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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

19 Apr

" Insoumis ", de Patrick S. Vast (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Insoumis ", de Patrick S. Vast (2016)

Aconitum, rejeton des Éditions Fleur Sauvage, est heureuse de vous annoncer la naissance (la toute première !!!) de jumeaux, prévue ce 29 avril 2016 (et avant, pour les chanceux qui se rendront à la seconde édition du Salon du Polar de Nœux-Les-Mines, Les Mines Noires, le 24 Avril prochain). Après La Voie du Talion (rédigé par Alexandra Coin & Éric Kwapinski, et chroniqué il y a peu ici bas), on reste dans la thématique du "retour du guerrier", mais abordée ici sous un angle bien différent avec ce roman noir, Insoumis.

Patrick S. Vast est loin d'être un inconnu (vous pouvez d'ailleurs lire la chronique de son dernier thriller fantastique, Igneus, quelque part dans les Lymbes...) en matière de cueillette sauvage. Ayant déjà publié deux romans (dont Requiescant) toujours chez Fleur Sauvage, de même que participé au recueil de nouvelles (dont les bénéfices sont reversés à une association luttant contre la sclérose en plaques), Silencieuse & Perfide, c'est une valeur sûre, ai-je envie de dire (et à la bibliographie bien fournie). Ses armes de prédilection ? Polar, thriller, fantastique et rock. Ici, on le retrouve dans un genre sensiblement différent de ce à quoi il nous (m') avait habitué. À savoir, le roman noir avec une petite touche de thriller & un gros focus sur la méconnue période historique de notre pays, à savoir les années 1960-1970, et cette fameuse guerre d'Algérie qu'on a tendance à reléguer aux oubliettes. Soyez tranquille, ici pas de gore ni de tueur en série (bah oui, de temps en temps ça fait du bien aussi de pouvoir respirer ! ^^).

Finalement, la couverture réalisée par Adeline Kemp m'apparaît très pertinente, alors qu'en la découvrant, je ne savais pas trop quoi en penser ^^ Chaque détail a son importance et sa place, et se révèle très lourd de sens...  Mais je n'en dirais pas plus ^^ Une indénaible originalité graphique & éditoriale = tous les éléments manifeste d'une maison d'édition de grande qualité !!!

Finalement, la couverture réalisée par Adeline Kemp m'apparaît très pertinente, alors qu'en la découvrant, je ne savais pas trop quoi en penser ^^ Chaque détail a son importance et sa place, et se révèle très lourd de sens... Mais je n'en dirais pas plus ^^ Une indénaible originalité graphique & éditoriale = tous les éléments manifeste d'une maison d'édition de grande qualité !!!

-> " Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... " (Charles Aznavour - La Bohême)

1961, les Trente Glorieuses. L'Après-Guerre, insouciante. Les traumatismes de la guerre ne sont pas complètement effacés pour autant mais un vent de fraîcheur souffle sur les jeunes têtes. Mais voilà, de l'autre côté de la Méditerranée la Guerre d'Algérie bat son plein : les envies d'indépendance sont fortes, et le colonialisme européen vit ses dernières heures (pour les grandes puissances mondiales). De Gaulle a besoin d'hommes, et le service miliaire est toujours en vigueur, ne l'oublions pas. Jean Boitel et Noëlle Damour sont jeunes, amoureux et épris de libertés. Ils vivraient presque d'amour & d'eau fraîche. Jean travaille pour une banque et Noëlle dans une usine de confection textile à Béthune, dans le Pas-de-Calais. Mais voilà, l'heure du départ approche pour Jean, ainsi que la démobilisation en Algérie. Or, il y a peu, le fils de son voisin est justement revenu d'Algérie lui aussi. Dans un cercueil. Jean est terrorisé. Sa petite amie aussi. Et sa mère. Comment faire pour échapper à l'appel des armes ? Très vite, un ancien professeur de Jean lui fait part d'un bon plan : il lui propose de le cacher chez lui, certain que la guerre sera bientôt finie. Oui, mais le problème c'est qu'à cette époque-là, déserter l'armée (alors qu'on est appelé à servir sous les drapeaux), c'est considéré comme un crime. Jean, la peur au ventre, accepte, malgré la douleur et l'appréhension de sa mère & de sa fiancée. Il se cache chez son ancien prof, pendant que la famille de Noëlle & la mère de Jean subissent de plein fouet le déshonneur entraîné par sa décision cavalière. Il devient officiellement un Insoumis. Mais Jean ne peut rester caché indéfiniment, et Louis - qui le cache - décide de l'expédier à Paris. Pour sa sécurité. Seulement voilà, certains jeunes béthunois n'aiment pas les traîtres. Eux, vont aller servir leur patrie, et gare aux traîtres ! Comme Jean. Le soir de son transfert, un homme louche vient le récupérer, en compagnie d'une mystérieuse valise. L'exfiltration ne se passe pas comme prévue : l'un de ceux qui souhaitait faire la peau de Jean fait irruption et l'homme louche le flingue, manu militari. Et là c'est le drame : il y a un témoin... Et son témoignage ne va pas aller dans le sens de la version de Jean (et de la réalité des événements). Ce dernier n'aura d'autres choix que de fuir à Paris où de nouveaux rebondissements l'amèneront à partir pour le Gers et à usurper l'identité d'un soldat porté disparu en Algérie... Car Jean a été condamné à mort par contumace. Les traîtres encore, ça aurait pu se régler avec la fin de la guerre, mais les criminels sont passibles de la peine de mort à cette époque...

