Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

24 Feb

" La Promesse " de Cédric Cham (2016)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" La Promesse " de Cédric Cham (2016)

En voilà un titre aguicheur, qui appelle tout de suite à la promesse d'un bon moment de lecture... Dernière publication des (toujours aussi surprenantes & déroutantes) Éditions Fleurs Sauvage ce mois-ci, le premier roman de cet illustre inconnu (mais qui ne le restera sans doute pas longtemps), La Promesse fait partie de ces livres au ressenti, au visuel très cinématographique, dont on peut aisément s'en dérouler le film tout en le lisant. Il faut dire aussi que le pitch a de quoi interloquer :

-> " Après avoir assisté à l'assassinat de sa femme, un flic brisé retourne son arme contre lui.

Sorti du coma, il ré-apprend à vivre pour respecter sa promesse : faire payer les assassins.

Mais que peut un homme, seul, face à une entité du mal ?

Dans un univers proche des polars coréens, entre violence, psychodrame et noirceur, " La promesse " est un thriller habile, surprenant... somptueux. " "

-> Parce que la musique tient une place très importante dans ce thriller, j'égrainerai ma chronique de quelques extraits choisis avec délice... (et qui sont proposés par l'auteur lui-même en fin du livre).

Alors, je n'y connais strictement rien aux polars coréens, ni aux films de Park Chan-Wook et Kim Jee-Won, mais après avoir lu La Promesse, j'irais voir ça avec une grande curiosité.

Effectivement, dès le début du livre, on se dit " mais quel monde triste " (et accessoirement, quel monde de merde). Samuel Paine, flic intègre, est un homme brisé. Un beau jour, des agresseurs les ont surpris, sa compagne Allison & lui, chez eux, et ont torturé puis tué sa femme, sous ses yeux, alors qu'il était réduit à l'impuissance la plus totale (et humiliante pour un flic, et plus encore pour un homme, de surcroît fou amoureux de sa dulcinée). Suite au drame, l'homme a perdu tout goût à la vie. Il est devenu un mort en sursis, baignant dans la plus totale & cruelle incompréhension, jusqu'à devenir obsédé par une seule et même question : pourquoi ?

L'inévitable se produit, l'envie de mourir et de rejoindre l'être perdu. Et ça tombe bien, il a son arme de service à portée de main. Il finit par trouver le courage, mais même la mort ne veut pas de lui et le recrache, le renvoyant à une vie insignifiante et ô combien insupportable.

Alors oui, dès lors, on pense à Max Payne (en plus Samuel & lui partagent presque le même homonyme, phonétiquement c'est un sacré clin d'œil ^^), à Johny Blaze/Ghost Rider ou à Eric Draven de The Crow, ces hommes à qui ont a arraché un être cher et qui sont revenus d'entre les morts pour se venger et obtenir la justice.

Samuel Paine revient donc à la vie, tel un mort vivant. Plus rien ne sera jamais plus pareil, plus rien n'aura jamais plus de saveur. Seuls ses souvenirs, et sa promesse le font tenir, debout, dans un transfuge de vie, de normalité à jamais corrompue par l'horreur qui s'est immiscée dans son quotidien. Cette promesse, c'est à lui-même qu'il se l'est faite : retrouver un à un les agresseurs d'Allison, les faire payer et venger sa belle.

" Où est son esprit " ? Bah, il n'est plus vraiment là. Samuel devient très vite, au fil des pages, un être froid, implacable, capable d'une cruauté inqualifiable, d'une violence inouïe mais aussi d'une très grande bonté, de même qu'il fait même preuve de beaucoup de sensibilité. On ne peut qu'éprouver de la compassion pour cet anti-héros qui, quelque part, va répandre le sang et la mort dans son sillage pour parvenir jusqu'à la vérité : pourquoi Allison est-elle morte ? Dans quel merdier, cette jeune infirmière (récemment mutée dans le service des urgences pédiatriques d'un hôpital) a-t-elle bien pu se fourrer ? Cela pose sans doute la question de se faire justice soi-même... Ne prend-on pas le risque de devenir soi-même un monstre ? De se damner ? Le sang doit-il obligatoirement appeler le sang ? Et ces monstres, ne peuvent-ils pas se montrer surprenant de bonté ?

