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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

10 Jul

" Bloody Glove ", de Bob Slasher (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Bloody Glove ", de Bob Slasher (2016)

Découvrir une nouvelle maison d'édition (en l'occurrence ici, l'Atelier Mosésu), un nouvel auteur (enfin, pas vraiment puisque nous sommes en présence de l'un des - nombreux - avatars de Marc Falvo (CF chroniques - ici bas - de Le Cri et du premier volet de Série B - Stan Kurtz), une nouvelle charte graphique (ah bah non, on retrouve aux manettes de la conception graphique de la collection SLASH le talentueux Bertrand Binois (CF interview de ce dernier ici bas aussi, et la chronique de son premier bébé livresque - La Mesure du Possible - sous le pseudonyme Bertrand B.)... bon, nous ne découvrons pas d'illustres inconnus, mais on a néanmoins un gage de haute qualité !

Parce que l'Atelier Mosésu est une maison d'édition qui monte, et qui monte, au catalogue très intéressant et atypique (et renforcé par la présence de plusieurs collections originales et aux genres très marqués). Nous étions donc obligés de plonger dans ce nouvel univers, et en particulier de nous frotter aux griffes de l'une des premières publications de la toute nouvelle collection SLASH qui se veut un vibrant hommage (ou une revisite) de feu la collection GORE des Éditions Fleuve Noir. Viennent de sortir l'intriguant Bloody Glove mais aussi Cavaliers de l'Orage, d'un certain Chris Anthem (oh le jeu de mot qui tue !!!), dont nous aurons l'occasion de reparler très prochainement, puisque ce dernier possède un certain lien avec notre Bob Slasher/Marc Falvo (mais pour l'heure nous n'en dirons pas plus, hé ! hé !).

Bon, bah vu la couv' de ce Bloody Glove : une main griffue, de l'hémoglobine qui coule à outrance sur une vitre... ça vous rappellerait pas quelque chose par hasard ?

Non ?

Avec la quatrième de couv', vos souvenirs devraient très certainement remonter à la surface...

-> " Tous des enflures.

Coupables désignés. Cibles idéales de ta colère.

Pourquoi essayer de mourir alors que des salauds vivent ? Pourquoi se punir soi-même quand tant d'autres le méritent ? "

Cinéphile averti, révolté contre le monde, Fred a enfin trouvé sa voie. Elle sera aussi tarée que sanglante. Et rendra hommage au septième art, le vrai.

Le Grand.

Celui qui tache.

Ni ange ni démon, Robert " Bob " Slasher n'est qu'un homme. Ce qui explique beaucoup de choses. Enfant, il n'a pas torturé d'animaux mais toujours ressenti une attirance pour les films d'horreurs. Le sang et l'angoisse. La catharsis de nos mauvaises pulsions. Après avoir hésité entre séminaire et armée, il choisit l'écriture. Par vocation et surtout refus de l'autorité, qu'elle soit divine ou militaire. Bob travaille seul. Il vivrait dans le nord de la France. Bloody Glove est son premier roman.

Bon, ça y est, vous l'avez reconnu ?

Bon, ça y est, vous l'avez reconnu ?

-> " Parce que la nuit est sombre, et pleine de terreurs... "

Fred Parmentier, looser ou héros incompris ?

Telle est la question.

Freddo est passionné de cosplay horrifique. Son héros à lui, c'est Freddy Krueger, le héros (ou psychopathe) des films d'horreurs de votre enfance. Aux suites innombrables et improbables. C'est toujours pareil, ça pourrait même passer pour être bidon, mais c'est efficace : du gore, du frisson, du sang... un personnage qui ne passe pas inaperçu, et auquel notre héros voue un culte.

Et donc, on le retrouve sur des festivals/salons/conventions, du genre de ceux dont sont friands les geeks, et dans lesquels on aime à voyager ou se retrouver dans les univers parallèles de nos séries, jeux et films préférés. Une sorte de Comic Con à la sauce slasher movies, vous savez, ces films où les blondasses écervelées passent leur temps à se faire étriper... et massacrer par un psychopathe masqué (ou défiguré comme c'est le cas ici).

Ouais, sauf que voilà, le Freddo n'est plus ce qu'il c'était. C'est pas la grande forme et son costume... bah comment dire... un jour, en pleine représentation, un gamin se paye sa tête, prétextant que le papier cul qu'il s'est foutu sur la tronche (pour un effet défiguration faciale par le feu optimale) se barre... c'est du coup un peu la looze pour ce grand fan du Dieu Krueger...

En plus, sa nana s'est tirée avec un autre... la goutte d'eau qui fait déborder le vase, et presque la baignoire.

Hop ! Ni une ni deux, un bon bain chaud, une bonne lame bien coupante, et le voyage vers un ailleurs plus radieux et clément débute... oui, sauf que voilà, même la Grande Faucheuse ne veut pas du Fred Parmentier. Inouï !!! Que faire ? Se tailler autre chose que les veines ? Et rebelote !

