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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

18 Apr

" La Tour de Sélénite ", d'Arnaud Codeville (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" La Tour de Sélénite ", d'Arnaud Codeville (2015)

L'association des termes " auto-édition " + " 1er roman " peut parfois (souvent même) faire peur. Comme on sort du cadre éditorial, on peut (à tort) penser que l'importante (et vitale) phase de relectures & corrections sera passée à la moulinette. Sans compter qu'un premier roman, c'est souvent imparfait, parce que c'est bien connu, la perfection n'existe pas en ce bas monde...

Je dois vous dire qu'avant de me lancer dans la lecture de La Tour de Sélénite, j'en avais énormément (et le mot est faible) entendu parler, en bien qui plus est. En particulier sur les réseaux sociaux et divers groupes de " mordus de thriller " & autres fans du grand Graham Masterton... Le risque avec les livres dont tout le monde parle, et pour lesquels les gens usent de superlatifs pour en vanter les mérites, c'est que forcément on en attend beaucoup. Et il y a toujours un risque pour qu'on soit déçu...

Et bien, je dois donc vous dire que je n'ai pas été déçu avec ce 1er roman d'Arnaud Codeville. Étant une immense admiratrice des Grands Anciens (et c'est pas peu dire ^^), et de tout ce qui fait peur en général, je suis partie confiante. Il faut dire qu'avec le remarquable travail artistique que livre ici l'auteur (le graphisme, c'est lui aussi), ça force le respect, et cette couverture de malade a quelque chose de complètement atypique et envoûtant (c'est l'effet " vert Cthulhu ". Vous comprenez pas ? C'est pas grave... bande d'incultes quand même! Et toc ! ^^)... Enfin, quand je dis que je n'ai pas été déçu, ça n'est pas complètement vrai à 100% mais j'y reviendrai plus tard.

" La Tour de Sélénite ", d'Arnaud Codeville (2015)

-> L'Appel du large...

La Tour de Sélénite a tout pour plaire sur le papier : un résumé énigmatique, qui joue sur la corde de la rupture familiale avec ce père esseulé et privé de ses enfants, qui tente, avec courage, de reprendre le contrôle de sa vie et de surmonter un horrible divorce. Ensuite, vient le premier rebondissement, et cette proposition énigmatique de retaper un phare en Loire-Atlantique...

Oui, Adèle a trouvé un poste de prof de Lettres dans une université privée Lilloise (on pense à la magnifique Université Catholique de Lille ^^) et quitte Paris pour emménager avec une certaine appréhension dans son nouveau logement de fonction. Ses voisins ? Ses collègues, bien sûr. Une petite bande de potes-collègues lui met très vite le grappin dessus et Adel fait connaissance avec son nouvel environnement. Bien évidemment, on lui parle très vite de l'ancienne maîtresse des lieux (du logement où il habite)... qui s'est pendue à domicile... Et étrangement, Adel, en emménageant, est d'humeur dépressive, même qu'une corde ne le quitte pas, des fois que...

Puis, il y a la jolie Laure, une belle brune aux yeux verts, mystérieuse, drôle et fragile à la fois... Adel n'y résiste pas... C'est elle qui a déniché cette opportunité : que la fac se porte acquéreur d'un vieux phare à l'abandon près de Nantes, afin d'y organiser des séjours pédagogiques en vue d'une restauration. Sur le papier c'est tentant... ça l'est toujours hein ! Laure et un collègue, Max, organisent donc leur petit voyage, en recrutant deux étudiants. Adel doit décliner l'invitation car avec l'arrivée des vacances, il a enfin l'opportunité de pouvoir passer une semaine de vacances avec ses enfants sur Paris (et comme sa ****** de femme ne le laisse pas voir sa progéniture très souvent...). Mais à son retour, pas de nouvelles de sa douce & tendre ainsi que de son ami. Pire : ses collègues semblent n'être jamais arrivé à bon port. La gendarmerie enquête, le doyen de la fac fulmine contre Adel & son collègue Paul, resté sur Lille : tout porte à croire que les deux autres profs en charge de cette mission de restauration seraient en réalité des escrocs., même si le montant du préjudice ne s'élève qu'à 30 000 euros environ. Pour Adel, il n'est pas possible d'attendre plus longtemps : il décide de partir à leur recherche, et c'est donc accompagné de Paul et de deux autres profs qu'ils se mettent en route, en direction de Saint-Claude - village côtier/station balnéaire qui était sensé être la destination de Laure, Max et des deux étudiants partis avec eux. Et là, c'est le drame : pour connaître la suite il vous faudra le lire !

