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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

02 Oct

" Demain les chats " de Bernard Werber (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Demain les chats " de Bernard Werber (2016)

Le nouveau Werber c'est comme le Beaujolais nouveau... enfin, presque. Ici on peut en abuser sans modération ! ^^

Depuis la divulgation de la couverture, j'étais très impatiente de me plonger dans une nouvelle histoire de cet auteur culte que j'ai découvert début Janvier 2016 avec Les Thanatonautes puis Le Sixième Sommeil, son avant dernière parution. Alors oui, il y a eu les fourmis, les hommes, les cyclopes, les anges etc... et maintenant les chats passent à la moulinette (pour notre plus grand plaisir). Parce que dans ce roman, vous évoluerez dans la tête d'un chat. D'une chatte, plus précisément. Bastet. Parisienne, comique, indépendante, curieuse et assoiffée de liberté. Avouez que vous vous êtes toujours demandé ce qu'il pouvait bien se passer dans la tête d'un (ou de votre) chat ? Comment perçoivent-ils le monde qui les entoure, et nous-mêmes par la même occasion ? Un chat n'a-t-il pas de maître ? Peut-il communiquer avec les autres ? Peut-il même changer le monde ? Toutes ces questions trouveront leurs réponses dans Demain les chats ! Hé ! Hé !

4ème de couv' :

" Pour nous, une seule histoire existait : celle de l'humanité.

Mais il y a eu LA rencontre.

Et eux, les chats ont changé à jamais notre histoire. "

-> " A Montmartre vivent deux chats extraordinaires.

Bastet, la narratrice qui souhaite mieux communiquer et comprendre les humains. Pythagore, chat de laboratoire qui a au sommet de son crâne une prise USB qui lui permet de se brancher sur Internet. Les deux chats vont se rencontrer, se comprendre, s’aimer alors qu’autour d’eux le monde des humains ne cesse de se compliquer. À la violence des hommes Bastet veut opposer la spiritualité des chats. Mais pour Pythagore il est peut être déjà trop tard et les chats doivent se préparer à prendre la relève de la civilisation humaine. "

" Demain les chats " de Bernard Werber (2016)

-> Chats perchés...

Ça commence presque normalement, un chat qui observe le monde derrière la fenêtre de son habitat. Il assiste à une scène un peu surréaliste (un attentat). Il vit à Paris, à Montmartre. Il a une maîtresse, Nathalie, qui est dévorée par l'inquiétude liée au contexte ambiant d'insécurité grandissante. Enfin je dis il, mais c'est elle. Bastet. Alors elle sort se promener et tombe sur le chat de la voisine, un siamois avec une drôle de prise sur la tête. Son troisième œil. Sa maîtresse est scientifique et l'a sauvé du laboratoire dans lequel il est né (pour les besoins de la Science). Grâce à ce dispositif (certes barbare), Pythagore (c'est le nom que s'est choisi le hautain siamois de la voisine), peut à loisirs surfer sur internet et apprendre l'histoire de l'humanité. Et il en sait des choses. Bastet est d'emblée fascinée. Depuis peu, elle cherche à communiquer avec sa servante (comprenez sa maîtresse), mais les résultats sont peu concluants. Du coup, les deux chats se mettent à converser et Pythagore peut à loisirs dispenser son intarissable savoir. Mais le monde autour d'eux change. Les attentats, le peur, la menace de la guerre et de tout ce qu'elle entraîne plongent le monde dans la tourmente, et bientôt le chaos. Une menace pire encore que la guerre sort du néant, enfin, plutôt de l'oubli. Un fléau qu'on pensait enterré depuis des siècles et qui va précipiter le monde dans l'apocalypse. Et un nouvel ennemi pire que l'est l'homme pour tout ce qui l'entoure : les rats. Les ennemis antédiluviens des chats. La guerre ne fait que commencer...

C'est en somme une histoire peu banale que nous propose une nouvelle fois Bernard Werber. Penser, vivre chat, c'est une extrapolation plus qu'intéressante. Ils sont là, chez nous, à vivre à nos côtés depuis des millénaires. Jadis vénérés comme des dieux, puis nous assistant dans la lutte contre la vermine, puis compagnons de vie, le statut du chat n'a cessé d'évolué. Mais qui sont-ils vraiment ? À quoi pensent-ils ? Pourquoi dorment-ils autant et pourquoi sommes-nous devenus accros à leurs ronrons ? Mystère et boules de gomme ? Nan, pas tant que ça...

Pythagore, le siamois

Pythagore, le siamois

-> Les chats, et cetera...

Sincèrement, Demain les chats est le 3ème livre de Werber que je lis, et c'est pour l'heure mon préféré. Alors non, je ne suis pas une guedin des chats même si j'ai une adorable et chieuse Angora Turque à la maison. Mais j'avoue que le chat m'a toujours fascinée, et ce pour de nombreuses raisons : peut-il vraiment voir ce que notre œil humain ne voit pas ? peut-il guider les âmes des défunts vers l'Ailleurs ? peut-il vraiment absorber les ondes négatives ? a-t-il 7 vies, voire plus ? peut-il communiquer, se réincarner ? Autant de questions qui me taraudent depuis toujours et auxquelles j'ai pu me faire quelques esquisses de réponses avec la lecture de ce livre.

