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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

28 Nov

" Du barbelé sur le coeur " de Cédric Cham (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Du barbelé sur le coeur " de Cédric Cham (2016)

Après son excellent 1er roman, La Promesse (paru aux Éditions Fleur Sauvage début 2016), Cédric Cham revient avec Du barbelé sur le coeur, un roman toujours aussi noir que son prédécesseur et qui ne vous laissera pas indifférent.

Avec cette couverture aussi sobre qu'énigmatique, et diablement accrocheuse, j'attendais beaucoup de ce livre (qui n'est pas la suite de La Promesse).

L'auteur travaillant dans l'univers carcéral, on est en droit de s'attendre à un roman extrêmement bien documenté et réaliste. Très réaliste. Trop ? 

En tout cas, une chose est sûre, la lecture de ce roman noir me laisse un drôle de goût en bouche...

-> " Dris est un délinquant multi-récidiviste qui a décidé de se ranger pour commencer une nouvelle vie.

Serge est un pédophile qui compte bien profiter de sa liberté nouvellement retrouvée.

Schimanski est un flic de la BAC de nuit qui se retrouve embarqué dans une enquête hors procédure.

Les chemins respectifs de ces trois hommes finiront par se télescoper. "

Après La Promesse, Cédric Cham revient avec ce roman noir en ligne directe avec son activité dans le milieu carcéral. Un récit fort, intelligent et réaliste.

-> La Sainte Trinité... ou pas !

3. Ils sont au nombre de 3. 3 mecs. 3 archétypes masculins qui incarnent la déchéance humaine, j'ai envie de dire.

D'abord, on a Driss, métisse multi-récidiviste, le délinquant des cités qui a zoné, fait les 400 coups, a sombré avant de trouver la rédemption lors de son dernier séjour en taule. Son crime ? Rien de bien méchant : trafic de dope, vols... Ancien boxeur, il se retrouve à vivre à nouveau sous le toit familial avec une mère à moitié barge qu'il ne supporte plus tant elle n'a aucun sens des réalités.

Dris est bien décidé à fuir tout ce qui pourrait le rattacher à son ancienne vie, y compris ses anciennes fréquentations qui l'ont bien zappé lors de sa détention. Il prend la décision de renouer avec la boxe, et Tonio, son ancien entraîneur. Être bien dans son corps, et dans sa tête. Son leitmotiv. Quand il tombe sur son ex. Sarah. Peut-être la vie va-t-elle lui sourire, enfin ? Pour elle, Dris est prêt à tout car malgré les barbelés tatoués sur son coeur, le coeur de Dris n'a jamais cessé de battre pour sa belle.

Après, on a l'opposé de Dris : Serge, le délinquant sexuel. Violeur, pédophile, abjecte. En liberté surveillée, il est bien décidé à se réinsérer dans la société, pour pouvoir à nouveau jouir de la liberté, et pouvoir donner libre cours à ses fantasmes les plus dégueulasses. Serge est malade. Malade à être enfermé, et pire même : castré ! Mais voilà, des fonctionnaires ont estimé qu'il pouvait sortir au grand jour et se mêler à nouveau à la société. Se réinsérer. Travailler. Avoir un appartement. Se balader. Et côtoyer des femmes dans les transports en commun, dans la rue. Un prédateur libre. Il ne lui en faudra pas beaucoup pour se persuader que les femmes qu'il croise sont toutes des salopes qui ne demandent qu'à se faire défoncer...

Et puis on a Schimanski, le flic dépressif qui a tout perdu : a commencer par sa nana et un fils dont il n'a jamais voulu s'occuper. Sauf que là, il se dit qu'il serait peut-être temps d'être un père. Mais son ex ne l'entend pas de la même oreille. Alors il picole, il sombre un peu plus chaque jour... Quand un jour, l'une des ses connaissances lui demande de l'aide : sa nièce, une ado, a disparu. Bien que ça ne relève pas de ses fonctions, le flic décide d'enquêter, quitte à flirter un peu trop près avec le borderline. Il est peut-être un père raté mais il fera pas la même connerie avec son job. Enfin, c'est ce qu'il se dit.

Voilà. 3 gars dont les destins vont effectivement se croiser et exploser en plein vol. Un peu violemment j'avoue.

-> " J'irai bien refaire un tour du côté des Coquelicots... revoir mon premier amour qui me donnait rendez-vous... "

Bon, autant être franche : je n'ai pas vraiment aimé ce livre.

Certes, il dépeint très certainement une réalité du monde carcéral qui mérite d'être mise en lumière et qu'on ignore bien trop souvent : un monde en total décalage avec la société, avec ses contrôles aussi ridicules qu'inefficaces quand on voit que quantité de criminels & de monstres sont relâchés dans la nature.

Du barbelé sur le coeur n'est pas une sinécure : vous qui entrez dans ce livre, laissez de côté tout espoir d'une fin heureuse. C'est la réalité, quoi : " les histoires d'amour finissent mal... en général ".

