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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

27 May

" Le Mystère Henri Pick ", de David Foenkinos (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Le Mystère Henri Pick ", de David Foenkinos (2016)

Parce que le changement ça peut avoir du bon, qu'il faut savoir sortir du cadre de ses lectures habituelles (et puis parce qu'à force, on se lasse aussi de ne lire que des affaires de meurtres etc...), j'ai décidé de voguer vers de nouveaux horizons.

Bon, à vrai dire, le hasard a fait que je tombe sur l'émission La Grande Librairie sur France 5 il y a quelques semaines et entende parler de ce livre... Une bibliothèque où on pourrait trouver des tas de manuscrits refusés. Le pitch avait de quoi me séduire d'emblée, car atypique et même une bonne idée. Après tout, beaucoup de chef-d'œuvre ont été refusé en masse avant d'être auréolé de succès (Marcel Proust, par exemple).

Je l'avoue, je ne connaissais pas David Foenkinos avant de tomber sur cette émission littéraire. Mais tout de suite, il a su susciter un intérêt chez moi. Après avoir tourné la dernière page de ce livre, il est clair que je m'empresserai de lire ses autres écrits.

Certains pourraient dire : quoi ? La collection blanche de Gallimard sur Les Lymbes des Maux ? Mais où sont la souffrance, la noirceur, la folie dans un livre de littérature générale ? Bah détrompez-vous, on s'y retrouve, même si ces thèmes-là ne prennent pas autant de place que dans un polar, thriller et autre roman noir. Et puis bon, Le Mystère Henri Pick est un polar ! Hé oui ! Même que pour une fois il n'y a pas de cadavre ni de tueur ! Et qu'est-ce que ça fait du bien !!!

-> " En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu'elle estime être un chef-d'œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l'écrivain et apprend qu'il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n'a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses...

Aurait-il eu une vie secrète ? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n'était qu'une machination ?

Récit d'une enquête littéraire pleine de suspense, cette comédie pétillante offre aussi la preuve qu'un roman peut bouleverser l'existence de ces lecteurs. "

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-> Mais qui a écrit " Les Dernières heures d'une histoire d'amour " ?

En 1992, un irréductible breton, passionné de littérature, Jean-Pierre Gourvec, a ouvert, dans un petit coin de sa bibliothèque municipale à Crozon (petite bourgade située à la pointe du Finistère), un espace dédié à ces manuscrits refusés par les éditeurs. Et ils sont légion. Le principe est simple : l'auteur doit venir le déposer lui-même en main propre, et il est même libre de la placer où il le souhaite. Un peu comme une ultime bouteille jetée à la mer. Vous me direz : mais qu'est-ce que c'est une bonne idée, hein ! Oui. sauf que ça existe déjà. Enfin, dans un bouquin surtout : L'avortement, de Richard Brautigan.

Sauf qu'ici elle quitte le cadre de la fiction pour devenir réelle : la Bibliothèque des Refusés.

20 ans plus tard, l'intérêt suscité par cette bibliothèque peu conventionnelle s'est un peu estompé pour retomber dans l'oubli. Gourvec est mort et c'est son assistante, Magali Croze, qui a reprit le flambeau. Elle qui n'aimait pas les livres à la base, a su s'ouvrir à ce nouveau monde. Mais bon. C'est pas toujours facile...

Delphine Despero est une jeune éditrice parisienne qui bosse pour Grasset. Son boulot l'amène à croiser la route d'un auteur prometteur, Frédéric Koskas, dont le 1er roman, La Baignoire, a suscité un très vif émoi chez la jeune femme. Ensemble, ils partent quelques jours pour Crozon, là où a grandi Delphine, et tombe par hasard sur cette bibliothèque. Ils en ressortent avec le phénomène littéraire de l'année. Un étrange livre qui retrace la fin d'une histoire d'amour entre deux êtres, mis en parallèle avec la mort du célèbre poète Russe, Pouchkine. Le livre va connaître un immense succès, rendant les gens presque fous, et semblant exercer un étrange pouvoir, comme s'il avait la faculté de changer la vie des gens qu'il va traverser. Mais voilà : le roman dans le roman (c'est à dire toute l'histoire autour de ce roman, à savoir " qui était Henri Pick ? ") ne va pas convaincre tout le monde. Les sceptiques vont alors entrer en scène, bien décidés à prouver qu'Henri Pick n'est qu'une machination... ou pas.

-> Un polar... magistral !

On peut tout à fait écrire un polar et le sortir dans la collection blanche de Gallimard. Oui, parce que Le Mystère Henri Pick est une enquête littéraire avec une bonne dose de suspens, et de rebondissements.

