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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

30 Nov

Un cœur qui brûle, une nouvelle de Benedict Mitchell

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

Un cœur qui brûle, une nouvelle de Benedict Mitchell

" Un cœur qui brûle " est une réponse à un défi littéraire relevé sur Scribay.com.

Le défi était le suivant :

" Vous aimez les histoires courtes du genre creepypasta ? Alors je vous invite à en écrire...
Un homme, pris de folie, caché sous son déguisement de clown, cherche à exécuter une vengeance. Celle-ci se traduit par le meurtre et, éventuellement, de la torture. Décrivez l'attente du personnage principal, son état d'esprit, sa réaction lors de l'apparition de sa victime et son ressenti après son acte inhumain. Faites ressentir la peur de la victime à travers votre écrit.
A vos plum
e
s ! "

-> Ce défi, mélangé à la saison 4 d'American Horror Story et un clip de Rammstein que je n'arrive pas à me sortir de la tête " Mein herz brennt (piano version) " m'ont donné cette idée-là...

Résumé :

" Un saltimbanque, qui a tout perdu, vient de vivre un ultime affront. Son rêve de gloire vient d'être anéanti, à jamais... Brisé, il ne peut en supporter davantage. Il est bien déterminé à exécuter son numéro, et cela, qu'on le veuille ou non. "

Un cœur qui brûle

En larmes, il resta un très long moment à fixer le vide, alors qu'elle était partie depuis bien longtemps. Le temps venait de s'arrêter pour lui. À jamais. Comment rebondir lorsque celle à laquelle vous tenez le plus au monde - votre raison de vivre - vous annonce froidement qu'elle ne veut plus de vous dans sa vie ? Comment surmonter le fait que l'amour de votre vie - celle que vous respectiez et admiriez plus que quiconque - vous dise simplement que vous n'êtes qu'un raté, une engeance de l'humanité ? Son monde s'était écroulé, et il n'avait plus la force de sortir de sous les décombres. Non, l'obscurité serait sa nouvelle compagne. Il n'avait plus de larmes à verser. Complètement à sec, il se sentait plus vide que jamais.

Pour couronner le tout, sa troupe l'avait chassé dans la foulée. Ils formaient tous une famille. D'ailleurs, il l'avait rencontré là, celle qui venait de s'envoler à tout jamais. Elle avait été une amie, puis une sœur, une amante et, enfin, une compagne. Elle était sa reine. Et il se refusait à la laisser s'échapper. Elle lui appartenait, corps et âme. Elle n'avait pas le droit. Ils n'avaient pas le droit de le rejeter ! Oh, bien sûr, comme ça arrive à beaucoup, il venait de connaître un gros passage à vide. Même l'alcool ne l'aidait plus à s'extraire du gouffre sans fond dans lequel il était embourbé depuis des mois. Mais il avait enfin eu une idée de génie : un numéro qui allait cartonner ! Oui, il en était persuadé !

Hélas, tout venait de prendre une tournure à laquelle il ne s'attendait pas : orphelin, seul, à la rue, la vie venait de lui envoyer un bon crochet du droit qui n'avait q'un seul but : le clouer au sol, et pour de bon. L'espoir, la bonté, la gentillesse, l'amitié, tout ça ce n'était que des foutaises. Les gentils sont toujours perdants. Ils sont faibles. Il en avait marre d'être un looser. Tout ça devait changer... Et il ferait tout pour.


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Dans l'ombre des buissons, il est caché. Silencieux, telle une ombre invisible, il guette. Il la guette. Il les guette. Le chapiteau est dressé. Un nouveau soir de représentation, un nouveau village. Un nouveau public. Un nouveau spectacle, puisqu'il en avait été évincé. La haine circule à travers son sang, à toute vitesse. Tournant, et retournant, bondissant tel un fauve en pleine chasse. Mais il sait qu'il doit faire preuve de patience. Il peut sentir son odeur. Il ferme les yeux et il la voit. Belle comme le jour, sensuelle avec ses jupons, son sourire enjôleur, ses formes voluptueuses : la belle Esmeralda, l'ange de la troupe. Il rouvre les yeux, le public entre dans l'arène au compte goutte. Il n'y a pas grand monde ce soir. Il sourit. Ça tombe bien car ce sera bien plus simple qu'il le pensait. L'excitation le gagne au fur et à mesure que les secondes s'égrainent. Le désir de vengeance se manifeste dans chaque parcelle de son corps. Son membre est gorgé d'orgueil. Ses tripes ont soif de justice et de reconnaissance. Il va leur faire payer très cher de l'avoir traité comme la pire des ordures.

