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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

12 Dec

Au loup !

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

Au loup !

Voici ma réponse au défi " Conte sur moi " lancé sur Scribay !

" Réécrire un conte ou une fable (le petit chaperon rouge, le loup et l'agneau, etc.) sous la forme d'un rapport de police, d'un article de journal ou tout autre genre qui s'écarte franchement de l'original.

A vous de jo
uer ! "

-> Crier au loup n'est pas sans danger... Même dans un commissariat de police...

Au loup !

"

- AU SECOURS !!!

L'appel à l'aide surprit tout le commissariat, au beau milieu de la nuit, et en particulier l'agent d'astreinte à l'accueil. Seth Campbell, plongé en plein milieu d'une passionnante partie de Bubble Witch, se redressa, aux aguets. Une jeune femme, vêtue d'une longue cape rouge lui faisait face, haletante. Un imposant capuchon dissimulait en partie son visage, mais de longues mèches de cheveux noirs bouclés dépassaient de part et d'autre de son visage. Lorsqu'il capta son regard, d'un bleu vif hypnotique, il ne put s'empêcher d'ouvrir grand la bouche, dans une expression de stupeur figée presque comique.

- Aidez-moi ! Il veut me manger !!! supplia la mystérieuse inconnue vêtue de rouge, visiblement très en panique.

- Je vous demande pardon, Mademoiselle ?

Seth Campbell essaya de reprendre une posture crédible d'agent de police, sans grande conviction.

- Vite !! Il va me retrouver, il faut faire quelque chose !!!

Seth Campbell avait une devise, qu'il entendait bien appliquer quotidiennement dans son travail : ne jamais accorder de crédit à des déclarations farfelues, et plus particulièrement en pleine nuit, car il était bien connu que les ivrognes et les détraqués du ciboulot étaient bien plus actifs la nuit que le jour. Aussi, il fit un rapide examen visuel, prêt à jurer qu'une fuyarde de l'hôpital psychiatrique venait d'atterrir dans le commissariat.

- Ne vous inquiétez pas Mademoiselle. Vous êtes en sécurité ici. Mais d'abord, il vous faut vous calmer et tout me raconter depuis le début hein.

Le jeune agent de police regarda brièvement son écran d'ordinateur, en pause, avec regret. Il allait devoir attendre pour valider ce fichu niveau 127 !

La jeune femme posa deux fines mains blanches superbement manucurées d'un rouge carmin vif et brillant sur le comptoir. Elle tremblait.

- Peut-être aimeriez-vous vous mettre un peu plus à l'aise ? se risqua Seth Campbell, désireux de contempler autre chose qu'une Belphegor rouge.

- Oui... murmura la jeune femme, toujours plongée dans un drôle d'état.

Ses frêles mains tremblantes empoignèrent le capuchon pour le faire glisser en arrière, laissant apparaître un visage comme Seth Campbell n'en avait encore jamais vu de sa courte vie. Une splendide créature, mi-princesse tout droit sortie d'un conte de fées, mi-déesse, se tenait de l'autre côté du comptoir. Une chevelure épaisse, brillante, d'un noir de jais, qui tombait en cascade avec harmonie et grâce. Une peau blanche, presque scintillante, telle la plus fine des porcelaines. Des traits sublimes, parfaits et une bouche rouge, pulpeuse, qui appelait à ce qu'on en embrasse les lèvres gorgées de féminité. Tout, chez la mystérieuse jeune femme, appelait à un amour inconditionnel et immédiat, à une dévotion éternelle. Le jeune agent, tout en émoi, se sentit instantanément débordé par un tourbillon d'hormones qui lui secoua les entrailles. Il avait l'impression d'avoir reçu une sacrée dose d'anesthésiant dans la bouche tant il se sentait incapable de prononcer le moindre mot face à cette apparition presque irréelle.

Cette dernière se retourna vers la porte d'entrée en verre. Visiblement, elle craignait toujours que quelqu'un ne la poursuive jusqu'à l'intérieur du commissariat.

Le regard de la jeune femme se fixa dans celui de Seth Campbell, car le silence commençait à devenir gênant. En effet, le jeune agent la fixait depuis de longues secondes, sans dire mot.

- Monsieur ?