300 pages, c'est quand même court, et la fin laisse peut-être présager une suite, un peu sur le même format que la trilogie des Fourmis.

Ce que j'ai adoré dans ce livre c'est l'humour dont fait toujours preuve l'auteur : à travers une situation surréaliste et improbable (quoique... pas tant que ça avec les attentats), il tisse une intrigue riche, drôle, intelligente, aux réflexions profondes teintées de philosophie, humaine. Je le dis depuis un moment mais on sort toujours grandi des livres de Werber, et il sait toucher l'âme des rêveurs et des idéalistes de tout poil, et non pas avec mièvrerie mais bien avec tact, finesse et intelligence.

L'écriture est comme toujours maîtrisée du début à la fin, ça se lit tout seul et on ne voit pas venir les rebondissements. Et bien évidemment, le fait que ce soit la chatte Bastet qui raconte son histoire a bel et bien une signification que vous découvrirez en temps voulu.

Bon, ya quand même une chose qui m'a paru bizarre, c'est l'humanisation des chats dans ce livre. Oui, Pythagore est féru de savoir et se shoote à l'internet, mais le rapport au sexe chez les chats m'a un peu interpellée. Surtout les descriptions de baises félines... j'sais pas, ce sont des choses qui m'intéressent pas, que j'ai pas envie de voir parce que ça les regarde, les chats. Un p'tit côté voyeur pour moi même si ça fait partie de l'histoire et qu'il y a de la poésie et du drôlesque là-dedans malgré tout.

Certains chats m'ont bien fait rire : Félix, le compagnon Angora de Bastet. À travers ces personnages/chats secondaires dans l'intrigue, Werber nous dresse les portraits d'archétypes que nous connaissons tous, et c'est encore pour lui l'occasion de nous livrer une cinglante satire sociale. Tout ce que j'aime !

L'auteur nous prévient à la fin du livre qu'aucun chat n'a été maltraité pour l'écriture de ce livre... n'empêche, il y a des scènes violentes qui font plus de peine que s'il s'était agi d'humains... hum... hum... suis-je normale ? Je ne pense pas, et alors !

Enfin, comme toujours, on sort grandi de la lecture de Demain les chats : on se sent plus intelligent parce qu'on a encore appris un tas de choses. Le fait d'apprendre l'histoire du chat à travers les âges nous amène à reconsidérer le statut de nos félidés préférés, de davantage les respecter car ce ne sont et ne seront jamais des chiens, ni des humains (et cela même si un jour nous parvenons à communiquer avec eux). Ce sont des chats, êtres mystiques et stupéfiants, êtres à part sans lesquels nous ne pourrions pas vivre. Même s'ils peuvent nous en faire voir de toutes les couleurs, mais ça c'est par notre faute car nous sommes avant toute chose les servants de nos chats. Leurs humains. Et non pas l'inverse. Un chat n'a pas de maître, et en avoir un chez soi est déjà un très grand honneur ! Qu'on se le dise !

< EXTRAITS >

" - Cette planète est belle. Chaque jour j'en découvre de nouvelles splendeurs.

- Tu es heureux, toi ?

- Bien sûr. Être heureux c'est apprécier ce que l'on a. Être malheureux c'est vouloir ce que l'on n'a pas. Moi j'ai tout ce que je veux.

- Tu n'as pas peur de la guerre ?

- Ma seule peur est de ne pas réussir à utiliser pleinement toutes mes capacités. Pour le reste je ne décide ni de la pluie ni du beau temps, ni des éclairs d'orage ni des arcs-en-ciel, ni de la guerre ni de la paix. "

(...)

- " - Se battre. Toujours se battre. Pourquoi le monde est-il aussi violent ?

- Peut-être que s'il n'y avait pas toute cette violence on s'ennuierait. Les jours se ressembleraient tous. Tu imagines, s'il faisait beau tous les jours ? La violence est un peu comme l'orage. Une soudaine concentration d'énergie qui explose. Et une fois que tout est déchargé, une fois que les nuages noirs se sont transformés en gouttes de pluie, et que toutes les gouttes sont tombées, cela s'arrête et les beaux jours reviennent. Il y a de la violence partout. Même les plantes se battent. Les lierres étouffent les arbres. Les feuilles sont concurrentes et se volent entre elles l'accès aux rayons du soleil. "

(...)

" Nous sommes tous des véhicules qui aidons la vie à circuler à travers nous pour se répandre. "

(...)

" Comment ont-ils osé me faire ça !