Malgré une entrée en matière assez longue, dans les descriptions (mais qui a néanmoins le mérite de planter le décor et nous donner une illusoire sensation de sécurité), on est quand même happé par l'intrigue dès les premières pages. Déjà, parce qu'on sent très vite que quelque chose cloche, ne serait-ce que dans l'appartement où vit Adel, et dans les gestes de ses nouveaux collègues. On commence déjà à échafauder tout un tas d'hypothèses... Et on se plante sur toute la ligne...

Le phare de Tévennec, qui me fait penser à la Tour de Sélénite...
Le phare de Tévennec, qui me fait penser à la Tour de Sélénite...

Le phare de Tévennec, qui me fait penser à la Tour de Sélénite...

-> Entre terre & mer...

Ce qui intrigue beaucoup, au cours de la lecture de cet indéniable thriller horrifique, c'est que les codes du genre sont respectés. On sent les influences, et pas n'importe lesquelles : du Lovecraft, assurément. Pour le côté " mer inquiétante " et dangereuse, les livres qu'on ne devrait pas lire, les choses sorties des profondeurs & de l'obscurité, la folie contagieuse (et qui touche souvent le héros dans les nouvelles de Lovecraft), les expériences innommables... Mais pas que. On sent aussi une touche de Stephen King, de Clive Barker, de Graham Masterton, de ces romans horrifiques qu'on a lu autrefois (genre Poltergeist etc...). Et puis, même si le fantastique prédomine (le côté " hanté " avec ses " revenants "), on retrouve aussi les codes du thriller, de cette folie humaine qui se répand comme une traînée de poudre. Il ne suffit que d'un petit déclencheur, et hop ! Ça part en sucette. Ambiance huis-clos pour la seconde partie du roman, et frissons garantis ! Perso, je suis bien contente d'avoir lu ce livre un dimanche après-midi au soleil, parce que j'aurais pu en faire des cauchemars...

L'originalité de ce roman tient aussi en plusieurs autres petites choses :

- Le cadre : un phare, en Loire-Atlantique. C'est pas commun, et cocorico, quoi ! Et puis on a aussi le Nord de la France qui est mis à l'honneur, c'est pas tous les jours qu'une ambiance lovecraftienne se déroule chez nous. Fallait le souligner !

- La psychologie des personnages : souvent, dans ce type de récit, elle reste secondaire, car l'effet recherché, c'est bien entendu de vous faire tacher vos petits dessous. Là, non, Arnaud Codeville creuse ses personnages, et les ancrent dans la réalité : celle du divorce, de la reconstruction, de la dépression, du traumatisme...

- La chronologie : hé oui, pour les plus jeunes ça risque de faire mal mais le récit se déroule durant la seconde partie de l'année 1981 : pas de smartphones, pas d'internet etc... Et ça se ressent : déjà pour pouvoir se joindre, c'est compliqué ! Et c'est crédible. Ça accentue aussi l'ignorance des personnages car s'ils avaient eu accès à internet ils auraient certainement compris que quelque chose ne tournait pas très rond avec ce maudit phare, hé ! hé !

" La Tour de Sélénite ", d'Arnaud Codeville (2015)

-> Blurp...

Par contre, l'auteur fait bien de préciser " pour public averti seulement ", au dos de la couverture ! ^^

Il y a pas mal de scènes gores, disons-le. Et il n'est pas avare en détails non plus. Par contre, le 1er petit bémol, c'est que j'ai eu l'impression que les personnages (4 hommes, je précise, c'est important), passent leur temps - durant leur petit séjour en pleine mer dans le phare - à vomir, et à crier. Pour des mecs, ça m'a bien faire rire, pire que des gonzesses écervelées !!! Mais où est donc passée la testostérone ???!!! LOL

Ça vomis un peu beaucoup je trouve. Bon, oui, peut-être qu'à leur place, ça serait aussi mon cas. N'ayant pas encore vécu ce type de séjour touristique, je ne peux pas dire... ça se discute, effectivement.

