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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

23 Dec

Les Limbes, Olivier Bal, 2015

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

Les Limbes, Olivier Bal, 2015

Grande première ici bas, Les Lymbes des Maux plongent dans les Limbes, mystérieuse contrée onirique cauchemardesque où tout devient possible, y compris ce que l'humain peut avoir de pire et de plus vil...

-> Vietnam, 1970.
James Hawkins est une jeune recrue. Durant un assaut, il prend une balle dans la tête et croit mourir. Après un mois de coma, et tandis qu'il essaie de se rétablir dans un hôpital de Saïgon, il découvre que quelque chose s'est éveillé en lui.
Ses nuits deviennent des épreuves, son sommeil et ses rêves ne lui appartiennent plus. Désormais, lorsqu'il dort, il visite les songes des autres...
Seuls les médicaments l'empêchent de rêver.
Un an plus tard, un ancien frère d'armes, Nate Irving, vient frapper à sa porte. Il est venu le chercher pour participer à un projet secret : les Limbes.
Direction une base perdue au fin fond de l'Alaska pour une aventure aux frontières de la peur et de la folie, une aventure qui les entraînera au cœur des rêves pour percer le mystères des Limbes.

Les Limbes est le 1er roman d'Olivier Bal, connu pour être le rédacteur en chef de Jeux Vidéo Magazine. Après la lecture de ce thriller/huis clos qui oscille dangereusement entre psychologie & fantastique, on se dit que son expérience du monde très riche et prolifique du jeu vidéo a dû fortement l'inspirer pour ce projet.

Le roman,habilement écrit et construit, dans un style assez original, nous ramène aux années 1970 pour se concentrer sur une jeune recrue américaine, rapatriée au pays après une sévère blessure à la tête lors de son premier assaut. Historiquement c'est très enrichissant, on sent que le sujet du Vietnam est maîtrisé. Mais très vite on bascule dans le fantastique ou dans la folie, parce qu'on ne sait pas trop si James Hawkins, le héros, souffre de stress post-traumatique, ce qui générerait ces étranges visions et cette impression de visiter les songes d'autres personnes. Mais compte tenu du caractère confidentiel du projet des Limbes, lorsque son ancien coéquipier - qui accessoirement lui a sauvé la vie au Vietnam - vient le chercher et tente de le convaincre de participer à cet énigmatique projet, on comprend que la réalité sera toute autre, et bien plus effrayante que ce que pourrait suggérer la phrase " explorateurs du monde des rêves ".

Malgré certains chapitres composés de dialogues explicatifs très descriptifs (lorsque le scientifique principal parle et expose au novice que nous sommes, tout comme James, en quoi consiste son projet Les Limbes) les thèmes abordés restent très captivants et poussent le lecteur à aller interroger son moteur de recherche internet ! Dans ces moments-là on passe de l'histoire à l'occultisme, la psychologie, ces domaines se mélangent pour notre plus grand plaisir ! Le tout sous fond de projet top secret placé sous la tutelle de la CIA...

L'auteur nous gratifie au passage de très belles références (voulues ou non), telles que Matrix, La Théorie Gaïa de Maxime Chattam, Inception... (et j'en oublie certainement beaucoup au passage). Personnellement, je considère que lorsqu'un roman (fictif) nous laisse perplexe et songeur, au point de nous pousser à faire nos propres recherches quand aux thèmes, aux problématiques évoquées voir extrapolées, c'est qu'il est réussi ! Et Les Limbes l'est, assurément ! Je passe le conflit de la guerre du Vietnam qui y est très bien restitué et documenté, et je retiens principalement le domaine des rêves, puisque c'est de cela qu'il s'agit tout au long du livre.

Ce que j'ai le plus apprécié, en outre, c'est la narration rapide, très fluide et presque originale (des successions de phrases très courtes), malgré beaucoup de " gros mots " parfois (mais nous sommes dans un univers très masculin à vrai dire, ceci doit sans doute expliquer cela ^^). La lecture reste agréable et l'intrigue va à l'essentiel. Les chapitres sont organisés sous forme d'entrées chronologiques et se concentrent sur les passages clés de l'intrigue. En somme, on n'a pas de " bla bla " inutiles, ni de lourdeurs qui feraient perdre du temps au lecteur fanatique, avide de suspens que nous sommes.

Cependant, je dois tout de même émettre une critique : et elle concerne exclusivement les nombreuses et récurrentes erreurs typographiques ! Déjà, je dois préciser qu'Olivier Bal a auto-édité son manuscrit, ce qui en soi est déjà remarquable. Ce qui l'est tout autant, c'est que n'étant en principe pas passé par le correcteur d'une maison d'édition lambda, le texte comporte au final peu de fautes de syntaxes, malgré quelques maladresses de styles parfois. Certes, même chez les plus grands auteurs tels que Maxime Chattam ou encore Franck Thilliez il m'arrive régulièrement d'en croiser...

