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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

12 Dec

" De mort naturelle " de James Oswald (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" De mort naturelle " de James Oswald (2015)

Parfois, le hasard fait très bien les choses en glissant sur notre route sinueuse de belles découvertes comme ce nouvel auteur écossais, fermier de profession, et pour qui s'annonce désormais une carrière d'auteur (de polars) des plus talentueuses et prolifiques (enfin, je le lui souhaite ! ^^).

Hélas, le début de la lecture de ce livre a coïncidé avec un mois de novembre très riche en émotions, pour beaucoup d'entre nous, et je n'ai pas pu l'apprécier ni le dévorer comme je l'aurais voulu, devant faire de nombreuses pauses et ayant eu beaucoup de mal à m'y replonger. Finalement, me forcer à replonger dedans a été le meilleur des remèdes puisque j'ai littéralement dévoré les 150 dernières pages !

Mais bon, avant toute chose, de quoi traite " De mort naturelle " (thriller au titre plus que vague ^^). Parce que bon, dans tout bon polar, les morts de sont jamais naturelles, hé ! hé !

L'auteur, en plein travail...

L'auteur, en plein travail...

Tony McLean vient d'être nommé inspecteur. En plus des affaires courantes qui font son quotidien au commissariat - suicides, meurtres, cambriolages et autres accidents -, il hérite d'un cold case dont personne ne veut se charger. Le corps d'une jeune femme, crucifiée et atrocement mutilée, a été découvert au sous-sol d'une maison abandonnée. Tout porte à croire qu'elle a été victime d'un meurtre rituel. Au siècle dernier.

Le présent est nourri du passé et certains démons ne demandent qu'à se réveiller. Lorsqu'une série de meurtres sanglants s'abat sur la ville d'Edimbourg, McLean et son équipe - l'inspecteur Robert Laird, dit Bob la Grogne, et le " bleu " Stuart MacBride -, ne savent plus où donner de la tête. Pour un peu, ils dormiraient tous à la morgue, où le médecin légiste voit les cadavres s'empiler...

-> Alors autant dire que je ne suis pas très coutumière des polars british (surtout en lecture), non pas par goût mais par manque de temps. Et pourtant, quelle claque ai-je reçu avec ce premier roman d'une qualité rare et d'un talent narratif indéniable !

Il est vrai que les cadavres s'empilent dès le départ, et à un rythme toujours très soutenu. Oui, en Grande-Bretagne, et plus particulièrement en Écosse, il pleut littéralement des cadavres, suicidés ou sauvagement assassinés. D'ailleurs, mention spéciale pour le premier chapitre qui donne d'emblée la couleur ! Je n'ai pas la réputation d'être choquée facilement, et pourtant, dès les premières lignes j'ai franchement eu la gerbe... mais par ailleurs, le roman ne dégage aucune insanité, pas de malaise à proprement parler, tout y est décrit avec un voile assez classe, presque pudique bien que les situations décrites soient très dures. Non, James Oswald a un talent certain pour la narration à la fois chic et choc !

Bon, et que dire des personnages, tous très attachants, à l'exception de l'inspecteur Dugland, oups... Duguid ! ^^ J'ai eu l'impression de suivre une petite famille d'enquêteurs, un peu à la Barnaby ou Sherlock Holmes (en plus populaire). C'est sans doute cela qu'on appellera de " polar à l'anglaise " ^^ Mais cet inspecteur, Tony McLean, est très attachant, compétent, et original ! Vu qu'il s'agit " d'une enquête de l'inspecteur McLean " et que l'auteur a déjà pondu un second polar, je me prends à rêver que nous reverrons très prochainement cet inspecteur plein de promesses !

Surtout que voilà, quel dénouement !!! Parce que bon, je me suis quand même très souvent demandée où voulait nous amener l'auteur, avec cette succession de cadavres qui s'empilent dangereusement, toutes ces affaires qui, à première vue, n'ont rien à voir les unes avec les autres ? Et puis, faut quand même le dire, ce titre très très très étrange !!! Finalement, j'ai quand même eu ma réponse à la fin (normal, quoi !), et puis quelle belle ouverture dans l'épilogue ! J'ai pas trop cru à la fin, tournant même les dernières pages blanches, avec frénésie et rage, pour en savoir plus parce que bon, la grosse question subsiste à propos du passé (et j'ai même envie de dire à propos des origines) de notre cher McLean !!!

