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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

09 Feb

" IGNEUS ", de Patrick S. Vast (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" IGNEUS ", de Patrick S. Vast (2015)

Comme je le disais lors de ma dernière chronique (qui a été une immense déception), découvrir un nouvel auteur peut être dangereux : soit ça passe (et on éructe de joie), soit ça casse (et on en veut à la terre entière)...

Je suis rassurée, avec Patrick S. Vast, ça passe, et très bien même ! Contente d'avoir eu du flair sur ce coup-là !

Faut dire aussi que la couverture de Bertrand Binois en jette un max, et lorsqu'on me vend le livre en me balançant ces quelques mots : " Rock, satanisme, société secrète, combustion spontanée ", je ne peux qu'en être !

Mais c'est pas tout ça, de quoi ça parle IGNEUS ?

-> " Toussaint 1984 :

Dans l'incendie d'une discothèque de Tournai, 150 personnes périssent, dont les 4 musiciens du groupe rock Wild Mind.

Toussaint 2014 :

Dans une rue de Lille, un jeune homme meurt brûlé vif, une jeune femme se rend à un mystérieux rendez-vous dans le lieu de l'ancienne discothèque et, dans la campagne aveyronnaise, un enfant s'enfuit dans la nuit.

" Igneus, un thriller où se mêlent rock, satanisme, vengeance et destins croisés. "

1. " I'm on the highway to hell... "(paroles d'une chanson infernale très célèbre sur terre)

C'est vrai qu'à regarder, ça fait peur... (le chanteur ^^)

Oui, la musique (et pas n'importe laquelle, celle qu'on associe - enfin les puristes, les culs bénis et autres bien-penseurs - à Satan), est au premier plan. IGNEUS se targue de proposer une bande originale sympathique dont vous trouverez quelques extraits dans cette chronique, avec des titres cultes...

Mais la musique c'est aussi ce groupe de hard rock, Wild Mind, qui a péri lors d'un concert donné au Fluss, près de Tournai, en Octobre 1984, un certain 31 Octobre... hé ! hé !

Bilan très lourd : un incendie ravageur et 150 morts, dont les membres du groupe.

30 ans plus tard, l'histoire semble rattraper les protagonistes ayant survécu (indirectement) à la tragédie du Fluss...

- Jizza Genelli : elle est la fille de Louis Genelli, fondateur de Wild Mind, mais qui peu de temps avant la tragédie du Fluss a été évincé du groupe au profit d'un chanteur anglais (histoire de toucher un public plus large). Alcoolique dépressif, divorcé, il vit reclus à Lille avec sa fille Jizza, membre du groupe de black metal, Adrian.

Jizza est d'emblée touchée par une nouvelle vague de terreur, quand le chanteur de son groupe, Azalf, meurt sauvagement, des suites d'une combustion (spontanée) dans les rues de Lille... alors qu'au même moment cette dernière se rend, suite à un coup de fil mystérieux, dans un trucker, près de Tournai, construit sur les ruines du Fluzz. Elle n'y rencontrera pas le mystérieux individu qui lui avait fixé RDV, mais sera prise en stop par un étrange mini bus, avant de sombrer dans un trou noir et de se réveiller sur un banc en plein centre ville de Lille... a-t-elle rêvé ?

Quand l'information d'une combustion spontanée se répand, le père de Jizza sombre dans l'amnésie, suite à un profond choc psychologique. De quoi a-t-il peur ? Commence alors pour Jizza le début du cauchemar alors que le capitaine de police Legrand n'arrête pas de la suivre et de la harceler, précipitant la jeune femme dans un chaos innommable.

- Le Capitaine Legrand, membre de la Police Criminelle lilloise, se retrouve chargé de l'enquête quand les cas de combustion spontanée se multiplient, sans compter les suicidés... Quel lien entretient-il avec la tragédie du Fluss ? Il aurait dû figurer parmi les victimes, mais il doit son salut à un soucis de santé qui n'aura pris que ses potes... Legrand va dénouer progressivement les noeuds de cette enquête aux ramifications lointaines & nombreuses, jusqu'à en cultiver une obsession presque malsaine...

- Xavier Lestoul est un enfant pas comme les autres. Désigné comme étant l'Élu, par le Dr Soriot et sa secte sataniste, il possède un étrange don : celui de mettre le feu sur simple demande/pensée. Un talent que le Dr Soriot a su utiliser à son avantage. Mais Xavier est perturbé. Son histoire personnelle l'obsède et la cible qu'on lui a donné - Jizza Genelli - le plonge dans de grands tourments, le renvoyant à sa naissance, dans les flammes du Fluzz en 1984...

-> En gros, IGNEUS va s'attacher à nous narrer les destins croisés de plusieurs personnages tous liés, plus ou moins directement, à l'incendie du Fluzz, et au groupe Wild Mind.

2. La musique du diable...

SATAN - tout tourne autour de lui, sans qu'on ne le voit un seul instant, ni même la manifestation de ses pouvoirs, ou la preuve de son existence.