La musique, à l'intérieur du chapiteau, se fait entendre. Le début du spectacle est imminent. C'est l'heure. Il sort de sa cachette, en prenant le plus grand soin de rester dans la pénombre. Il se dirige vers le groupe de caravanes garées derrière l'immense tente. Elle est là, la roulotte qui,hier encore, était son logis, le témoin de sa longue déchéance. Il pénètre à l'intérieur sans être vu de quiconque. Des rires éclatent, non loin de là. Il sait à quoi ils font écho : Achille, le clown, vient d'entrer en piste avec Pedro, le chimpanzé farceur. Visiblement, les quelques enfants présents se prennent au jeu. Il trépigne d'impatience rien qu'en songeant au spectacle qu'il va leur montrer, et qui supplantera de très loin cette pâle copie de clowneries. Il se concentre à nouveau sur ce qu'il est venu récupérer dans son ancienne caravane : sa tenue de scène. Il ouvre l'armoire, dévoilant des robes toutes plus féminines et osées. Il effleure les étoffes bariolées, brillantes, scintillantes du bout des doigts. Il doit faire un effort pour ne pas éjaculer dans son pantalon tant son désir est vif. Il s'arrête sur une robe à bustier en satin noir. Sobre. Puis son regard se porte sur la coiffeuse sur laquelle est entassé tout un tas d'accessoires de maquillage, fonds de teint, poudres colorées. Un rictus mauvais illumine soudainement son visage, jadis rayonnant et si avenant...

Les pendules vont être remises à l'heure, et personne ne pourra l'en empêcher...

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Douze spectateurs composent le public ce soir-là. Ça n'est pas beaucoup mais c'est toujours mieux que rien. Pour bien parfaire le tableau, les gens se sont rassemblés au premier rang, afin de profiter du spectacle qui s'annonce sensationnel, une fois n'est pas coutume. Après l'introduction très énergique et potache d'Achille & Pedro, c'est le Monsieur Fort de la troupe qui entre en scène, secondé par la plus belle des créatures, Esmeralda. Une beauté très sauvage. Tandis que le colosse s'escrime à soulever d'énormes barres lestées de poids tout en adoptant des mimiques très forcées, la belle ensorceleuse se pavane tout autour de lui, pour le déconcentrer. Elle fait virevolter ses jupons, dans l'espoir manifeste d'affoler les esprits présents. Qu'il y ait de jeunes âmes innocentes présentes dans la scène, cela l'indiffère bien, car c'est bien connu, la belle Esmeralda a tout le temps le feu aux fesses. Seul un idiot ne s'en apercevrait pas...

La voilà maintenant à quatre pattes, rampant sur la piste et se roulant par terre comme si elle était possédée par le diable. Le public semble quelque peu interloqué par cette mise en scène des plus spéciales, mais Esmeralda s'en contrefiche. Elle est habitée par son personnage, ainsi que par la drogue qu'elle ingère chaque soir avant le spectacle.

Personne n'a encore remarqué qu'un nouveau spectateur vient de faire son apparition dans le coin opposé à la scène. Affublé d'une cape noire massive, il approche lentement vers les spectateurs. Alors qu'il y aurait de quoi s'effrayer à la vue de cette silhouette massive et inquiétante, pas un spectateur, ni même l'un des artistes présents sur la scène ne semblent le remarquer. Et pourtant il se rapproche du groupe de spectateur. Il faut dire qu'il a de la concurrence : Esmeralda semble prendre beaucoup de plaisir à se frotter à l'homme fort, ce dernier ayant de plus en plus de mal à soulever son imposante fonte en barre. Non, ce qui se passe en dehors de la scène en cet instant indiffère les spectateurs. Fascinés, petits et grands sont hypnotisés par la bohémienne, se demandant quel peut bien être le but d'un tel numéro. Nul ne se doute qu'il constitue une diversion parfaite...