Les rebondissements sont maîtrisé et saisissants. Perso, j'ai bien été bernée, et c'est tant mieux. J'ai pas pu lâcher ce maudit bouquin, l'ayant lu d'une traite. Donc, le boulot est réussi.

Par contre, il est un détail sur lequel je n'ai pu fermer les yeux. Autant, on a souvent du mal - quand on écrit - à voir ses propres fautes, et c'est pas faute de se relire. Autant, dans La Tour de Sélénite il reste encore beaucoup de fautes, malgré les indéniables relectures & corrections que l'auteur a dû faire. Bien sûr, cela arrive régulièrement aussi dans les publications des maisons d'Éditions, je ne dis pas le contraire. Mais j'ai encore jamais lu un livre comptant une vingtaine de fautes, dont certaines quand même préjudiciables pour la lecture : des redondances évidentes (et beaucoup de vomis, par exemple), des maladresses stylistiques, des coquilles facétieuses forcément, des maladresses de ponctuation (avec des virgules manquantes où il en faudrait et d'autres inutiles), et une utilisation de verbes parfois trop simples et de tournures répétitives. Bon, on excusera l'auteur parce que le fond est génial. Un problème de forme (et infime, ici, qui plus est) n'est en aucun cas préjudiciable, et on mettra cela sur le compte du fameux " 1er manuscrit ". L'auto-édition c'est pas facile non plus, et avoir malgré tout un livre d'une telle qualité, au final, c'est très encourageant pour la suite.

" La Tour de Sélénite ", d'Arnaud Codeville (2015)

< EXTRAITS >

" Il y a des zones d'ombres, murmura-t-elle, à la lisière de nos vies quotidiennes. Il existe des forces obscures que nous, pauvres êtres humains, nous sommes incapables de contrôler ni même de comprendre... "

(...)

" Au milieu de la pluie battante, une forme sombre haute de plusieurs mètres, me fit tressaillir sans aucune raison. Composée uniquement de roche, l'île mesurait presque trente-cinq mètre de circonférence où venaient se claquer d'immenses vagues déchaînées avec une violence inouïe. Tel un monstre cyclopéen arraché des récits antiques, un phare aux couleurs passées par des années d'intempéries se dressait magistralement devant le bateau. Construite contre celui-ci, se tenait une petite maison sinistre qui semblait provenir d'un autre siècle... "

(...)

" Du haut de ses vingt-cinq mètres de haut, le phare était principalement composé de briques blanches qui avaient connu maintes et maintes saisons. De forme rectangulaire, légèrement crénelée et plus élargie à la base, je constatai que les concepteurs de l'époque avaient voulu donner à cette bâtisse un aspect atypique afin de la rendre méconnaissable au premier coup d'œil. Plusieurs fenêtres étaient disposées le long du mur qui nous faisait face. La lanterne était couverte d'un toit vraisemblablement en zinc, mais de notre position, je n'arrivais pas à en être totalement sûr. Quant à la maison, elle était adossée sur le flanc est du phare. Construite sur deux niveaux avec les mêmes briques blanches utilisées pour le bâtiment qui la jouxtait. Je comptai cinq fenêtres, dont trois à l'étage. Ces dernières étaient pour la plupart fermées à l'aide de lourds volets. La porte d'entrée d'au moins deux mètres de haut pour un mètre vingt de large me rappela ces grosses portes que les châteaux de la Loire possédaient.

" Waouh, dit Paul en grelottant de froid, je ne l'imaginais pas du tout comme ça. "

- Je ne savais pas que les phares pouvaient être de forme carrée, avoua Éric qui avait récupéré un teint de peau à peu près normale.

- Rectangulaire tu veux dire, rectifia Louis en le regardant du coin de l'œil. "

(...)

" J'avançais à tâtons dans la pénombre en prenant garde où je mettais les pieds. Par moment, je fermais les yeux comme pour me protéger d'une éventuelle vision atroce. Lorsque je fus proche de la brèche, je m'abaissai contre le mur en briques et jetai un coup d'œil furtif à l'intérieur. Un spectacle tout droit sorti du royaume des enfers me pétrifia.

Si par quelques forces mystiques, l'horreur avait la possibilité de se matérialiser, je pense en avoir été témoin cette nuit-là. "

Arnaud Codeville (photo piquée à La Voix du Nord)

Arnaud Codeville (photo piquée à La Voix du Nord)

MA NOTE : 4.5/5

-> UN 1ER ESSAI TRANSFORMÉ ET RÉUSSI : UNE VÉRITABLE PLONGÉE EN ENFER - FRISSONS GARANTIS !!!