La magnifique Grand'Place de Béthune (de nos jours)
La magnifique Grand'Place de Béthune (de nos jours)
La magnifique Grand'Place de Béthune (de nos jours)

La magnifique Grand'Place de Béthune (de nos jours)

-> Entre actes manqués & vies gâchées...

Plusieurs choses m'ont marquée à la lecture. Déjà, je craignais de m'ennuyer, que l'histoire ne me passionne pas, non pas parce que c'est une époque que je n'ai pas connue mais parce que tout simplement, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre.

Laissez-moi vous dire que j'ai été plus que surprise. Déjà, le travail de documentation et de reconstitution est remarquable. L'auteur parvient à nous restituer cette époque lointaine (et complètement différente de la nôtre) avec justesse, et sans faire en sorte que cela devienne barbant. Bien au contraire...

Il faut dire aussi que l'axe chronologique est très vaste : de 1961 à 2001, entrecoupé de flashbacks qui suivent un axe chronologique croissant. Si bien que les morceaux de puzzle nous arrivent au fur et à mesure, et on est bien baladés malgré tout. J'avais, comme d'habitude, élaboré tout un tas d'hypothèses, de croisements, de recoupements, et finalement l'épilogue m'a bien surprise.

Le tout est amer et glaçant. C'est un peu le principe du roman noir, me direz-vous ? Exact.

J'ai beaucoup aimé les personnages. Ils sont attachants même si on a envie de leur mettre des claques. Entre Noëlle complètement soumise & effacée, Jean le trouillard qui n'a pas une once de courage (disons-le ^^), André le gros porc infecte, sans oublier une belle galerie de personnages secondaires qui ne donnent pas envie - pour un certain nombre - de tailler une bavette, Patrick S. Vast titille notre attention, et notre intérêt. On se retrouve à suive les pérégrinations (douloureuses) de Noëlle & Jean, séparés par la vie. Est-ce que leur situation s'améliorera ? Peut-elle encore seulement trouver une fin heureuse, avec le temps qui passe inexorablement ? Épineuse question...

Ce qui est flippant, quelque part dans ce roman, c'est la lâcheté des personnages principaux qui est mise en avant. Et les conséquences de ce manque de courage, de ces actes manqués qui conduisent ces personnages à gâcher littéralement leur vie. C'est triste, et le constat est sans appel. N'aurait-il pas été préférable que Jean serve sa patrie, comme tous les jeunes hommes de son âge ? Je dois dire que je n'ai pas beaucoup ressenti de tendresse pour ce dernier. Et j'ai quand même bien halluciné lors des sauts de puces réalisés par l'auteur dans la chronologie. C'est à se demander s'il réalise le mal qu'il a fait autour de lui en manquant à ce point de courage ? Et que dire de l'horrible vie qu'a menée cette pauvre Noëlle durant tout ce temps ? Comment avoir de la sympathie pour un mec aussi égoïste quelque part ? Même si, il pourrait avoir des circonstances atténuantes, pour certain(e)s. Pas pour moi.

Cette lâcheté égocentrique sera très lourde de conséquences, même 40 ans plus tard. Par des actes anodins, non réfléchis, on peut s'attirer les foudres d'une certaine forme de vengeance quasi divine. Hé oui, c'est le karma : on finit toujours par payer l'addition, tôt ou tard. Notre âme, une fois la fin du chemin arrivée, finit par être pesée, et le compte de nos actions - bonnes & mauvaises - est calculé avec précision.

C'est froid, c'est brutal, oui, mais surtout : c'est réaliste. Et j'ai vraiment adoré ce point-là.

