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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

04 Feb

" Les Paradis du fou ", de Muriel Roland Darcourt, (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Les Paradis du fou ", de Muriel Roland Darcourt, (2015)

Découvrir un auteur qu'on ne connaissait pas, c'est quitte ou double. Ça passe ou ça casse...

" Les Paradis du Fou ", ou les élucubrations d'un type. Lazare Verne, qui vient d'apprendre sa mort prochaine. Gonflé de rage quant à sa condition de défunt imminent à laquelle il n'est pas préparé et qu'il a du mal à accepter, il décide de tout quitter pour aller mourir ailleurs, sur une autre planète, et il va en découvrir plusieurs. Des qui n'existent pas. Des qu'il imagine. Des qui sont bel et bien réelles. Enfin tout ça, tout ce qu'on croit connaître, ce qu'on avait envisagé, ce qu'on avait cru possible, ce qu'on nous avait enseigné et qui se révèle être autrement, au-delà de toute logique humaine, aux confins de l'espace ou juste à portée de nous à l'intérieur de notre propre cerveau. "

-> " élucubrations ", en un seul mot voilà bien tout le propos du livre sur 104 pages. Les délires d'un pauvre type antipathique comme pas possible, qui apprend qu'il va crever, et qui en veut à la terre entière, semble-t-il. Oui, il y a des personnages qu'on adore détester. Puis, il y a ceux qu'on déteste tout court. Viscéralement. Et dans ces cas-là, il n'y a rien à faire ! Lazare Verne est de ceux-là...

Ô Rage ! Ô Désespoir ! Pourquoi êtes-vous si cruel ?! (là c'est de moi hein...)

-> La 4ème de couv' était pleine de promesses, avec ce semblant d'histoire surréaliste, flirtant avec la science-fiction. Un résumé si prometteur, si alléchant. Puis, passé le cap du premier chapitre, c'est la dégringolade, ça part en vrille : 16 étages qu'on dévale en boucle, tel le Rocher de Sisyphe, châtiment infernal éternel... Aïe !

Alors qu'on découvre le contexte, le point de départ à toutes ces (inutiles) élucubrations est bien l'annonce de la maladie de Lazare, en plus il est médecin ! Il est censé aimer soigner les autres, être altruiste un tant soit peu, non ? Bah non, en fait c'est un gros trou du cul, et un sacré en plus !

Très rapidement (et trop sans doute) il décide de tout plaquer et de s'embarquer dans la navette l'Odyssée, pour voyager dans l'univers, y fonder une colonie... What the Fuck ?! S'ensuit une longue errance sans fin... où il deviendra roi du Cosmos, rencontrera Dieu, construira une maison, haïra ses semblables encore et encore, sera incinéré, réincarné... quant à la fin, bah on en sait pas plus. Y a-t-il vraiment un épilogue d'ailleurs ? J'ai pas trouvé, personnellement...

Alors, c'est jamais facile de descendre un bouquin (et ça fait encore moins plaisir quand on est book addict, livrophage), surtout quand son auteur a eu la gentillesse de vous l'envoyer, en espérant ne pas vous décevoir. Le constat est amère : je suis déçue ! Et beaucoup. Et je déteste éprouver ça ! Mais on ne pas tout aimer, et comme ici la langue de bois n'a aucun pouvoir sous peine d'être bannie, bah voilà...

Mais malgré tout, l'auteur écrit bien, le style est original, brute et percutant. Les choses qui y sont évoquées (et dénoncées), les métaphores sont plus qu'intéressantes et prêtent à la réflexion, ce que j'aime, en temps normal. C'est vrai, comment accepter la brutale évidence qu'on va mourir dans X temps ? À sa place, comment réagirions-nous ?

