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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

10 Apr

" Enragés " de Pierre Gaulon (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Enragés " de Pierre Gaulon (2015)

Qui n'a jamais songé, un seul instant, qu'on vivait vraiment entourés de zombies de toutes sortes ? Pas seulement ceux du Vaudou, ou ces créatures devenues de véritables stars dans la culture à travers les BD, les jeux (vidéos, jeux de rôles, de société...), les romans horrifiques, les séries TV, le cinéma... De plus, l'autre facteur indéniable c'est que le zombie n'a jamais autant eu le vent en poupe. Il n'y a qu'à voir les nombreuses zombies walk qui fleurissent dans le monde entier à l'approche d'Halloween... Est-ce que trop de zombies ne tueraient pas le zombie ? Certains le pensent, surtout quand le genre en vient à s'essouffler et à irrémédiablement se répéter et à s'enfermer dans des stéréotypes qu'on est bien lassé de voir. Sauf que voilà, parfois il nous tombe, d'on ne sait où, une petite pépite. Du genre de Sur la route, de Cormac MacCarthy. Entre récit survivaliste, huis clos et roman horrifique, Enragés a tout pour plaire, et ce qu'il faut pour vous faire frissonner tout en vous poussant à un peu d'introspection et de réflexions sur le sens de nos vies... surtout de nos jours.

-> " Et si les histoires de zombies n'étaient que des jeux de miroirs ?

Et si le plus effrayant se révélait être au fond de nous ? "

Jouant avec les codes du récit horrifique, le talentueux Pierre Gaulon ( La mort en rouge, Blizzard...) nous livre ici un ouvrage haletant, misant aussi bien sur la psychologie de ses personnages que sur la probabilité des faits.

Un grand thriller, doublé d'un excellent roman.

" Enragés " de Pierre Gaulon (2015)

-> " Le jour où la Terre s'arrêta... "

Un jour arrive où tout commence à partir en couilles. Un peu comme maintenant, sauf que ça démarre par une sensation bizarre : la certitude que quelque chose de terrible va se produire, que demain n'aura plus rien à voir avec le dernier jour de notre vie.

Louis et Lucas, les deux personnages que nous allons suivre dans Enragés (séparément), vont en faire les frais. Le premier est un jeune homme plutôt banal, un peu trouillard et empêtré dans une vie des plus banales : un boulot sympa chez un disquaire, un adorable chien et une petite amie, Clara, dont il est éperdument amoureux et avec laquelle il s'apprête à tourner une page de sa vie. Durant le week-end, il fait ses courses, et le plein de denrées alimentaires pour son chien - qu'il chouchoute et qui suis un régime alimentaire particulier, ce qui l'amène à emmagasiner un stock impressionnant de conserves. Déjà, dans le supermarché, il est frappé par la réaction de certaines personnes, et plus encore par le clodo du coin qui se montre bien violent à son encontre, manquant de lui bouffer la main alors que Louis voulait juste lui donner une pièce. Tant pis pour lui ! En rentrant chez lui, Louis est témoin d'un accident pour le moins impressionnant (par sa violence) et étrange, ainsi que d'une vision traumatisante, qui continuera à le hanter - tout comme l'épisode du clodo affamé - jusqu'à son retour chez lui. Un rapide zapping sur la télé l'interloque quant à des cas de violences subites relevés un peu partout dans le monde mais Louis n'y prête guère plus attention. Jusqu'à ce qu'en pleine nuit, on tambourine à sa porte. Il s'ensuit une série d'événements auxquels Louis & son chien vont assister, impuissants. Ils ne devront leur salut provisoire qu'à la configuration atypique du logement de Louis...

Au même moment, dans la même région du Sud Est de la France, la vie de Lucas sombre dans l'improbable et le merdique. Sportif de haut niveau, au caractère bien trempé, discipliné et aguerri à une acuité visuelle & des réflexes exceptionnels, il a ramené une pétasse dans son plumard après une sortie mouvementée en boîte de nuit, la veille d'une compétition sportive. Au réveil, c'est la douche froide : la greluche qu'il a sauté et qu'il a ramassé en boîte a un teint et une mine dégueux, et elle se plaint d'une vilaine plaie au dos (consécutive à une altercation musclée la nuit dernière en boîte). Qu'à cela ne tienne, Lucas n'a pas le temps de s'encombrer de la donzelle et la dépose vite fait bien fait chez elle avant de prendre la route pour sa compét'. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu et qu'il ne peut esquiver un glandu qui faisait du sitting en plein milieu de la route. Son calvaire ne fait que commencer alors que sa victime se relève comme si de rien était, bien décidée à en découdre, malgré son état physique fortement abîmé...