Ce qui m'a d'emblée frappée c'est le ton employé ici dans la narration. À première vue simple, l'écriture se révèle truffée d'humour fin, immensément travaillée et fine. Elle virevolte du début à la fin, comme des notes de musique qui formeraient, mises bout à bout, une magnifique ode dédiée à l'écriture & au livre. Parce que c'est bien de cela dont il s'agit ici du début à la fin : une réflexion profonde sur le monde du livre, du rapport à l'écriture, au succès. On ne sait pas vraiment si on est dans une satire de l'édition ou au contraire, un plaidoyer sincère et touchant sur ce monde que ceux qui n'écrivent (et ne lisent) pas ne connaissent pour ainsi dire pas en fin de compte.

Tous les acteurs sont évoqués : l'écrivain talentueux qui ne rencontrent pas le succès (ou alors très brièvement), la jeune éditrice passionnée à la recherche de nouveaux talents, le lecteur du dimanche qui succombe à l'effet de masse, le représentant usé et fatigué par la vie, le journaliste ancien critique littéraire désabusé et mis au placard, l'ingénue qui se prend de passion pour les livres au fil du temps...

Le pouvoir des livres est ici au centre de tout ! Et on peut le comparer à soi, chacun suivant son propre vécu, ses propres expériences. On le dit souvent : les livres sont magiques. Les mots, disait un grand sorcier, ont un double pouvoir : ils sont capables d'apporter un immense réconfort comme ils peuvent blesser mortellement. Le Livre d'Henri Pick posède ce pouvoir incroyable. Quand on voit comment il va transformer les vies des personnes qui vont graviter non loin de lui, on se dit que les mots c'est quand même bizarre. Sans compter la mise en scène des maisons d'édition, prêtes à tout pour créer le buzz et générer des ventes records. La fin justifie les moyens ? Peut-être bien, et on se doute bien que dans la réalité ça fonctionne de la même manière. D'ailleurs, le livre est truffé d'anecdotes sur le monde de l'édition, ce qui me fait penser au livre de Valérie Trierweiller, Merci pour ce moment. Un carton plein alors que quand on creuse c'est plutôt règlements de compte à OK Corral, et nettoyage du linge sale sur la place public...

J'ai beaucoup aimé les personnages, qui incarnent, chacun à leur façon, une espèce d'archétype pas stéréotypée pour autant. Cette farandole de personnages attachants gravitent les uns autour des autres, et il est très intéressant de voir leur évolution en même temps que le livre gagne en popularité. Un livre qui chamboule à tous les niveaux ces mêmes personnages. Parfois dans le bons sens, mais parfois il peut faire mal. Ces personnages se révèlent crédibles, touchants, évolutifs, on les cerne très vite et ils ne restent pas figés.

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< EXTRAITS >

" L'enthousiasme et la passion de Gourvec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera, et dont on ne pourra pas se défaire. Pour atteindre cet objectif, il avait ainsi développé une méthode qui pouvait presque paraître paranormale : en détaillant l'apparence physique d'un lecteur, il était capable d'en déduire l'auteur qu'il lui fallait. "

(...)

" Les écrivains sont dingues, tout le monde le sait. Et ceux qui ne sont pas publiés, ça doit être encore pire. "

(...)

" Le cœur de Koskas battait à l'idée d'être bientôt publié ; c'était le rêve absolu, son nom sur la couverture d'un livre. Il était persuadé que sa vie pourrait alors commencer. Sans son nom fixé sur un roman, il avait toujours pensé qu'il demeurerait un être flottant et comme déraciné. "

(...)

" On croit que le Graal est la publication. Tant de personnes écrivent avec ce rêve d'y parvenir un jour, mais il y a pire violence que la douleur de ne pas être publié : l'être dans l'anonymat le plus complet. Au bout de quelques jours, on ne trouve plus votre livre nulle part, et on se retrouve d'une manière un peu pathétique à errer d'une librairie à l'autre, à la recherche d'une preuve que tout cela a existé. Publier un roman qui ne rencontre pas son public, c'est permettre à l'indifférence de se matérialiser. "

(...)

" L'écriture fournit des alibis extraordinaires. Écrivain est le seul métier qui permette de rester sous une couette toute la journée en disant : " Je travaille. " "

(...)

" Quand on aime un livre, on veut en savoir davantage. Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'a réellement vécu l'auteur ? Bien plus que pour tous les autres arts, qui sont figuratifs, il y a une traque incessante de l'intime dans la littérature. Léonard de Vinci, contrairement à Gustave Flaubert avec Emma, n'aurait jamais pu dire : " La Joconde, c'est moi. " "

(...)