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Il a envie d'éclater de rire bien qu'il se sente soudainement très stupide. La voir juste là, à seulement quelques dizaines de mètres de lui, en train d'exécuter ce minable numéro de chienne en chaleur, ça lui brûle les tripes, la poitrine. Son cœur est en train de se consumer. Il comprends maintenant pourquoi il en est arrivé là : tout ça à cause d'une putain. Et là, tout s'embraye, comme s'il était parvenu, sans trop savoir comment, à terminer le puzzle, à assembler les pièces dans le bon ordre. Et la vue qu'il a sous les yeux lui donne envie de gerber. Et de faire mal. Très très mal. De répandre le sang de toute cette bande d'hypocrites, de menteurs. Il ne fait plus aucun doute, maintenant, qu'elle se paye sa tête depuis bien longtemps. Il se souvient alors de tout ce qu'on lui a reproché, la veille. Que tout était de sa faute, alors qu'en fait, elle est l'unique responsable. Elle a contaminé tout le monde.

Et comment purifie-t-on ce qui a été souillé ? Par le feu...

Tout se passe alors en un éclair. D'un geste il se débarrasse de sa cape qui glisse à ses pieds, révélant un personnage burlesque des plus effrayants : un homme costaud, trapu, engoncé dans une robe de femme trop petite pour lui, constituée d'une longue jupe haute évasée en satin noir et d'un bustier déchiré sur les côtés. Mais le pire n'est pas sa tenue, c'est son visage. Ses cheveux noirs, au carré, partent dans tous les sens. Son visage blanc, poudré à outrance, contraste avec le rimmel noir qui a été lourdement appliqué tout autour de ses yeux, et dégoulinent le long de ses joues. Son nez a été peint grossièrement en rouge. Enfin, ses lèvres ont été peintes en noir, comme le veut la tradition du maquillage clownesque. Mais une lueur perdue au fond de ses yeux indique clairement qu'il n'est pas dans son état normal. Habité par son personnage, il dégage une aura d'insanité. N'importe qui de censé, en cet instant, aurait pris ses jambes à son cou pour fuir le monstre qui venait de pénétrer dans l'enceinte du chapiteau. Mais lorsque les spectateurs comprendront, il sera trop tard pour eux.

Un clic, quelque chose qui rebondit puis une explosion. BOUM !!! La déflagration, assourdissante, puis un intense brasier. Juste quelques cris très vite étouffés et surtout, la torpeur des deux saltimbanques présents sur scène qui ne réalisent que tardivement, l'horreur de ce qui vient de se passer. Comme dans un film, il avance vers sa proie tétanisée. Il est décidé. Elle ne le reconnaît pas tout de suite, elle est focalisée par le public en feu. Le chapiteau n'est pas épargné par les dégâts de la grenade, et déjà, il prend feu. Les flammes lèchent la toile pour se répandre jusqu'au plafond. Monsieur Muscles est déjà parti vers les coulisses, sans doute pour aider les membres de la troupe à tenter de sauver le chapiteau - toute leur vie. Leur avenir. Elle est hypnotisée par les flammes. Déjà, la mort vient de prendre son public, le silence règne, seulement perturbé par le crépitement assoiffé du feu qui ne demande qu'à être davantage nourri. Il a faim. Très faim.

Il ne veut plus qu'elle. Les autres ? Il s'en moque, le chapiteau est perdu. Et puis, au pire, il s'occupera d'eux après. Il continue d'avancer vers la scène, imperturbable. Ça n'est qu'au dernier moment qu'elle réalise que ce n'est pas une femme qui se trouve juste en face d'elle, mais celui qu'elle vient de jeter comme une vulgaire loque. Elle ne le reconnait pas. Ce sourire qui illumine ce visage si sombrement maquillé, elle ne l'avait pas encore vu. Et pourtant, les traits de l'homme ne laisse aucun doute quand à sa véritable identité.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ? lâche-t-elle, l'air mauvais.

Son cœur saigne, brûle. Il a mal, tellement mal ! Le dédain est la pire des armes. Il a envie de lui faire mal, en retour. De lui retourner toute sa méchanceté. De la purifier de l'intérieur, et il y a à faire. Pour l'instant, il ne préfère pas répondre. Il a envie de la prendre, mais en même temps il la hait de tout son être.

Elle le toise, de bas en haut, et écarquille les yeux lorsqu'elle reconnaît l'une de ses robes.

- Mais... C'est à moi ça ?

Elle s'avance vers lui brusquement comme elle l'a si souvent fait par le passé. Certainement pour le gifler, encore une fois, mais il a retenu la leçon. Il ne veut plus être le faible, le dominé. Désormais, c'est lui qui commande, qui décide. Ce sont ses règles. Il intercepte son poignet fermement, puis accentue la pression tandis qu'elle le toise, interdite.