Entre les nombreuses séances de psychothérapie, le traitement lourd, le fait de réapprendre à vivre, de se confronter au regard des autres quant à sa tentative de suicide (grâce aux marques visibles), notre (sombre) héros va cheminer, avec difficulté, vers sa Nemesis. Sa route sera entrecoupée de petites parenthèses avec Nia Nakprassite - son ancienne coéquipière qui se retrouve à enquêter sur les morts laissés par Samuel - une petite trisomique à qui il fera une nouvelle promesse, Jessika, et le mystérieux Smith, celui qu'on surnomme dans un certain milieu le Keyser, en hommage au célèbre personnage du cultissime Usual Suspect.

Grande fan de Brian Warner devant l'Éternel, je ne peux qu'être conquise avec une telle référence (bon, non, pas qu'avec ça... on va dire que c'est la petite cerise sur le gâteau ! ^^)

Même si elle peut laisser en bouche une sensation de "déjà-vu", l'intrigue de La Promesse est très bonne, implacable. Cependant, certains points de l'histoire paraissent prévisibles tandis que d'autres nous surprennent complètement : on reste en équilibre, donc le cahier des charges est rempli, si je puis dire ! ^^

Là où ça coince, c'est au niveau de la syntaxe et de la typographie : c'est un premier tirage, il faut être clément, mais j'ai relevé beaucoup trop d'erreurs au niveau de la mise en page, de même que certaines maladresses stylistiques (oui, mon côté pointilleux, j'avoue), mais qui cependant n'entachent en rien le plaisir de la lecture.

De plus, j'ai beaucoup apprécié le changement de rythme : lors des scènes d'action on a des phrases très courtes, brutales, chirurgicales, qui font leur effet et augmentent le rythme comme il faut. Puis, lorsqu'on retombe dans la narration, le style se rallonge, s'affine pour devenir plus que correct et agréable à lire, avec un bon vocabulaire.

Autre chose, on sait de l'auteur qu'il travaille au sein de l'Administration Pénitentiaire, ce qui ne peut qu'être un plus pour peindre un tel univers, empli de noirceur, et de la manière la plus juste possible, réaliste. Sans oublier sa connaissance des armes à feu, dont le vocabulaire spécialisé est très riche au fil des pages, ce que j'ai grandement apprécié.

Enfin, l'auteur nous offre une fin en apothéose, avec un cliffanger qui appellera très certainement à une suite (c'est ce que j'espère sinon je baisse ma note ! Non mais ! ^^)

< EXTRAITS >

" Sa main passe à l'arrière de son crâne. Et repère une zone où ses cheveux sont absents. Où la chaleur n'est que boursouflure.

Du tissu cicatriciel...

Alors, Samuel hurle toute sa douleur. À pleins poumons.

La Mort n'a pas voulu de lui.

Et Allison va rester seule. "

(...)

" Un chirurgien m'avait taxé de " miraculé ".

Je l'étais, indéniablement. La balle était ressortie à l'arrière de mon crâne, emportant chair et os, mais sans toucher le cerveau. Ma vie s'était résumée à une poignée de millimètres.

Il y avait forcément une raison à mon retour parmi les vivants.

Pas question d'être faible et lâche une nouvelle fois.

Je le devais à Allison. Elle, qui n'avait pas fait le choix de partir.

Une promesse. "

(...)

" - Je suis désolé...

- Je n'en doute pas une seconde. Le respect... C'est important le respect. C'est même essentiel. Sans respect, pas de confiance. Et sans confiance, plus de business. Tu vois ce que je veux dire ? "

(...)

" - Qui êtes-vous ?

- Je vous l'ai déjà dit. Je vous conseille de m'appeler Smith.

- Putain, Smith ! Qu'est-ce qui vous prend ? Et merde, je savais bien qu'il ne fallait pas... Je ne voulais pas...

- Ne vous fatiguez pas.

- C'est mon patron qui a rompu le contrat...

- Mais c'est vous, (...) qui êtes venu me chercher.

- Je ne suis que le messager.

- C'est vous, (...) qui avez accepté les termes du contrat.

