle-t-il déjà...

- The Ring.

- The Ring, c'est ça. Rassurez-vous, je doute que la fiction nous rattrape un jour. Quoique, j'ai entendu dire que certains livres détenaient le pouvoir occulte d'influer sur le psychisme. Je pense à un titre en particulier... Ah, mince... ma mémoire me joue parfois des tours. Oubliez cela. Vous devez me trouver d'un ennui ! "

(...)

" Le Majestic officiait dans un espace intemporel cloisonné de velours rouge et d'intentions obscures. Plus rien ne semblait exister autour. "

(...)

" Il crut apercevoir des vibrations dans l'obscurité, suppose que l'orage n'en avait pas fini de nettoyer la nuit. La pluie battante lessivait la terre, les vents violents dépoussiéraient les particules d'air, la foudre purifiait le toit du monde. C'est ainsi qu'il imaginait une force supérieure s'atteler au ménage de la planète, si sale qu'elle en devenait irrespirable. "

(...)

" Alors, qu'attends-tu ? Grimpe la colline et jette-toi depuis ce rêve inaccessible ! C'est ton unique chance d'acquérir un semblant de notoriété. Que des gens se souviennent de Peg Entwistle, la suicidée d'Hollywood ! "

(...)

" La lie de l'humanité ne rampait pas seulement dans les squats humides et sales.

Elle était partout. Tout le temps. "

Le Mont Lee (Los Angeles), avant -> après. Hollywood Land, devenu Hollywood (tout court)...
Le Mont Lee (Los Angeles), avant -> après. Hollywood Land, devenu Hollywood (tout court)...

Le Mont Lee (Los Angeles), avant -> après. Hollywood Land, devenu Hollywood (tout court)...

MA NOTE : 5 / 5

-> Un roman noir, poisseux, amer qui met en lumière ce que l'humanité et une certaine forme d'art ont de plus abjecte et détestable. Show must go on !

" Le Majestic officiait dans un espace intemporel cloisonné de velours rouge et d'intentions obscures. Plus rien ne semblait exister autour. " Cette citation résume à elle-seule ce qu'est le Majestic, une entité à part, un personnage du roman à lui tout seul. Et on pourrait même penser à une autre dimension, tant ce lieu semble irréel et pourtant... on sait tous que la réalité dépasse bien souvent la fiction, aussi sordide soit-elle !

Malheureusement je ne peux pas parler de coup de coeur même si techniquement tout est là pour en faire un. Sans doute qu'il y a eu pour moi une surenchère de gore (et qu'au moment de la lecture j'aspirais juste à davantage d'air, et non pas être au bord de la nausée toutes les 10 pages). Sans doute aussi que je n'ai pas pu trouver la moindre lueur d'espoir, juste l'impression d'une très acerbe et violente critique de l'art, tout comme Criminal Loft  était un violent pamphlet contre la télé-réalité. Mais dans ce roman-là, la fin était... acceptable et méritée. Ici... non, je ne comprends pas. Ou plutôt je ne comprends que trop bien. Certes, il est des destins qui sont parfois tragiques comme le fut ceux de Peg Entswitle, et de Lillian, l'héroïne de ce roman. C'est juste que quand j'ouvre un livre pour voyager et vibrer, j'ai pas forcément envie de m'dire - en le refermant - que les humains sont tous pourris et qu'on mérite tous de crever. Ça, je le sais déjà. Je le vois tous les jours. Et pire encore, je le pense constamment. Une lueur au bout du tunnel aurait été souhaitable. C'est tout. Mais ça n'est en rien un reproche. Juste mon ressenti. Peut-être que la masse a justement besoin qu'on lui rappelle qu'on vit pas dans le monde des Bisounours ? hé ! hé !

Voilà, difficile pour moi d'essayer de mettre des mots sur cette lecture qui (et ça c'est sûr !) ne ressemble à aucune autre ! Pas de point de comparaison, donc... Toujours est-il qu'une fois encore, je me prends à rêver d'une adaptation à l'écran. Quelqu'un pourrait-il traduire Majestic Murder et l'envoyer à Ryan Murphy & Brad Falchuk, les producteurs de la série American Horror Story ? Ils l'ont pas encore traité cette thématique-là, c'est tout bon, non ?

Ce qui est sûr, c'est que c'est très très bon ! Remarquablement bien écrit, construit ! Juste que la sensibilité de chacun étant différente, certains seront choqués quand d'autres seront émerveillés, et encore d'autres blasés ou indifférents. Pour ma part, c'est donc un mélange de fascination et de révulsion. Oui. Ce sont les deux mots qui conviennent le mieux à mon sentiment de lecture.

Et je continuerai à la clamer haut et fort : Armelle Carbonel est incontestablement la plume noire la plus surprenante du moment ! Faudra compter avec elle désormais, qu'on se le dise !

&quot; MAJESTIC MURDER &quot; d'Armelle Carbonel (2017)
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