Déjà je pense à une vengeance. JE veux leur mort. À tous. Qu'ils s'autodétruisent donc avec leur guerre et leur terrorisme. Non, ça prendra trop de temps, il faut que je frappe vite.

Ma rage est telle que je casse tout ce qui me passe sous les pattes dans la cave. Je renverse les pots de confiture, je brise les bouteilles de vin, je déchire tout ce qui est tissu ou papier. Mais pour qui se prennent-ils, ces humains ! Ils ont transformé la forêt et l'herbe en une ville de ciment, ils ont transformé les arbres en meubles, ils nous ont transformé en... jouets jetables ! "

(...)

" Ma mère m'avait ainsi expliqué que nous étions les maîtres des humains, et que les humains étaient les maîtres des chiens. Mais de qui les chiens étaient-ils les maîtres ? Elle m'avait répondu : " Des puces qu'ils ont sur le dos car ils oublient de se lécher pour se nettoyer. "

(...)

" Ah ! les mâles, ils fanfaronnent toujours, mais au final ce sont tous des individus faibles, faciles à impressionner dès qu'on est une femelle qui sait ce qu'elle veut et, surtout, ce qu'elle ne veut pas. "

(...)

" Je me lèche. J'adore me lécher (ma mère m'a toujours dit que " l'avenir appartient à ceux qui se lèchent tôt "). "

(...)

" Les humains disent qu'ils détestent la guerre et qu'ils aiment le football, mais à mon avis ils apprécient les deux. Sinon cela ne serait pas présenté aussi souvent aux actualités télévisées. Et cela ne serait pas entrecoupé de publicités. "

(...)

" ... Elle monte le son et commet le pire : elle allume une cigarette.

Je déteste les cigarettes. Elles produisent une fumée collante qui imprègne ma fourrure et lui donne un goût amer.

Pour manifester mon désaccord, je quitte ses genoux et vais dans la cuisine où je bouscule ma gamelle et miaule pour lui rappeler que, plus important que ses histoires d'humains, elle a des devoirs comme, par exemple, celui de me nourrir.

Elle ne réagit pas. Je miaule de plus en plus fort.

Nathalie se lève enfin, mais au lieu de s'occuper de moi elle m'enferme dans la cuisine où je m'étais réfugiée dans l'attente de ma pitance, puis je l'entends qui retourne s'asseoir et augmente le son de la plaque lumineuse. "

(...)

" Ma mère m'a toujours dit : " Méfie-toi des humains, ils sont imprévisibles. " "

(...)

" Il faut faire du bien à son corps pour que son âme ait envie d'y rester. "

Bastet ?

Bastet ?

MA NOTE : 5 / 5
-> Une philosophie-fiction très réussie, et contée d'une plume de maître ! Du grand, du très grand Werber !

Le chat sera l'avenir de l'homme ou ne sera pas...

À travers les chats, Bernard Werber se moque de l'homme pour mieux le diaboliser et en dénoncer les travers : la soif de puissance, la cupidité, le désir de possession et le potentiel de destruction sont autant de fléaux qu'il se plaît à noircir ici. Effectivement, nous humains nous en prenons plein notre grade dans Demain les chats, et c'est pas faux, nous sommes un véritable cancer pour notre planète et toutes les espèces qu'elle abrite. Bref. Une petite piqûre de rappel qui ne fait pas de mal, surtout en ces temps troublés.

C'est aussi pour lui l'occasion de dénoncer la vague de connerie qui déferle ici bas depuis un moment, le terrorisme religieux etc... et le retour d'un fléau tristement connu qu'on a un peu oublié (et qu'on aurait peut-être pas dû car qui sait de quoi demain sera fait...).

Autre chose, mieux vaut aussi ne pas être allergique car ce livre est un véritable plaidoyer félin et ça fait beaucoup de bien de lire quelque chose d'aussi léger, original, philosophique, savant, existentiel, profond, intelligent, drôle et poétique bien qu'alarmant. Oui, Demain les chats c'est tout ça à la fois et c'est une lecture qui m'a fait beaucoup de bien entre deux thrillers bien lourdingues... À travers les chats et leur rapport au monde, c'est notre propre bêtise qui nous éclate à la tronche.

Allons, ne soyons pas trop hâtifs à nous jeter la pierre, sans doute que tout n'est pas encore perdu. Bernard Werber, en bon génie littéraire qu'il est, nous indique le chemin à suivre. Ne reste plus qu'à ouvrir les yeux et à marcher...

Bon, bah du coup, j'ai envie de dire : vivement la suite ? Car du potentiel il y a à nous régaler d'une divine trilogie sur les chats car ça ne peut pas se terminer après seulement 300 pages ! Non, hors de question !

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Pierrette Richard 02/10/2016 21:27

Alors, il faudra que je lise chat! ,-)

Bernieshoot 02/10/2016 17:05

super, j'ai beaucoup aimé l'éloge du chat de Stéphanie Hochet sur le sujet

Mademoiselle Rebecca 02/10/2016 16:33

Il me le faut !!

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