Smith dégagea le chargeur de son arme et tira en arrière la culasse. Libérant la balle engagée dans la chambre. Il déposa la Walther et les munitions à côté du Smith & Wesson et revint face à (...)

- J'ai une réputation, (...). C'est essentiel dans ma profession. Je ne peux pas me permettre de laisser passer ce genre d'attitude. Sinon, ce serait l'anarchie. Je passerais pour un faible.

- Mais...

- Un contrat est un contrat. On ne revient pas dessus.

- C'était une erreur stupide. Passons outre et...

- Je ne suis pas une catin, (...). On ne me congédie pas avec une petite tape sur la fesse lorsque bon vous chante. "

MA NOTE : 4.5/5

-> LA PROMESSE D'UN 1ER ROMAN ET D'UN THRILLER QUI TIENNENT TOUTES LEURS PROMESSES !

Un thriller très cinématographique, visuel, musical où la violence se décline en une palette de scènes et d'émotions. Par moment, on est pas loin de l'ombre de Tarantino, mais aussi dans la lignée de ses anti-super héros comme Eric Driven, Max Payne et Ghost Rider qui rendent leur justice et débusquent les parasites & les rebuts de la société avec une violence et une efficacité presque chirurgicale ! Effectivement, Samuel Paine envoie du lourd, il n'y va pas par quatre chemins pour obtenir des informations et remonter jusqu'à la pourriture qui a commandité le drame de sa vie. Il ne fait pas dans la dentelle, et se passe très bien d'une quelconque finesse (et c'est tant mieux). Homme brisé, c'est à travers sa dévorante soif moribonde de vengeance qu'il va obtenir sa rédemption, laissant présager un avenir intéressant (c'est tout du moins ce que j'espère).

De plus, l'autre petite touche que j'ai particulièrement apprécié, c'est le fait de ne jamais avoir la moindre notion d'élément géographique dans le roman, si bien que l'action peut se passer n'importe où dans le monde (oui, car bien souvent, quand ça se passe par chez nous ça paraît moins hollywoodien et badass ^^). Le lecteur pourra donc s'imaginer ce qu'il veut. Personnellement je n'ai pu m'empêcher de songer à l'univers visuel du jeu vidéo (GTA), dont l'ambiance se prête bien à celle de La Promesse. Bon, et puis ces messieurs saliveront très certainement quand ils verront ce que conduit notre héros comme caisse... (mention spéciale pour l'image suivante : Samuel a voulu se tirer une balle dans la tête, dans sa bagnole. Mais on ne pense jamais à l'après : bah oui, quand on récupère ladite caisse à la fourrière - les démarches, déjà, pour aller dans ce sens - et puis merde, vous ne vous imaginez quand même pas qu'on a fait le ménage dans ladite caisse en attendant votre retour ? J'ai donc trouvé cette petite scène particulièrement savoureuse quant à son visuel ! )

En somme c'est un très bon livre, qui se lit malheureusement trop vite ! 256 pages : shit ! C'est trop peu, nom de dieu !!! Mais bon, ce sont 256 pages où il n'y a pas la moindre longueur, tout sonne juste du début à la fin, on ne s'ennuie à aucun moment. Donc bravo à Messire Cham, en espérant qu'il tiendra la promesse qu'il nous a faite avec ce 1er roman, à savoir nous livrer une suite, et d'aussi bons futurs romans ! Hé oui, que voulez-vous, quand on frappe aussi fort alors qu'on n'est encore qu'un illustre inconnu, il va falloir apprendre à encaisser la pression, hé ! hé ! Un bon page turner en tout cas, qui vient allonger le catalogue d'une maison d'édition qui a le vent en poupe et un sacré flair pour dénicher de véritables petites merveilles bien originales.

Ah, et avant d'oublier, une mention spéciale pour la magnifique couverture signée Bertrand Binois, avec cette pince multi-prises qui est multi-usage ^^ Bon, et puis je ne sais pas si c'est moi qui voit des choses, mais l'ombre de la clé, sur la couverture, semble représenter les vagues contours de deux visages s'embrassant, comme pour souligner cet amour éternel qui reste uni grâce à une simple promesse d'amour inconditionnel, au-delà même de la mort.

Commenter cet article

À propos

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...