Alors, JE VEUX LIRE LA SUITE DE TOUTE URGENCE !!! Parce que là, c'est presque carrément injuste, sauf si c'est une habile tactique de manipulation pour être sûr de fidéliser le lecteur. Donc oui, James Oswald, tu m'a bien ferré, et c'est avec une joie certaine que je lirai les autres enquêtes de l'inspecteur McLean, ou tout autre roman que tu auras la grande générosité de nous offrir, parce qu'un grand et talentueux auteur tu es, il n'y a aucun doute là-dessus !

" De mort naturelle " de James Oswald (2015)

Et cette dernière partie, ou plutôt ces 150 dernières pages (et en particulier les 50 pages ultimes )... WAOUH !!

Alors je ne m'attendais absolument pas à un tel revirement au niveau du genre " littéraire ". Bon, je ne vais pas spoiler car j'estime que cet élément de surprise est capital dans l'appréciation générale du roman, mais on s'écarte bien du polar/thriller, pour un autre genre tout autant captivant, et qui laisse beaucoup de questions en suspens, qui je pense, ne manqueront pas de trouver réponse dans le prochain roman annoncé de James Oswald, The book of souls. (qu'on peut traduire par " Le Livre des âmes "), un titre très alléchant, je dois bien l'admettre ! ^^

-> " OPUS DIABOLI "... un infime indice, mais ô combien très lourd de significations !

Un petit bémol malgré tout : dans la masse d'affaires qui assaillent notre petit trio d'enquêteurs écossais, il en est une qui relève du domaine interne, pourrait-on dire. Sans rentrer dans les détails, disons que certains documents en rapport avec différentes scènes de crimes, sont détournés pour être revendus sur internet... Bah même si je pense avoir trouvé l'identité du coupable, rien n'est dit là-dessus dans le dénouement. Alors, est-ce que cela sera fait dans la suite, tout comme la grosse interrogation sur les origines de McLean et tout les secrets entourant sa chère grand-mère ? That is a big question !

-> EXTRAITS :

Comment ne pas résister à la tentation de vous mettre le prologue, mouhahahahaha !

" Elle hurle quand le premier clou s'enfonce.

Une atroce douleur déchire sa main tandis qu'elle lutte contre l'homme qui la tient plaquée au sol sous le poids de son corps. Elle ne comprend pas. Il ne devrait pas lui faire du mal. C'est un beau garçon, toujours très gentil, qui a aidé sa famille pendant la guerre.

- Par pitié, non !

Elle essaie de crier, mais une main se plaque sur sa bouche. A la périphérie de sa vision, des silhouettes se déplacent. Ces ombres la touchent, la maintiennent au sol, et leur respiration résonne lourdement dans les ténèbres.

Quelqu'un la prend par le poignet, dépliant entièrement son bras encore indemne. Alors que ses doigts raclent contre le parquet, un nouveau clou s'enfonce, dévastant la peau et les cartilages. Un autre cri s'échappe par le nez de la suppliciée, puisque sa bouche est obstruée.

Elle se débat, tentant de lutter contre le poids qui l'écrase et le métal glacé qui transperce sa chair. Alors qu'on la crucifie, elle essaie de dégager ses mains, mais la tête des clous est désormais inclinée sur un côté afin de l'en empêcher. Et la pointe s'enfonce inexorablement dans le bois.

L'homme se soulève un peu et, malgré l'absence de lumière, elle capte à travers ses larmes une fugace image de son visage. Les yeux brillants, il a les traits tordus, comme si quelque chose s'efforçait de jaillir de lui, risquant de faire éclater sa peau.

Elle se débat encore plus alors qu'il remonte sa robe, puis déchire ses bas et sa culotte. A la chiche lueur de la lumière qui filtre de sous la porte, elle voit un objet briller.

Puis elle sent sur son ventre nu une pression glacée - quelque chose qui caresse sa peau et descend lentement, lui donnant la chair de poule. Alors qu'une étrange humidité se répand entre ses cuisses, une odeur d'urine monte à ses narines. Elle va mourir ici, violée par un homme à qui elle fait confiance depuis sa plus tendre enfance.

Ses genoux craquent lorsque des mains brutales saisissent ses chevilles afin de lui écarter au maximum les jambes. Alors que la douleur, dans ses mains, devient intolérable, on lui plaque les pieds au sol. Puis des clous s'y enfoncent, grinçant contre les os jusqu'à ce qu'ils atteignent eux aussi le parquet et s'y fichent profondément.

