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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

18 Jul

" L'été des sirènes " de Gilles Debouverie (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" L'été des sirènes " de Gilles Debouverie (2016)

Un tel titre, en cette saison, ça donne forcément envie !

Ya comme du dépaysement dans l'air, on dirait ! Rien que la sublime couverture d'Adeline Kemp invite à l'évasion, au voyage. Mais pas que... Oui, un paysage typiquement breton, en noir & blanc, de ceux qu'on prend lorsqu'on est en vacances. Mais un gilet de sauvetage rouge qui flotte entre quelques rochers... ça a de quoi intriguer et inquiéter !

Et les surprises ne font que commencer... parce que voilà : L'été des sirènes est un roman incroyable, difficilement qualifiable (j'entends par là que je ne peux le classer dans une seule catégorie). Je ne m'attendais honnêtement pas à une telle claque. Et pourtant, les publications des Éditions Aconitum m'avaient déjà habituée à une qualité éditoriale indéniable. Sauf que voilà, le pitch ne m'avait pas interpellé plus que ça... j'ai traîné des pieds pour le lire, et v'lan ! Prends ça dans ta face : passé un démarrage un peu fainéant (à cause de la précédente claque infligée par le Requiem... de Stanislas Petrosky), je n'ai pas pu le lâcher. Il fallait que j'avance, que je sache si... si ce titre aussi alléchant allait tenir ses promesses ! La réponse ? Oui, bien évidemment, et au-delà même de mes espérances !

Gilles Debouverie photographié par le blogueur fou lors du Salon Les Mines Noires (24/04/2016 à Noeux-Les-Mines) - © Docteur Whoo - www.whoozone.com

Gilles Debouverie photographié par le blogueur fou lors du Salon Les Mines Noires (24/04/2016 à Noeux-Les-Mines) - © Docteur Whoo - www.whoozone.com

-> " Lors d'une sortie en mer, Manon, 8 ans, bascule par-dessus bord.

Tentant vainement de la récupérer, son père croit voir la silhouette d'une sirène , filant sous les flots.

On ne retrouvera jamais le corps de la fillette.

Après des nuits de solitude, l'homme partira à la recherche d'une vérité qui apaiserait sa conscience. "

Ses découvertes et ses rencontres étonnantes alimenteront-elles le mythe ou la terrible réalité ?

-> " J'irai voir, tôt ou tard si les sirènes existent... " (paroles de " Mobilis in Mobile " de L'affaire Louis Trio)

Thierre Maes a la trentaine et c'est un homme brisé. À cause d'un drame lors de vacances passées en Bretagne, à Roscoff, il y a quelques années, avec sa femme et leurs deux filles, Justine et Manon.

Alors que le père et la petite dernière, Manon, prennent le large à bord d'un catamaran, la fillette échappe à la vigilance de son père. Le temps de manœuvrer avec difficulté l'embarcation, Thierry ne parvient pas à retrouver sa fille. Pourtant, il est sûr de l'avoir vu quelques secondes auparavant... à moins que ça ne soit quelques minutes ? Mais les recherches restent vaines, et Thierry persuadé d'avoir vu glisser quelque chose dans l'eau, sous la toile du catamaran... quelque chose qui ressemblait étrangement à une sirène... Autant se taire plutôt que de passer un fou. Déjà que le drame pulvérise son couple, sa femme lui reprochant amèrement d'être le seul fautif dans l'histoire. Le corps de la fillette restant introuvable, impossible pour le père de faire son deuil. De digérer. Il tombe dans l'engrenage de la dépression, la perte de son travail, le divorce, l'alcool, les cures de désintox qui ne marchent pas etc... jusqu'à décider de tout plaquer pour s'installer au plus près du lieu du drame. Jusqu'à y trouver un petit boulot pour survivre et se payer un vieux p'tit bateau (avec une bulle d'observation dans la cale) afin de sillonner les eaux bretonnes et tenter de trouver sa mystérieuse sirène, ce qui l'aiderait à comprendre et accepter la mort de Manon. Les jours se suivent et se ressemblent, rapprochant inexorablement Thierry d'une déchéance manifeste...

