Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

11 Sep

" La Fille du train ", de Paula Hawkins (Poche-Éd. Pocket - 2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" La Fille du train ", de Paula Hawkins (Poche-Éd. Pocket - 2016)

Parfois, il suffit de pas grand chose pour vous pousser à succomber à l'appel d'un livre... Ça peut être la bande annonce du film éponyme adapté de ledit livre qui se lance toute seule sur votre mur Facebook, ou le macaron sur l'édition poche de ledit livre qui vous informe que plus de 10 millions de lecteurs ont déjà été conquis. Ou ça peut encore être la récurrence des avis positifs de certains blogueurs littéraires que vous suivez sur les réseaux sociaux. Tout ça pour dire qu'on ne succombe pas comme ça, enfin, parfois si. La fille du train, déjà rien que le titre est énigmatique à souhait. On ne peut pas dire que la couverture soit transcendante, mais elle a au moins le mérite d'illustrer le titre. Une fille dans un train, une fille qui prend le train, on peut en faire des suppositions, hein ?

Et la 4ème de couv' va achever de vous convaincre normalement...

-> " Entre la banlieue où elle habite et Londres, Rachel prend le train deux fois par jour : à 8h04 le matin, à 17h56 le soir. Et chaque jour elle observe, lors d'un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants : Jason et Jess. Un couple qu'elle imagine parfait. Heureux, comme Rachel et son mari ont pu l'être par le passé, avant qu'il ne la trompe, avant qu'il ne la quitte.

Jusqu'à ce matin où Rachel voit Jess dans son jardin avec un autre homme que Jason. La jeune femme aurait-elle une liaison ? Bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, Rachel décide d'en savoir plus. Quelques jours plus tard, elle découvre avec stupeur la photo d'un visage désormais familier à la Une des journaux : Jess a mystérieusement disparu... "

" Un bijou de polar psychologique.

Peuplé de fausses pistes et de chausse-trapes particulièrement trapues, il tient en haleine comme un bon vieux Hitchcock. "

Le Figaro Magazine

" Un domestic noir, selon l'expression anglaise, aux accents hitchcockiens, complètement addictif. "

L'Express

-> " Et j'entends siffler le train... " (référence musicale toute pourrie, OK -> -> je sors, donc...)

Rachel, c'est un peu vous ou moi, celles et ceux qui sont des millions à travers le monde à prendre le train (ou les transports en commun) chaque jour pour aller besogner. On se reconnaîtra sans doute tous un peu en elle lorsqu'elle fixe le paysage, quotidiennement, et rêvasse, laisse son imagination prendre les commandes. On a tous au moins une fois - dans une situation similaire - flashé sur un élément de notre trajet, une maison, un jardin, une voiture, quelqu'un, bref, quelque chose. C'est humain après tout.

Rachel a flashé sur une maison, non loin de là où elle a vécu avant, avec son mari. Avant qu'il n'aille voir ailleurs et la jette comme un vieux kleenex usagé pour une jeune femme plus belle, plus vivante, et surtout plus fertile. Tous les jours, elle voit ce couple, visiblement heureux. Du moins, c'est ce qu'elle imagine, et ça la fait fatalement repenser à ce qu'ils incarnaient avec son ex-mari. En fonction de ses observations, elle en a déduit des choses, dont des prénoms imaginaires. Jusqu'au jour où, alors que son train s'arrête systématiquement au bout du jardin de la fameuse maison, elle aperçoit Jess embrasser un autre homme. Un amant ? Là c'est la grosse douche froide, elle repense à la trahison dont elle a été victime, et elle s'enfonce encore un peu plus dans l'alcool qui est devenu sa bouée de sauvetage. Ou sa pierre pour lester sa propre tombe. Enchaînant les trajets quotidiens et les beuveries qui l'a font oublier de plus en plus de choses, Rachel est sonnée lorsqu'elle aperçoit le visage de celle qui l'a cruellement déçue dans les journaux, Jess, ou plutôt Megan de son vrai nom. Megan a disparu, et tout semble accuser son mari, l'idéal Jason... qui se nomme en réalité Scott. Et si les apparences étaient trompeuses ? Guidée par une mystérieuse intuition, Rachel sent qu'elle doit essayer de savoir, ou de prévenir Scott sur la véritable nature de son épouse disparue. Sauf qu'un problème de taille se pose : l'ex-mari de Rachel et sa petite famille vivent à deux pas de là, et les conneries répétées de Rachel quant à son alcoolisme risquent de lui nuire bien plus que ce à quoi elle s'attendait...

Quand l'alcoolisme et les vieux démons s'invitent dans la partie, comment distinguer le vrai du faux ? À quel(s) sens se fier lorsque la mémoire fait cruellement défaut ? Et plus important encore, peut-on réellement faire confiance aux gens qu'on pense connaître ?

-> Puzzle & Memory

La lecture de La Fille du train peut ressembler à la reconstitution d'un puzzle ou d'un memory cards.