Le Dr Soriot est un énigmatique personnage, sorte de gourou qui se sert de sa notoriété (psychiatre) pour créer son centre (le Centre du Ropiac) dans la région toulousaine. Il y recueille des enfants (avec la complicité des locaux et des forces de l'ordre) pour les reconditionner et en faire de parfaits petits suppôts de Satan. Mais Soriot n'est pas bête, il a également infiltré la société secrète de la Confrérie du Prisme de l'Eveil (sorte de transfuge entre les Francs Maçons et les Illuminati), qui tolère les déviances sectaires satanistes du psychiatre médiatisé.

Si Soriot se réclame de l'héritage d'Anton LaVey (américain fondateur de l'Église de Satan), au final il a un peu refondu tout ce qu'il a appris pour créer son propre truc, qui n'a pas grand chose à voir avec le Satanisme de LaVey (qui n'a rien à voir non plus avec les sacrifices de poulets et de vierges, et qu'il faut voir comme une philosophie plaçant l'homme au centre de tout, pour son épanouissement et son bien-être personnel, loin de toutes pressions sociales et religieuses).

En gros Soriot se sert de la définition du satanisme qu'il a repensé pour créer sa propre secte, en devenir le gourou pour assouvir une (classique) insatiable soif de pouvoir. Son petit centre (un secte ce qu'il y a de plus classique) est prospère et il a des appuis partout, renforcés par son appartenance à une société secrète infiltrée dans tous les rouages du pouvoir (schéma encore classique).

Après, effectivement, on a un personnage qui amène une dimension fantastique : Xavier Lestoul, capable de générer le feu par la simple pensée. Un enfant qui a un destin particulier, ce qui en fait une sorte d'élu... sa mère enceinte et fraîchement morte dans l'incendie du Fluzz a été malgré tout accouchée par césarienne et le petit Xavier est arrivé...

3. " I'll be watching you... "

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire IGNEUS. Les références sont très sympas, et en 200 pages Patrick S. Vast propose une intrigue digne d'un Stephen King (dont on sent quelques influences avec le groupe de rock mort qui revient en fantôme). Le propos aurait pu être plus long, et finalement ce n'est pas nécessaire, l'auteur fait le job qu'on attend de lui : suffisant et efficace, et ainsi, il évite les digressions inutiles et farfelues.

Le cadre, lui aussi, est original. Avant, j'avais un (ridicule) à priori des thrillers fantastiques se passant en France, et en particulier dans ma région natale. Je pensais la chose pas crédible... J'avais tort, comme quoi " y'a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ! "

Quand on connaît les lieux où se déroule l'intrigue, ça rajoute une dimension immersive qui décuple le plaisir et accroit l'attention du lecteur.

Le fantastique n'est pas aussi présent que j'aurais pu le croire, il est même finement distillé. Oh, ça ne nuit en rien à l'intrigue, juste qu'on est pas dans du fantastique pur et dur. Le fantastique & l'occulte servent de toile de fond pour aborder et poser des questions plus importantes quant à notre société moderne, les dérives des sectes, la corruption de ceux qui se considèrent comme " l'élite " (via les sociétés secrètes...).

Cependant, il reste malgré tout des zones d'ombres (à moins que je ne sois passée à côté de quelque chose).

- Qui a vraiment mis le feu au Fluzz le 31/10/1984 ?

- On nous présente Xavier Lestoul comme l'Élu. Pourquoi ? Comment ? Est-ce juste par rapport aux conditions de sa naissance ? L'élu de quoi ? De Satan ? Ou est-ce une manipulation du Dr Soriot pour avoir du sensationnel histoire de bien manipuler les membres de sa secte ?

- Les Guides... ont-ils également la capacité de pyrokinésie ?

-> Satan est toujours en toile de fond, mais les satanistes, visiblement, n'ont aucun pouvoir si ce n'est celui de manipuler les faibles d'esprits. Je trouve que le fonctionnement de la secte de Soriot aurait pu être plus approfondi, car au final j'en retiens juste que Soriot est un gourou qui se sert d'une " idéologie " avec un élément fantastique (Xavier Lestoul) pour finalement rameuter son petit troupeau.

Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan (dont se réclame le Dr Soriot)

Anton LaVey, fondateur de l'Église de Satan (dont se réclame le Dr Soriot)

< EXTRAITS >

" Un petit garçon entrait dans une grange. Il était en colère ; on l'avait puni la veille pour des broutilles. Il sentait encore la révolte en lui. Il regarda les ballots de paille empilés, et une mauvaise pensée traversa son esprit. Il s'efforça de la chasser, mais il n'y avait rien à faire, elle s'incrustait. Soudain, une intense chaleur gagna tout son être. Il prit peur. Sa première réaction fut de vouloir s'enfuir. Mais là encore, il ne parvenait pas à imposer sa volonté, la situation lui échappait.

Un éclair fusa et, ébloui, le gosse ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il vit que la paille était en feu. Cette fois, il réussit à partir de la grande et entendit aussitôt des cris... "

(...)

