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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

16 Jul

" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)

Cela faisait un moment que les Éditions Lajouanie me faisait de l'œil, avec son catalogue incisif et original. Les titres en rubalise, les " roman policier mais pas que... ", et les retours dithyrambiques lus ici et là sur les réseaux sociaux. Quand l'auteur m'a vendu son roman comme un mélange entre Don Camillo et Tarantino, je n'ai pas pu résister, et j'ai bien fait.

Derrière Stanislas Petrosky se cache, pour celles & ceux qui l'ignoreraient encore, l'éditeur de L'Atelier Mosésu, chez qui il a publié les très remarqués " L'Amante d'Étretat " et " Ravensbruck mon amour ".

Sa biographie indicative nous dit qu'il est thanatopracteur dans la vie. On se dit alors qu'on va avoir droit à du noir (normal), et à du corrosif. Et on se plante pas. On est même en dessous de la réalité. Serions-nous en présence d'un roman policier (mais pas que) déjà culte, dès sa sortie ? Oui, je dois l'avouer.

" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)

-> " Moi, vous ne me connaissez pas encore, mais ça ne va pas tarder.

Je m'appelle Estéban Lehydeux, mais je suis plus connu sous le nom de Requiem. Je suis curé, ça vous en bouche un coin ? Oubliez tout ce que vous savez sur les prêtres classiques, je n'ai rien à voir avec eux, d'autant plus que j'ai un truc en plus : je suis exorciste.

Je chasse les démons. Bon, pas tous, parce que je dois d'abord gérer les miens, surtout quand ils font du 95 D, qu'ils dandinent du prose et qu'ils ont des yeux de biche.

Chasser le diable et ses comparses n'est pas de tout repos, je ne vous raconte pas. Enfin si, dans ce livre. Ah, un dernier détail : Dieu pardonne, moi pas... "

Stanislas Petrosky voue un culte immodéré à Frédéric Dard. Sa plume est trempée dans la même encre. Résultat, on se passionne, on se gondole, on frémit, bref on se régale. La preuve c'est Nadine Monfils, la mère de Mémé Cornemuse et d'Elvis Cadillac qui signe la préface.

Estéban Lehydeux (qui a son propre compte Facebook, soit dit en passant...)

Estéban Lehydeux (qui a son propre compte Facebook, soit dit en passant...)

-> " Tu aimeras ton prochain... "

Estéban Lehydeux prend très à cœur sa mission, que dis-je, son sacerdoce de curé / prêtre exorciste. Même s'il a la trentaine, qu'il a une belle gueule et qu'il est bien gaulé (genre Jésus descendu de sa croix avec perfecto, jean et Doc Martens), s'il célèbre la messe avec du Jack Daniels au lieu de la sempiternelle vinasse bas de gamme infecte. Des démons et des défauts, il en a : l'alcool, il jure, il n'a pas pour habitude de tendre l'autre joue quand on le baffe, œil pour œil dent pour dent, et pis faut dire aussi qu'il ne résiste pas à la gent féminine. Curieusement, il semble avoir trouvé un arrangement avec le vieux barbu tout là-haut, un peu comme le faisait en son temps ce bon Don Camillo. Sauf que l'Éternel ne se manifeste pas de vive voix, il a tendance à souffler quand il n'est pas content. Autant dire que les courants d'air sont nombreux dans l'église où officie notre Requiem.

Et donc, Requiem c'est le p"tit surnom de notre Estéban. Un nom bien mystérieux pour tout bon chasseur de démon qui se respecte. Ça donne un genre, et pis il officie aussi pour venger les morts, donc tout à fait adapté.

Un curé qui prend sa mission très à cœur, qui a ses moutons réguliers et qui est connu pour sa franchise presque légendaire. Il veille même sur les morts, gare aux héritiers détrousseurs de cadavres !

