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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

25 May

" La position des tireurs couchés " de Nils Barrellon (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" La position des tireurs couchés " de Nils Barrellon (2016)

Les chroniques se suivent mais ne se ressemblent pas. La dernière parution des Éditions Fleur Sauvage vient illustrer cet adage. Et me voilà, pour la première fois, bien incapable de dire clairement ce que j'ai pensé de ma lecture...

Du coup, une chronique différente des autres...

Initialement, lorsque j'ai découvert la nouvelle création de Bertrand Binois (= la couv'), je fus très enthousiaste ! " Un livre rouge ! " me suis-je dis, en écho au célèbre Livre Bleu (= La Compassion du Diable, de Fabio M. Mitchelli). Elle était pleine de promesses, et avait le mérite de donner le ton d'emblée : on allait parler d'arme, dans ce thriller, et plus précisément de sniper. Original, car dans ce type de roman on a souvent (pour pas dire tout le temps) du flic de base. Le point de vue de la BRI et des Tireurs Haute Précision avait tout pour me faire saliver...

-> " S'appeler Zlatan, attendre et viser juste

Tirer pour tuer

Rentrer chez soi

Mais surtout...

Faire gaffe sur la route ! "

Avec son écriture privilégiant l'efficacité, La position des tireurs couchés rend hommage à Jean-Patrick Manchette tout en nous offrant un thriller documenté, au rythme soutenu et au suspens haletant.

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->Tu tires ou tu pointes ?

Zlatan Gubic bosse pour la BRI (qu'on connaît tous, pas besoin de vous faire un dessin). Il est considéré comme l'un des meilleurs tireurs d'élite : touchant sa cible à chaque coup. Un virtuose de la gachette, mais de loin.

Au lendemain de la résolution d'une affaire épineuse et risquée, il va au boulot juché sur sa moto quand : embouteillages parisiens. Les flics sont sur le pied d'œuvre : un crime a été commis. Zlatan s'invite et approche ses collègues, pour mettre le nez dans l'enquête. Hé oui, il a l'œil ce Zlatan ! Rien ne lui échappe, Sherlock Holmes peut aller se rhabiller hé ! hé !

S'ensuit une chasse dans laquelle le tireur va se retrouver au premier plan. Les morts vont pleuvoir autour de lui tandis qu'il se retrouve dans l'œil du cyclone. Qui peut bien lui en vouloir à ce point là ? Serait-ce un fantôme de son passé ? Oui, Zlatan est bosniaque et a participé au célèbre conflit... avant de tout quitter et de venir s'installer en France.

L'enquête s'annonce très dangereuse, et pleine de remous.

Voilà le topo.

On entre dans l'action d'emblée et le rythme va être le même durant les 200 pages. C'est rapide, concis, synthétique (à moooooort !). Pas de palabre inutile en somme ! L'auteur connaît et maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Fort bien documenté à coup d'explications scientifiques, on en apprend beaucoup sur la balistique et le quotidien des THP. Ce qui est très intéressant quelque part car le tireur d'élite est un élément central lors des interventions policières, et qui est souvent méconnu, voir magnifié, fantasmé. Or, le quotidien de ces hommes est très difficile. Et ce livre a le mérite de remettre les choses à leur place, de les ancrer avec beaucoup de réalisme.

Par contre, vous me connaissez maintenant (enfin, je l'espère): je n'ai pas l'habitude de flatter les égos, et encore moins quand il s'agit d'un service presse. Le mot d'ordre ici (pour celles & ceux qui ne le connaîtraient pas encore) est : priorité à l'honnêteté intellectuelle.

Et pour tout vous dire, je ne sais pas quoi penser de La position des tireurs couchés, à l'issue de ma lecture. Donc, pas de note cette fois. J'ai eu l'impression que ça allait trop vite pour moi. Un récit synthétique, efficace, qui tient en 200 pages ne me pose pas de problème généralement. Après tout, ça n'est pas la quantité qui fait la qualité même si des pavés peuvent aussi se révéler extraordinaire. Ici, tout m'a paru froid. Est-ce que ça tient au thème évoqué ? Les tireurs, et leurs armes ? Est-ce plus masculin que féminin ? Bah je peux pas trop dire, j'adore les western, les récits violents, sombres, Tarantino, et exècre la mièvrerie et toute la littérature érotique & sentimentale qu'on associe généralement aux bonnes femmes... Donc... ça ne tient la route pas me concernant ^^.

Non, c'est une impression indescriptible. J'ai le sentiment de ne pas avoir pu, ou eu le temps, de m'attacher aux personnages. Alors apparemment, certains personnages sont familiers de l'univers de Nils Barrellon (j'entends par là qu'ils apparaissent dans ces précédents romans). C'était aussi le premier livre de cet auteur que je lisais (et j'avais hâte de le découvrir enfin, donc imaginez ma surprise lorsque j'ai appris qu'il allait sortir quelque chose chez Fleur Sauvage !).