- Comment oses-tu ? Lâche-moi, sale merde... marmonne-t-elle, furieuse.

- Non, lui répond-il d'une voix gutturale, éteinte.

Son regard est impassible, féroce. Il la fixe, elle se contracte. Elle vient de voir cette lueur, qu'elle ne lui connaissait pas encore. Et ça la paralyse, ça la glace au plus profond de son âme. Les vannes sont ouvertes : la peur peut alors s'engouffrer, avide. Le masque tombe, elle ne peut pas lutter. Tandis qu'il continue de la fixer, elle a l'impression de voir des larmes noires s'échapper de ses iris. La haine déborde de lui, elle le sent. Elle sait qu'il va lui faire mal. La pression se resserre autour de son frêle poignet. Elle a mal. Elle crie et pleure.

- Lâche-moi... Tu veux quoi ?

Mais il ne lui répond pas. Sans qu'elle ne voit le coup venir, un terrible choc heurte sa tempe et l'instant d'après, tout devient noir. Elle capitule et lui laisse la victoire. Elle ne fait pas le poids.

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Elle est à nouveau là, tout prêt de lui, juste à sa merci. Le rêve est devenu réalité. La boucle est bouclée. Finalement, il a opté pour une autre mise en scène. Nettoyer le public, superflu, a été nécessaire car il ne voulait pas être ennuyé lors de son entrée. Le chapiteau a été réduit en cendres. Certains sont morts en tentant de sauver leur misérable gagne-pain. Il est content. Quand aux autres, ils se sont montrés bien couards, n'en ayant pas grand chose à faire du kidnapping de l'une des leurs. L'espèce humaine dans toute sa splendeur ! Les gens sont, en somme, toujours très égoïstes lorsqu'il s'agit de sauver leurs peaux.

Ses yeux sont fermés. Il l'a attaché sur le lit. Et il s'est permis de la déshabiller afin de contempler une dernière fois celle qui s'est révélée être sa perte. Tout ça, c'est de ta faute, espèce de salope !!! Intérieurement, il jubile. Son plan se passe sans accroches. Il a pris sa roulotte et s'est enfoncé dans les bois, très profondément. Peu importe ce qu'il se passera après, une fois que tout ça sera fini... Tout ce qui compte, c'est qu'il obtienne sa vengeance. C'est juste une question de vie ou de mort. Et cette fois, il n'acceptera pas de se laisser marcher dessus, de se laisser faire. Il en est capable, alors il doit juste le faire, tout simplement. Après, ça ira mieux... tu verras. Ils sont seuls. C'est le moment. Il prend une profonde inspiration. Les larmes perlent aux creux de ses paupières. L'instant est solennel, presque religieux. L'émotion est à peine palpable.

Il ôte sa robe noire, et se retrouve complètement nu, face à elle qui est toujours inerte, allongée et attachée à la table en bois. Le sol est jonché de débris. Il a nettoyé la caravane pour y faire de la place. Puis il s'approche d'elle, commence par la renifler à la manière d'un animal qui a repéré quelque chose. De sa main gauche, il lui écarte les cuisses et commence à la caresser, presque mécaniquement. Il semble être ailleurs. De son autre main, il attrape quelque chose sous la table. Un chalumeau de soudeur. La flamme sort instantanément. Tout comme celui qui la contrôle, elle a faim. Très faim. Durant de longues secondes, il reste inerte, à contempler l'entrejambe de celle qu'il a si souvent aimé... et qui en réalité, se payait sa tête bien comme il faut. La haine est aux portes, prête à déferler et à brûler tout ce qu'elle touchera. Une nouvelle érection le submerge, mais il n'a pas envie de la pénétrer. Elle lui a assez fait de mal comme ça. Non, il ne se laissera plus avoir par les attributs de la vile manipulatrice et la tentatrice qu'elle est. La flamme se rapproche de son entrejambe encore endormie... mais plus pour très longtemps.