" Les lecteurs se retrouvent toujours d'une manière ou d'une autre dans un livre. Lire est une excitation totalement égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. Les auteurs peuvent écrire les histoires les plus farfelues ou les plus improbables, il se trouvera toujours des lecteurs pour leur dire : " C'est incroyable, vous avez écrit ma vie ! " "

(...)

" Comme si la reconnaissance consistait à être compris. Personne n'est jamais compris, et certainement pas les écrivains. Ils errent dans des royaumes aux émotions bancales, et, la plupart du temps, ils ne se comprennent pas eux-mêmes. "

(...)

" Celui qui vit, celui qui pense

En vient à mépriser les hommes.

Celui dont le cœur a battu

Songe aux jours qui se sont enfuis.

L'enchantement n'est plus possible.

Le souvenir et le remords

Deviennent autant de morsures.

Tout cela prête bien souvent

De la couleur aux discussions. "

(...)

" Comment croire ceux qui disent écrire pour eux ? Les mots ont toujours une destination, aspirent à une autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir. "

(...)

" Il se sentait simplement un peu plus fatigué que les jours précédents, mais après tout il vieillissait, et le métier de représentant n'était pas de tout repos. Sans compter la pression de plus en plus forte. Avec l'incessante progression de la production littéraire, il fallait batailler pour que les livres qu'on défendait se retrouvent en bonne place sur les étagères des librairies, ou encore mieux : en vitrine. En fin connaisseur de sa région, et avec les nombreux liens qu'il avait patiemment tissés, Maroutou restait un professionnel apprécié de tous. Il éprouvait toujours le même frémissement à lire un livre avant tout le monde, à le recevoir bien avant la publication pour pouvoir le présenter. "

(...)

" Les deux hommes se serrèrent la main, deux mains molles qui conférèrent à cette poignée l'énergie d'un mollusque neurasthénique. "

David Foenkinos

David Foenkinos

MA NOTE : 5/5

Une bouffée d'air frais !

-> Un livre qui m'a complètement happée et retournée ! La magie des mots, des livres elle est là, dans Le Mystère Henri Pick ! Un polar, une enquête littéraire surprenante, à l'issue inattendue mais qui colle à l'histoire, et ne me font pas regretter d'avoir opter pour quelque chose de nouveau (en matière de lecture). Après, oui, la réputation de l'auteur, les Prix Goncourt du Lycée et Renaudot ne sont pas exagérés si les précédentes parutions de l'auteur sont du même acabit.

Outre la prose virevoltante de l'auteur, les nombreuses références qui s'insèrent à merveille dans l'intrigue, les petites touches d'humour satiriques en bas de pages et l'emploi de running gag m'ont fait passer un merveilleux moment de lecture. La hâte d'enfin savoir qui a écrit ce fameux livre mais la tristesse et le déchirement d'arriver au bout. De vouloir y replonger. De vouloir prolonger ce moment... mais tout est dit. Une satire a demi dissimulée de notre belle société qui semble ne plus rien comprendre à grand chose, privilégier la médiocrité à la beauté, encenser la banalité au mépris de l'originalité. Cette réflexion sur la Bibliothèque des Refusés est elle aussi très pertinente : au nom de quoi les éditeurs, dans l'ensemble, refusent-ils de publier la majorité des manuscrits qu'ils reçoivent ? Pour des questions, le plus souvent, mercantiles ! Parce qu'il faut que ça se vende, en masse et vite ! Un auteur publié à très peu de temps pour faire ses preuves, et malgré la qualité de son manuscrit, il peut très vite tomber dans l'oubli sitôt qu'un nouveau talent débarque sur le marché. C'est l'impitoyable et sempiternelle loi de la jungle. Alors que parmi ses manuscrits il s'en trouve certainement de très bons et originaux...

En somme, une enquête captivante, drôle, intelligente, pleine d'anecdotes, émouvante qui nous rappelle avant tout à quel point il est bon d'ouvrir des livres, de les lire, de voyager avec eux.

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Marie-Claire 29/05/2016 09:20

Rien que te lire, je pense mettre sur ma liste ce livre qui me tente assez.
Sortir de temps en temps du noir, moi j'aime cela et je ne connaissais pas l'auteur
Et voilà, c'est noté

Bernieshoot 28/05/2016 06:38

J’ai vu la présentationlors de la même émission, ton avis renforce l'idée qu’il faut absolument lire ce livre

Benedict Mitchell 28/05/2016 10:35

Oh que oui il le faut ! ;-)

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