Là n'est pas la question, cela arrive donc, même au meilleur. Par contre, ce qui devient agaçant à la longue ce sont ces vilaines erreurs de typographie, à imputer, certainement, au logiciel de traitement de textes utilisé (voir à la non utilisation de la table des caractères spéciaux de Windows, par exemple). Pour preuve, à chaque début de phrase il manque le " Ç " ou le " À ". En définitif, c'est un souci très mineur, et ça n'entache en rien la qualité de ce premier roman.

En outre, les problématiques soulevées par l'intrigue, comme le fait de visiter le monde des rêves, de pouvoir le cartographier, en faire une chronologie, d'entrer dans les rêves des autres pour ensuite y prendre le contrôle... cela entraîne forcément une réflexion, digne des plus grands récits de science-fiction. Très vite on se demande quel but, quels desseins nourrit secrètement l'énigmatique Dr Kleiner, le " maître des Limbes ". On se pose pas mal de questions, à savoir si le personnage principal, James, ne se fait pas délibérément manipuler ou si au contraire, ne va-t-il pas se laisser grisé par ce don inné chez lui et cette faculté qu'il va très vite apprendre à maitriser et qui donne une indéniable impression de pouvoir, de toute puissance ?

L'intrigue, donc, interpelle, trouble (ce qui est renforcé par la pesante & oppressante ambiance de huis clos, coincée dans un bunker, dans un territoire désertique de l'Alaska, au tout début d'un hiver particulièrement rigoureux...). Elle suscite beaucoup de questions, et cela dès le début, puis tout au long de la lecture. On réfléchit beaucoup, on a qu'une seule envie : avaler les pages, sauter des lignes pour savoir, même si on retient notre souffle en attendant de découvrir le mot de la fin.

Et donc, on a envie de croire à l'existence des Limbes, car après tout, on sait peu de choses sur les véritables capacités de notre cerveau... Cela est renforcé par toutes les informations détaillées qu'égraine l'auteur au fil des pages et des explications scientifiques, du rapport aux rêves qu'ont énormément de peuples, de tribus, de civilisations dans le monde entier, et cela depuis la nuit des temps !

Une mention spéciale, enfin, pour les cent dernières pages, complètement hallucinantes ! Je dois vous prévenir : on bascule dans le mode " serial tourneur " ! Et attention : âmes sensibles s'abstenir car passages crus et scènes violentes en abondance (pour mon plus grand plaisir ! ). !

La dernière partie du roman est très captivante, la tension y est à son comble ! On retient son souffle, on se les gèle sévère, on a peur jusque dans nos tripes, on flippe pour nos p'tits gars et pour leurs miches !

Quand à la fin, complètement inattendue : la claque !! Et quel cliffhanger, qui appelle irrémédiablement une suite !

Être perdu dans les Limbes... c'est très dangereux !

Être perdu dans les Limbes... c'est très dangereux !

-> EXTRAITS :

" Je n'arriverai plus jamais à dormir.

Cela fait quatre jours maintenant.

Quatre jours que nous sommes là.

Dans la boue et dans la peur.

Dans la nuit et dans la haine. "

(-> Finalement, l'introduction et le dénouement prennent tout leur sens, tant ils sont liés, et presque en mode miroir, ai-je envie de dire ^^)

(...)

" ... Cela fait déjà plus d'un mois. Un mois que je suis enfermé dans ce bunker souterrain. C'est fou... Je devrais enrager, me sentir prisonnier, terrorisé par tout ce que je viens de vivre, et pourtant, non, je n'ai qu'une seule envie, c'est d'y retourner, de replonger dans les Limbes, dans Jukurrpa. Chaque jour, nous allons un peu plus loin, nous découvrons de nouvelles choses. Notre progression semble sans fin. Kleiner dit que j'ai une faculté d'assimilation remarquable. C'est vrai, j'ai l'impression d'être une éponge, qu'expérience après expérience, je maîtrise de mieux en mieux mon " pouvoir ". Ça me grise et ça m'effraie un peu à la fois. Cette puissance que je détiens entre mes mains, je commence à peine à en prendre la pleine mesure, que déjà dans les possibilités infinies qu'elle laisse présager, dans ce que je pourrais en faire, la liberté qu'elle m'offre, tout ça m'excite terriblement. Peut-être que Kleiner avait raison. Peut-être bien que ce qui m'arrive n'est pas une malédiction, mais bel et bien une chance. "

(...)