Concernant l'auteur, je n'ai rien à critiquer : documentée, son écriture est maîtrisée. Le lecteur est pris en main dès la première phrase, sauf qu'ici je me suis perdue dans certains chapitres trop orientés "scientifiques" : la façon dont se déroule un entraînement, le jargon technique sur la balistique et les armes etc... le calcul des trajectoires : ça m'est passé au-dessus. Cela, bien évidemment, est une question de goûts. Et comme on dit : les goûts et les couleurs ça ne s'explique pas ! Et pourtant, quand Franck Thilliez aborde des thèmes scientifiques dans ses bouquins, ça ne me pose pas de problème. Oui, mon ressenti vis à vis de ce livre reste une énigme et j'en suis sincèrement navrée.

-> Donc, je n'ai ni adoré ni détesté !

Un traitement rop rapide, trop lisse. Et la fin m'a laissé sceptique car elle m'est apparu trop prévisible et je ne dirai pas en quoi pour ne pas spoiler. Concernant Zlatan, il a beau être l'archétype du flic stoïque, droit, intègre, il ne m'a pas du tout touché. Quand au méchant, il m'a déçu malgré son manque d'affect, sa cruauté implacable. Par contre, le fait d'avoir découpé l'intrigue en une multitude de courts chapitres est une bonne idée : le rythme est vif, le suspens est là malgré tout. Certaines scènes m'ont laissé bouche-bée car je ne m'attendais pas à de tels rebondissements. Mais la fin m'a laissé un goût amer en bouche. Récemment, Olivier Norek (l'auteur de polar qui monte !) disait qu'il fallait (lorsqu'on écrit, ou lit un livre) se poser et répondre à une question essentielle : la fin justifie-t-elle la lecture du livre ? Si la réponse est oui, alors le livre a rempli son rôle. La réponse du lecteur " tout ça pour ça ! " devant à tout prix être évitée... Je ne vais pas dire que je me suis dit " tout ça pour ça ! " en terminant La position des tireurs couchés mais malheureusement, la magie n'a pas opéré pour moi. Une question de goût car le livre a ses qualités, je ne le nie absolument pas. Mais un ensemble qui a manqué de profondeur, d'humanité, malgré quelques citations (ci-dessous) que j'ai adoré (en particulier celle qui concerne la mort qui est d'une beauté saisissante et très poétique !).

Du coup, il me tarde le lire les prédécesseurs de ce livre pour me faire une opinion plus tranchée.

Après, je me demande si mon " malaise " ne viendrait pas tout simplement du choix du prénom du personnage : Zlatan. Et les nombreuses allusions au tir (foot/sniper) ainsi qu'au sportif qui brasse des millions pour taper dans un ballon et être imbu de sa personne... LOL Un simple détail qui a peut-être pris trop d'ascendance sur le reste...

Enfin, il n'en reste pas moins que l'ensemble est réussi, qu'il y a une histoire, une intrigue, un passé (qui explique certainement la froideur du héros), du gore, du suspens, bref, tous les ingrédients qui font un thriller réussi. Un récit plus réaliste que la norme, en somme. C'est sans doute en cela que le roman me paraît singulier et inclassable. Voir le quotidien de ce flic dépeint avec autant de réalisme, de froideur, de distance peut apparaître comme étant très éloigné des clichés du genre, ce qui en soi est une bonne chose. Mais je déplore de n'avoir pu m'attacher aux personnages, de n'avoir pu éprouver de l'empathie ou de la haine ) à leur égard. Bon, pis on peut pas être subjugué par tout, hein ! Ça serait trop facile !!!

Moralité de cette chronique un peu particulière (et inhabituelle) : lisez-le et faites-vous votre propre idée ! Si vous aimez les thrillers, pénétrer dans l'intimité d'un groupe d'intervention d'élite de la Police, en apprendre plus sur la science du tir (de précision), le jeu du chat & de la souris, un héros à la Clint Eastwood : vous devriez vous régaler.

Nils Barrellon

Nils Barrellon

< EXTRAITS >

" Les braqueurs ne sont pas bavards. Ils n'ont encore émis aucune revendication. Ils ont pris des otages et sont encore barricadés dans le grand bureau du directeur d'agence.

Voilà la situation.

Ça doit cogiter pas mal dans leur petite tronche de malfrat. Parce qu'aucune sortie n'est envisageable sans les menottes aux poignets, synonymes de ballon pour quelques années, ou les pieds devant, synonymes de cimetière pour l'éternité. Dit comme ça, le choix est vite fait mais, quand on est braqueur, récidiviste, qu'on a déjà connu les douches à Fleury, les journées grises qui s'enfilent comme des perles sur un fil infini, il n'est pas si simple.

