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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

09 Apr

" Criminal Loft " d'Armelle Carbonel (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Criminal Loft " d'Armelle Carbonel (2015)

Avouez-le, en votre âme et conscience : vous avez déjà, au moins une fois dans votre vie, regardé une émission de télé-réalité. Qui ne l'a pas fait, lorsque Loft Story débarqua sur M6 ? Par curiosité, parfois (et souvent), malsaine ? Par voyeurisme ? " Juste pour voir " ? Ou pour vous faire votre propre opinion, et peut-être prendre le risque de devenir accro... Accro à quoi ? À pas grand chose, à vrai dire...

Criminal Loft se base sur ce principe de télé-réalité. En lui-même, il en possède toutes les caractéristiques ; vu l'engouement que sa sortie a suscité depuis l'automne 2015, il était difficile de ne pas passer à côté, surtout quand le grand Gérard Collard en livre une vidéo aussi dithyrambique (entre autre, il n'est pas le seul, loin de là ^^). Pourquoi cet attrait si morbide pour ce livre ? La réponse est simple : il met le doigt là où ça fait mal, faisant ressurgir ce que l'homme a de plus vil en lui. Mais il le fait également s'interroger sur, peut-être, l'une des pires dérives de notre société : cette même télé-réalité.

Véritable séisme dans le monde de l'édition, Criminal Loft - après un parcours d'édition très chaotique - a vu le jour au cours de l'automne 2015, ressuscité dans un parterre de fleurs sauvages, en compagnie de certaines variétés très vénéneuses. Et ne vous y trompez pas : ce livre est également très vénéneux...

-> " Sanatorium de Waverly Hills.

Six hommes et deux femmes, reconnus coupables par la justice américaine et enfermés dans le couloir de la mort.

Huit candidats sélectionnés pour participer au reality show le plus brûlant qui ait jamais existé.

Chacun d'eux devra vous convaincre qu'il mérite de vivre. "

Préfacé par Laurent Scalese, Criminal Loft est un véritable page turner, poussant les codes de la télé-réalité à leurs extrêmes et impliquant le lecteur/spectateur sur la question de la peine de mort. L'emploi de la première personne nous immerge totalement dans cet univers oppressant, nous permettant de découvrir l'humain derrière le masque du monstre.

Le sanatorium de Waverly Hills de Louisville (Kentucky), le (véritable) cadre du reality show...
Le sanatorium de Waverly Hills de Louisville (Kentucky), le (véritable) cadre du reality show...

Le sanatorium de Waverly Hills de Louisville (Kentucky), le (véritable) cadre du reality show...

-> " Le show le plus brûlant qui ait jamais existé... "

Tout le monde le sait (ou presque) : pour faire le buzz (partout mais surtout à la tél), il faut sans cesse se réinventer. Innover. C'est le maître mot, car après tout, la télévision est au peuple ce que les jeux du cirque furent jadis pour le vulgum pecus : un moyen de lobotomiser les cerveaux avec du pain, des jeux et du sang. Ainsi, l'attention du peule est focalisée sur des choses insignifiantes, et pendant ce temps-là il ne se rend pas compte qu'il est complètement manipulé par le pouvoir. Ou comment faire avorter la moindre velléité de rébellion dans l'œuf !

Bref. En 2012, un jeu d'un nouveau genre naît aux États-Unis. Comme par hasard, ai-je envie de dire. Pourquoi ? Les States sont le pays de la démesure, et des contrastes. C'est bien connu ^^. Huit candidats sont sélectionnés, et les organisateurs de Criminal Loft ne vont pas les chercher n'importe où. Non. Il faut du sensationnel. Et quoi de mieux que de piocher dans le couloir de la mort, parmi la fange de l'humanité et les pires monstres qui soient, sans la moindre distinction de sexe. Ils étaient plusieurs milliers, désormais ils ne sont plus que 8. Et ils n'ont rien d'enfants de chœurs. Leur mission (qu'ils se doivent d'accepter vu la carotte) : survivre, ne pas se faire éliminer être le dernier debout. Et ainsi, pouvoir être réhabilité. Les perdants ? Ils retourneront moisir dans le couloir de la mort. À moins que la Grande Faucheuse ne se décide à se montrer facétieuse d'ici-là... Seul le public sera juge, et les organisateurs (symbolisés par une mystérieuse Voix - celle de l'Ombre) ont plus d'un tour dans leur besace. Pas mal d'épreuves attendent les lofteurs, histoire d'aider le public à se dépatouiller et à sauver son petit préféré... Chaque semaine, un candidat sera éliminé, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. En somme, c'est du classique pour qui connaît l'immuable principe de la télé-réalité.