" L'été des sirènes " de Gilles Debouverie (2016)

Manquant de moyens, Thierry a fait un pari risqué : s'appuyer sur les moyens high-tech d'un magna de l'informatique américain, Steve Hacker. Avec son yacht luxueux et ses machines sophistiquées, il part en mer à la recherche de cette chimère en rongeant son frein, car le milliardaire est un chasseur de sirène. Lui, ce qui l'intéresse, c'est pas de savoir ce qu'est devenue la fille de Thierry, il n'a pas de deuil à faire. Non, il veut juste une jolie petite sirène pour orner son grand aquarium... l'Amérique et sa démesure légendaire dans toute sa splendeur... Pour se faire comprendre, l'américain engage Penny, une magnifique et plantureuse jeune étudiante irlandaise qui fera office de traductrice, et ne laissera pas Thierry de marbre (et pas que lui d'ailleurs...).

Jusqu'où le mènera cette folle association ? Trouvera-t-il quelques éléments de vérité ? Sera-t-il en mesure de faire un jour son deuil ? Autant de questions auxquelles l'auteur va tenter de nous répondre en nous emmenant toujours plus loin, et en nous surprenant allègrement.

-> " J'irai jusqu'au bout, contre le vent, même si les sirènes n'existaient pas ", (paroles de " Mobilis in Mobile " de L'affaire Louis Trio)

L'été des sirènes est un roman protéiforme.

C'est d'abord le récit du drame d'un homme. Un homme brisé, qui ne croit plus en rien si ce n'est en cette chimère à laquelle il tente désespérément de se raccrocher, pour survivre, tenter de comprendre pourquoi, un jour, on lui a pris sa petite Manon, et pourquoi il a tout perdu suite à ça. Le mythe est le prétexte d'une suite de rebondissements qui vont mener notre anti-héros au "bout du monde" (de son monde ^^), et l'amener à voir les choses sous un angle nouveau. Le récit de cet homme est bouleversant, poignant. Même si on est pas parent, on peut comprendre aisément ce que ça fait de tout perdre. La souffrance de Thierry est omniprésente, mais elle reste pudique. On est pas en présence d'un odieux connard. Et on se plaît à vouloir qu'on lui foute la paix, à ce personnage. Alors oui,, héros ou anti-héros, c'est qu'une vue de l'esprit en somme. Parce qu'il a malgré tout un comportement héroïque en ne lâchant jamais prise. Après, ses récurrents excès en tout genre, son côté ours mal léché-bourru peut faire sourire. Mais on comprend, et on lui pardonne bien volontiers.

Ensuite, le roman est bien évidemment une magnifique ode/déclaration d'amour à la Bretagne. Et pas seulement à la région de Roscoff (le lieu de l'action), dans le Finistère, mais toute la Bretagne. Entre terre et mer, entre eau, pierre et forêt. Bien sûr, les légendes celtes, les mythes & les folklores bretons ont la part belle dans ce roman, et on ne s'en régale que davantage ! J'ai appris (et surtout approfondis) beaucoup de choses sur des légendes que j'avais oublié, ou ne connaissais pas : la légendaire Cité d'Ys (l'Atlantide breton), la célèbre Dahut, les Gallisenae, Guénolé de Landévennec etc... Quant aux sirènes, elles ne viendraient pas que de Grèce. J'ai beaucoup apprécié découvrir le côté celtique du mythe des sirènes car on ne le met pas toujours en avant. Sans compter que les anecdotes touristiques sont légion, bref, on a tout pour se préparer des vacances idylliques. Tout, à ce propos, est merveilleusement bien restitué, décrit, raconté. On ferme les yeux et on y est. On sent les embruns marins, le vent sur notre peau, on a le goût du sel sur nos lèvres, le sable entre les doigts de pieds. On voit les couleurs, on situe bien les différents lieux, on entend les mouettes, les mugissements rageurs des flots. Et lorsque les tempêtes se forment et disparaissent ensuite aussi vite qu'elles ont éclaté, on frissonne. Que de poésie dans la description des lieux et des légendes bretonnes ! Comment ne pas tomber amoureuse de cette région ? Comment ne pas avoir envie d'y aller ?

Quelques vues de RoscoffQuelques vues de Roscoff
Quelques vues de RoscoffQuelques vues de Roscoff
Quelques vues de RoscoffQuelques vues de Roscoff

Quelques vues de Roscoff

Mythes et réalités sont habilement tissés et entremêlés dans L'été des Sirènes.