Quand l'une de ses voisines, actrice porno maison, fait appel à ses services, il peut difficilement résister. Faut dire aussi que la donzelle est belle comme un canon, et elle fait un peu tout pour l'allumer. Et notre Requiem a ses démons, comme tout le monde. Paraît même, selon ses dires, qu'il baise plus que toi et moi. Comme on dit, ya pas de mal à se faire du bien (entre personnes consentantes bien sûr). La belle Martine (c'est parti pour des jeux de mots & allusions bien potaches) a comme un gros problème. Elle fait ses propres vidéos elle-même, chez elle, quitte même à en assurer le montage et la diffusion toute seule. Elle est connue, la Martine, et elle a même une certaine classe (pour le milieu) - toujours selon les dires de Requiem, en grand fan qu'il est. Mais un jour, un étrange visiteur la contacte via son site internet pour lui faire une proposition dégueulasse : tourner un film porno (what else ?) avec des mioches. Hein, que ça sent pas bon ? Notre cher curé l'a tout de suite senti, et vu qu'il a une belle tripotée de démons à éradiquer, v'là un job pour lui ! Ouais, mais faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, et les tuiles vont commencer à pleuvoir pour le chasseur de démon...

-> Parce que le Requiem, il t'emmerde : n'oublie jamais !

Quelle surprise que ce Requiem ! D'emblée on est ferré, à cause de notre curiosité malsaine (ou pas). Un curé queutard qui jure, picole, qui a une belle gueule d'ange chevelu, barbu et vêtu de cuir, même quand t'es une nana (un peu siphonnée du bocal, certes) tu peux pas t'empêcher d'en vouloir plus ! Ouais, le Requiem il s'adresse à son lecteur mâle, faut dire aussi, mais c'est pas grave, on lui pardonnera cet oubli (misogyne ? ^^) car il nous fait bien rire. Et comme il le dit lui-même " femme qui rit, femme à moitié dans son lit ".

Ya pas mal de choses très sympas dans ce livre que je vais tenter de lister un peu en vrac (parce que c'est comme ça et pis c'est tout !).

Le style déjà, et l'univers. Oui, l'auteur cite en référence Frédéric Dard et son célèbre San Antonio (que je n'ai encore jamais lu, j'avoue...). Effectivement, pour ce que j'en connais on reste dans la même veine. Des jeux de mots et calembours à la pelle, du trash, du coquin, du politiquement incorrect et j'en passe. Ya aussi une touche de Tarentino (je trouve), un peu comme si Don Camillo avait été croisé avec un Pulp Fiction et un "Jésus le Retour" des Inconnus, et le rejeton obtenu élevé par une Sœur Marie Thérèse des Batignolles. Je trouve même une certaine filiation avec un certain Stan Kurtz (Marc Falvo) ou encore un Fred Parmentier de chez Bob Slasher. Les gars pourraient aisément être potes !

" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)
" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)
" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)" Je m'appelle Requem et je t'... ", de Stanislas Petrosky (2016)

C'est fun, trash, incisif, hautement satirique, dégueulasse (parfois) mais qu'est-ce qu'on se marre, à se taper le fondement par terre !

Les personnages ? Bah pas caricaturaux, ils vont même à l'encontre des codes du genre. Sans trop en dévoiler, j'ai quand même envie de dire que les méchants valent le détour ! On nous présente un anti-héros de prêtre rebelle et rock'n roll, et forcément on s'attache pas mal à Estéban Lehydeux alias Requiem ! Parce qu'il est pas tout lisse et que quelques part, il est terriblement humain. On s'identifie (ou pas) aisément. Finalement on fait comme le Grand Tout Puissant, vu ses résultats on lui pardonne bien volontiers tous ses écarts !

< EXTRAITS >

" Pardon Seigneur, excuse ton serviteur, mais il est des moments où le blasphème, c'est plus fort que moi, j'espère que tu ne m'en veux pas et que tu vas m'aider à me sortir de cette mélasse. Et si tu pouvais faire vite, parce que là, j'ai les joues qui chauffent, l'autre ordure me prend pour un punching-ball. "

(...)