Par contre, ce qui change, c'est le cadre. Inédit. Adieux villas luxueuses, lofts en carton pâte, château modernisé... faite place à l'un des endroits les plus effrayants qui existe aux U.S.A. Et là, l'histoire est des plus véridiques : le sanatorium de Waverly Hills, situé à Louisville dans le Kentucky, est réputé comme étant l'un des endroits les plus sensibles aux manifestations paranormales. Autrement dit, il serait hanté. Et pas qu'un peu ! Son histoire est digne de figurer dans un film d'horreur. À la base, l'endroit servait à soigner les tuberculeux (qu'on parquait dans des asiles, c'est bien connu). Tout comme on sait sans doute que les dirigeants de ces endroits et le personnel médical s'adonnaient à de terribles expériences sur ces patients dont personne ne se souciait... Et là, je vous donne un résumé ultra soft. Les secrets de Waverly Hills (et même ses pires) vous seront révélés au fil des pages de Criminal Loft. De plus, l'endroit n'a pas vraiment été redécoré et rénové pour l'occasion. Faut pas déconner, ce sont quand même des taulards ! Par contre, des caméras truffent le domaine (oui, on se positionne sur de l'édifice gigantesque, avec un immense parc arboré du genre à l'abandon et flippant à souhait (vous savez, celui qui mouille d'emblée votre slip !). À cela, vous ajoutez un règlement de tarés avec des chambres interdites (la 502, par exemple), de même que certains étages, le pavillon médical etc... Des obligations du type " vous avez 30 secondes pour rappliquer votre cul dans la salle commune pour la diffusion de la quotidienne en direct sinon... ", des matons dans tous les coins surveillant vos moindres faits et gestes... Des bruits bizarres, des courants d'airs improbables... vous secouez bien, et vous obtenez " le show le plus brûlant qui ait jamais existé ". Vous êtes dans l'arène, parmi les fauves. Alors, ça vous dit de faire " ami-ami " ?

Un couloir typique du sanatorium, et une photo d'époque montrant... quelque chose de très étrange (expérience ? Soin ? Torture ?)
Un couloir typique du sanatorium, et une photo d'époque montrant... quelque chose de très étrange (expérience ? Soin ? Torture ?)

Un couloir typique du sanatorium, et une photo d'époque montrant... quelque chose de très étrange (expérience ? Soin ? Torture ?)

-> Bienvenue dans la fausse aux monstres...

L'incroyable force (et originalité) de Criminal Loft c'est de nous conter cette terrifiante histoire (et le mot terreur n'est absolument pas exagéré, croyez-moi) à travers les yeux, ou plutôt les mots, d'une abomination. John T.,l'un des 8 candidats. Hannibal Lecter me semble bien plus charmant à côté de cet autre psychiatre. John est juste une crevure. J'ai entendu certaines personnes dire qu'en lisant le livre, elles avaient eu l'impression de devenir serial killer à leur tour. Euh... comment dire ? Si c'est le cas, allez consulter d'urgence. Faites-vous interner ou mieux encore : dénoncer la personne qui vous a dit cela !!! LOL Personnellement, à aucun moment John ne m'a fait fantasmer. Jamais, ô grand jamais je ne me suis identifiée à lui. Et c'est ce que j'ai adoré : Armelle Carbonnel ne donne jamais dans la complaisance. J'ai trouvé qu'à aucun moment, quoi que ce soit ne pouvait justifier les horreurs auxquelles se livre ce personnage, ou auxquelles il s'est livré, ou pense... Il pue, il est gerbant, dégueulasse du début à la fin. Plus on avance dans le récit, plus on le hait. Plus il est immonde. Y'a pas d'autres mots. Autant, les anti-héros ça peut-être sympa quand ils sont sur la sellette parce qu'ils restent malgré tout humain, autant celui-là, on a qu'une envie : qu'il crève. Et il n'est pas le seul pour autant, mais c'est quand même le plus atteint (si on veut s'amuser à établir une hiérarchie).

