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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

16 Oct

" DUSK " de Sébastien Bouchery (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" DUSK "  de Sébastien Bouchery (2016)

Quand on m'annonce un western écrit sous les codes du thriller, je bondis telle une puce impatiente ! Bon, j'avoue, j'ai d'abord bondi lorsque j'ai découvert (bien des mois avant la sortie du livre) la magnifique couverture de Bertrand Binois (sans aucun doute ma deuxième couverture préférée des éditions FS après Soul of London).

Fleur Sauvage continue de frapper là où ne l'attend pas avec ce mystérieux Dusk (qui signifie "crépuscule", ndlr). Le crépuscule de quoi ? Bah peut-être le crépuscule de deux légendes, et surtout des romans d'où on sortait de leurs lectures ragaillardi et optimiste.

Vous qui vous apprêtez à lire les lignes ci-dessous, laissez de côté tout espoir de ressortir de votre lecture indemne...

-> " Nebraska, 19ème siècle.

De redoutables limiers partent affronter l'hiver glacial pour neutraliser l'assassin d'une fillette.

Mais ils devront, tour à tour, affronter leurs passés tumultueux, ainsi qu'un second prédateur...

Un tueur en série qui laisse dans son sillage, un nombre inquiétant de cadavres... "

Jouant avec les codes des thrillers actuels, Sébastien Bouchery revisite l'univers des westerns avec des personnages hauts en couleurs et une intrigue aussi riche que palpitante.

Winter is coming... (encore et toujours !)

Winter is coming... (encore et toujours !)

-> À la poursuite d'un hiver rouge...

Bon, le moins que je puisse dire, c'est que Sébastien Bouchery aime les westerns et qu'il s'est super bien documenté pour retranscrire avec précision un quotidien très détaillé. On y est, on ferme les yeux, et c'est remarquable. Même l'Histoire de la nation de l'Oncle Sam est retranscrite avec justesse.

L'histoire, quant à elle, reste assez originale.

Un tueur en série sévit dans le Nebraska en 1866, dans le Comté de Buffalo. Le "Sprinkler", ou Prescott Souless, qui est-il ? D'où vient-il ? Ces deux noms effroyables renvoient-ils au même monstre ? Prescott Souless est devenue une légende (noire). Jamais arrêté, il est tombé dans l'oubli. Jusqu'à ce que le cadavre d'une fillette soit retrouvée. Sentant qu'une telle enquête (difficile) pourrait le mener à la victoire (si elle était résolue), Dollory (candidat à une élection gouvernementale) sollicite d'anciens limiers légendaires : Kenny Bowens & Jacob Stabler. Une équipe est constituée avec un shérif & ses deux adjoints, un écrivain-journaliste en quête de sensationnel et la représentante de Dollory, Jane Hobblehorn (une femme pas si fragile que ça). Leur but ? Sillonner la piste du Sprinkler, collecter des indices et le débusquer coûte que coûte.

Mais voilà, les choses se passant rarement comme prévues, la quête va déraper, et le passé de certains personnages va les rattraper et même leur exploser en pleine face. L'Amérique de la fin du 19ème siècle reste sauvage, indomptable, même dans le Nebraska.

La nature humaine est ainsi faite : noire, trouble, sans concession et surtout, imprévisible.

Haut les mains ! Nan, j'déconne... tourne-moi donc bien le dos que je te tire en plein dedans !!!

Haut les mains ! Nan, j'déconne... tourne-moi donc bien le dos que je te tire en plein dedans !!!

-> Hybride de genres...

Alors, que dire de Dusk après tout ça ?

Le mélange thriller/western passe. C'est déroutant, au début, puis on s'y fait. Et pis ça reste original et bien fait, donc pourquoi critiquer ?

Bah c'est là que le bât blesse : ce livre me laisse une drôle d'impression en bouche je dois dire. Je n'ai ni sauté au plafond, ni fait tomber le livre de mes mains, mais quelque chose d'indicible me chiffonne. Enfin, je dis "indicible" mais je sais très bien d'où mon malaise vient.

J'ai lu, çà et là, qu'on était pas loin du chef-d'oeuvre avec ce livre. Question de point de vue. Je ne nie absolument pas le fait que ce soit très bien écrit, et que le travail de documentation est remarquable (malgré la vingtaine de coquilles qui persiste, encore et encore !). Les personnages sont éloignés des clichés habituels, leur psychologie est creusée (et quand on arrive à la fin, le seul mot qui vienne à l'esprit c'est : PUTAIN !). Donc rien à redire là-dessus.