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La brûlure la réveille instantanément. Elle hurle à s'écorcher la voix. La peur lui dévore les tripes, elle est perdue. Son cerveau tente d'analyser ce qu'elle voit, de mettre un nom sur la douleur qui la vrille entre ses jambes. Elle le voit, face à elle, nu. Son regard descend et là... c'est l'horreur absolue. Elle comprend, trop tard, ce qui est en train de se passer. Elle hurle, encore et toujours, les larmes sortent en masse pour brouiller l'insoutenable vue qui s'offre à elle. Sa propre volonté est complètement annihilée, le courage se sauve sans demander son reste. Non, elle ne peut pas en supporter davantage. Soudain, la douleur s'arrête, s'éloigne brutalement, pour devenir sourde, lointaine. Elle ne ressent plus rien... Est-elle morte ? Elle se le demande. Mais non, il ne va pas la laisser partir aussi facilement. Elle ressent quelque chose, un mouvement. Il grimpe à califourchon sur elle... Le supplice ne fait que commencer.

Il jubile, éructe de joie. Il contemple son œuvre, satisfait. Mais tout cela, ça n'était que des préliminaires. Une entrée en matière. Le meilleur reste à venir ! Il retarde sa jouissance, elle viendra bien assez tôt. Il grimpe sur elle, il veut voir la peur dans son regard. Il veut chasser à jamais la perversité lubrique de son regard faussement enjôleur. Et il a réussi. Elle est terrorisée et tremble sous lui. Son regard oscille entre son visage et sa main droite... le chalumeau ! Il éclate de rire cette fois. Oui, il lui doit bien une petite explication, après tout, ça ne pourra pas nuire au spectacle, bien au contraire.

- Ah... Esmeralda... t'aurais pas dû te payer ma tête... chante-t-il d'une voix menaçante.

Elle le regarde, incapable de parler après avoir hurlé aussi fort.

- Tu dois te demander si tu vas mourir, hein ?

Aucune réponse. Son regard en dit long, oui elle le sait très bien.

- Oui, tu le sais, hé ! hé! se moque-t-il, l'air faussement compatissant. Je vais te tuer, espèce de salope, et si tu crois avoir déjà souffert, alors t'as rien vu, espèce de pouffiasse !

Il se penche sur elle, leurs lèvres se touchent presque. Les tremblements sous lui s'accentuent et un liquide chaud se répand sur la table, ainsi qu'une forte odeur d'urine et de sang qui empeste rapidement la caravane exigu. Il aime ça...

- T'es qu'une grande gueule, en fait... continue-t-il. Mais au final, t'es une trouillarde. Tu vaux pas mieux que ceux qui t'ont abandonné à ton triste sort...

Elle ferme les yeux, touchée en plein cœur par le poids de sa propre culpabilité. Le fardeau est trop lourd à porter, elle veut juste que tout cela s'arrête puisque ça va s'arrêter tôt ou tard. Le plus tôt sera le mieux...

Il sait qu'elle a compris, qu'elle désire mourir, mais il ne lui donnera pas ce plaisir, comme on donne un doux baiser avant de border et de souhaiter la bonne nuit à son enfant. Non, trop facile et trop altruiste. Elle ne mérite pas tant d'égards. Elle ne mérite plus d'être respectée. Il sait qu'il va devoir aller très vite et être le plus précis possible pour le clou final du spectacle. Il tend son bras gauche vers la tête de la jeune femme, pour y attraper un couteau de cuisine qu'il avait posé là au préalable. Lorsqu'elle voit la lame, démesurément longue, elle prie inconsciemment pour ne souffrir. Enfin, pas trop...

Il se redresse, toujours à califourchon sur elle. Son sexe, tendu et raide, pointe vers le visage de celle qu'il s'apprête à exécuter. Le bras levé, en attente, il la contemple une dernière fois et se délecte de la peur qu'il peut lire dans ses yeux, et qui se répand sous ses fesses. Elle fuit littéralement par tous les orifices...

Puis viennent les larmes d'Esmeralda. Non pas des larmes de crocodiles mais de vraies larmes de repentir. Dommage pour elle, trop tardives... et en somme toutes inutiles puisqu'il a pris sa décision. La peur de la victime est suspendue à la frénésie de son bourreau. L'attente et la jouissance finale restent figées dans un étrange tableau. Les anciens amants sont aujourd'hui emplis de haine l'un envers l'autre.