Et le comble, c'est que John est le petit chouchou des spectateurs, soit dit en passant. Comme quoi le monde tourne vraiment pas rond, si vous en doutiez encore...

Les 7 autres candidats sont pas mieux non plus. Un petit tour d'horizon de cette belle brochette de... tarés :

- Aileen (attention, à ne pas confondre avec la véritable Aileen Wurnos, même si toutes les deux partagent la même aversion du sexe masculin, et on peut parfois les comprendre... hum...hum...) : surnommée la Mante Religieuse, c'est un transfuge de femme fatale. Elle séduit les hommes pour ensuite les castrer et s'en débarrasse. La faute à un père un peu trop proche de sa jeune fille... ce qui laisse inexorablement des traces.

- James : le Zozoteur. Passionné de dessin, il considérait sa sœur comme sa muse. Jusqu'au jour où son père aurait découvert le pot aux roses et l'aurait envoyé direct en taule, après que le corps de la gamine ait été retrouvé mutilé... Une chose est sûre : ça tourne pas rond dans sa caboche...

- Wallace : ...

- Léonard : le grand black qui a surpris sa femme et son frère au pieu...

- Terrance : le gars qui dit avoir tué car il était possédé...

- Lynda : la plus atteinte psychiatriquement, elle a perdu sa jumelle et ça lui est monté à la tête...

- Michael : ...

-> Je mets des " ... " pour Wallace & Michael car ils sont un peu insignifiants, des pervers sexuels comme il en existe beaucoup... malheureusement.

Le célèbre fantôme de Mary... qui hanterait Waverly Hills...

Le célèbre fantôme de Mary... qui hanterait Waverly Hills...

-> L'enfer sur terre ?

Il y a tellement de choses à dire sur Criminal Loft !!! C'est fort ! Ça vous met sur le cul mais quelque chose de bien ! Ça vous ébranle, ça joue avec vous comme un vulgaire chiffon, ça vous tord dans tous les sens, ça vous ménage pas ! C'est glaçant, terrifiant et intelligent ! À travers des monstres reconnus pénalement en tant que tels, ce livre nous interroge sur la véritable nature des monstres ! OK, il y a ceux qui se sont fait prendre et qui payent pour cela. Les serial killer, les cannibales, les sadiques, les pervers sexuels, les violeurs, les assassins, les pédophiles... Mais nous qui nous comportons comme des voyeurs en nous délectant de tels spectacles, que sommes-nous au juste? Sommes-nous encore humain lorsque nous nous régalons de voir la mort en direct ? La souffrance ? La folie ? Les voyeurs que nous sommes, à travers le prisme de la télé-réalité, n'est-ce pas cela qui ferait de nous des monstres à notre tour ? Tout est une question de point de vue, certes... mais ça fait froid dans le dos ! Et que dire de ceux qui tirent les ficelles de ces divertissements dans l'ombre ?