" Et pis un type qu'on surnomme Requiem, tu as tendance à t'en méfier, pas vrai ? Berceuse ça fait câlin, Requiem ça craint. "

(...)

" On causera pas trop du péché de chair, parce que comment te dire ? C'est un véritable sujet à fâcherie avec le Patron. Si tu veux, pour lui, coquette devrait juste me servir à pisser, point barre. Seulement moi, j'suis pas comme les collègues enfermés dans les sacristies à longueur de journée, non, je voyage, je rencontre, je socialise, je discute, je sors, j'infiltre... On est tous au régime dans la religion, d'accord, mais moi j'vois des tas de menus différents, donc je suis tenté. Je ne suis pas qu'un contemplatif. "

(...)

" Seulement, avec le pucier face à moi, l'ambiance de la pièce, sa main, la toile de mon froc s'est tendue méchamment à l'entrejambe, genre il y a Casper le Fantôme qui s'invite à la fête... Je peux te dire que ce n'est pas il court, il court, le furet ! que je lui joue, mais il fourre, il fourre le curé. "

(...)

" Tu as remarqué que quand une nénette te sort le chibre de la pouponnière, elle ne peut pas s'empêcher de te branlocher un peu. C'est comme si on avait imprimé sur nos calbutes Agiter avant l'emploi. "

(...)

" Ce n'est pas forcément parce que tu es un pervers que cela se voit sur ta tronche. Tu as des mecs avec de belles gueules, à qui tu donnerais le bon Dieu sans confession et qui sont de véritables ordures. Des hommes à qui tu fais confiance et qui te la mettent en biais dès qu'ils le peuvent, et là, les exemples sont légions, suffit de feuilleter le trombinoscope de l'Assemblée. "

(...)

" Une salope c'est simplement une femme qui couche un peu trop aux yeux de celles qui ne couchent pas assez. "

(...)

" Mais bon je cause, je cause, je te fais part de mes états d'âmes, mais tu as acheté un bouquin policier, tu veux de l'intrigue, de l'aventure, du punch, du suspens, du sexe. Toi ce que tu veux c'est un putain de page turner...

Tu n'en as strictement rien à secouer des coups de spleen de ton curé préféré, pour toi les héros n'ont pas l'droit d'avoir froid aux yeux, ils doivent toujours être vaillants. Le guerrier ne chope pas la gastro, il n'a jamais le nez qui coule, pas de défaillance sexuelle, il bande toujours tel un étalon. Il n'a peur de rien, il est indestructible ! Mais bordel, si tu savais... "

(...)

" Marrant comme le dimanche peut-être un jour pourri, néfaste, j'ai même croisé des gens qui détestaient. Pourtant c'est le jour du Seigneur, donc pour les cathos, et encore plus pour un gus comme mézigue, prêtre exorciste, c'est un jour de fête, sauf que là, j'ai beau me forcer, tenter de positiver, rien n'y fait.

Je suis aussi gai qu'un eunuque au salon de l'érotisme, qu'un pinson dans la gueule d'un renard affamé, tu l'auras compris je me pète une déprime XXL.

Et je ne connais qu'un seul insecticide, un seul traitement pour ce genre de cafard, car la bestiole est tenace, elle s'insinue dans les limbes de ton cerveau, y fait son nid, et pond ses idées noires. Elles se mettent à fermenter dans ton intellect, te broient la joie de vivre, des vieux souvenirs remontent, te torturent, des images te reviennent. Tu ne peux pas laisser faire, sinon ce genre de truc te ronge, tu es foutu. J'ai connu des mecs, des costauds, des vrais mâles qui ont commencé par un peu de vague à l'âme et qui ont terminé par faire une turlutte au canon de leur flingue en se tripotant la queue de détente. "

(...)

" J'ai tellement la tête dans le cul que si là, je faisais un selfie tu verrais mon colon, pour te dire. "

(...)