-> Le problème majeur (selon moi) des Paradis du fou c'est que le fond est bon mais la forme est complètement à revoir. Oui, parce que dans les 104 pages lues, il n'y a aucune trace de de ponctuation rythmique. Pas une seule !!! Je crois n'avoir encore jamais vu ça ! J'entends par là pas de ? ! " ", d'italique, de dialogues. Juste une longue suite de virgules et de points. L'auteur a choisi cette mise en page minimaliste, et trop, car du coup il n'y a pas de rythme, pas de changements de ton. Au moins surligner l'exaspération de Lazare avec des points d'exclamation, quand même !!! C'est la base ! Or, avec ce style choisi, c'est un gros bloc indigeste qu'il nous faut avaler de force, et en plus il est soporifique car du coup, pas de rythme. Juste une accumulation de pavés successifs monotones, insipides, secs, brefs, de longues complaintes... Pas de variation dans le récit, ça m'est vite devenu insoutenable de continuer la lecture, d'aller au bout ! Les émotions banales, comme la colère, le désespoir, ne sont même pas distinguables, Bon, il y a 16 chapitres me direz-vous... Mouais... ça change pas grand chose. Au final, une longue logorrhée terne, interminable. Oui, les élucubrations d'un personnage complètement névrosé... au bord de la diarrhée verbale... Que je n'aime pas prononcer ce mot mais c'est celui qui m'est venu malgré moi...

-> Ensuite, vouloir donner dans le surréalisme, la science-fiction, c'est super. Je suis la première à adorer ça en temps normal, quand c'est un Bernard Werber, un Isaac Asimov aux commandes. Quand il y une vraie histoire qui vous emporte ! Quand l'histoire est rythmée ! Et comme ici on a aucun rythme, bah le propos surréaliste, abstrait nous étouffe. Trop du divagations tue la divagation !

À l'image de Larare qui est condamné, ma mort cérébrale est survenue très vite. Électroencéphalogramme plat...

-> Alors, je peux aussi comprendre ce que l'auteur a cherché à faire : l'angoisse de la peur face à la mort, la folie qui prend le pas sur la raison, l'envie de profiter de (mille) vies avant la fin, se demander ce qu'il y a vraiment après la mort, la réincarnation etc... Encore une fois il n'y a absolument aucun problème de fond, même si la longue énumération de délires en tout genre devient vite gonflante, parce qu'il n'y a rien d'autres à part ça, et j'aurais aimé qu'il y ait plus de consistance, que l'auteur prenne peut-être plus son temps...

Au lieu de ça, alors que le fond m'avait attiré, bah je n'ai qu'une seule hâte : finir le plus vite possible pour ne plus jamais y revenir. Me concentrer sur le récit a été une véritable torture, et je n'exagère pas. J'ai même envie de faire une comparaison avec Anne Rice, et le premier tome des Infortunes de la Belle au Bois Dormant. Sa lecture en avait été très dure, très pénible avec cette interminable énumération de pratiques, sévices et tortures sexuelles, dans un univers de conte revisité mais complètement surréaliste ! Oui, mais chez Anne Rice, l'écriture est un pure délice, il y avait du rythme... et c'est là que le bas blesse.

EXTRAITS

" Je descends l'avenue de la Liberté pour la quatrième fois consécutive tout en fixant le sol de mes deux grands yeux creux. Cela doit bien faire une semaine que je n'ai pas dormi. A la cent-quatre-vingt-cinquième dalle prendre à gauche en direction de la rue des Condamnés. Si je n'étais pas si sombre, je pense que j'aurai souris à ce coup du sort, ma maison est la troisième après le marronnier. Comment leur dire. Ma chère femme et mes trois beaux enfants je vais mourir. Rassurez-vous, pas tout de suite, il me reste encore quatre bons mois devant moi. L'hiver et le début du printemps. "

(...)

" La nuit se peuple d'insomniaques, un monde fou sillonne les trottoirs de cette rue. Spectres vomissant de malaises, ahuris, désœuvrés, déjà morts. Lesquels d'entre-eux espèrent dans l'antichambre que l'on vienne les chercher. "

(...)