Du coup, l'évidence s'impose... Et si... Fred Parmentier devenait un Freddy ? Un nettoyeur de vermine, car après tout, les parasites ne manqueront à personne... Et si la vie de Fred prenait, à travers une mort complètement ratée, une toute autre tournure ? Celle d'une véritable renaissance, d'une nouvelle vie ! Après tout, n'a-t-il pas évolué ? N'a-t-il pas physiquement changé après sa suicide hour ?

Dès lors, il ne fera pas bon sortir la nuit pour croiser la route de Freddy Parmentier... car c'est bien connu, " la nuit est sombre et pleine de terreurs "... Mais cela vaut-il systématiquement pour la nuit ? Bah... en fait, non.

-> Un nouvel héros est né... ?

Bon, autant être franche et sincère, je n'ai jamais lu moindre titre de la collection GORE de chez Fleuve Noir... mais j'ai vu bon nombre de Slashers... Et s'il y a une chose qui est vraiment évidente, dès les premières pages, c'est que le Shasher est ici complètement revisité, entre hommage et renouvellement. Parce qu'on est pas seulement en présence du gars complètement siphonné qui tue pour tuer... Ouais, tu sais, t'as le bon psychopathe (il tue), pis t'as le mauvais psychopathe (il tue, mais il a pas le choix non plus). Fred Parmentier s'apparenterait plus au "bon" psychopathe... il tue mais on aime le voir tuer. Certes, éradiquer la vermine c'est plutôt salutaire... se débarrasser de ceux qui nous ont un jour blessé, trahi... qui n'en a jamais rêvé, hein ?

Si l'histoire est en somme assez toute banale (CF l'histoire de notre Parmentier, son enfance, etc...), et que la naissance d'un psychopathe trouve ses origines dans tous les poncifs du genre (maltraitances, viols, violences psychologiques, conditionnement etc...), il n'en reste pas moins que le style de Bob Slasher est complètement dément. L'histoire n'a pas grand chose de révolutionnaire pour moi, et on peut même deviner aisément les enchaînements, et entrevoir la destination de l'auteur (et la finalité de Fred), mais putain ! Quelle plume ! Quel verbe ! Que d'impertinence ! De provocations ! De dérangeant et politiquement incorrect ! D'humour (noir, très noir même !!!) !

L'histoire est racontée d'une manière originale (et je ne vous dirai pas en quoi), ce qui est sûr c'est que je n'ai jamais lu quelque chose de la sorte, et j'ai vraiment adoré !

200 pages qui passent toutes seules, qui filent par moment la gerbe (bah normal, c'est du slash, hein !) mais qui sont à mourir de rire ! Bon, j'avoue que certains passages m'ont quand même surprise. Il est jouissif de pouvoir suivre (et vivre au travers du personnage) une folle soif de vengeance. Mais voilà, on bascule dans le meurtre et la violence gratuits. Aucun animal n'a, certes, été torturé, mais l'auteur ne nous épargne pas (CF épilogue). La fin... parlons-en ! Je dois avouer que je suis un peu restée sur ma faim... alors, suite or not ? Là est toute la question ! Parce que non c'est pas possible... LOL C'est inhumain de nous laisser ainsi... à nous demander si... bah vous saurez rien de plus, vous croyez pas que je vais spoiler, quand même ?

Bon, je chipote hein, mais c'est du bon !!! Une excellente cuvée même !

< EXTRAITS >

" Tina pour qui les conventions d'horreurs, les salons, les festivals que t'enchaînes presque chaque week-end à travers le pays sont encore plus répugnants que ton foutu maquillage en PQ dégoulinant de résiné synthétiques.

Des trous à rats.

Des foires à minables, des rassemblements de tarés.

Elle les appelait comme ça. Ces lieux où toi, tu trouves un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine et de respect hors de ton quotidien morne, ton boulot à la con à la boîte, elle appelait ça des cirques à loosers. Échappatoires puériles pour le troupeau d'adultes attardés dont évidemment tu faisait partie. Enfin, depuis qu'elle s'est tirée - avec un autre bien sûr, un autre type forcément mieux, forcément plus capable de la rendre heureuse, elles peuvent jamais assumer ça toutes seules, faut toujours qu'elles se tirent en bonne compagnie - au moins sur ce point t'es tranquille... "

(...)

" Tu raccroches. Tu serres le combiné quelques secondes dans ta main - à la peau pâle, au teint exsangue - avant de le claquer contre sa fourche. Encore un truc impossible avec les téléphones modernes. Les portables. On peut pas les claquer sur leur fourche, ces bâtards-là, on n'a aucun moyen d'évacuer sa haine... Pas étonnant que l'homme moderne soit fou. "

(...)