J'ai vraiment passé un super moment en lisant La Tour de Sélénite et ne doute en aucun cas qu'Arnaud Codeville jouisse d'une carrière prometteuse. Il a tout pour réussir : un univers bien à lui, il sait raconter des histoires (vive le JDR !!!), il sait faire frissonner ses lecteurs, distiller savamment le suspens, restituer les ambiances, et tisser des personnages charismatiques, intéressants et tout sauf caricaturaux. Mon seul petit bémol reste cette faiblesse au niveau de la forme (par moment, attention) qui donne au final le sentiment que le livre n'est pas assez abouti dans son ensemble alors que tout le reste demeure excellent. Je ne doute pas que cela sera corrigé à l'avenir, avec les retours des lecteurs & l'expérience, de même que la maturité. Pour en revenir à l'ambiance, parfois c'est à ce niveau-là que les auteurs débutants échouent car peur d'en dire trop. Là non. C'est fait avec justesse & talent.

En somme, La Tour de Sélénite n'a absolument rien à envier aux grands maîtres du genre anglo-saxons. Nous pouvons être fiers de compter, désormais, sur un auteur d'une telle qualité, et à l'imagination aussi prolifique, et surtout, noire !!! Lovecraft n'a qu'à bien se tenir : Arnaud Codeville apporte à l'univers horrifique une certaine humanité, avec des personnages meurtris par la vie, et terriblement humains. Le tout est efficace, ça se lit tout seul. Il a tout du page-turner, indubitablement. C'est divertissant, comme ces films d'horreur "pop corn" qu'on aime à regarder le soir pour se faire peur, le côté " intelligent " en plus, bien sûr. Certes, nous n'avons pas vraiment de réflexions existentielles ou métaphysiques, si ce n'est de se méfier de l'eau qui dort, des pécores des petits villages bizarres, et surtout des vilains esprits (et des enfants, ils sont pas tous gentils !!! ^^⁾

On y retrouvera tous les code du genre : la sorcellerie, les expériences maudites et ignobles, les fantômes, les hallucinations, les disparitions inquiétantes, et la contagion du Mal... et beaucoup d'autres aussi !

La 4ème de couv', finalement, n'en dit pas trop, j'ai été estomaqué de découvrir la réelle teneur de ces pages. Bon, et puis le côté bucolique de nos paysages français, ça fait du bien aussi un peu de nouveauté !

Et que dire du clifangher de fin !!! Excellent, j'aime quand on ne termine pas un tel livre avec une fin genre Bisounours'Land !!! Du coup, je m'interroge : est-ce que le prochain roman de Messire Codeville, 1974, (dont la sortie est annoncée dans quelques jours en format papier, et est déjà dispo en numérique) sera lié à La Tour de Sélénite ?

Parce que je dois dire, que j'ai eu l'impression de rester - un tout petit peu - sur ma fin : mais qu'étaient donc ces fichues lumières violettes au juste ? La suite au prochain épisode, je présume ? Ou comment être sûr de fidéliser sa clientèle ! Mouhahahahaha !!! C'est sournois, c'est vicieux : J'ADOOOOORE !

Autrement dit, un auteur déjà culte pour moi, à suivre de très très très près !

Alors, vous attendez quoi pour le lire ?

La prochaine sortie (imminente) d'Arnaud Codeville... plus que quelques jours à patienter (pour les adeptes du papier) sinon vous pouvez déjà y aller (pour les autres ^^)
La prochaine sortie (imminente) d'Arnaud Codeville... plus que quelques jours à patienter (pour les adeptes du papier) sinon vous pouvez déjà y aller (pour les autres ^^)

La prochaine sortie (imminente) d'Arnaud Codeville... plus que quelques jours à patienter (pour les adeptes du papier) sinon vous pouvez déjà y aller (pour les autres ^^)

Et pour suivre l'auteur, de même que pour commander ses livres (il peut également vous les dédicacer), n'hésitez pas à visiter son site internet :

NB : PETITE PRÉCISION NON NÉGLIGEABLE !!!

L'auteur m'a précisé que les fautes avaient été corrigées après la version "V3", donc ne tenez pas compte de mon bémol, du coup ! ^^

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