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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

08 Mar

" Les Morsures de l'ombre ", de Karine Giebel (2007)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Les Morsures de l'ombre ", de Karine Giebel (2007)

Pouvoir se faire sa propre opinion au sujet d'une valeur sûre du thriller, c'est toujours exaltant. J'avais entendu beaucoup de bien sur le style de Karine Giebel, et son univers très sombre. Forcée de constater je suis que les avis élogieux sont bien fondés, après le lecture palpitante de ce huit-clos absolument bouleversant et qui écrase le lecteur au rouleau compresseur...

-> " Elle est belle, attirante, disponible. Il n'a pas hésité à la suivre pour prendre un dernier verre. A présent il est seul, dans une cave, enfermé dans une cage. Isolé. Sa seule compagnie ? Sa séductrice et son bourreau. Et elle a décidé de faire durer le plaisir très longtemps. De le faire souffrir lentement. Pourquoi lui ? Dans ce bras de fer rien n'est dû au hasard. Et la frontière entre tortionnaire et victime est bien mince. "

Dès la première phrase le ton est donné.

" Impression étrange.

Comme une gueule de bois, un lendemain de cuite. Sauf qu'il peine à se souvenir de la veille... Neurones en vrac.

Enfin, ses yeux s'ouvrent complètement. Il réalise qu'il gît par terre, à même un béton sale. Un mélange d'effluves importune ses poumons ; peinture, détergent, grésil, essence ? Désagréable, surtout de bon matin ! Mais est-ce seulement le matin ? Ça sent pas comme ça chez moi, d'habitude...

Première certitude : je ne suis pas dans ma piaule. Mais où, alors ? "

Benoît Lorant est flic. Commandant au Central de Besançon. La trentaine bien entamée, bel homme, enjôleur, homme à femmes, incapable de rester fidèle à une épouse dont il est pourtant follement amoureux, et papa d'un jeune bambin, il a techniquement tout pour être heureux. Sauf qu'il a une faiblesse : les belles femmes. Il les collectionne, il est incapable de s'arrêter, de se ranger. Une peur de vieillir ? De mourir enterré vivant ? De se sentir enfermé dans une vie, un quotidien qui le dépassent ? Véritable Casanova des temps modernes, il n'hésite pas à briser les coeurs. Des one shot, c'est tout ce qu'il a à offrir, et peu importe s'il brise des coeurs à la pelle. Il se moque des états d'âmes des pauvres filles qu'il consomme comme de vulgaires kleenex, ainsi du qu'en dira-t-on. C'est plus fort que lui, point barre.

Jusqu'au jour où il tombe sur LA prédatrice, bien plus machiavélique que lui. Sur la route, elle l'attend, elle a tendu ses filets, tisse le piège qui se referme brutalement sur Benoît, bien trop désireux de tremper une nouvelle fois sa queue ailleurs que chez lui... vous me direz peut-être : bien fait pour lui ! Car trop belle pour être vraie (et sincère...). Le jeune commandant de police se retrouve alors enfermé dans une cage, prisonnier, souffre douleur dans une cave noire, sorte d'abri antiatomique, perdu au milieu de nulle part. Drogué, enfermé, affamé, violenté... sa geôlière, aussi belle q'impitoyable, semble attendre quelque chose de bien précis de sa part... mais Benoît ignore bien quoi. Commence alors une longue descente aux enfers, brutale, implacable, abominable. Comment le corps humain peut-il supporter autant de sévices, de privations, de tortures ? Jusqu'à quel point peut-il endurer la faim, le froid, les blessures... J'ai été choqué par le traitement de ce personnage, de ce Karine Giebel lui fait subir à travers sa plume incisive. Oui, c'est pas un mec super clean, mais mérite-t-il de morfler autant ?

Pendant des jours, les collègues de Benoît vont chercher à retrouver leur collègue disparu, mais quelle piste suivre ? Finalement, l'affable commandant de police s'est peut-être fait des ennemis, après avoir brisé trop de coeurs, ou peut-être a-t-il attiré sur lui la vengeance d'entités malfaisantes et névrosées ?