Le récit alterne entre les points de vue de 3 personnages féminins (Rachel, la nana du train, Megan - ou Jess - la femme qui a disparu & Anna, la nouvelle femme de l'ex-mari de Rachel) et des flashbacks jusqu'à la disparition de Megan. Si bien que le lecteur est perdu, sans cesse désorienté et je pense que c'est là la force du livre. Tout comme Rachel qui est ivre régulièrement et perd des pans entiers de sa mémoire, on ne sait jamais à quel personnage se fier, on pense tenir une piste quand elle disparaît juste sous nos yeux pour en révéler une autre etc...

Je n'avais pas lu de critiques de ce livre avant de le dévorer, si ce n'est celles qui figurent sur la couverture. Aussi, je ne pense pas avoir été influencée par quoi que ce soit. Après lecture, il apparaît que tout le monde n'a pas été conquis pour autant. On reproche parfois une histoire convenue, " classique ". Alors oui, La Fille du train m'a rappelée Les Apparences (Gone Girl), de Gillian Flynn, pour la simple et bonne raison qu'il s'agit d'une femme qui a disparu et de son mari qui est accusé de son meurtre. Mais la comparaison s'arrête là même si on sent la même ambiance, comme le lieu de l'action, une banlieue résidentielle apparemment idyllique, des faux-semblants dans les couples, bref, des apparences trompeuses.

Après, je me suis demandée si ce livre plaisait plus aux nanas qu'aux hommes ? Personnellement, j'ai pu aisément m'identifier aux trois personnages féminins, qui sont toutes les trois les jouets de leurs démons indomptables : la folle envie de vivre de l'une, le besoin de sécurité de l'autre, et l'obsession du passé et du paradis perdu pour la dernière. Des femmes vraiment humaines, réalistes, qui incarnent toutes les blessures que l'on peut porter en nous (la dépendance, l'addiction, la sécurité, les violences, la manipulation, les mensonges, la trahison...).

En dehors de ça, Paula Hawkins parvient habilement à dresser un portrait dramatique de notre société. L'égocentrisme manifeste de tout le monde, et la société des apparences (devoir mentir sur le fait d'avoir perdu son boulot, cacher sa détresse pour ne pas se retrouver sans logement...).

Sans compter qu'elle nous livre avec ce premier roman, une véritable leçon de suspens ! On ne voit rien venir jusqu'à ce qu'elle le suggère, autrement dit quelques pages tout juste avant la révélation qu'on attendait depuis le début (ou presque). Je pense que le fait d'alterner les points de vues et les flashbacks participent à l'ambiance oppressante et floue du récit, mais qu'est-ce que c'est jouissif !

Bon, et puis il y a tant d'autres thèmes que j'aimerais évoquer, poignants, bouleversants, tabous, et je ne le peux pour ne pas nuire à votre éventuelle envie de le découvrir...

Rachel

Rachel

Jess/Megan

Jess/Megan

< EXTRAITS >

" Cher lecteur,

Nous sommes tous des voyageurs. Les gens qui prennent le train tous les jours pour se rendre au travail sont les mêmes partout dans le monde : chaque matin et chaque soir, nous sommes installés sur notre siège, à lire le journal ou écouter de la musique : nous observons d'un œil absent les mêmes rues, les mêmes maisons et, de temps à autre, nous apercevons un éclair de la vie d'un inconnu. Alors on se tord le cou pour mieux voir.

Il y a quelques chose d'irrésistible dans ces bribes volées de la vie des autres, ces instants frustrants, trop brefs, et pourtant si révélateurs. Vous n'avez jamais rencontré les gens qui vivent dans l'appartement du dernier étage de l'immeuble situé à côté de votre avant-dernier arrêt. Vous ne les avez jamais rencontrés, vous n'avez pas la moindre idée de ce à quoi ils ressemblent, mais vous savez qu'ils ont un faible pour l'expressionnisme et le mobilier d'une grande marque scandinave, que leur fils voue un véritable culte à Ronaldo et que leur fille préfère les Arctic Monkeys aux One Direction.

Vous les connaissez. Vous les appréciez, même. Vous êtes presque sûr qu'ils vous apprécieraient, eux aussi. Vous pourriez être amis.

Tout comme les trajets en train, la solitude et la réclusion peuvent souvent être le lot des citadins - c'est le cas de Rachel, la protagoniste de La Fille du train. Sa chute a été soudaine : elle a brutalement basculé du bonheur au désespoir. Dans sa quête pour remplir le vide laissé par sa vie d'autrefois, elle commence à s'inventer une relation avec un couple qu'elle aperçoit tous les jours derrière la vitre du train. Ces inconnus lui deviennent si familiers qu'elle a le sentiment de les connaître, de les comprendre ; elle fabrique toute une histoire autour d'eux jusqu'à s'en faire des amis imaginaires.

En réalité, elle ne connaît rien de leur vie, et elle ignore dans quoi elle met les pieds lorsque, après avoir vu un événement inhabituel, choquant, elle prend la décision fatidique de franchir le pas : de spectatrice de leur histoire, elle va devenir actrice.

Mais elle va vite se rendre compte qu'il n'est plus possible de revenir en arrière.

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire La Fille du train que j'en ai pris à l'écrire.

Paula Hawkins "

(...)

" Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l'abri, chez eux. "

(...)