" Le noir m'apaise. L'obscurité me fait du bien. C'est peut-être ça la mort, les ténèbres et puis c'est tout. Ne plus rien percevoir, ne plus ressentir. Ne plus souffrir et ne plus jouir, ne plus subsister. "

(...)

" ... d'ici je vois la terre, c'est fou comme elle est minuscule. Alors c'est ça. La petite boule presque bleue qui tient dans la paume de ma main. Je pourrai la broyer d'une simple pression de la phalange. Je pourrai la presser, la couper, l'ouvrir comme une orange, sans que quoi que ce soit autour n'en soit changé. Je la prends, hop, je l'avale et personne ne sait que c'est moi qui l'ai mangée. "

(...)

" Qui a le droit de m'interdire de faire tout ce que je veux faire, dire ou penser. Au nom de quoi devrais-je me plier à ces règles établies par je ne sais qui je ne sais quoi. Tout cela n'est que mascarade. Si j'ai envie de hurler, de battre, de pleurer, qui peut m'en empêcher. D'être, je vais passer à néant. Je suis bientôt mort et après. Après l'urne. Magnifique. Resplendissante récompense. "

(...)

" Je me présente à la présidence de la navette, parce qu'à toute société il faut toujours un chef et que nul autre que moi ne peut prétendre à cette distinction. J'ai la largeur d'épaules nécessaire, le charisme indéniable et la flatterie de groupe facile. Mes rivaux sont un danseur de Flamenco, un prothésiste dentaire et une mère de famille nombreuse, comme si une femme pouvait accéder à un poste aussi prestigieux. (...) Et je suis élu à l'unanimité. Je n'en ai jamais douté. Le doute est l'ennemi numéro un, le combattre. Systématiquement. Si je doute je faiblis, si je faiblis je tombe, si je tombe je perds du temps. Je suis le grand chef suprême de toute la colonie. Par conséquent j'ordonne. J'ordonne d'avoir un trône et un gouvernement. J'ordonne qu'on ne s'adresse plus à moi directement. "

(...)

" Les gens sont devenus plus sereins, plus souriants, beaucoup moins agressifs. Ils m'écoutent parler. Alors je parle. Des heures durant. Je leur expose ma vision du monde, je distille mes conseils, je donne des solutions. L'éducation, la politique, l'alimentation. Du haut de mon trône, je vois le sommet de leur crâne. Un champ de moutons mal tondus. J'ordonne au coiffeur de leur raser la tête. "

(...)

" Je suis bien seul sur mon trône auprès des volatiles jeunes oies qui s'offrent à moi comme on se soumet au Messie. Je n'en peux plus. Tout cela doit finir. Je dois mourir. Maintenant. L'attente est devenue insupportable. Chaque nouveau jour m'octroie un autre sursis. A chaque matinée de nouveaux espoirs, de nouvelles envies. J'en ai plus qu'assez de tout cela. Je ne veux plus être Dieu, je ne veux plus être moi. "

(...)

" Les larmes coulent en cascades gorgées de haines et de souffrances, l'abominable personnage que je fus lors de mon existence chiale pour la première fois depuis quarante-trois ans. Depuis que, vultueux d'une obscène pulsion, le maître me mettait nu devant la classe entière, hilare et fustigeant dans un flagrant délice mon jeune et tendre fessier. L'excitation touchait à son paroxysme en moins de huit minutes, et poissait ma culotte de civelles blanchâtres qui strangulaient mes cuisses. Sa besogne terminée toujours il me jetait à terre, me lançait mes affaires. J'ai cessé de pleurer la nuit où l'enseignant est mort. "

(...)

" Que dois-je faire, me retrouver au fond de ma pensée. Ma maison, ma famille, mon destin, ma liberté, ma mort, ma voie, mon choix, moi, moi, moi, moi et les autres, moi, moi, moi, moi et moi. "

(...)