Criminal Loft nous met aussi face à la déchéance de la société dans laquelle nous vivons. Oui, je sais ce que vous allez dire : mais non, c'est du cinéma, ça ne verra jamais le jour ! Vous croyez vraiment ? Parfois je me dis que les œuvres de SF les plus marquantes sont au final un peu éloignées de la réalité dans ce qu'elles avaient anticipé quant à notre futur. La réalité dépasse parfois la fiction et j'en veux pour preuve ces quelques exemples : les émissions de survivalisme (que 2 grandes chaînes de TV française diffusent actuellement), dans lesquelles on colle un bande de ploucs sur une île déserte et ils doivent se démerder pour survivre ! Et on tue (enfin, tuer est un bien grand mot vu le calvaire que subit le pauvre animal...) un bébé cochon sauvage pour le bouffer, soit-disant pour survivre. On montre ces images ignobles à la télé. Oui, c'est normal d'égorger un cochon comme ça, et de voir ça sur sa télé. C'est un jeu, mais la mort et la torture de ces animaux "sauvages", qui n'ont pas demandé à ce que des abrutis d'humains débarquent sur leur île déserte, c'est de l'entertainment... Ça amuse la plèbe, alors où est le mal ? Et que dire de cette émission nippone (chinoise ou japonaise, peu importe, c'est pas mieux non plus là-bas) où des candidats doivent chanter du karaoké. Jusque-là ça va, sauf qu'ils doivent tenir le plus longtemps possible sans éjaculer tandis qu'une charmante hôtesse les masturbe pendant leur épreuve de chant. Alors c'est flouté, le candidat est dans une cabine qui préserve son intimité, mais on voit bien l'hôtesse en train d'utiliser tout ce qu'elle peut sur les phallus des candidats afin de les faire cracher le plus vite possible. Oui, c'est véridique et ça a fait le buzz sur internet pas plus tard que l'année dernière. Et ce jeu (vidéo, certes) qui s'appelait " Clodo Game "... à force de rendre cela banal, ne devons-nous pas craindre de voir déferler, dans les années à venir, des émissions se rapprochant de Criminal Loft ? À partir du moment où les limites sont sans cesse repousser pour créer de la demande, de l'audimat, du pognon, tout est possible. Et ça, c'est carrément dangereux... surtout quand on sait comment il est aisé de manipuler les cerveaux via la télévision.

Enfin, l'enfer est omniprésent dans Criminal Loft : l'enfer comme cadre. Un lieu présumé hanté, oppressant, avec un règlement abracadabrantesque. Finalement, la cellule de prison de chacun de nos lofteurs était peut-être plus douce ! Mais il y aussi l'enfer de l'enfermement, du conditionnement. " L'enfer, c'est les autres ", écrivait Jean-Paul Sartre. 8 monstres qui s'étudient en continu, qu'on pousse à s'entre-tuer pour que chacun puisse découvrir les failles de l'autre. Un darwininisme social poussé à son paroxysme. L'humain est dépersonnalisé, il devient une chose, un produit de consommation, un pantin qu'on peut remplir à sa guise avec ce que l'ont veut.

Je ne parle même pas de l'attrait des gens pour le morbide, de la fascination qu'exercent les pires tueurs en série sur pas mal de personnes (hommes comme femmes, d'ailleurs)...

Le "Death Tunnel" (ou Tunnel de la Mort) : qui existe vraiment. L'un des éléments les plus horrible et oppressant de ce lieu de perdition...
Le "Death Tunnel" (ou Tunnel de la Mort) : qui existe vraiment. L'un des éléments les plus horrible et oppressant de ce lieu de perdition...

Le "Death Tunnel" (ou Tunnel de la Mort) : qui existe vraiment. L'un des éléments les plus horrible et oppressant de ce lieu de perdition...

< EXTRAITS >

" Waverly Hills.

On le dit le lieu le plus hanté des États-Unis. Un sanatorium désaffecté de cinq étages construit au début du vingtième siècle au sommet d'une colline de Louisville, converti en loft pour satisfaire les plus bas instincts de l'espèce humaine. "

(...)

" J'acceptai le règlement imposé par la production : ne pas rendre publiques ses opinions politiques ou religieuses, respecter la vie d'autrui, limiter les débordements agressifs et s'attacher entièrement aux épreuves imposées dont les candidats ignoraient tout avant d'entrer dans le loft. Ma seule certitude était que nous représentions des bêtes de foire livrées en pâture à un public avide de sensationnel.

Je savais pertinemment ce qu'on attendait de nous. On nous percevait comme des monstres, mais l'intérêt des téléspectateurs pour ce reality show prouvait leur fascination pour la cruauté de nos actes. La plupart d'entre eux seraient rivés à leur écran, dénonçant le concept immoral d'un tel jeu, non sans en éprouver quelques frissons. Certains assouviraient leurs pulsions les plus secrètes à travers nos témoignages bardés de détails sordides. Et d'autres y trouveraient une vocation, partagés entre frustration et passage à l'acte, galvanisés par les images de cadavres dépecés et de scènes de crimes que ne manqueraient pas de diffuser la chaîne en arrière-plan.

Une stratégie efficace de manipulation des masses par la contre-culture, l'apologie de la violence sous forme de divertissement. "

(...)