Cependant, je me suis un peu ennuyée en lisant ce livre. Je n'ai pas éprouvé cette fièvre que je recherche systématiquement quand j'ouvre un livre pour un nouveau voyage. J'ai eu du mal à m'y replonger régulièrement. Il y a quelques moments d'actions complètement inattendus, mais entre les deux, électroencéphalogramme plat. Après oui, les 100 dernières pages sont dingues, et le huis-clos de fin, grandiose, oui !!!

Je crois tout simplement que je suis traumatisée. Ouais, j'ai une grande gueule, j'aime les récits qui m'emportent là où je ne m'y attends pas, j'aime quand c'est violent, sans concessions, quand il y a un véritable sens caché derrière une surenchère de morts par exemple. C'est ce que j'ai trouvé dans ce livre, mais il me laisse sur ma faim/fin. J'ai essayé de trouver un peu d'optimisme dans ma lecture, de retenir ce qui m'avait le plus plu (en dehors de l'ambiance western/thriller et de la beauté du Nebraska). Bah en dehors de ça, je suis sonnée. Et je dois vous dire que j'ai perdu tout espoir d'une once de positif dans Dusk.

Le crépuscule de l'homme dans toute sa splendeur, ou quand l'homme se révèle brutalement dans toute sa noirceur et sa folie. Putain ! J'aimerais en dire plus pour me justifier, mais j'ai rarement lu/vu un récit où tout est aussi noir du début à la fin ! Et même dans l'épilogue, on se dit que peut-être il subsistera une petite lueur d'espoir ? Bah non, prends-toi ça en pleine tronche et merci d'être venu !

Alors oui, ce livre est terrible de noirceur, et de vérités sur la psyché humaine. On est choqué mais quelque part, la vraie vie c'est ça aussi. Par contre, je trouve qu'il y a trop de pessimisme. Ça aurait été quand même bien de montrer que tout n'est pas toujours perdu d'avance, ou que les choses peuvent évoluer, que la lumière parvient toujours à filtrer des ténèbres, je sais pas, mais un tout p'tit truc quand même car tous les hommes ne sont pas des merdes et ne méritent pas de crever, si ?

 

 

< EXTRAITS >

" À l'extérieur, l'air était saturé en sable mélangé à la poussière. Hunter observa le ciel et remarqua les nuages qui filaient à vive allure vers le nord. La tempête avait épargné Kearney mais semblait diriger sa trajectoire en tournant sur elle-même. Il n'était pas impossible que l'ouragan revienne sur ses pas pour terminer son travail de destruction, avant de mourir dans un désert lointain.

Hunter s'en accommoderait.

Les habitants de Kearney avaient plutôt l'air soulagés. Ils avaient échappé au fléau et repris leurs activités. La ville était toujours en ébullition. Hunter remarqua la bonne humeur générale, celle qui émanait de l'après-guerre.

Une menuiserie située plus haut regorgeait d'ouvriers faisant claquer leurs marteaux sur des pièces de bois destinées à la construction d'une future carriole. Le General store exhibait sur ses étals de la vaisselle et des tissus multicolores. Une petite épicerie proposait sur ses présentoirs des légumes de saison, et le maréchal-ferrant arquait le métal pour la fabrication de fers flambant neufs.

De belles dames aux toilettes endimanchées se baladaient sous les ombrelles, croisant travailleurs et notables. Des gamins se donnaient la réplique derrière les balustrades, armés de revolvers en bois et de chapeaux cent fois trop grands.

Hunter observait cette faune en mal de prospérité. Pour lui, ils n'étaient qu'une bande de naïfs dépossédés de leur nature profonde. Des pionniers arrivés au bon moment, des immigrés assoiffés de soleil et de promesses faites par une Amérique utopique. Des arrivistes persuadés de réformer le monde par les métiers à la mode : notaires, détectives, comptables...

Les grands pontes du chemin de fer tenaient le pays et ces pauvres bougres ne s'en rendaient même pas compte. Ils seraient bientôt expropriés ou bien encerclés par les barbelés. Les terres qui autrefois appartenaient aux doux rêveurs, n'étaient plus que de futurs investissements indivisibles. "

(...)