Quand j'évoquais ma difficulté à classer ce livre dans un genre précis, ça se confirme. Au début, j'ai eu l'impression de me retrouver dans Les Dents de la mer version chasse à la sirène. Puis, on est jamais très loin du fantastique même s'il est là pour servir de prétexte (bah oui, je vous rappelle que les sirènes n'existent pas, en principe, et restent des créatures légendaires ^^). J'ai aussi ressenti quelques notes de thriller, de polar, de noir, de psychologique mais ça reste fugace. On virevolte d'un genre à l'autre. Les passages historico-socialo-folkloriques ne sont pas assommants et clairsèment le récit, en apportant de petites pauses bienvenues. J'ai envie de vous dire qu'il y en a pour tous les goûts et qu'on ne s'ennuie pas ! Bien évidemment, j'aimerais vous en dire tellement plus, mais je ne peux pas, pour ne pas gâcher votre surprise, parce que ce livre est surprenant à bien des niveaux (et dans le bon sens du terme, hein !).

Roscoff - plage des Amiets

Roscoff - plage des Amiets

Île de Batz

Île de Batz

< EXTRAITS >

" La rouquine ne me répondit pas. Je remarquai qu'elle jetait des regards inquiets vers l'aquarium.

- Ceci dit, si je suis fou, alors lui est complètement taré. Il est tellement persuadé de leur existence qu'il est prêt à en capturer une et à la mettre là-dedans comme un oiseau dans une cage.

- Pas vous ? s'étonna-t-elle en se retournant vers moi et en plongeant ses yeux verts profonds au fond des miens.

J'eus l'impression d'être transpercé par son regard. Je sentis mon âme cernée, analysée, jugée. Dans ces pupilles, je crus apercevoir les vaguelettes de l'eau verdâtre de l'aquarium se transformer en tsunami.

- Non ! Bien sûr que non ! me révoltai-je. Moi, je veux juste savoir. Je veux juste faire mon deuil. Je veux savoir si je suis fou ou pas. Je veux savoir, pour un jour retourner voir ma femme et m'excuser ou lui pardonner.

- N'êtes-vous pas comme tous les hommes ? Dans l'hypothèse où vous trouveriez des réponses à vos questions, vous pourriez raconter votre histoire, en faire un livre, en parler à la presse ! En quoi seriez-vous différent des autres ?

Ses paroles accusatrices étaient sensées. L'homme est vénal. L'appât du gain, le pouvoir, l'attrait de la célébrité, autant de raisons qui pousseraient n'importe qui à apporter les preuves d'une rencontre avec une créature mythologique. Mais étrangement, c'était la première fois que quelqu'un me tenait ce discours. Habituellement, les personnes avec lesquelles j'avais pu échanger sur ce sujet m'avaient tous pris pour un illuminé. Mais elle, elle s'inquiétait de ma réaction en cas de découverte de l'impensable. "

(...)

" Mon épouse aussi s'était réfugiée dans la religion, Dieu ! Cette solution de facilité pour tout expliquer, tout justifier, même les pires atrocités. Dieu serait un barbare pour rappeler à lui des petites filles innocentes de huit ans. Alors, puisque Dieu est bon, Dieu ne peut pas exister en acceptant la mort de Manon. Et si Dieu laisse faire, alors il n'est ni bon ni omnipotent. S'il n'existe pas alors, tous ces croyants sont des faibles d'esprits, et s'il existe, alors ce sont des idiots. Je hais les religions... Je hais les croyants... Je hais Dieu... "

(...)

" C'est comme le cinéma. Après un navet, vous avez un peu mal au crâne et l'impression d'avoir été volé, voire violé dans certains cas. Mais le lendemain d'un film culte, il ne vous reste que de jolies images au fond des yeux. "

(...)

Île de Sein
Île de Sein

Île de Sein

" Petite, sache que l'Histoire est un ensemble de vérité qui se déforment avec le temps, alors que les légendes sont des inventions des hommes qui finissent par prendre vie avec le temps. Parfois, la légende finit par croiser l'Histoire... "

(...)

" Car LA vérité ne peut être débattue ou remise en cause. Elle est écrite dans le marbre. Elle ne souffre d'aucune discussion possible. Même si elle est absolument invérifiable. "

La légendaire Cité d'Ys lors de son engloutissement...

La légendaire Cité d'Ys lors de son engloutissement...

MA NOTE : 5 / 5
-> Un magnifique roman dépaysant, une ode à Bretagne et à ses si belles légendes, un récit poignant et bouleversant sur l'amour perdu, la douloureuse et difficile quête de la rédemption et bien d'autres choses encore !

Malgré quelques fautes et coquilles - bien futiles en définitive - je ne pouvais mettre une autre note. Même si au début j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire (ça n'a duré qu'une vingtaine de page, et puis quand on a lu auparavant une lecture orgasmique, on subit toujours un petit phénomène de dépression littéraire pour les titres suivants), dès que les Dents de la mer.. euh, de la sirène ont commencé, j'ai été ferré et mon attention/intérêt n'a fait que se renforcer au fil des pages.