Dès lors, nos deux personnages vont être confronté à l'isolement et à ce cruel manque d'informations : qu'est-ce qui se passe dans le monde, alors qu'il apparaît vite évident que ça n'est pas qu'en France que le monde s'est arrêté de tourné ? L'Apocalypse déferle sur la planète, semant dans son passage un vent de mort et de putréfaction...

" Enragés " de Pierre Gaulon (2015)

-> " Cerveaux !!! ... Vous ne voulez pas plutôt reprendre un peu de viande - humaine - fraîche ? C'est bien plus goûteux et nourrissant ! "

Indubitablement, nous sommes bien dans un thriller horrifique dans lequel les codes du genre sont respectés. Et qui ne fait pas non plus l'impasse sur les descriptions dégueulasses et gerbantes à souhait. Quoi de plus normal vu le thème abordé ? Concernant ce thème du zombie, Pierre Gaulon a l'intelligence de le rendre plus crédible que ce qui se fait en temps normal : non, désolée, le fantastique n'a rien à faire ici. Nous sommes face à la rage, ou à un virus qui s'en rapproche. Après tout, les spécialistes sont unanimes sur le sujet : il est déjà tout à fait possible de coupler le virus de la grippe avec celui de la rage. Et qui ne nous dit pas que des apprentis sorciers ne se sont pas déjà amusés à créer cette abomination dans leurs petits laboratoires clandestins ? Que ce virus puisse se retrouver entre des mains animées de mauvaises intentions (terroristes, par exemple) ? Ou même, plus glaçant encore, que ce virus soit une réponse de la nature pour décimer l'humain, le parasite de cette planète ? Ici, vous l'aurez compris, tout est crédible, tout est possible, tout est sensé l'être. Les zombies ne sont jamais cités en tant que tels (le mot apparaît juste à quelques reprises, et c'est surtout pour établir des métaphores quant aux gens qui se comportent dans la vie ordinaire comme des zombies, des moutons quoi). Non, on parlera plus d'enragés. Nuance !

J'ai aussi envie de dire que le thème du zombie sert de prétexte, ici, pour aborder le réel sujet du livre : comment réagirions-nous si nous étions confrontés à une telle horreur ? Face à l'Apocalypse ? L'instinct de survie prédominant, ne deviendrions-nous pas à notre tour des monstres peut-être pire que ces enragés, qui finalement ne font que répondre à leurs instincts de patients malades et contaminés ? Laisser quelqu'un se faire bouffer vivant alors qu'on assiste au lynchage, planqué dans son cocon : est-ce éthique ? Tirer sur tout ce qui bouge, puis poser des questions après : est-ce vraiment digne d'un humain ? Pratiquer des tests sur un membre de sa famille contaminé : n'est-ce pas la plus ignoble des tortures pour un esprit déjà brisé par la vie ? Lorsque l'instinct de survie prend le dessus, les plus vils instincts de l'être humain ressortent, et sans gants. C'est à cette question que répond Pierre Gaulon tout au long du livre, à travers deux situations de huis clos dans lesquelles les personnages font face, comme ils peuvent, à l'amère réalité. À travers eux, on ne peut que s'interroger à notre tour : et si ça nous arrivait ? N'est-ce pas déjà en train de se produire quand on voit à quel point notre société se dégrade, mois après mois ? Enragés constitue une brutale et acerbe satire de notre société, dont le seul dessein est de faire de nous des zombies de la consommation, pour extraire et ôter de nous la moindre once d'humanité.

C'est là où réside la force de ce livre : on a un survival violent, gore (oui, il faut le dire, et en même temps les zombies ne sont pas des bisounours ! ^^), mais dans lequel (et là c'est plus rare) le côté psychologique prime, de même que les réflexions existentielles. Ça fait d'Enragés un page turner de malade !!! J'ai été contaminée, il ne m'a fallut que quelques heures pour le dévorer. C'est dire !