" ... c'est fascinant ce que nous faisons ici ! Nous sommes les pionniers, des aventuriers d'un genre nouveau. Le rêve, c'est la dernière frontière. L'homme a conquis la mer, la terre, l'espace... et maintenant, enfin, il conquiert son propre esprit. Il lui aura fallu des milliers d'années pour comprendre que les plus grands mystères ne se cachaient pas dans les profondeurs des océans ou aux confins de l'univers, mais bien au cœur de son être. Et en étant là, j'ai l'impression d'être aux premières loges.

Nous sommes comme les premiers colons d'une terre vierge, à la fois effrayés par l'inconnu et irrémédiablement attirés par ce qui nous y attend. Je n'échangerais ma place pour rien au monde. Et vous aussi, j'en suis sûr. Bientôt, lorsque vous saurez, que vous apprendrez l'incroyable pouvoir qui est le vôtre, vous penserez la même chose que moi. La peur laissera place à l'envie d'aller voir plus loin, toujours plus loin. "

(...)

" ... Dans la religion maya, le monde est divisé en trois parties distinctes : la Terre, le Ciel et le Monde Inférieur, appelé Xibalba. La religion maya est encore aujourd'hui très mystérieuse, les informations à son sujet restent confuses, partielles. La mémoire des Mayas était principalement orale, elle a donc disparu avec la décimation de son peuple. Hormis un seul ouvrage, le Pop Buh, un équivalent de la Bible pour les Mayas, qui partage d'ailleurs de troublants points communs avec cette dernière, nous ne connaissons que très peu de choses sur les mythes de cette civilisation. Les approximations ou contresens sont légion. Comme l'explique justement Aguilar, le Monde Inférieur est un autre monde qui coexiste avec le nôtre.

- Les Limbes...

- Oui, exactement. Les Mayas avaient trouvé un moyen d'y accéder. En utilisant les dérivés de plantes et de racines psychotropes, ils entraient dans une sorte de transe et de retrouvaient projetés dans la Cité de Lumière (...) "

(Avouez qu'on a quand même vachement envie d'y croire pour de vrai !!! ^^)

(...)

" Le monde a choisi les ombres là où je lui offrais la lumière. Il est une chance, il est toujours un fol espoir que quelqu'un m'ait entendu et rétablisse enfin l'équilibre. Il est une chance, un fol espoir que l'enfant qui viendra fasse à nouveau jaillir la lumière dans ces Cités éteintes. "

(...)

" - Vous aviez raison, James. Nous avons joué, comme des enfants, avec des choses qui nous dépassaient complètement. Et nous en payons le prix. "

(...)

" Malgré son évolution, l'homme reste un prédateur. Insatiable, avide et vorace. Il ne chasse plus désormais, mais continue à vouloir conquérir, dominer, maîtriser, dévorer tout ce qui l'entoure. Par la force, par les armes, par les idées, la politique et la science. J'ai beau être moi-même un scientifique, un esprit cartésien, mesuré, je n'ai pas échappé à cet appétit primaire. Soif de connaissances, de découvertes. Soif d'aller toujours plus loin malgré tout, malgré tout ces morts qui jonchaient le chemin. Qu'importe, puisque je comprenais, que j'avançais. je pouvais piétiner autant de cadavres qu'il était nécessaire s'ils me permettaient d'avancer. Quel fou j'ai été... "

Les Limbes, Olivier Bal, 2015

MA NOTE : 4,5/5 !!! UN PREMIER ROMAN PLUS QUE RÉUSSI !!!

J'avoue, je dois enlever à regrets - 0.5 à cause de ces nombreuses erreurs de syntaxes et les quelques maladresses de styles, mais à part cela, tout est parfait, de A à Z !

Les Limbes réunit tous les critères indispensables à un bon récit : suspens, angoisse, moments gores, scènes chocs, fils conducteurs, éléments " perturbateurs ", tout y est habilement maîtrisé, ce qui est rare pour de l'auto-édition ! Incontestablement, Olivier Bal est un auteur prometteur, à surveiller de très près.

La fin en forme de cliffhanger appelle bien évidemment à une suite, et peut-être à un cycle " transgenres ", naviguant entre le fantastique, le thriller et la science-fiction.

Ce roman m'a littéralement emporté, fait rêver (à défaut de faire cauchemarder lorsqu'on le lit en étant éveillé ^^). Ne me reste plus qu'à souhaiter à Olivier Bal de signer avec une grande maison d'édition spécialisée car son 1er roman mérite une plus large visibilité et il a tout pour être édité à plus grande échelle.

Si toutefois vous aviez encore des doutes, les excellentes notes & avis dithyrambiques qu'a obtenu Les Limbes sur Amazon devraient achever de vous convaincre, une bonne fois pour toute !

Alors, pour conclure : allez-y ! Foncez, sans soucis ! Vous ne verrez plus vos rêves du même œil !

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