&quot; Criminal Loft &quot; d'Armelle Carbonel (2015)

" Toute cette mise en scène ne sert qu'à nourrir l'insatiable appétit morbide du public. Nous ne sommes que des pions sur un échiquier, manipulés par des hommes invisibles, traqués par les caméras et maudits par la société.

- Bienvenue au loft ! scande une voix trafiquée, déformée, affreusement inhumaine. "

(...)

" Nous avons toujours le choix. Certains basculent vers le côté obscur, parce qu'ils naissent sociopathes, pour une raison que même la science ne saurait expliquer. Existe-t-il un gène de la violence ? Un mauvais karma ? Qu'importe le nom qu'on donne à votre pathologie criminelle, il suffit d'un déclencheur - dans le cas d'Aileen, le viol - pour révéler notre nature profonde. "

(...)

" Nul ne peut prétendre à la liberté s'il n'a pas connu la morsure des chaînes. "

(...)

" Avoir le choix est le commencement de la liberté. "

(...)

" Nous ne sommes que des pions sur l'échiquier du diable, manipulés par un marionnettiste invisible au dessein bien trop prévisible : forcer les portes de notre conscience sadique. En extraire la fange. L'étaler devant des milliers de téléspectateurs fascinés par la mort et l'horreur qu'engendre l'art d'ôter la vie. "

(...)

" Souviens-toi de la haine que tu éprouves, décuple-là par dix, ajoute un zeste de cruauté et tu sentiras naître en toi l'embryon d'un tueur... "

(...)

" L'avantage, mon cher ami, quand on édicte les règles, c'est la liberté dont on dispose pour les contourner. "

(...)

" Nous ne sommes que des pions sur l'échiquier du Mal, engagés dans une partie dont l'issue est jouée d'avance. "

(...)

" Mes années d'exercice en qualité de psychiatre m'ont appris le danger que représente l'influence d'Internet et particulièrement des réseaux sociaux. On se lie d'amitié avec de parfaits inconnus sans réelle méfiance. Le masque, illustré par l'écran d'un ordinateur, cache bien souvent des profils factices derrière lesquels sévissent de sinistres détraqués. Nombre de mes patients m'ont avoué souffrir de l'impact de ces relations, qui amènent les gens à se bouffer entre eux.

Internet est dans l'air du temps.

Le cannibalisme virtuel est un phénomène de mode qui attire de plus en plus d'adeptes, preuve - s'il en faut - du mal-être de notre société. "

(...)

" Waverly Hills est un lieu avide de souffrances, une bouche vorace qui vous mastique lentement jusqu'à vous réduire en bouillie. Et c'est exactement ce que le public attend de Criminal Loft, rivé à son écran, échauffé par une curiosité morbide, à l'image de ces automobilistes qui ralentissent aux abords d'un grave accident, sans manquer une miette du spectacle sanglant qui ne les concerne pas. "

(...)

" On ne passe à l'écran que le message qu'on veut bien transmettre, même si la réalité est tout autre. Les médias ont le monopole du pouvoir. Ils gouvernent le monde. "

Armelle Carbonel, surnommée " La Nécromancienne ".

Armelle Carbonel, surnommée " La Nécromancienne ".

MA NOTE : 5/5

-> Un reality show brûlant, entre survivor et perversions. Un page turner qui vous hantera bien au-delà de la simple lecture de Criminal Loft.

Quand on pense que ce livre a été écrit par femme, et française, qui plus est : on se dit juste WAOUH ! Quelle écriture ! Quel sens du suspens ! Quelle noirceur ! Quelle profondeur dans les sujets de réflexions (nombreux) et d'actualité ! Quelle perversion !!! Maxime Chattam et ses comparses (même américains) peuvent aller se rhabiller, sérieusement ! Armelle Carbonel n'a rien à envier à qui que ce soit. C'est assurément une auteure qu'il va falloir surveiller de très très près, et qui a mis la barre très très haut avec son premier thriller : un tissage de l'intrigue incroyable, une écriture hallucinante (qu'une femme fasse un tel boulot, putain ça fait plaisir !!!), des rebondissements en masse et qui clouent le lecteur (faits de manipulation & de faux semblant), un univers très visuel et cinématographique (apparemment, on peut commencer à rêver de l'adaptation cinéma de ce livre !!!). Et on peut aussi se réjouir du choix éditorial de Fleur Sauvage qui fait de Criminal Loft l'un des fleurons de cette petite maison d'édition régionale qui monte, et qui monte !!! Je ne le dirai jamais assez, mais par pitié, arrêtez de vous jeter sur les gros éditeurs. OK, leur réputation n'est plus à faire. Ce sont des valeurs sûres. Mais que diable ! Regardez un peu plus autour de vous : on trouve de véritables pépites, de purs chef-d'œuvres chez les petits éditeurs (et parfois - souvent même je trouve - on est déçu des grosses sorties tant attendues...).

