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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

13 Nov

" Entraves ", d'Alexandra Coin (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Entraves ", d'Alexandra Coin (2016)

Après s'être fait connaître avec La Voie du Talion, rédigé à 4 mains avec son compagnon Érik Kwapinski (et sorti en avril 2016 aux Éditions Aconitum), Alexandra Coin revient en solo pour un roman époustouflant.

Surfant sur le thème des manipulations psychologiques (et en particulier ici des pervers narcissiques), elle signe avec Entraves (qui sort toujours chez Aconitum le 14 novembre) un récit incroyable du début à la fin ! À tel point qu'à peine commencé au réveil, il m'a été impossible de le lâcher, m'obligeant à le lire d'une traite !

 

-> " Enfant, Illario fut chahuté par ses camarades de classe et aura souffert de la rudesse de son père.

Adulte, il reproduira ce même schéma de domination poussant sa femme, Emma, jusqu'à l'internement en psychiatrie.

Alternant flash-backs et scènes d'hôpital, "Entraves" décrypte un cheminement lourd de conséquences, pointant du doigt faiblesse et machiavélisme. "

Autour de la perversion narcissique, un roman sombre, criant de vérité et diaboliquement rythmé.

Préface de Dominique Barbier.

-> "À trop regarder les abysses, les abysses finissent pas regarder à travers toi " (de Nietzsche)

Emma est une jeune femme assez banale, quoique plus intelligente que la normale. Professeure de Lettres, pleine de rêves, elle a fait la rencontre qu'on fait tous à la vingtaine. Le coup de foudre qu'on pense être évident, la fulgurance de la passion... et on se retrouve mariés en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "Quidditch" LOL. Puis commence un long et insidieux engrenage, gangrené par le quotidien, par une cruauté qui s'est introduite petit à petit jusqu'au fond de nous sans qu'on l'ait remarqué. Illario, son mari, a souffert d'une enfance compliquée entre un père distant, froid et exigent et une mère poule étouffante d'amour. Sans compter les brimades cruelles de ses camarades d'écoles, le petit Illario a grandi et s'est construit en ayant en tête un schéma des plus erronés. Fils à papa, fainéant, misogyne et macho, il se complaît dans une activité chimérique, se faisant entretenir par la fortune familiale quand elle daigne tomber et le salaire de sa femme qui se démène pour tout assumer. Si elle tient encore debout, entre violences psychologiques, humiliations quotidiennes, dédain et devoirs conjugaux forcés, c'est pour Louise, leur petite fille de 8 ans, et pour son métier de prof qui parvient encore à lui maintenir la tête hors de l'eau.

Sauf que voilà, arrive un jour où tout s'effondre sans qu'on comprenne pourquoi. Un événement anodin, une prise de conscience brutale et c'est tout le château de carte qui s'écroule. Emma perd progressivement pied, incapable d'encaisser la cruauté de son mari qui n'a de cesse de vouloir la détruire... la précipitant tout droit derrière les portes d'un hôpital psychiatrique dans lequel on aimerait vraiment pas se retrouver. De mon point de vue, St John's n'a rien à envier à l'HP de la seconde saison de la série American Horror Story...

Quand on atteint le fond, comment se relever alors ? Surtout quand on découvre que tout ce qu'on pensait pour acquis n'était en réalité qu'un leurre ? Où se trouve le réel ? Où commence la folie quand on est entravé à ses propres faiblesses tel un moucheron englué dans la toile de l'araignée.

-> " Approche donc un peu plus près pour te prendre une bonne raclée hivernale ! "

Une bonne claque dans la tronche ! Ouais, c'est l'effet que ce roman m'a fait. À peine commencé qu'il me fut impossible de le lâcher. 233 pages qui sont rythmées du début à la fin. La construction originale du récit alternant entre flash-backs et l'internement d'Emma captive l'attention de lecteur. On est à son tour pris dans un engrenage diabolique, perdant peu à peu pied tout comme l'héroïne entre réalité & folie.