Un petit interlude musical bienvenu (que vous retrouverez en page 10 de "ENRAGÉS")

< EXTRAITS >

" Louis était très sensible aux histoires vraies ou plutôt à la réalité de leurs horreurs. Pourtant, il adorait les films gores, mais la réalité était différente. C'était comme comparer le tir aux canards d'une fête foraine à une vraie chasse aux perdrix. Dans les films horrifiques, le sang était trop rouge, les dialogues exagérés et les femmes trop bien foutues. Du cinéma. En revanche, il ne supportait pas les documentaires historiques traitant de massacres, d'exécutions capitales et de procès sanglants... Côtoyer l'horreur le faisait frémir. Au cours d'une soirée réseau au lycée, il s'était retrouvé face à une vidéo qu'un garçon provocateur laissait tourner sur son ordinateur. Un snuff movie dans lequel un africain, au cours d'une guerre civile, se faisait éventrer dans des spasmes nerveux. Loin de l'achever, ses tortionnaires s'amusaient à lui donner des coups de pieds dans le crâne et les plaies béantes de son ventre d'où s'écoulaient ses entrailles. Louis, choqué par la violence de la scène et l'horreur de la souffrance avait détourné les yeux. Trop tard, l'image s'était enfoncée dans son esprit telle une écharde. Durant quelques jours, l'image avait tourné dans sa tête pareille à un air entêtant duquel on n'arrive pas à se débarrasser. Depuis ce jour, il évitait toute altercation directe avec l'horreur d'autrui, changeant de chaîne lors des reportages télévisés traitant de l'ambiance oppressante de guerres civiles ou d'exécutions capitales. "

(...)

" Pour faire passer le temps, il s'assit dans le canapé et alluma la télévision. La première chaîne n'émettait pas. Lucas zappa sans trop y croire, il devait y avoir un problème de transmission... Au bout du troisième changement, l'image apparut. C'était le journal télévisé. Derrière un fond bleu représentant le globe terrestre, un homme, brushing soigné, évoquait la précipitation des événements.

Les experts n'arrivent pas à déterminer avec précision de foyer de l'infection.

Lucas augmenta le volume.

Les premiers cas avaient eu lieu à quelques minutes d'intervalle dans plusieurs pays du monde. Des images, accompagnées de légendes indiquant l'origine de la vidéo, montraient des émeutes dans divers lieux du monde : États-Unis, Russie, France, Japon, Australie, Côte d'Ivoire... Le monteur avait eu soin de restituer un pays de chaque continent afin de démontrer l'ampleur internationale du phénomène. Les images étaient pour la plupart assez brouillonnes, filmées en caméra amateur. Sur l'une des séquences, un homme pointait du doigt un groupement de personnes à une centaine de mètres. Le cameraman tourna l'objectif et zooma sur l'attroupement. Lucas sursauta. Les hommes lui donnaient la chair de poule. Leur démarche ressemblait à celle du type qu'il avait abattu, lente et saccadée.

- C'est quoi ce bordel ? fit-il en augmentant encore le volume.

Les hauts parleurs crachaient les informations si fort que le son arrivait à saturation. Partout des hurlements et des images de personnes prenant la fuite. Une femme voilée s'approcha de la caméra et parla devant l'objectif, le visage congestionné par la peur. Elle s'exprimait en arabe, précipitamment. La traduction blanche en bas de l'écran indiquait : "Ils se sont jetés sur mon mari, ils l'ont tué".

La voix off continuait sa péroraison de son ton monocorde. On estimait les victimes à plusieurs millions mais si la propagation était aussi rapide, les experts jugeaient qu'elle pourrait atteindre le milliard d'individus dans les prochaines heures.

Un milliard ?

Lucas ne parvenait à reconstituer les événements dans son ensemble. Il zappa mais les rares chaînes en fonction émettaient chacune les mêmes images. La dernière fois que les programmes avaient ainsi été supprimés remontait à l'attentat du World Trade Center. Quel événement dramatique s'était cette fois-ci déroulé ? Au bout de quelques minutes d'attention, les nouvelles devinrent peu à peu plus claires. Une sorte de maladie s'était déclarée dans divers foyers du monde, se propageant à une vitesse folle. On ignorait encore l'origine et les causes de l'infection mais la pandémie se répandait dangereusement sans que les services sanitaires n'arrivent à l'endiguer. Un médecin interrogé, visiblement perturbé, apportait quelques renseignements sans pour autant donner des éclaircissements précis. Selon lui, l'humanité n'avait jamais rien connu de tel. Il fallait remonter à plusieurs centaines d'années pour trouver des cas semblables de pandémies de choléra en Asie qui avaient provoqué la mort de vingt mille personnes. L'épidémie de peste au quatorzième siècle était selon lui plus proche de la réalité. La population de la France avait alors décru de près de dix-sept millions de personnes en un siècle, soit une diminution de quarante pour cent.