" Les parents se fichent de tout, à part de leurs enfants. Ceux-ci sont pour eux le centre du monde, la seule chose qui compte vraiment. Plus personne d'autre n'a d'importance, ni la souffrance, ni le bonheur des autres, plus rien n'est réel. "

(...)

" Et dans ma tête, les idées tournent et tournent et tournent encore.

J'ai l'impression d'étouffer.

Est-ce que cette maison a toujours été aussi minuscule ? Et ma vie, a-t-elle toujours été si minable ? Est-ce que c'est ça dont je rêvais ? Je ne m'en souviens plus. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a quelques mois j'allais mieux et, aujourd'hui, je n'arrive plus à réfléchir, à dormir, à dessiner, et l'envie de m'échapper devient insurmontable. La nuit, allongée là, réveillée, j'entends cette voix dans ma tête qui répète sans relâche, un murmure : " Disparais. " Quand je ferme les yeux, je vois surgir des images de mes vies passées et futures, de tout ce que je rêvais, des choses que j'ai eues et que j'ai jetées. Si je n'arrive pas à m'installer confortablement, c'est que, partout où je regarde, je ne trouve qu'un mur : la galerie fermée, les maisons de cette rue, les velléités d'amitié envahissantes de ces femmes ennuyeuses de mon cours de Pilates, la voie ferrée au bout du jardin avec ses trains qui emmènent constamment des gens ailleurs et qui me rappellent une douzaine de fois par jour que, moi, je ne bouge pas.

J'ai l'impression de devenir folle. "

(...)

" - Tu ressembles à ces chiens abandonnés, ceux qui se font maltraiter toute leur vie. On peut les frapper encore et encore, ils reviennent toujours en remuant la queue. Ils reviennent quémander en espérant que, cette fois, ce sera différent, que, cette fois, ils feront ce qu'il faut et qu'on les aimera enfin. Tu es exactement comme ça, pas vrai (...) ? Un clébard. "

&quot; La Fille du train &quot;, de Paula Hawkins (Poche-Éd. Pocket - 2016)

La Fille du train, c'est aussi un film qui sortira sur nos écrans le 26 Octobre 2016.

Réalisé par Tate Taylor (La Couleur des Sentiments - 2011), et produit par la société de production de Steven Spielberg - DreamWorks Pictures -, il reprendra les grandes lignes du best-seller de Paula Hawkins mais son action ne se tiendra non pas dans la banlieue londonienne mais aux U.S.A.

On pourra y retrouver Emily Blunt dans le rôle de Rachel.

Paula Hawkins, dans un train...

Paula Hawkins, dans un train...

MA NOTE : 5 + / 5

-> Un 1er thriller psychologique magistral, brillant, trouble qui tentera de vous noyer dans un dédale de suspicion, de faux-semblants, de paranoïa et d'apparences trompeuses. Lourd, poignant, choc, la lecture de La Fille du train est comme un uppercut en pleine face !

Une lecture dont on ne sort pas indemne tant ses personnages continuent de nous hanter bien des heures après avoir refermé le livre. Il y a comme une lourdeur malsaine, un grain de sable qui enraye le mécanisme, et on se dit " putain ! ". Putain, je l'avais pas venu venir ! Je ne m'imaginais pas un tel dénouement, et ça continue encore de grincer. Une histoire banale ? Si effectivement c'est banal, la révélation finale, et ben qu'est-ce que ça fait froid dans le dos ! Et je me retiens de ne pas pouvoir en dire plus !

J'ai vraiment adoré découvrir le quotidien de ces personnages, avec leurs failles tellement gigantesques qu'on se demande comment ils font pour encore tenir debout ! Et mention spéciale à ces trois femmes, Rachel, Megan et Anna ! Une psychologie travaillée, profonde, double. Oui, la dualité gravite dans chaque page, nous faisant tantôt aimer un personnage, tantôt le détester. Pas d'archétypes, juste des humains, terriblement et dramatiquement crédibles.

La lecture de ce livre a été frénétique : le souffle court, on tourne les pages mais on profite des changements de chapitre pour remonter (après avoir été en apnée) et respirer un peu, se délecter de cette ambiance oppressante et floue. Émotionnellement, La Fille du train est fort, très fort. Est-ce que cela tient à l'identification à certains personnages ? Est-ce que cela parlera plus aux femmes qu'aux hommes ? Je n'ai pas la réponse. Pour une fois, je suis d'accord avec les critiques dithyrambiques lues ici et là depuis que j'ai fini ce livre. Il y a peu de livres qui restent ancrés dans nos mémoires, dans nos tripes. Pour moi, La Fille du train continuera à me hanter encore longtemps. Mon seul souhait serait de lire autre chose de Paula Hawkins dans la même veine. Mais la pression doit être colossale pour cette auteure qui a réussi et transformé son premier (véritable) essai.

Comme quoi, écrire lorsqu'on est aux abois peut vous ouvrir les portes d'une nouvelle vie. Et rien que ça, c'est déjà un très beau message d'espoir !

Maintenant, reste à voir si le film éponyme sera à la hauteur du livre. J'ai peur... croisons les doigts !

Commenter cet article

À propos

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...