" ... Soriot avait alors revisité les principes initiaux d'Anton LaVey et créé sa propre Église, bâti sa doctrine reposant sur la célébration du diable, une entité d'essence spirituelle, à vénérer et à servir coûte que coûte. "

(...)

" Vous croyez aux bienfaits de la vengeance, lieutenant ? Pensez-vous que cela apporte un réel soulagement ? "

Ouh les vilains satanistes !!! ^^

MA NOTE : 4/5

-> Un court thriller avec une pincée de fantastique assez sympa et agréable à lire.

Certes, ça peut faire penser à des choses déjà lues, ou vues, mais le point de vue de l'auteur, clairement orienté " sectes & sociétés secrètes " reste assez original.

On sent clairement des influences de Stephen King, mais aussi au Rosemary's Baby de Roman Polanski. Satan & le satanisme sont plutôt un prétexte, un contexte pour raconter cette histoire de destins croisés malheureux (et même maudits, ai-je envie de dire).

Les démons ici ce sont ceux que les différents personnages doivent affronter eux-mêmes, qu'ils proviennent d'un héritage familial, de leur passé, ou d'un traumatisme. Tous doivent combattre leur part d'ombre. Et le constat après lecture est assez glaçant je trouve : dur dur de vaincre ses démons il faut croire, à moins que se faire terrasser par eux n'apporte la rédemption au final ?

Glaçant aussi par le côté sociétés secrètes parvenant toujours à leur fin quelque part, et ont su tisser une multitude de liens pour infiltrer les rouages du pouvoir. Effectivement ça renvoie aux complots qui circulent sur le net, mais aussi à l'histoire de véritables sociétés secrètes dont on parle encore aujourd'hui, les plus connues étant les Francs Maçons et les Illuminati.

Ces sociétés, à force de manipulation, d'intimidation, semblent toujours triompher des pauvres défenseurs de la libertés, ainsi elles s'assurent la mainmise sur les oripeaux du pouvoir...

Finalement, le satanisme n'est pas vraiment au centre de l'intrigue, au contraire, on se rend compte qu'il sert d'idéologie pour les desseins de domination d'un psychiatre bien siphonné, qui se sert d'un particularité physique (la pyrokinésie) pour en broder le dogme.

Le satanisme de Soriot n'a rien à voir avec celui de LaVey : ce dernier se voit plus comme un mouvement (et non une religion), une philosophie de vie opposée à la soumission chrétienne (allusion aux membres du clergé pédophiles) ; c'est plus une rébellion qui est prônée et qui cherche à rendre chaque individu (ou adepte) libéré du carcan imposé par une société puritaine (à travers le goût de l'interdit et de la transgression). Et puis, le satanisme c'est un bien grand mot, renvoyant à diverses courant, dont le principal n'a rien de la bête noire que pointe du doigt la chrétienté (en même temps tout ce qui est dangereux pour la chrétienté, qui risque de menacer sa " grandeur " est taxé d'hérétique, c'est bien connu ^^). Après, il est toujours facile de reprendre à son compte, de déformer... c'est ce qu'a connu le satanisme, scindé désormais en diverses branches (dont celle des sacrificateurs de poulets et de vierges, hélas). On pourrait en débattre pendant des heures mais là n'est pas le sujet. En tout cas, IGNEUS a le mérite de faire s'interroger le lecteur sur ces questions d'actualités.

-> Les satanistes, ici, intègrent donc une société secrète dans le but d'attirer à eux davantage de pouvoir.

Les thématiques abordées (les démons à vaincre, la vengeance, l'ironie du destin, le feu purificateur, la combustion spontanée) sont très intéressantes et donnent envie d'aller plus loin.

Finalement, le livre m'a surprise dans sa globalité. Je craignais de tomber dans du déjà-vu mais finalement, non pas tant que ça. La fin m'a bien surprise, je ne m'attendais pas à un tel épilogue concernant le capitaine Legrand, même si je me pose toujours des questions le concernant (je crois avoir deviner la réponse). Et ça me fait penser à Que ta volonté soit faite, de Maxime Chattam, dans le sens où le fin pouvait avoir plusieurs interprétations. Je trouve qu'ici des questions subsistent (qui a incendié cette fichue discothèque?) mais la fin peut apporter des élément de réponse et le lecteur reste libre d'interpréter comme il le souhaite (enfin, si c'était bien le but recherché par l'auteur et non une incompréhension de ma part au sujet d'une pointe de détail qui m'aurait échappé^^).

Assurément : le 1er Patrick S. Vast que je lis, mais pas le dernier !

" Le feu ça brule, et l'eau ça mouille... tous les oiseaux volent dans le ciel... " (vieille chanson débile de Jean Dujardin, gravée au fer indélébile dans ma mémoire torturée...)

" Le feu ça brule, et l'eau ça mouille... tous les oiseaux volent dans le ciel... " (vieille chanson débile de Jean Dujardin, gravée au fer indélébile dans ma mémoire torturée...)

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