-> EXTRAITS :

" Mais... est-ce qu'on a couché ensemble, au moins ? Je m'en souviens même plus ! En tout cas, si je l'ai sautée, ça n'a pas dû lui plaire ! Sinon, je me serais réveillé dans son pieu, pas dans sa cave ! "

(...)

" La porte du haut de l'escalier grince. Il approche des barreaux, voit la sublime paire de jambes descendre lentement les marches.

- Alors, commandant, vous êtes calmé ?

- Absolument, Lydia ! Je vous attendais...

- Vous m'attendiez ?!

- Oui... Il y a sans doute quelque chose que je peux faire pour vous, non ? Sinon vous ne m'auriez pas bouclé dans ce trou ! Alors dites-moi ce que vous espérez de moi...

- Chaque chose en son temps, Benoît...

- C'est que j'ai pas mal de travail en retard, vous savez ! Je n'ai aucune idée de l'heure vu que vous m'avez piqué ma montre, mais je suppose que je devrais déjà être au bureau...

- Exact.

Elle s'asseoit en face de lui, sur sa petite chaise en bois.

- Alors ? A quoi on joue, chère Lydia ? demande-t-il en souriant.

Un sourire crispé, qui peut faire illusion.

- En l'occurrence, c'est moi qui vais jouer...

- Ah oui ? Et à quoi ?

- A vous regarder mourir, commandant... "

(...)

" Elle allume encore une clope. La flamme furtive du briquet éclaire son visage, une fraction de seconde.

Un si joli visage, songe Ben. Il n'est pas parfait, non. Plutôt subjuguant. Aucun regard, qu'il soit d'homme ou de femme, ne pourrait y glisser sans émotion. Oui, le regard s'arrête forcément sur cette sculpture de glace et de feu, pour en détailler les traits à la fois conquérants et inquiétants, qui contrastent avec la fragilité qu'on devine au fond de ses iris précieux.

Une oeuvre de la nature fascinante.

Oui, un si beau visage.

Un monstre.

Voilà comment il la perçoit, désormais. Un monstre travesti en femme ravissante.

Déguisement idéal pour attirer ses proies masculines. "

-> MA NOTE : 5/5

UN THRILLER PSYCHOLOGIQUE - HUIS CLOS INCROYABLE, MAGISTRAL...

Avec Les Morsures de l'Aube, Karine Giebel m'a ferrée dès la première page. Un véritable page turner, dont on n'arrive pas à sortir, même après la fin et ce dénouement incroyable ! On ne voit pas venir les rebondissements, l'auteure joue avec nos nerfs comme si nous étions de vulgaires pantins. Elle ne nous ménage à aucun moment, et le pire c'est qu'on s'en délecte. La relation entre le bourreau et sa victime est presque bouleversante, profonde, dramatique. Tragique. La folie qui anime Lydia, l'ange vengeresse, animée d'une mission quasi divine, est poignante, mais également carrément flippante. L'infirmière campée par Kathy Bates dans le Misery de Stephen King, à côté, est une enfant de choeur.

On plonge avec effroi dans l'intimité sordide de ce couple improbable, pourtant uni dans la souffrance, l'une dans sa folie vengeresse et l'autre dans sa volonté de survivre.

Concernant la plume de l'auteure, elle est remarquable, maîtrisée, riche, tantôt acerbe, parfois terrifiante, et noire, tellement noire... Me vient à l'esprit la citation suivante, censée figurer à l'entrée de l'Enfer/des camps de la mort : " vous qui entrez ici bas, perdez tout espoir " (enfin, un truc dans le genre quoi ^^). Ne vous attendez pas à un conte de fées ou à une fin heureuse, j'aime autant vous prévenir. En même temps, c'est assez réaliste du coup, les happy ending, le monde des bisounours ça n'existe pas...

En somme, une très belle découverte, je ne suis pas déçue, je me suis régalée ! J'en redemande !!!

La grande papesse du thriller "made in France" : Karine Giebel

La grande papesse du thriller "made in France" : Karine Giebel

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Nicolas 12/04/2017 11:37

Un Misery en moins bien. J'ai été déçu par ce roman, dommage!

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