On ignorait encore le mode de transmission du germe. Certains pensaient qu'il était viral, d'autres qu'il s'attrapait par morsure. Une chose était sûre, la période d'incubation était extrêmement courte et hautement contagieuse.

La différence notable avec les autres maladies est que celle-ci semble affecter les centres nerveux et modifier le comportement des individus qui deviennent violents, tout comme le fait la rage chez les animaux. En sommes, nous avons affaire à une maladie inconnue, peut-être d'origine terroriste, excessivement contagieuse et... "

(...)

" La rage humaine.

L'infection était apparue simultanément à plusieurs endroits du monde ce qui présupposait une thèse terroriste. Elle se propageait à une telle vitesse que les autorités avaient du mal à mettre en place des cellules de quarantaine. La reste de l'article partait un peu dans tous les sens comme si l'auteur avait écrit en vrac les informations à mesure que celle-ci lui parvenaient. Il s'agissait selon le journaliste de la pandémie du siècle, et peut-être même du millénaire. Aucun cas similaire n'avait d'antécédent dans l'histoire de l'humanité. Le gouvernement, pourtant aidé de l'armée, était débordé. Le principal problème concernait la virulence de l'attaque bactériologique. Il suffisait de quelques heures seulement avant que le patient ne se transforme.

Lucas tiqua sur le terme employé.

Transforme ? "

(...)

" Son cerveau refusait d'admettre la simple possibilité de cette thèse abracadabrante. Sans doute les passagers d'un avion au moment du crash éprouvaient-ils ce sentiment de lutte entre l'acceptation et la volonté de ne pas y croire. Un accident d'avion ? Impossible. A la télé sûrement, aux autres peut-être mais à nous, grand dieu non ! "

(...)

" On ne combat pas la mort avec des armes. "

(...)

" Il se sentait vivant. Vivant et libre, affranchi de toutes les contraintes imposées par la société. Toutes ces règles qui lui indiquaient quoi aimer, quoi haïr, qui délimitaient les lignes à ne pas franchir pour rester dans la norme et rentrer dans le moule de cette génération débile. "

(...)

" Cet isolement forcé lui fit prendre conscience qu'il avait passé la majorité de sa vie enfermé, comme la plupart des gens.

Une routine de l'emprisonnement volontaire devenue inconsciente.

Le matin, on quittait sa maison pour se rendre en voiture au travail avant de retourner se confiner dans sa prison personnelle. Oh certes, il arrivait qu'on sorte faire du sport dans une " salle " sur des vélos immobiles ou des tapis roulants. Et lorsque l'on avait besoin de décompresser, où se rendait-on ? Parfois au cinéma, les yeux concentrés sur une toile, au milieu de quatre murs, parfois boire un coup dans un pub, et parfois en boîte, terme suffisamment explicite pour être développé.

Tous les prétextes étaient bons pour justifier sa propre captivité. En hiver, il faisait trop froid, en été, trop chaud (même si cette disposition tendait à s'effacer à cause du réchauffement climatique), et en automne ou au printemps, on se plaignait de la pluie et du vent. Pas étonnant que certains détenus de longue date ne puissent quitter les barreaux rassurants de leur cellule.

On cultivait sa propre captivité.

Pire, il nous arrivait même de l'acheter. "

(...)

" Aucun média ne fonctionnait. Faute d'électricité, la télévision et la radio avaient rendu l'âme. Quant à son téléphone portable, il ne captait plus depuis le lendemain du premier meurtre. Lucas se retrouvait coupé du monde, revenu à une époque où les longues lettres conduites par des coursiers à chevaux demeuraient les seuls moyens de communication.

Les rares informations sur l'état de crise suffisaient néanmoins à établir une triste vérité.

Le monde tel qu'il le connaissait n'existait plus.

A en croire les spécialistes, la pandémie s'étendait à la vitesse d'un raz-de-marée détruisant la race humaine au contact de son souffle putréfié.

Les cavaliers de l'apocalypse.