J'ai adoré ce roman car Gilles Debouverie m'a donné envie de croire aux sirènes, de croire en la bonté de l'homme, en l'humanisme qui n'est pas mort. J'aime ce livre car il m'a rappelé la beauté sauvage, mystérieuse et indomptable de la Bretagne, de ses récits légendaires si chers à mon cœur et à mon univers. J'aime ce livre, putain, parce qu'il évoque le tellurisme, nom de dieu !!!, et les cultes païens, et Brocéliande ! Je kiffe ce livre parce que c'est une histoire réaliste, crédible, qui peut arriver à chacun de nous (la difficulté à surmonter la perte d'un être cher), et que même si on peut passer pour un fou à se raccrocher à une lubie quelle qu'elle soit, mais on s'en fout du regard des autres, tant qu'on reste en vie, tant que ça nous permet de renaître par une voie à laquelle le commun des mortels n'aurait pas pensé ! J'aime ce livre car il nous rappelle que même lorsqu'on a l'impression d'être perdu dans le noir, que la vague est prête à s'abattre sur nous et à nous submerger, des mains peuvent se tendre dans notre direction. Et qu'il est vital de prendre ses mains dans la nôtre, qu'il est vital de s'ouvrir aux autres quand ces derniers font l'effort de venir vers nous, que tout n'est pas toujours noir (la nuit n'est pas toujours sombre et pleine de terreurs, hein Mélisandre ? Oups, je m'égare, en manque de Game of Thrones que je suis ^^), que la vie est faite de (belles) surprises (quand on y met un peu du sien), que la magie n'est jamais bien loin (pour qui sait la voir). Et je pourrais continuer encore des lignes et des lignes comme ça... Non, je n'ai pas été payé pour écrire cette chronique, et j'étais persuadée que je n'allais pas aimer ce livre (avant même de l'avoir commencé), que j'allais être déçu... donc je l'ai ouvert en traînant des pieds, parce qu'il était dans ma bibliothèque, qu'il fallait bien lire quelque chose après Je m'appelle Requiem et je t'..., et que le titre - L'été des Sirènes - pouvait au moins de permettre de m'évader durant quelques heures. Et ce livre a fait bien plus que me divertir : une piqûre de rappel (on en a tous besoin, de temps en temps) pour me rappeler que la vie est magique, et pleine de surprise. C'est une vie entière que j'ai vécu (comme aime à le rappeler papy Georges R.R. Martin... bon, OK, c'est bon, je me calme avec Le Trône de Fer... si on peut plus plaisanter - ou déprimer !!! ^^)...

Si vous cherchez Ariel... vous risquez d'être déçu... LOL
Si vous cherchez Ariel... vous risquez d'être déçu... LOL

Si vous cherchez Ariel... vous risquez d'être déçu... LOL

En somme, un livre magique et positif : de la noirceur, certes, mais juste ce qu'il faut ! Point de mièvrerie (sinon vous savez qu'il me serait tombé des mains ^^), de bondieuseries. Un regard juste sur le monde qui nous entoure, sur la détresse humaine qui n'est pas une fatalité. Bref.

Alors, c'est le premier livre de Gilles Debouverie que je lis. Je ne peux donc pas comparer par rapport à ses précédents titres, vous dire s'il a évolué ou régressé. Je m'en moque. Tout ce que je sais, après m'être renseigné sur l'auteur, c'est que c'est un touche à tout, qu'il ne se cantonne pas à une seul genre littéraire. Ça suffit donc à me donner envie de le suivre, de lire ses autres récits, et de lui dire de continuer à cultiver ce savant mélange des genres (et continuer de faire rêver ses lecteurs avec de si belles images et anecdotes historiques).

Voilà.

Un livre parfait pour profiter de l'été, pour se rafraîchir de la canicule, mais aussi pour réchauffer les longues veillés hivernales. Une lecture intemporelle et 4 saisons !

Enfilez vos palmes (ou pas) et plongez !

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La Fête des mots 18/07/2016 22:45

Déjà qu'il entrait dans mes envies sans certitude mais là, j'en suis sûre. Je crois qu'il peut me plaire. merci pour ta chronique.

Benedict Mitchell 18/07/2016 23:41

J'espère sincèrement qu'il te plaira ! ;)

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