Entraves est un roman dans lequel la violence est sous-jacente. Sans tomber dans le graveleux ou la surenchère, Alexandra Coin dépeint avec réalisme et une certaine froideur une déviance ou perversion humaine qui est tristement d'actualité. Bon, certes, le terme PN (pervers narcissique) a  tendance à être utilisé un peu trop facilement de nos jours, mais peut-être l'est-il car il dépeint une réalité terrifiante quant à notre société. Oui, tout est fait aujourd'hui pour créer de plus en plus de PN : la société de l'apparence, la futilité des échanges, la marginalisation de la bêtise, la zombification des esprits avec la télé, le culte du dieu argent etc... autant de terreau qui permet la fabrication de PN, véritable fléau qui gangrène les liens sociaux.

Entraves traite donc de ces pervers manipulateurs qui n'ont qu'un seul but dans la vie (et une seule chose capable de les faire bander) : le contrôle de l'autre avec pour but : sa destruction. Purement et simplement. On ne devient pas pervers narcissique. On naît comme ça. C'est une maladie mentale, une déviance humaine, à moins que l'homme ne soit au final qu'un "animal inhumain".

Plus que la perversion narcissique, le livre évoque toutes les manipulations. Et elles sont liées les unes aux autres. Parce que si PN il y a, c'est bien parce que la société est elle-même pervertie et sous la coupe d'innombrables manipulateurs (politiques, industriels, banquiers, etc...). Une société pourrie jusqu'à la moelle ? Peut-être bien que oui. À travers cela, comme l'avait fait l'auteure avec son binôme dans La Voie du Talion, elle récidive une fois encore ici en dénonçant les travers de notre société, pour mieux ouvrir les yeux de celles & ceux qui se complairaient encore dans leur cécité volontaire et non irréversible.

Je ne vais pas vous faire un topo sur ce qu'est la perversion narcissique. Le livre en donne une très bonne définition, et si vous souhaitez approfondir, vous pouvez vous lancer dans la lecture des écrits du spécialiste de la question, Dominique Barbier (qui signe la préface d'Entraves) avec La Fabrique de l'Homme pervers. Mais soyez averti : ça fait mal, ça tape fort et c'est violent. Vous vous rendrez compte que les vampires énergétiques sont partout autour de nous, sans pour autant tomber dans la paranoïa. Donc, protégez-vous et ouvrez les yeux !

Alexandra Coin en dédicaces...

Alexandra Coin en dédicaces...

< EXTRAITS >

" La sonnerie vint leur rappeler les obligations d'une société chronophage bien régulée. Un système tout entier conçu pour asservir les homme à une routine.

Leur laissant penser que c'est dans la norme et même pour leur bien. Rentabilité oblige.

Retour dans la matrice...

Pesanteur de la routine et de l'imposture. "

(...)

" Le cerveau n'est qu'un immense ordinateur obéissant à un " lambda calcul ", sorte de langage universel permettant de formaliser toute opération logique.

Une Pierre de Rosette de la pensée...

Le mécanisme des rêves, quant à lui, ressemble à s'y méprendre à un ScanDisk... Réparation des données en cours d'utilisation quand l'ordinateur plante.

À un défragmenteur aussi, faisant le tri dans nos pensées. Retrouver, analyser et éventuellement détruire ou restaurer les données, la finalité du rêve n'était autre. "

(...)

" Et au cœur du système, des requins de la finance et de la politique formatant les consciences léthargiques. Gangrenées par la rentabilité... Aussi pernicieuse qu'un virus. Une ère du vide où fleurissent des Narcisses. Toute une génération d'égoïstes primus à des postes clés pour diriger le monde et contrôler des citoyens aveugles et sourds, bien trop préoccupés à conserver leur petit confort bourgeois qui se réduit à une peau de chagrin sans qu'ils en aient vraiment conscience. Il suffit de leur laisser un smartphone entre les mains et une TV LCD dans le salon pour qu'ils ferment les yeux sur la nouvelle dictature mondiale qui se met en place. Panem et Circenses (du pain et des jeux du Cirque)... Rien n'a vraiment changé depuis la Rome antique ! "

(...)