Déferlant par vagues, la souffrance est inimaginable.

L'homme la prend de force, ses mains lui rabattant la tête contre le sol. Des doigts lui ouvrent la bouche et s'enfoncent dans sa gorge, la faisant vomir. Puis elle sent le goût métallique de l'acier, juste avant que sa bouche ne se remplissent d'un liquide chaud au goût salé. Etouffant, elle tousse et crache son sang au visage de son bourreau.

Il recule un peu et s'essuie les joues, révélant à sa victime le sourire qui lui fend le visage.

Des gouttes de son propre sang tombent sur le front de la suppliciée, d'autres viennent s'écraser sur le parquet crasseux.

L'un après l'autre, ces hommes la violent, dévastant le peu qui restait de ses rêves. La douleur est partout. Dans ses mains déchirées par les clous, dans sa bouche, dans ses chairs meurtries et ses os brisés...

Incapable de s'échapper, elle est sans défense. Et tout le temps que ça dure, l'homme qu'elle croyait son ami la charcute. Une infinité de blessures par lesquelles son sang coule et couvre peu à peu toute sa peau.

La mort met longtemps à venir. Et même lorsque c'est fait, la paix n'arrive pas avec elle. "

(Avouez que c'est quand même très dur à lire... Mais maintenant que je relis ce premier chapitre sous un nouveau jour - consécutive à la lecture du roman - je comprends bien mieux ce déroutant prologue ^^)

(...)

" Son esprit n'est qu'un tourbillon de confusion. Il ne connaît pas cette ville et ne comprend pas un mot du langage guttural que parlent ses habitants. Le souffle saccadé, la gorge râpeuse à chaque inspiration et les poumons en feu, il se sent malade comme un chien. Pourtant, même s'il a oublié son nom, il sait qu'il a été fort un jour. En ce temps-là, il pouvait porter une dizaine de gerbes de blé d'un coup et moissonner un champ entier en un après-midi, sous un soleil de plomb. À présent, son dos est voûté et il n'a plus de force dans les jambes ni dans les bras. Quand est-il soudain devenu aussi vieux que son père ? Qu'est-il arrivé à sa vie ?

Du bruit monte du rez-de-chaussée d'un immeuble voisin. Les grandes fenêtres sont dépolies, mais il aperçoit les silhouettes colorées des gens qui vont et viennent derrière. Puis la porte centrale s'ouvre pour laisser passer une jeune femme vite suivie par deux autres. Toutes trois plaisantent, se lançant des mots qu'il ne comprend pas. Un peu ivres et euphoriques, elles ne voient pas qu'il les observe de l'autre côté de la rue. Leurs talons hauts claquant sur le sol, elles s'éloignent en titubant un peu, leur jupe courte dévoilant la peau blanche de leurs jambes.

Il voit défiler devant ses yeux des bribes de souvenirs. Quelqu'un qui commet un acte atroce. Encore de la chair blanche, mais tranchée par une lame. Du sang jaillit de la plaie. De la fureur à cause d'une très ancienne injustice !

Quelque chose de sombre, d'humide et de poisseux...

Ces souvenirs ne sont pas à lui. Ou peut-être bien que oui.

Comment faire la différence entre ce qui est réel ou non ?

L'air est chaud. Une sorte de couverture moite pesant sur le monde sous un ciel noir. La lumière des lampadaires, omniprésente, irise de reflets orange les nuages, qui projettent leur lueur irréelle sur les rues.

Ruisselant de sueur, il sent une artère, dans sa tête, battre au même rythme que son cœur. La gorge soudain très sèche, il prend conscience de ce qu'est le bâtiment, de l'autre côté de la rue.

Quand il entre dans le bar, le bruit agresse ses oreilles. Il avance dans une atmosphère saturée d'odeurs de transpiration, de déodorant, d'eau de toilette, de bière et de nourriture. Des dizaines de personnes, assises ou debout, crient à tue-tête pour se faire comprendre malgré la musique tonitruante.

Personne ne semble le remarquer...

Il baisse les yeux sur ses mains, si familières... Des mains qui ont monté des murs, caressé des femmes, bercé un bébé dont le nom lui est désormais aussi étranger que le sien. Ces mains, aujourd'hui, sont souillées de sang séché. Il en a sous les ongles et dans tous les plis de la peau.