Si dans La Promesse on pouvait comprendre ce déluge de violence pour notre Samuel meurtri par le violente perte de sa moitié, et le traumatisme de la tentative de suicide ratée, ici je n'ai pas trop compris. Enfin si, ce que je retiens c'est que la vie est merdique. Je me suis sentie noyée sous un déluge de testostérone dans lequel la femme était dépeinte, au choix, comme : une salope, une pauvre petite victime soumise ou une connasse de bureaucrate qui ne comprend rien, le tout avec quelques nuances.

Quand à notre "sainte trinité masculine", oui, Dris c'est la rédemption incarnée mais qui a quand même bien la poisse. Il devrait en toute logique incarner le mec " bien " , enfin, celui qui essaie de se racheter. Sauf que voilà, il m'a ennuyé. Et la boxe, et sa Sarah, et les combats clandestins, et que voilà qu'il faut que j'esquive mes anciennes fréquentations mais par contre le gitan qui me fait boxer clandestinement  je le zappe pas, lui... bref, ces passages-là je les ai lu en mode accéléré.

Le flic Schimanski, c'est pareil : le mec qui a rien dans le calbut, qui n'a rien fait pour retenir sa famille mais qui vomit sa haine et son mal-être, qui se lance dans son boulot à corps perdu. Et encore, les scènes d'interventions policières me sont apparues comme un puzzle inachevé : prends les pièces et regarde un peu notre quotidien difficile ! On ne sait même pas ce qui est vraiment arrivé à la gamine qu'il recherchait ! Et la dernière scène avec lui, on reste dans le flou : il tire vraiment sur l'autre ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne sais toujours pas...

Et la crème de la crème : Serge, le gros dégueulasse ! Et voilà qu'on se ballade bien dans sa tête. Le mec c'est trique-man ! Il bande, encore et toujours, toujours plus dur ! Bah oui, il était en cage pendant des plombes, c'est qu'ils pèsent lourd ses sacs à foutre ! Suivre son quotidien de bête assoiffée de cruauté... ça va bien un moment. Après ça lasse.

Parce que tout ne peut être noir, il y a quelques nuances que je me dois de faire remarquer : oui, c'est bien d'avoir proposé une histoire brute de décoffrage comme celle-ci, dans laquelle le rédempteur peut s'amender mais se faire rattraper par son karma pourri, les contes de fée n'existent pas vraiment, les pourris peuvent triompher ou se faire avoir bêtement... soit ça passe soit ça casse. Ouais, je suis assez d'accord. Mais le tout reste trop sombre (où est la lumière ?) et il subsiste des zones d'ombres que je déplore quant à l'intrigue.

< EXTRAIT >

" Dris remonte l'allée longeant le parc de jeux. Un petit gars déboule et se cogne contre ses jambes. Accompagné d'un juron bien senti pour son âge, il dresse son majeur en direction de Dris avant de s'éloigner à toute jambe.

- Petit con, marmonne Dris.

Avec ce genre de réaction, il a parfois l'impression d'être lui-même un vieux con. Mais il ne faut pas déconner. C'est vrai qu'à son époque, les gamins avaient un minimum de respect pour leurs aînés. Aujourd'hui, ils leur crachent à la gueule et n'hésitent pas à lever la main sur eux. Malgré l'alcoolisme et la violence de son père, Dris n'aurait jamais pu s'en prendre à lui. En tout cas, pas comme ça. Sans raison. Les gamins d'aujourd'hui n'ont plus de limite. Il suffit de voir en détention. En dehors des niqués de la tête, les pires, ce sont les jeunes majeurs. Toujours prêts à jouer du poing. Toujours à chercher les embrouilles. Le carpla est devenu pour eux un passage obligé. Comme un rituel gratifiant. "

MA NOTE : 3.5 / 5

Bien que le sujet (encore assez tabou) avait un réel potentiel, l'essai n'est pas transformé pour moi.

Il manque une âme à cette histoire, plus de profondeur plutôt qu'une énumération de : 1/3 de perversité + 1/3 de désespoir + 1/3 de sans issue. Pourtant, le style de l'auteur (sans fioritures et direct) m'avait plu dans La Promesse. Là ça m'a paru alourdir le tout plus qu'autre chose. L'impression de reprendre les mêmes ficelles et pourtant... du potentiel parce que qui mieux que quelqu'un qui bosse dans le pénitentiaire peut décrire le plus justement cet univers si brutal et noir ?

Je sais pas, sans doute suis-je trop déçue pour être sincèrement objective. Sans doute faut-il être bien dans sa tête pour ne pas se sentir alourdie à la fin de la lecture de ce livre ? Perso, la phrase qui m'est venue après la dernière phrase ça a été " tout ça pour ça ? ", et en général, ça le fait pas trop de se dire ça. Après, je le concède : tous les goûts sont dans la nature. On ne peut pas aimer tout ce qu'on lit. Je suis très certainement passée à côté de ce livre et je suis désolée pour l'auteur que j'apprécie beaucoup. Mais voilà, les mecs qui jouent au héros, les détraqués du manche et les cogneurs de femmes, je peux pas. Je peux plus. Et si on rajoute à cela, le flou de certains points, bah je ressors de ma lecture déçue. Désolée.

Bon, j'espère quand même lire la suite des aventures de Samuel, hein !

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