" Un homme venait d'abattre un représentant de la loi par un acte d'une pure lâcheté. Les légendes cerclées par les codes d'honneur étaient bien lointaines. On ne défiaient plus un homme en duel, on lui tirait dans le dos, tout simplement. "

(...)

" ... les regrets sont faits pour ceux qui ont une chance de se racheter. "

(...)

" Il avait pratiqué la sauvagerie sous toutes ses formes. Parfois en tant que bourreau, parfois en triste victime. Mais rien n'était plus infâme, ni plus ignoble que la torture psychologique. Elle faisait pourtant partie intégrante de l'espèce humaine. Une sorte d'aura maléfique cachée au tréfonds des personnalités, prête à jaillir à chaque instant. Une entité incontrôlable décimant les prairies de l'esprit, brûlant les âmes comme un feu de forêt. "

(...)

" - ... Ma vie à moi, elle est faite. Je peux même dire que plus les jours passent, plus je vois arriver l'océan.

- L'océan ?

- Ouais, c'est une image parlante. Tu sais, quand le progrès à commencé sa route grâce aux rails du chemin de fer, des milliers de gens ont fui vers l'ouest. Toujours l'ouest, jusqu'à ce qu'ils trouvent une parcelle de terrain encore vierge de toute progression économique. Mais ils se faisaient rattraper à chaque fois. Alors ils repartaient. Jusqu'au jour où ils arrivaient au bout du monde, près d'une crique avec devant eux l'océan à franchir. Nos vies, c'est du pareil au même Bow'. On avance dans l'âge, on fuit la maladie, les douleurs et les cheveux blancs... Et puis un beau jour, on arrive à la crique comme les autres. Le point de non-retour. Et là, t'as pas deux alternatives... T'en as qu'une seule. Plonger pour ne plus remonter. Et pas question de trouver un bateau qui te portera secours... Parce que là où on va, vers l'autre destination, il y a personne pour te sauver. Tu te retrouves juste devant le constat de ta vie. Un triste bilan que tu dois accepter. Et si tu l'acceptes pas, c'est tant pis pour toi. "

(...)

" En regardant vieillir les autres, on ne se voit pas vieillir soi-même. "

(...)

" Dans la vie, toutes les actions sont les conséquences d'observations minutieuses. Nous vivons dans un pays maudit. Nous avons colonisé et décimé les populations indiennes, réduit les noirs à l'esclavage, et nous avons investi des territoires qui ne nous appartenaient pas. Et nous continuons. Par définition, le colon est mauvais par nature. C'est une mauvaise herbe qu'il faudrait éradiquer.  "

MA NOTE : 4 / 5

-> Un mélange de genres déroutant, violent et sans concessions.

Bref, une lecture dont je me souviendrai longtemps, un sentiment de malaise qui perdure encore même une semaine après avoir refermé le livre.

La passion de l'auteur pour les westerns transparaît indubitablement des lignes de ce récit, et je salue encore une fois la superbe reconstitution historique, sociale, économique etc... de cette époque qui fait toujours autant rêver.

Bon, quelque part, Dusk m'a fait penser à The Hateful Eight de Quentin Tarantino, ya des ambiances très proches par moments, mais je n'en dirai pas plus ^^

Personnellement, je vois Dusk comme une satire sociale très sombre et virulente à l'encontre de l'homme. Peut-être trop noire pour certain(e)s, mais tellement réaliste quelque part... On y voit les magouilles politiques, les manipulations de masse, la cupidité, la folie et les mensonges qui finissent par exploser et provoquer des dommages collatéraux, la notion de paradis perdu avec la montée de la xénophobie... des thèmes qui sont encore tristement d'actualité, hélas.

L'auteur parvient vraiment à nous emporter là on où ne s'y attendait pas côté rebondissements. J'ai rien vu venir, donc rien que pour ça, bravo !

J'aurais pu décerner un 5/5, sauf que voilà, bien trop de coquilles à mon goût et un pessimisme ambiant bien trop lourd et suffoquant à long terme. Après, comme toujours, ça n'est qu'une vue d'un esprit, et chacun ses goûts, hein !

Le mieux encore, c'est d'embarquer pour ce retour vers l'Amérique des westerns et de vous forger votre propre opinion.

Néanmoins, le style et l'univers visuel de Sébastien Bouchery me donnent vraiment envie d'en lire plus... Donc une affaire à suivre !

 

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