Ces mains ont manié la lame ! Elles ont éventré un homme ! En quête de vengeance pour tout le mal qu'on leur a fait, à lui et à ses semblables.

Reconnaissant une pancarte, il se réjouit d'avoir compris au moins quelque chose dans cet univers hostile. Est-ce la maladie qui l'affaiblit ? Ou est-il en piteux état à cause des affreuses images qui flottent dans son esprit ?

Quoi qu'il en soit, il entre dans les toilettes, se penche sur un lavabo et vomit. Enfin, il essaie. Car rien ne sort de son estomac vide.

Prenant du papier, il s'essuie le visage et les mains. Et lorsqu'il se relève, le monde semble tanguer dangereusement.

Il respire mal, gagné par la panique. Il n'est pas seul dans les toilettes. Un type le regarde bizarrement. Incapable de mettre de l'ordre dans ses pensées, il se souvient seulement du contact de l'arme dans sa main - et de la puissance qui a déferlé en lui lorsqu'il s'en est servi, lâchant la bonde à sa rage.

Et voilà qu'il sent de nouveau la même chose. Parce qu'il brandit la lame.

Le type qui l'épiait écarquille les yeux. Dehors, le vacarme de la musique paraît lointain et étouffé. Regardant autour de lui, il remarque pour la première fois un grand miroir, en face de lui. Mais les images de la boucherie continuent de défiler, l'empêchant de bien voir le monde réel.

Pourtant, dans le miroir, il distingue l'image d'un homme qu'il ne reconnaît pas. Émacié, étique, vêtu d'habits crasseux, ses cheveux gris collés par la saleté, cet homme vient de lever le bras, portant sa main armée à son cou.

Un cutter - c'est un cutter qu'il brandit, orientant la lame vers sa gorge.

Cet homme a déjà fait ça, pense-t-il en sentant le contact de l'acier froid sur sa peau. Un contact si bienfaisant...

Du sang jaillit sur le miroir. "

(...)

" Cela dit, comme répétait toujours son vieux mentor en général, la clé d'une énigme, c'était l'indice le moins évident. "

(...)

" Un bon légiste avait l'art de disséquer un corps avec ce qu'il fallait bien qualifier d'élégance. Et Cadwallader était peut-être le meilleur que McLean avait vu en action.

La précision de ses gestes et sa manière de converser paisiblement avec son assistante avaient presque rendu supportable la séance de charcuterie. "

James Oswald & ses deux premiers bébés

James Oswald & ses deux premiers bébés

MA NOTE : 5/5

Brillant, remarquable, palpitant, haletant, surprenant, incroyable, prenant... autant de qualificatifs pour un premier roman superbement maîtrisé de A à Z. Aisément, on devine qu'il appellera à au moins une suite, voir même plusieurs, et se centrera sur ce jeune inspecteur très prometteur, Tony McLean !

Jamais le récit ne tombe dans le gras, le vulgaire, le malsain, même si les descriptions sont très dures, elles restent toujours élégantes, en toute circonstance ! ^^

Le rythme est toujours au rendez-vous, on ne s'ennuie pas, il n'y a aucunes lourdeurs, et on est sans cesse amené à s'interroger au même rythme que celui des enquêteurs.

Les personnages sont pittoresques, profonds, attachants, et même crédibles.

Bon, et puis la cerise sur la gâteau, celle qu'on attendait absolument pas, c'est le basculement de genre pris dans le dernier quart du livre : absolument magistral, remarquable et complètement inattendu ! Effectivement, c'est une habile réussite, très futée même et lorsqu'on relit certains extraits du texte, on comprend bien mieux, même si au final on finit ce premier livre avec un goût d'inachevé en bouche et une soif dévorante de lire l'indéniable suite qui est promise à demi-mots ^^

Aussi, pour toutes ces raisons, je recommande très chaleureusement ce jeune auteur, parce qu'il a tout d'un grand et qu'il a tout ce qu'il faut pour devenir un très grand auteur, de polars certes, mais pas que puisque Monsieur Oswald a fait ses premières armes avec le fantastique ! ^^

( Et je terminerai en remerciant chaleureusement les éditions Bragelonne (pour avoir déniché cet incroyable talent, et surtout pour l'avoir fait découvrir à la communauté francophone), mais aussi Lilas Seewald, la directrice de la collection thriller, pour m'avoir permis de passer ce très beau & bon moment de lecture ! =D )

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