Avec une telle référence, on sombre dans l'épique, le sensationnel, l'impensable... (je tais volontairement ce à quoi fait écho cette référence musicale^^)

Les influences de Criminal Loft sont très riches et profondes. Visuellement, et pour ce qui est de l'ambiance, j'ai tout de suite pensé au génial Puzzle de Franck Thilliez (le sanatorium et le thème du jeu plein de faux semblants, de manipulations, de perversion etc...), et bien évidemment à la superbe seconde saison d'American Horror Story (Asylum). Même si j'ai senti la fin venir, j'avais quand même deviné à moitié juste (et je pourrai pas en dire plus à ce sujet, je suis sûre que vous comprendrez pourquoi). Bien sûr, quand ça arrive, on reste quand même dans le doute jusqu'à la toute fin, car après tout, l'auteur peur se payer notre tête ^^.

Néanmoins, il y a un petit bémol (pas du genre non plus à faire baisser la note, parce que ça reste quand même insignifiant) : le public est sensé ignorer (lorsque Criminal Loft commence), de quels crimes sont accusés les 8 candidats. J'ai du mal à croire qu'en 2012, alors que l'émission est filmée 24h/24, que la tronche des candidats est ultra médiatisée, que personne dans le public n'ait reconnu l'un d'entre eux, surtout John T avec son impressionnant palmarès. Il a quand même dû défrayer la chronique lors de son arrestation, non ? Quelqu'un l'aura bien reconnu ou alors il est tout à fait possible de faire des recherches sur internet, ou dans les archives, surtout que leurs petits prénoms sont connus de tous avec le jeu... Voilà, juste un tout petit point noir pour moi mais c'est pas vraiment méchant puisque le reste nous en met plein la vue.

Jusque dans sa couverture, Criminal Loft est un petit bijou : Bertrand Binois a encore fait un travail formidable. J'avoue que d'emblée, je me suis interrogée sur cette petite fille qu'on aperçoit au centre de l'objectif de la caméra... Ha ! Ha ! Ha ! Bien vu !!! C'est indéniablement une couv' qui attire le regard. Simple et efficace, avec un petit côté atypique (et noire) qui fait qu'elle nous fascine tout de suite. Et puis ce petit côté girly avec la touche de rose, c'est bien pensé !

C'est un livre qu'il faut lire ! C'est difficile, c'est souvent insoutenable mais ça n'est pas gratuit pour autant. J'ai adoré détester ces immondes engeances, j'ai jamais autant souhaité du mal à un personnage présenté comme un "héros" ^^ J'ai jamais autant apprécié lire avec de la lumière pour me rassurer, et en allant re-vérifier que le verrou de ma porte d'entrée était bien tiré, et j'ai jamais eu autant peur d'ouvrir les yeux dans l'obscurité. Non, ça faisait quand même longtemps qu'un livre ne m'avait pas autant retourné et révulsé quant à la nature humaine. Donc, rien que pour ça, courrez chez votre libraire vous procurer Criminal Loft si ça n'est pas déjà fait. Et par pitié, éteignez votre télé, ne cautionnez pas ces jeux qui ont pour seul but de vous rendre bêtes et malléables. La planète et l'humanité ne s'en porteront que mieux...

À partir de 0,15 secondes... bon, là ça peut encore aller, encore que... Bonne nuit, hein !

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Bernieshoot 10/04/2016 13:36

désolé je n'ai jamais regardé de reality show .. ceci étant ce livre est visiblement un très bon page turner

Benedict Mitchell 10/04/2016 13:38

Vous n'avez rien manqué (pour les reality show) ^^
Il l'est, assurément ! :D

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