Mais il faut en finir. Il est temps... Alors, il relâche la pression et libère ses pulsions. Le couteau s'abat et frappe une, puis deux fois...et encore... Il perfore la chair, fait s'écouler le sang bouillonnant hors de son écrin, appelle la Faucheuse. Tandis qu'il la perfore, la pénètre de sa lame, il éjacule avec puissance. L'orgasme ne s'arrête pas là. Sa poitrine n'est plus qu'un trou béant, sanguinolent, nimbé de lambeaux de chairs profanées. Hélas pour elle, la mort n'est pas encore là. La souffrance qu'elle vient de ressentir et qui est devenu la seule composante de son existence, est indescriptible. Il lâche le couteau dégoulinant de sang, qui tombe au sol, et brandit son chalumeau. Elle n'a plus la force de réaliser ni de craindre la nouvelle torture qui pointe le bout de son nez rouge.

De l'autre côté, il a une toute autre perspective : il le voit, battre faiblement, derrière la cage thoracique perforée. Ainsi, Esmeralda a bien un cœur qui bat. Il approche sa main tremblante de l'orifice béant. Il est fébrile, il n'a jamais fait ça, et trouve ce geste si beau, et tellement romantique. Il ferme les yeux, et plonge sa main qui se referme sur l'organe encore chaud. Il a l'impression de toucher du velours, quelque chose d'infiniment précieux qui n'est pas donné au commun des mortels. Submergé par l'émotion, il éclate en sanglots. Il doit le faire, aller au bout, mais une voix au fond de lui ne veut plus. Plus de sang, arrête... Il rouvre les yeux, et il est effrayé par la vision de sa propre main dans la poitrine de la femme qu'il a tant aimé, et qui, quelque part encore tout au fond de lui, il aime toujours.

- Je t'aimerai toujours... pardonne-moi, implore-t-il la voix déchirée par les trémolos.

Et l'innommable se produit : il arrache le cœur puis le passe à travers le chalumeau. Le cœur d'Esmeralda prend feu, mais le sien brûle également, de douleur, de désespoir. Finalement, il ne comprend pas. Il pensait faire quelque chose de bien, que ça le soulagerait mais il n'en est rien. C'est même pire. Et c'est là que, submergé par la culpabilité, celle qu'il aime rend son dernier souffle, pour gagner des cieux plus cléments, libérée de toute cette souffrance. Esmeralda est partie, il n'y a plus qu'une vulgaire enveloppe profanée. Il jette l'organe cramoisie, sa main a subit de sévères brûlures également mais la douleur physique n'est rien comparée à celle de l'âme. Il est brisé, il a atteint la fond. Le chalumeau se retrouve lui aussi au sol, mais il n'est pas éteint. Le feu commence à prendre sur le plancher...

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Achille et quelques rescapés de l'incendie du chapiteau battent la forêt, à la recherche de la caravane qui a été volée, ainsi que de leur amie, Esmeralda. Le clown est dévasté, car il pense avoir reconnu l'homme qu'il a vu jeter une grenade sur le public, puis assommer et kidnapper leur amie.

Quelques minutes plus tard, le petit groupe aperçoit, à quelques centaines de mètres de là, une étrange lueur à travers les arbres, semblable à celle d'un brasier. Saisi par une sourde panique, Achille se met à courir, tout de suite suivi par ses amis. Très vite, le petit groupe débouche sur une roulotte en feu, celle-là même qu'ils recherchaient. Alors que les autres restent là, comme pétrifiés par la peur, Achille n'écoute que son courage et se jette contre la porte qu'il parvient à ouvrir malgré les flammes, la chaleur et la fumée. La vision d'horreur qui le submerge, lorsqu'il découvre la scène à l'intérieur, le fait se figer net d'horreur.

Le corps d'une femme allongée sur une table, la poitrine ouverte et béante, le sang inondant le sol tout autour... et un clown au maquillage tragique, complètement nu, partiellement brûlé, qui pénètre son cadavre frénétiquement, alors que les flammes lèchent et commencent à dévorer son corps...

Juste un clown fou et du sang... un cœur dévoré par le feu de la culpabilité.

Till Lindemann (dont l'interprétation m'a inspiré ce personage - pourtant aux antipodes de celui de la vidéo ^^), un artiste caméléon incroyable, qui a cette étonnante et formidable faculté d'osciller entre le tragique, le comique, et une sensibilté, naturelle, parfois exarcerbée, mais toujours sincère et honnête.

Till Lindemann (dont l'interprétation m'a inspiré ce personage - pourtant aux antipodes de celui de la vidéo ^^), un artiste caméléon incroyable, qui a cette étonnante et formidable faculté d'osciller entre le tragique, le comique, et une sensibilté, naturelle, parfois exarcerbée, mais toujours sincère et honnête.

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