" Se remettre en cause est une violence nécessaire. "

(...)

" - Mais comment des êtres humains peuvent-ils devenir aussi pervers ?

- Ils ne le deviennent pas, ils le sont par nature (...)

... Car ce ne sont pas des hommes. Tout juste des ersatz d'humanité. Les sociopathes ou pervers narcissiques sont dénués d'empathie. Ils sont ce qu'ils possèdent et des relations humaines et sociales se résument pour eux à des relations d'intérêt. Ce sont des êtres humains sans affects, plus proches ainsi de machines cybernétiques que de l'homme... C'est difficile à entendre, mais il vaut mieux accepter l'inadmissible pour ne pas sombrer à nouveau. Et malheureusement, le mode de vie moderne, en glorifiant l'argent et la réussite personnelle au détriment des valeurs humaines traditionnelles, provoque une prolifération d'individus aussi dénués d'affects que des bactéries. Des virus qui, à force de destruction, ont phagocyté l'organisme social jusqu'à atteindre le haut de la pyramide. On est entrés dans une ère du vide dont il sera difficile de sortir. "

&quot; Entraves &quot;, d'Alexandra Coin (2016)

-> MA NOTE : 5 + / 5

Entre thriller psychologique, roman noir et descente infernale, un roman poignant de vérités et qui a l'effet d'un gros coup de poing dans la tronche tant la violence qu'il dépeint est insidieuse et dévastatrice.

Alors, bien évidemment, quand on a été soi-même victime d'un sociopathe comme dans le roman, la lecture peut-être un peu plus difficile mais elle rend en même temps plus fort et aide à être conscient du "plus jamais ça!".

Il est important, que ce soit dans les arts mais plus encore en littérature, d'aider les gens à ouvrir les yeux, prendre conscience de leurs traumatismes pour se soigner et guérir. Voilà la vraie magie des livres : malgré une histoire difficile, des scènes violentes (parfois à la limite du soutenable), on sort de la lecture le cœur plus léger et heureux d'être vivant et je l'espère, en sécurité. La marque de fabrique de l'auteure (et de son binôme dont on sent l'ombre pas très loin ^^) c'est incontestablement de réveiller les consciences, de faire ouvrir les yeux, de vous faire sortir de votre caverne pour vous élever et contempler enfin la lumière salvatrice ! Des influences cinématographiques, littéraires, philosophiques jalonnent ce roman et en font pour moi un très gros coup de cœur !

J'avoue que j'en attendais pas moins après l'excellent La Voie du Talion. Mais avec Entraves, Alexandra Coin livre ici un roman bouleversant et terrifiant ! Un récit dans lequel les origines du Mal sont décortiquées en long, en large et en travers, pour davantage de frissons...

Nous ne sommes pas à l'abri des vampires énergétiques, de ces parasites avides de lumière et de destruction. Il est impératif de savoir les reconnaître pour les éradiquer. Simplement. Et dans de nombreux domaines, ces parasites sévissent en toute impunité, à commencer par le haut de la pyramide... Vous savez, ceux qui nous gouvernent ? Ceux qui font la pluie et le beau temps et qu'on laisse agir impunément tout ça parce que notre esprit est occupé à autre chose... et ceux qui sont censés nous aider aussi, tant qu'à faire.

Pour résumer : ÉDIFIANT - SANS CONCESSION - BRUTAL - CRIANT DE VÉRITÉ - SALVATEUR !

Une véritable réussite et un roman qui gagne vraiment à être mis en lumière !

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Alexandra Coin 13/11/2016 21:50

Toi aussi tu m'as mis une claque avec ta chronique, Béné. #émue.

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