Seth Campbell redescendit sur terre, mal à l'aise. C'était comme si son esprit était parti faire une longue promenade, hors de son corps, il ne savait combien de temps précisément, pour se balader dans un paysage peuplé de volupté, là où tous ses fantasmes pouvaient se réaliser...

- Désolé..., s'excusa-t-il, maladroitement. Pouvez-vous me dire ce qu'il vous est arrivé déjà ?

- Je... Je travaillais à la Forêt Enchantée, lorsqu'il m'est tombé dessus...

Des larmes montèrent aux yeux de la belle inconnue, et sans surprise, elle se mit à sangloter.

- Qui vous est tombé dessus, Mademoiselle ?

Seth Campbell eut envie de soupirer tant tout cela était du beau gâchis : une si belle femme avec un esprit si fêlé ! C'était injuste... parce que bon, sa " forêt enchantée " démontrait bien qu'elle était complètement siphonnée.

- Mais le loup !!! Qui d'autre, bon dieu ? s'écria-t-elle comme courroucée.

- Je vous demande pardon ? s'interloqua le jeune agent, à deux doigts d'éclater de rire.

- Oui, le grand méchant loup ! Il est sortit de je ne sais où, s'est jeté sur moi pour m'arracher tous mes vêtements ! Il me voulait rien que pour lui, et si je n'avait pas eu mon panier à portée de main, il m'aurait bien dévoré toute crue...

Et elle se remit à pleurer de plus belle, et très bruyamment. Les pleurs résonnaient dans l'immense hall vide, en cette heure, et ne manqueraient pas d'alerter le lieutenant d'astreinte qui lui, se rapprochait plus du " grand méchant loup " que l'agresseur imaginaire de la foldingue qu'il devait se taper. Hélas pour Seth Campbell, ses craintes se matérialisèrent presque aussitôt qu'il s'était mis à y penser.

- Mais c'est quoi ce bordel, Campbell ? hurla une voix sonore et presque effrayante.

Seth Campbell n'eut pas le temps de répondre ni de se défendre que l'imposant lieutenant Fergusson déboula, traînant son quintal difficilement, certes, mais poussé par sa colère omniprésente, rien ne lui résistait.

- C'est quoi c'raffut ?

- Euh... Mademoiselle me racontait l'agression dont elle dit avoir été victime, se défendit un Seth Campbell très impressionné et très désireux de devenir invisible sur le champ.

- Vraiment ? Et pourquoi ne prends-tu pas sa déposition, espèce d'idiot ? tonna le lieutenant Fergusson d'une voix cassante et pleine de sous-entendus rabaissant, comme à son habitude.

- Je... J'allais...

- Ouais, ta gueule ! Va donc voir dans les chiottes si j'y suis !

Seth Campbell, rouge de honte, ne se fit pas prier une seconde fois, et se volatilisa aussi vite qu'il le put. La jeune femme était toujours plongée dans sa torpeur et ne remarqua pas la petite scène qui venait de se jouer devant elle. Le lieutenant obèse aux traits porcins prit la place de son subordonné et la contempla, le visage fermé et scrutant le moindre détail. D'une voix autoritaire, il continua son inspection.

- Donc, Mademoiselle... si j'ai bien entendu, le grand méchant loup vous aurait agressé, c'est bien cela ?

- Oui monsieur...

La jeune femme releva le visage et contempla avec stupeur les traits de celui qui avait prit la place du jeune homme. L'incompréhension et l'horreur pouvaient se lire aisément sur son visage.

- Un problème, Mademoiselle ? demanda le lieutenant Fergusson d'une voix cassante.

Il était habitué, depuis le temps, à susciter des réactions de dégoût chez toutes les personnes qu'il était amené à croiser quotidiennement. Et il s'en foutait allègrement.

- Non... Je... C'est que... Vous... Vous ressemblez beaucoup à ma grand-mère, je trouve...

- HA ! HA ! HA ! s'esclaffa le lieutenant Fergusson, avant de reprendre son sérieux, par pure provocation et pour mieux déstabiliser son interlocutrice - sa grande spécialité. Un instant j'ai cru que ma tête ne vous revenez pas !

- Non... Bref, oui, le loup... je suis sûre qu'il va me suivre à la trace..