" Tu coupes court au débat en empoignant ce qui pendouille du ventre ouvert de l'enculé. Une bonne longueur de son intestin que t'examines. De la merde à moitié solide en tombe. Une odeur atroce monte. Sans réfléchir, tu prends cet intestin plein de merde et tu lui enfonces dans la bouche, vu qu'elle est en cul de poule c'est raccord. Tu lui fais bouffer sa merde à ce gorille de tes deux, tu ricanes pendant qu'il la bouffe, sa foutue purée d'excréments. "

(...)

" ... un jour quelqu'un s'interrogera sur la grande capacité de l'être humain à se satisfaire du peu qu'on lui offre, de la merde sans goût qu'on lui propose à tire-larigot et le mec aura du taf, pour sûr, c'est le genre d'étude qui vous remplit la vie... "

(...)

" Les portes automatiques vitrées s'ouvrent.

Tu peux plus reculer, d'ailleurs t'avances. Vers l'infini et au-delà...

Et les toilettes d'abord. T'as une putain d'envie de chier. "

(...)

" ... tout ça est aussi réel qu'une fontaine en plein désert ou une femme honnête. "

MA NOTE : 4,5/5

-> ENTRE HORREUR, PARODIE, FANTASTIQUE ET SATIRE SOCIALE, UN SLASH BOOK (oui, on est pas au cinoche ! ^^) EFFICACE ET COMPLÈTEMENT BARGE ET DÉJANTÉ !

Bloody Glove est un mélange absolument hallucinant, difficilement qualifiable avec précision tant il est hétéroclite ! C'est dément, siphonné du bocal, mais c'est raconté d'une telle manière qu'on est conquis dès le départ. Un mec qui ne peut pas crever alors que c'est tout ce qu'il souhaite en son for intérieur, c'est quand même accrocheur, non ? Pis y'a tellement de références (dont une belle à un certain Euclide, CF La Mesure du Possible de Bertrand B., et aussi à Stan Kurtz avec lequel on ne peut s'empêcher de faire des parallèles ^^), de running gags stylistiques... on ne peut qu'aimer ! L'écriture est incisive, violente, acerbe et tellement satirique. Ce style inimitable (hé oui, après 3 Falvo, on distingue bien la patte originale de l'auteur), c'est bien là toute la force du roman ! Oui, et puis le thème aussi, l'histoire reste sympa (bon, j'avoue que j'ai un peu trop potassé la criminologie & les tueurs en série, donc sans doute fatiguée de toujours voir les mêmes causes chez les siphonnés du bocal, sans doute qu'il y a du vrai là-dedans et que les monstres viennent bien de quelque part, d'une conjoncture particulière etc...).

Donc, un gros délire autour du slash movie avec Fredy Krueger et les Griffes de la nuit en toile de fond (mais pas que), c'est fun et complètement axé sur la déconne (sérieux s'abstenir). Vous n'y trouverez pas de vraie philosophie, par contre, Bloody Glove incarne à lui tout seul un véritable hommage au gore divertissant.

J'ai bien évidemment aimé le style, l'ancrage dans le fantastique dès le départ, mais j'ai moins aimé l'histoire et le cheminement classique du psychopathe malmené par les femmes (et sa mère). Trop vu, trop lu.

Fred Parmentier, une légende urbaine à lui tout seul (mais que fait la police ma bonne dame !), une ombre de la Mort. Entre vengeur et super héros/méchant grimé, il nous divertit sans nous faire trop réfléchir. Il nous confronte à la question du looser ? Qui est-il ? Est-ce que tous les loosers sont potentiellement des psychopathes ? Faut-il se méfier du fan célibataire de Dark Vador ?

Si j'ai aimé que Fred Parmentier se lance dans les tueries par vengeance, pour exorciser un traumatisme, une douleur, une souffrance devenue insupportable, je n'ai pas aimé qu'il bascule dans la complaisance et se mette à tuer n'importe qui n'importe quand. Alors oui, ça tourne pas rond dans sa caboche (enfin, pas dans le sens horaire quoi), mais bon...

Pis la surenchère de misogynie (punaise, il hait vraiment les nanas, ma parole)... ça m'a aussi gavé, même si c'est précisément ce qu'on recherche dans ce genre-là. Ce type de taré s'en prend exclusivement aux représentantes de la gent féminine (parce qu'inaccessibles, ou trop dans la séduction, ce qui engendre de la frustration etc... ou alors, au contraire, parce que ça renvoie à un basique complexe œdipien LOL), ou aux jolis mecs (par jalousie ou homophobie refoulée).

Mes critiques n'en sont sans doute pas vraiment puisqu'au final Bloody Glove est fendart du début à la fin, et outrancier. C'est pour moi le meilleur Falvo que j'ai lu à ce jour (mon préféré, incontestablement), et un roman aussi tranchant que peuvent l'être les lames du tueur qui y sévit...

Le mot de la fin ?

CHAUSSETTE !!!

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