Bon, c'est pas tout ça, mais voilà une petite pause musicale (d'époque) qui fera du bien ! ^^

< EXTRAITS >

" L'année 1966 avait été celle des beatniks, des jeunes gens en blue-jean et veste de treillis, censés vivre sous les ponts de Paris où ils jouaient de la guitare et chantaient des odes contestataires. L'année 1967 fut celle des hippies, un mouvement venu de San Francisco qui fit des émules à Paris. Sur la deuxième chaîne de l'ORTF, maintenant en couleur, on put voir des garçons et des filles vêtus de tenues bariolées, arborant des fleurs dans les cheveux. "

(...)

" 1961.

Jean et le tueur atteignirent la banlieue parisienne vers minuit, l'heure où l'on tirait les feux d'artifice. Le ciel était illuminé de mille couleurs, le spectacle était féerique. Hélas pour le jeune homme, tous les bouquets de fleurs multicolores se pavanant dans les airs, étaient accompagnés d'un fracas assourdissant qui rappelait sinistrement les deux coups de feu ayant mis un terme à la vie de Marcel Cornu.

Bientôt, l'Alronde roula dans des avenues où un tas de gens se baladaient avec nonchalance. Ils entrèrent dans Paris où la musique avait pris la relève. Sur chaque place, les fêtards du 14 juillet dansaient, au son d'orchestres musettes ou parmi les trépidations électriques de groupes de rock. Un gars pas mal éméché, criait avec entrain aux automobilistes dont les vitres étaient baissées, que Johnny Hallyday allait donner un concert à la place de la Nation et que les Chaussettes Noires étaient déjà installées à la Bastille. "

L'un des théatres de l'action du roman...

L'un des théatres de l'action du roman...

MA NOTE : 4.5/5

-> UN RETOUR VERS UN PAN DE NOTRE HISTOIRE, NOIR & GLAÇANT : ENCORE UN CARTON PLEIN POUR (LA PETITE MAIS QUI DEVIENDRA GRANDE) ACONITUM !!!

Insoumis est l'une de ces belles surprises à laquelle je ne m'attendais pas. Voilà un roman noir (avec un petit côté historique fort bien restitué & documenté et de faux airs de thrillers), tout en gravité et peint avec beaucoup de justesse & de réalisme. Les personnages & leurs complexes situations évoluent tandis que les années passent et que la société se transforme. On s'y croirait, et j'ai beaucoup aimé qu'on parle de ma ville (presque natale, Béthune, - de même que de cette fameuse boucherie qui fait écho à une partie plus personnelle de l'histoire de ma famille, mais chut ! Je n'en dirais pas plus ici ^^).

Globalement, le livre est bien écrit, ça se lit tout seul, à part peut-être (parce qu'il faut toujours un bémol LOL) quelques phrases qui manqueraient (pour moi) de coupures et donc de ponctuation. Mais encore une fois, pas de quoi fouetter un chat, ni de quoi nuire au récit ! ^^

J'ai aussi trouvé que l'écriture de l'auteur avait gagné en maturité sur ce titre, comparé au précédent. Il est plus abouti, plus fini.

Insoumis pointe avec une certaine sévérité les actes manqués qui peuvent plomber une existence (voir plusieurs), et cette peur de la guerre qu'on peut assimiler à de la lâcheté mais qui n'en reste pas moins humaine malgré tout. Y est donc associée cette idée que le destin peut se montrer ironique, que la fatalité peut faire mal, parfois... Et oui, elle ne laisse rien passer la bougresse !!!

Cette destinée peut-elle exiger une vengeance, un solde de tout compte ? C'est la grande question que pose ce roman, je trouve. Comment juger la lâcheté et la peur ?

Après tout, pourquoi ne pas être puni, quelque part, après avoir fui comme un lâche ? Vécu une vie constituée de mensonges ? Usurpé l'identité d'un brave ? S'être réfugié dans les non-dits et la passivité ? Avoir passé sa vie à être en cavale ? C'est mal tout ça, mais l'est-ce toujours autant si cela a été fait pour rester en vie, et en vertu d'attentions, à la base, louables ? Pas facile de se faire une idée juste !

Justement, cette idée du jugement est aussi omniprésente dans le roman, à travers les jugements de valeur morale des personnages secondaires. On se rend compte d'une chose (et qui est toujours d'actualité) : on vit entouré de cons ! Oui, " il ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier que certains (ou beaucoup - c'est au choix ^^) le sont "...

En définitif, un très bon roman que je vous recommande, qui vous fera vous interroger sur nos choix, notre capacité à nous montrer clairvoyant et à assumer TOUS nos actes...

Avec tout ça, le lancement d'Aconitum est plus que réussi !!!

Et quand vous allez voir ses futures publications, vous risquez (comme moi) de vous retrouver sur votre fondement !!!

Patrick S. Vast

Patrick S. Vast

Pour découvrir l'univers de l'auteur, n'hésitez pas à visiter son très intéressant blog :

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