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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

20 Nov

" Héros ", une nouvelle de Benedict Mitchell pour le concours " 48 heures pour écrire " (2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

" Héros ", une nouvelle de Benedict Mitchell pour le concours " 48 heures pour écrire " (2015)

Nouvelle participation pour un concours de nouvelles, cette fois-ci dans la thématique de l'espoir, sujet hautement d'actualité étant donné le contexte de ces derniers jours...

Avant que le thème ne tombe vendredi 20/11/2015, la célèbre chanson éponyme de David Bowie, " Heroes ", tournait en boucle dans ma tête... surtout certaines paroles...

Et ces mêmes paroles sont le cri que j'avais envie de pousser : oui, nous pouvons tous être des héros, peu importe nos actions, nos combats. La volonté, le courage, les valeurs humanistes & altruistes, la détermination à œuvrer pour un monde meilleur, tout cela est à notre portée et n'est nullement réservé à une élite quelconque. Nous pouvons nous comporter en héros, même un jour, même une heure, même une seconde suffit.

Je n'en dirais pas plus, mon hommage aux terribles événements qui ont secoués la Ville-Lumière le 13/11/2015 sera publié ici même dans quelques jours.

Comme pour beaucoup, il n'a pas été facile de reprendre le cours de la vie, de trouver l'énergie nécessaire à la poursuite du combat, à l'extériorisation de cette soif créative, mais voici mon premier texte post-attentats parisiens, et j'en suis très fière.

Bonne lecture !

J'espère qu'il saura vous redonner un peu d'espoir... l'espoir d'un monde meilleur, d'un monde plus juste.

Et pour les résultats, RDV en mars 2016 !

" Héros ", une nouvelle de Benedict Mitchell pour le concours " 48 heures pour écrire " (2015)

Héros

" Je voulais être roi. Le roi du monde. Le roi d'un monde, celui qui aurait défendu les opprimés, porté à bout de bras les causes les plus humanistes, altruistes qui soient. Je voulais tant faire, j'avais tant de projets, de causes qui me tenaient à cœur. J'avais des fidèles, une armée de soldats prêts à donner leurs vies pour défendre un idéal, becs et ongles. Des idéaux : lutter contre les infidèles de la vie, pourchasser les vendus du capitalisme, les corrompus de la société de consommation. Je rêvais d'un autre monde, un monde meilleur que celui qui se consumait jour après jour dans la haine, la violence, l'égocentrisme. Un monde qui bafouait la liberté, la nature, le vivant, les valeurs d'amour, de partage, de fraternité, d'égalité... Je voulais abattre toutes ces murailles néfastes pour l'humanité. J'avais un rêve, un message à faire passer au plus grand nombre. Mais ils m'ont eu. Ils m'ont attrapé, entravé, torturé, malmené jusqu'à un point sans retour. Ils m'ont diabolisé, traîné plus bas que terre, m'accablant de tant de maux qu'au bout d'un moment, mon esprit s'est fermé.

J'aurais tant voulu que tu sois ma reine, que la terre soit notre berceau, que nous puissions nous aimer en toute quiétude, dans un monde débarrassé de sa fange, purifié de tous les maux qui la gangrènent de jour en jour. Je rêvais d'un autre monde...

Et je me trouve là, attaché à un mur criblé de balles, un mur qui a été le silencieux témoin de tant de crimes de guerre. D'un génocide... le mur des opprimés. Le mur qui a vu périr tant de défenseurs des Justes. Mon enveloppe corporelle n'est plus que le frêle reflet du guerrier que j'ai jadis été. Ma force vitale me quitte lentement. Je suis un homme brisé. Un homme sur lequel on s'est acharné, encore et encore... Je sais que je vais mourir, très bientôt. Ça n'est plus qu'une question de secondes. Les monstres, ceux-là même qui m'ont pris, sont là, à quelques dizaines de mètres devant moi. Leurs faciès dégoulinant de haine sont tous animés par le même rictus : celui de la barbarie sanguinaire. Ils ressemblent à des hommes, avec leur accoutrement militaire, mais sous les vêtements se cache une armée d'impies, de démons assoiffés de chairs, soucieux de répandre le sang et la mort. Uniquement préoccupés par une idéologie sortie d'un autre âge tout autant obscurantiste. Ils me détestent, tout ça parce que je suis un fervent amoureux de la vie et de la liberté. Ils veulent me tuer parce que j'aime mon prochain, parce que j'aime ma planète. J'ai tout donné à ma religion – l'humanisme – et c'est debout, contemplant les yeux dans les yeux mes bourreaux ainsi que la mort, que je vais donner ma vie pour elle. Alors que le moment de lâcher prise est imminent, je n'ai aucuns regrets. Si je pouvais tout recommencer, je ne changerais strictement rien.