Cette pensée le fit sourire. C'était un souvenir du catéchisme, un cours où un bénévole racontait à des gamins sournois un extrait du nouveau testament. Le jeune responsable de l'éducation religieuse avait choisi un passage glauque dans l'unique but de les intéresser par son aspect morbide. La chevauchée des quatre figures emblématiques symbolisait le commencement de la fin du monde. Lucas se souvenait que le cavalier à la couleur verdâtre, appelé Mort, représentait l'épidémie.

Un scénario qui doit faire plaisir aux témoins de Jéhova... "

(...)

" A l'approche de leur victime, les écorchés, habituellement lents, étaient pris d'une sorte de frénésie surprenante. Ils agitaient leurs bras et ouvraient et fermaient convulsivement leur mâchoire comme pris d'une envie incontrôlée d'un macabre câlin. "

(...)

" Lucas était surtout ahuri par l'absence de son. Pas un souffle, pas un murmure. Si le bruit peut rendre fou, son absence devient parfois intolérable. C'était comme si un casque insonorisé s'était déposé sur ses oreilles. Le silence était parfois si dense qu'il était dur à supporter, le genre de silence angoissant qui vous abîme les oreilles. Lucas se rendait compte à quel point l'univers était pollué par la nuisance sonore : télévision, radio, chaîne hi-fi, voiture, avions... Même dans le calme de son appartement, le bourdonnement des appareils électriques ou de la circulation emplissait son quotidien. L'humain était une créature bruyante, qui comblait par tout un tas de sons le vide de sa propre existence. Il avait fallu l'extermination d'une bonne partie de la population pour que Lucas prenne conscience de cette triste réalité. Le garçon qui ne jurait que par les dernières technologies, I-phone, écran plat, tablette tactile et autre Facebook ou Twitter était revenu bien vite aux valeurs de base. L'ascenseur était redescendu en un temps record du dernier étage au rez-de-chaussée.

Les préoccupations essentielles se comptaient désormais sur les doigts d'une main.

Dormir et se nourrir. "

(...)

" Les enragés étaient comme des taons, aussi agressifs et collants.

S'ils décidaient de s'attaquer à une proie, rien ne les faisait changer de décision.

Les exécutions étaient donc nécessaires.

Pourquoi pas après tout ? On se débarrassait bien d'un cheptel entier par simple prévention... Combien de vaches folles avait-on éliminé pour empêcher la propagation de la maladie de Creutzfeldt Jakob ? N'abattait-on pas un cheval de course à la patte brisée pour le vendre à des boucheries ? Ne supprimait-on pas le trop-plein de chiens errants qui encombraient les fourrières ? La société consumériste contemporaine préférait détruire les objets usagés plutôt que de chercher à les réparer. Le procédé avait fini par se répercuter sur les animaux. Puis sur les humains. Une logique immuable et monstrueuse. Au cours des siècles, même l'homme avait subi cette obsolescence programmée. D'abord avec la traite des esclaves, considérés comme de vulgaires outils de travail. Si on réfléchissait davantage, n'était-ce pas la doctrine de l'armée nazie ? Créer une race aryenne en supprimant tous les éléments encombrants ? "

(...)

" Un simple regard autour de lui démontrait que si civilisation il y avait eu un jour, il n'en restait désormais que des ruines. Une période primaire, bestiale, un lieu de non-droit où la seule préoccupation était de survivre.

Un météorite avait signé la fin de l'ère Crétacé tertiaire, la rage serait le Léviathan de l'humanité. "

(...)

" L'humain avait inventé de multiples vaccins et était capable de soigner pratiquement n'importe quelle maladie. Il avait créé l'ordinateur, marché sur la lune et était même parvenu à envoyer des sondes à l'extérieur du système solaire. On arrivait à greffer un cœur, à vaincre la plupart des cancers, et on était incapable d'enrayer un simple virus ?

Une voix dans son cerveau, intervint immédiatement.

Oui, l'humain a créé de belles choses, mais n'est-ce pas lui qui a provoqué Tchernobyl, Hiroshima, Nagasaki, les guerres mondiales, le génocide de plusieurs peuples, la mise en esclavage d'autres ? Et puisque tu parles de maladies, que fais-tu du sida, inventée par l'homme ? Pourquoi cet être qui a eu l'idée de favoriser l'expansion de la myxomatose pour diminuer la population de lapins n'aurait-il pas pu mette au point un plan semblable pour éradiquer sa propre espèce ? "

(...)