" Dieu me tend son livre, un grand livre d'images dont certaines seraient choquantes pour tout autre que moi. J'ai vu la vie en face, je sais ce que l'être humain cache, je sais les tortures et les drames, les douleurs, les terreurs de tout un chacun. Cela ne me fait pas peur mais m'attriste certaines fois, comme une brûlure interne qui suffoque au fond de moi. "

MA NOTE : 1/5

Le fond et la forme... quand l'un occulte complètement l'autre.

-> Pour illustrer cette chronique acerbe et amère, une chanson m'est venue en tête, et illustre très bien mon état d'esprit

" Le fond et la forme, déforment et défont. De vices de forme en lames de fond, la folie des hommes chante à l'unisson... " (paroles de LOFOFORA - " Le fond et la forme ")

-> La lecture des Paradis du Fou a été une immense déception, d'autant plus qu'on sent que son auteure maîtrise l'écriture, qu'elle n'en est pas à son premier projet, qu'elle a l'air d'avoir un parcours, de même qu'un univers artistique très sympas ! Mais voilà, est-ce que la maison d'édition qui signe cet ouvrage ( CHIADO Edition) a vraiment lu cet ouvrage ? Parce qu'il y a clairement un problème de typographie avec cette absence de ponctuation qui ne donne aucun rythme.
Au final c'est une longue bouillie informe, une succession de jolis mots (qui font " genre " et intellos), et de grossièretés. Je déplore le manque d'âme, de profondeur dans la ponctuation. L'histoire avait tout pour proposer quelque chose d'original, de philosophique, d'abstrait, de surréaliste... Mais c'est pas du tout ce que j'en retiendrai, hélas...
Le lecteur agonise comme le Lazare Verne. Mais achevez-le/nous, bon dieu !!!
104 pages pour décrire la maladie et la mort d'un pauvre type antipathique, détestable, insignifiant à souhait... c'est un peu cher payé.
Malgré tout on sent des influences géniales comme Bernard Werber, Matrix, Lewis Carroll (avec les fameuses pilules de couleurs et de formes différentes) mais elles sont au final si diaphanes qu'on ne s'en désespère que davantage...
Enfin, les références à Lazare (celui qui a été ramené à la vie par Jésus) - et j'ai même pensé au dernier alter ego de David Bowie (Lazarus) - et à Jules Verne, étaient bien pensées. Mais voilà, la forme aura complètement occulté (pour moi) le fond.
Je considère que ce manuscrit devrait être complètement retravaillé, avec du vrai rythme, de la ponctuation (!!!), une vraie âme : il n'en serait que bien meilleur, et sa portée bien plus large.
-> En résumé, un roman complètement insipide à cause de son absence de rythme : à réécrire. Apparemment, pour en avoir parlé avec l'auteure, c'est un parti pris délibéré de la maison d'édition de proposer une vision intérieure de ce que pense le personnage, sans la moindre variation de rythme.. Ouais... c'est sûr que ça sort de l'ordinaire : on adhère ou pas... Moi pas du tout.
Autant, quand j'aime un livre j'ai envie de le crier haut et fort. Autant, quand je tombe sur un livre qui a du potentiel mais qui a été complètement bâclé, je suis en colère...
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Muriel Roland Darcourt 04/02/2016 18:16

Je tiens à dire que l'absence de certains signes de ponctuation, ? ! "", est mon choix et il est délibéré. La maison d'édition qui me publie à compte d'éditeur a respecté ce choix.

Benedict Mitchell 04/02/2016 18:26

Certes, je le comprends. Il n'empêche que la magie n'a pas pris, et que je ne pense pas être passée à côté de la lecture. Je le répète, je n'ai rien à redire au FOND ! La forme a fait que je me suis ennuyée, et même si le livre ne parle que de ce que pense le perso dans sa tête, ça aurait pu être raconté de manière plus prenante, et plus vivante.

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