" C'est pour ça que le Vieux n'a pas créé de véritable prédateur pour l'homme, pas besoin, nous sommes assez cons pour nous auto-exterminer... le jour où l'homme ne peuplera plus cette planète c'est parce que l'un d'entre eux soit aura été assez con pour appuyer sur une arme nucléaire, soit aura lâché un virus incontrôlable. L'homme sera responsable de sa propre perte. "

" La Cène " de Salvator Dali

" La Cène " de Salvator Dali

MA NOTE : 5+ / 5

Bon, bah je n'avais pas le choix, plus de 5 sur 5 c'est amplement mérité ! C'est la seconde fois que nous décernons une telle note, après l'excellentissime Carnaval aux Corbeaux d'Anthelme Hauchecorne !

-> Trash, impertinent (et pas qu'un peu), désinvolte, (hautement) satirique, rock'n roll, déjanté, barge, un roman policier mais pas que donc... Un anti-héros dont on adore suivre les pérégrinations, et qu'on souhaite vivement retrouver dans de nouvelles aventures aussi tonitruantes et drôles !

Stanislas Petrosky nous offre un personnage culte, qu'on oubliera pas de si tôt. Voilà enfin un personnage d'Ecclésiastique complètement réinventé, modernisé et dépoussiéré ! Un curé 2.0 !

Un style génial, entre dialogues de Michel Audiard, Frédéric Dard (et son San Antonio), Tarantino, Sœur Marie Thérèse de Batignolles, et plein d'autres références que j'ai zappé ou que je ne connais pas (encore) - je pense à Nadine Monfils, qui signe ici la préface, ainsi qu'à Charles Bukowski et Boris Vian.

Avec humour, l'auteur traite malgré tout de sujets graves (la pédophilie, le snuff movie...) et parsème son récit de réflexions existentielles, métaphysiques plus qu'intéressantes !

Je ne pense pas être la seule à réclamer une suite... que dis-je, des suites à Je m'appelle Requiem et je t'... Pourvu qu'elles soient nombreuses et aussi jouissives (à défaut d'être douces ^^) !!!

Les accessoires de Requiem : la Ford Mustang de Belmondo dans "Le Marginal" (la vraie, si ! si !), et un Désert Eagle...
Les accessoires de Requiem : la Ford Mustang de Belmondo dans "Le Marginal" (la vraie, si ! si !), et un Désert Eagle...

Les accessoires de Requiem : la Ford Mustang de Belmondo dans "Le Marginal" (la vraie, si ! si !), et un Désert Eagle...

En somme, un roman policier (mais pas que, on l'a bien compris ! ^^) qui se lit d'une traite ! On rit, on se marre, on devient accro ! Ça c'est de la bonne came, ma bonne dame ! Alors si vous n'avez pas un balai dans le cul, que vous aimez l'originalité, que vous aimez frissonner, rire, gerber, (et bander) tout ça en même temps, ce livre est pour vous ! Et pour les autres aussi hein !

La preuve que ce roman est promis à un bel avenir ? Même Patrice Carmouze en parle !!! LOL

Chères ouailles, vous savez donc ce qu'il vous reste à faire !

À défaut d'aller à la messe dominicale, procurez-vous de toute urgence ce livre, et pis comme le chantait si bien l'ami Eddy, n'hésitez pas à " faire un peu de boggie woogie avant vos prières du soir "... ça mange pas de pain, comme on dit ! À défaut, il vous reste un bon livre (comme celui-ci), ou un bon p'tit porno ! ^^ (tsst, tsst, on ne fait pas l'offusqué(e), je sais bien que tout le monde en regarde - ou en a déjà maté, même celles & ceux qui prétendent le contraire, hé ! hé ! )

Le coupable de tout ça : Stanislas Petrosky !

Le coupable de tout ça : Stanislas Petrosky !

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Bernieshoot 16/07/2016 17:57

Voici un livre qui a failli entrer dans ma PAL il y a peu, je l'ai reposé en hésitant. je sais maintenant qu'il doit absolument rejoindre ma PAL, merci pour cette chronique

Benedict Mitchell 16/07/2016 18:00

J'espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à le lire ! :D

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