" Plus les années passaient, plus Louis avait l'impression que l'humain faisait machine arrière, s'obstinant à détruire jour après jour les fondations de la civilisation qu'il avait soigneusement construites sur les cadavres de ses frères. Il suffisait d'allumer la télévision, lorsque celle-ci existait encore, pour contempler sans même frissonner les horreurs inhérentes à la race des humains. Tueries de masse, massacres de populations civiles innocentes, attentats au nom de Dieu, expériences génétiques, tests nucléaires, bébés congelés, fours crématoires...

A petite ou grande échelle, l'homme redoublait d'imagination pour créer de nouvelles atrocités. "

Pierre Gaulon himself !

Pierre Gaulon himself !

MA NOTE : 5/5

DU POST-APOCALYPTIQUE GORE, DÉRANGEANT, INCISIF & INTELLIGENT RÉUNIS EN UN SEUL ET MÊME LIVRE !!!

-> Bon, sans surprise pour moi c'est un carton plein car " Les zombies sont mes amis... il faut les aimer aussi... ", mais pas que. C'est une thématique que j'affectionne tout particulièrement puisqu'elle est - pour moi - le miroir de notre société, et qu'elle sera peut-être l'un des outils de notre chute programmée (et annoncée ! ^^).

C'est le premier livre de Pierre Gaulon que j'ai la chance de lire, et vu son univers (qui va du thriller, à l'horreur en passant par la Fantasy), je ne peux qu'adhérer et avoir envie de lire autre chose de lui.

L'écriture et le sens du suspens sont habilement maîtrisés, je me suis laissée conquérir dès les premières pages. On rentre tout de suite dans la vie des deux protagonistes et on est tributaire d'eux afin de savoir pourquoi c'est le black-out général. La psychologie des personnages (comme annoncée dans la 4ème de couv') est très riche et on a là deux portraits diamétralement opposés de survivants. Finalement, quand on est confronté à l'horreur absolue, c'est dur de rester maître de soi ! Personnellement, j'ai apprécié Louis & Lucas, je me suis reconnue dans chacun d'eux et j'avoue que le côté "eugéniste" de l'un d'eux, à un moment, est très très compréhensible pour moi Lol. À trop vouloir jouer avec le feu, on finit par se brûler... Bref. Les rebondissements m'ont cloués, ils sont même violents, on ne les voit pas du tout venir ! Quelle maîtrise ! Et la fin, rien à redire : parfaite ! J'aimerais dire certaines choses pour la commenter, mais en même temps je ne le peux sans en dire trop. Motus et bouche cousue ! ^^Juste qu'elle convient à ravir, laissant une ouverture, et une belle image de fin. Pas besoin de suite pour moi, c'est ce que j'aime quand le dénouement est ouvert aux interprétations des lecteurs. C'est tellement plus excitant !!!

En somme c'est un super roman, trop court malgré tout avec ses 236 pages (snif). Intelligent, profond, divertissant, glaçant, drôle (oui, désolée mais un zombie écrasé ça me fait toujours rire, de même qu'une référence à un banjo - juste banale en plus - me rappelle une scène culte de Bienvenue à Zombieland ^^), existentiel et haletant... bref, les qualificatifs ne manquent pas. C'est un très beau mélange qui m'a fait penser à un mix de The Walking Dead, 28 jours plus tard et Je suis une légende ! Et on peut se réjouir que ce soit un auteur de chez nous qui signe ce superbe roman !!!

Par contre, c'est pas bien Monsieur Gaulon d'avoir joué avec mes nerfs au sujet de Bingo !!! (oui, autant un humain peut se faire bouffer, trucider, tuer etc... mais les chiens, ça non !!! Lol).

Donc, vous avez compris ce qu'il vous reste à faire : courir comme des enragés chez votre libraire préféré, vous le procurez quitte à tout retourner sur votre passage, et le consommer sans modération ! À vos risques & périls malgré tout...

Enfin, encore une superbe couv' signée Bertrand Binois : originale, malsaine, intrigante, je comprends maintenant pourquoi on ne distingue que les pieds... hé ! hé !

Allez, vous en reprendrez bien un morceau, non ?

Et un autre morceau de QUEEN OF THE STONE AGE pour la route ! Parce que c'est bon, alors mangez-en !!! MOUHAHAHAHAHA !!!

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