C'est qu'elle y croyait dur comme fer à son histoire, celle qui se prenait pour le petit chaperon rouge !

- Bien évidemment, où avais-je la tête, commenta pour lui-même le lieutenant Fergusson. Et donc, ce loup vous a attaqué dans la forêt enchantée, c'est bien cela ?

- Oui...

- Et cette forêt, elle se trouve loin d'ici, Mademoiselle ?

Le lieutenant Fergusson n'avait pas envie de perdre davantage de temps dans ce qui ressemblait à un classique cas de patient psychiatrique qui avait quitté la bergerie de son propre chef.

- Bah, sur l'aire de repos Hutchinson, près de l'autoroute !

Mais c'est qu'elle répondait avec aplomb, la mythomane !

- Sur l'autoroute... une forêt ? répéta le lieutenant avec le ton de celui qui essaye de démontrer la supercherie.

- Mais quoi, vous n'y êtes jamais allé ? Vous allez pas m'faire croire que vous ne matez jamais de strip-teaseuses ?

- Pardon ?

Le lieutenant n'aimait pas passer pour un abrutis, rien ne le mettait plus en colère que le fait de passer pour un con. Cette pétasse avait grand intérêt à ne pas lui faire perdre davantage de contenance, parce qu'il n'hésiterait pas à la coller vite-fait en cellule de dégrisement.

- Ben oui, je bosse à la Forêt Enchantée, je suis Brandy, et j'suis strip-teaseuse !

Et pour prouver ses dires, d'un geste elle écarta les deux pans de son imposante cape rouge en velours. Le lieutenant en eut le souffle coupé ! Au bord de la crise cardiaque il voulut lui dire de se rhabiller, d'éloigner cette tentation de la chair de lui, le plus vite possible, mais pour la première fois de sa vie il faisait face à une créature dont les charmes appelaient à la luxure. Enfin, c'était la première fois que la fille était vivante, parce que bon, les seules corps de femmes nus qu'il avait vu jusqu'à ce jour, étaient les dépouilles des pauvres corps mutilés que son travail l'avait amené à découvrir et contempler pour les besoins de ses enquêtes. Heureusement pour lui, la dénommée Brandy remit en place sa cape pour dissimuler sa tenue de chaperonne rouge très coquine, et permettre ainsi au lieutenant Fergusson de ne pas être terrassé par un malaise.

- Et ce loup alors ? Qui était-ce ? Un client ?

- Bah oui, mais pas n'importe lequel ! Leloux, Jacques Leloux, faut qu'j'vous fasse un dessin peut-être ? s'impatienta la strip-teaseuse en détresse.

Le lieutenant Fergusson se laissa lourdement choir sur la chaise, qui miraculeusement, ne se brisa pas sous le poids. Jacques Leloux, bandit notoire, trafiquant de drogues, receleur, suspecté d'être impliqué dans bon nombre d'affaires en cours non élucidées tels que des braquages, du trafic d'armes... Le lieutenant avait envie d'éclater de rire. Oh, et puis merde, il relâcha la pression, éclata d'un rire bien gras et appela son sous-fifre , Seth Campbell, tout cela sous le regard médusé d'une Brandy qui n'entendait pas ne pas être prise au sérieux.

- Campbell ! Ramène ton cul ! Tu vas pas croire qui est le grand méchant loup !!

Dire qu'il avait cru, durant un centième de seconde, que le petit chaperon rouge avait traversé la forêt enchantée pour lui demander de la protéger du grand méchant loup !

Au moins, il lui rappelait sa chère grand-mère, c'était déjà ça. Pis à défaut d'avoir de grandes dents, il avait un ventre énorme et gargantuesque... Et dans son pantalon, il y avait autre chose qui ne demandait qu'à sortir au grand jour et à se déployer. Soudainement, un violent appétit de loup pour la chair fraîche et fumante venait de s'aventurer jusqu'à lui. Peut-être que la petite n'avait pas conscience de s'être fourrée toute seule dans la tanière du grand méchant loup, après tout... Parce que bon, quand la bouffe tombe du ciel, comme par magie, dans l'assiette et qu'on a bien la dalle, on fait pas la fine bouche, on bouffe, et on s'régale ! "

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