Et puis ils sont trois.

Tout seul, on pèse le pour et le contre. On se dit que cette fois on n'a pas été très malin. On se dit que, tant pis, on va aller au trou pour quelques temps, mais que, si on se rend sans faire de vague, le proc' ne sera pas trop exigeant, qu'on pourra s'en sortir avec cinq piges et en faire trois pour bonne conduite. Quand on sortira, ben, on fera mieux. On fera pas la même connerie. On préparera mieux son braquo. On se fera aider. On ira plus vite.

Bref, quand on est seul, on peut encore opter pour une sortie les mains en l'air, avec la gueule de celui qui s'excuse, de celui qui n'a pas bien réfléchi avant de se lancer.

Mais quand on est trois, ça change tout.

Y'en a toujours un qui veut pas y retourner au trou. Un qui sait que cette fois, il va prendre cher. Parce que ce n'est pas la première fois justement. Un qui n'est dehors que depuis trois mois et qui a eu le temps de reprendre le goût à la liberté, ce goût sucré des bonbons de l'enfance. Lui, il veut pas sortir les mains en l'air. Il veut pas aller moisir dans une cellule, avec quatre autres mecs dans son genre, pour les dix prochaines années. Alors il choisit de prendre des otages. Pour quoi faire ? Il ne le sait pas trop.

Il a juste agi par réflexe. Un réflexe de survie. Le réflexe de celui qui ne veut pas retourner en prison. Et les autres ont suivi parce que c'est le plus vieux. Parce que c'est celui qui a le plus d'expérience. Il n'est pas impossible qu'ils se soient dit que c'était une connerie mais ils ont suivi. Parce qu'ils ont vu dans ses yeux, quand il a bloqué la porte de l'agence, que s'ils donnaient leur avis, il n'était pas impossible qu'il leur défouraille dessus.

Donc les gars sont comme des cons dans cette agence. "

(...)

" Il n'y a jamais aucune beauté dans la mort.

Jamais. Ou alors c'est une beauté au sens figuré. Car au sens propre, les chairs ne sont après tout qu'une éponge pour le sang, la bile, la merde... Le corps est une somme de liquides dégueulasses qui, quand plus rien ne les retient, quand il n'y a plus de pression artérielle, plus de vessie, plus de glande, sortent par tous les orifices. Se répandent, suintent, souillent, bavent. Puent.

La mort est sale. D'ailleurs, n'enterre-t-on pas au plus vite ces réservoirs percés, ces outres flasques, pour les mettre loin des yeux, loin des nez ? "

(...)

" J'ai quitté la Bosnie peu de temps après. Deux mois après la fin du siège. Je ne reconnaissais plus la ville dans laquelle j'étais né. Les habitants ne croyaient plus à cet équilibre magique qui avait perduré des siècles. Sarajevo avait toujours été un creuset où se mélangeaient toutes les races, toutes les confessions, toutes les églises et cette guerre avait tout foutu en l'air. La ville s'était aigrie. Chacun comptait ses morts et les imputait à son voisin. Ce même voisin avec qui il déjeunait avant, à qui il aurait donné sa fille en mariage s'il lui avait demandé. "

(...)

" De nos jours, la religion ressemble à un club de tennis, on en change quand on déménage. "

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Jean-Michel Lecocq 26/05/2016 13:42

J'ai lu attentivement votre chronique sans avoir cependant lu ce thriller. Par contre, j'avais déjà lu Le jeu de l'assassin de Nils Barrellon et j'avais beaucoup aimé. Peut-être a-t-il changé de registre ? Si vous voulez avoir mon avis RDV sur mon blog http://www.mafabriquedepolars.com/2015/05/coup-de-coeur-le-jeu-de-l-assassin-de-nils-barrellon.html Je suis à la fois auteur de polars et chroniqueur, ce qui me conduit, par une sorte de déontologie, à ne publier que mes coups de cœur même si certains polars me tombent parfois des mains. En tout cas, je trouve votre chronique très honnête et vous en félicite. Bien cordialement.

Benedict Mitchell 26/05/2016 15:35

Merci pour votre commentaire, Jean-Michel !
N'ayant pas lu les précédentes publications de Nils Barrellon, il me tarde le lire Le Jeu de l'assassin, plus encore après avoir lu votre chronique. Je ne peux donc pas faire de comparaison pour l'heure... Oui, c'est parfois dur d'exprimer un avis mitigé mais je me dois d'aller au bout car malgré tout, ce qui ne plaît pas à certain peut tout à fait plaire à d'autres. Sans doute que si je passe un jour de l'autre côté (auteure) je me focaliserai sur les coups de coeur... A bientôt !

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