Ils me toisent avec le plus profond des dédains, je sens leur haine implacable, ils en transpirent, mais malgré les entraves qui me retiennent contre le poteau d'exécution, je sais au plus profond de mon âme que c'est en homme libre que je vais mourir. Sans doute deviendrai-je un martyr, et rien qu'à cette pensée mon cœur s'en retrouve allégé. Pouvoir contempler, sereinement, la mort, ça n'est pas donné à tout le monde. Mourir pour la plus grande des causes, c'est un très grand privilège. Alors que les plus faibles ou les criminels laisseraient fuir leurs fluides par tous les orifices, pétrifiés par la peur de mourir, je me sens presque heureux. Libéré. D'autres poursuivront le combat après ma mort. Nous remporterons cette guerre, un jour. Je le sais. Je ferme les yeux. Ils se mettent à me hurler dessus. Visiblement, ils n'ont pas l'habitude d'exécuter un homme en paix avec lui-même. Je souris, par provocation, certes, mais parce que je la vois, si belle. Pleine de vie, radieuse, tantôt sauvage face aux éléments déchaînés, tantôt sublimée par la lumière solaire. Elle, l'amour de ma vie... Non, ils ne l'auront pas. Ils ne nous auront pas. Personne ne nous séparera. Bientôt je vais la rejoindre, et mon corps redeviendra poussière, pour retourner en elle. La vie continuera, les saisons passeront, le soleil succèdera à la lune, la vie triomphera toujours de la mort, quoiqu'il arrive.

Une déflagration résonne, mes tympans tremblent. Rien ne vient, l'étincelle de la vie brille toujours en moi. J'ouvre les yeux, étonné. L'un des chiens qui me fait face tient son fusil en l'air, furieux. Il ne veut pas que je meurs apaisé il faut croire. Il pense m'avoir fait peur. J'aimerais tant lui montrer l'un de mes doigts, mon majeur... mais mes mains étant attachées derrière mon dos, je n'aurais pas ce plaisir... Sans doute pas dans cette vie-ci, me dis-je, avec philosophie... Mais qui sait, dans l'autre...

Je sais que rien ne viendra me sauver, et je sais que je ne leur donnerai pas la satisfaction de me prendre ma vie dans la douleur et la terreur. Ils ne m'ôteront pas cette liberté. J'opte donc pour un crachat, plein de véhémence. Ce n'est pas grand chose mais l'autre comprend et enrage de plus belle. Le gros ventripotent qui les dirige s'avance vers moi, et se met à vociférer dans un dialecte que je ne comprends pas. Je ris intérieurement tant il est pathétique. Tandis qu'il persiste à me hurler dessus, je pense à toi. Je sais que là, quelque part, tu assistes à tout cela. Ne pleure pas, je reviendrai, car tant d'autres me survivront. Un ordre fuse, la horde de démons me met en joue. Ils sont bien trop nombreux pour la seule besogne qu'ils vont effectuer d'une seconde à l'autre. Bande de lâches ! Vingt hommes armés contre un seul, attaché à un poteau d'exécution. La classe !

Le temps semble se figer, l'excitation me gagne, mes muscles sont tendus. Dans quelques secondes je serai dans tes bras, je serai passé de l'autre côté. Je serai libre. La déflagration fait trembler la terre. Vingt armes de destruction, de mort, à l'unisson, me frappent en pleine poitrine. Je ne ressens rien. Mon visage est toujours aussi radieux et impertinent. Le comble de l'insulte pour eux. Je leur aurais pris au moins ça !

Je m'appelais Piotr. Pour certains, j'étais un terroriste, un activiste, un complotiste, un impie, un mécréant, un croisé... la liste des griefs à mon encontre est très longue, vous vous en doutez. Mais pour elle, pour toi, pour mes frères & mes sœurs j'étais un citoyen du monde, un défenseur des libertés. J'ai combattu sur plusieurs fronts pour aider à faire cesser la guerre qui avait fini par s'étendre à toute la planète. Cette guère n'est pas finie, elle fait rage sur tous les continents, plongeant les populations dans la plus abjecte des terreurs : celle du terrorisme, de la peur d'une attaque d'envergure, d'un repli sur soi. Mais je ne suis pas seul. Je suis une hydre : coupez ma tête et deux en ressortiront, encore plus fortes et féroces. Nous ne lâcherons pas, nous sommes un tout. Chacun à notre manière, nous pouvons être des héros, même pour une seule journée. Par ma mort, je sais que je susciterai de nouvelles vocations. Par mon sacrifice, je sais que ma cause - notre cause - touchera encore plus de gens, donnera encore plus de motivation à nos guerriers, sur tous les fronts. Vous pourriez avoir envie de rester caché chez vous, à vous murer dans la peur, mais je sais que la plupart d'entre vous prendrez les armes. Je sais que beaucoup d'entre vous feront preuve de courage et que vous ne laisserez pas le monde sombrer dans le chaos. N'oubliez pas, nous pouvons tous être des héros, même pour une journée...

Je suis mort. Elle m'ouvre ses bras. Elle est là, aussi belle que dans mes souvenirs. Elle me sourit, entourée d'une lumière douce et réconfortante. Je sais que je suis là où je voulais être. Je flotte vers elle, elle m'enveloppe de sa bienveillance et de son amour inconditionnel.

- Sois le bienvenu, guerrier... me dit-elle de la voix la plus apaisante qui soit.

Elle ouvre les bras, je ne peux m'en détourner. Je ne le voudrais pour rien au monde. La sensation, lorsque le contact entre nous deux se fait, est indescriptible. Je suis à la maison, jamais je ne me suis senti aussi bien. Je l'étreins de toute mes forces.

- Je t'aime, Gaïa, murmure-je dans un soupir de béatitude

- Je le sais, Piotr, me répond-elle d'une voix mutine.

Nous nous envolons dans un bruissement d'ailes. Par automatisme, j'ai envie de regarder en bas.

Son étreinte contre moi se resserre.

- Tu ne devrais pas regarder mon amour, m'avertit-elle, soudainement soucieuse.

Trop tard, je n'ai pas pu m'en empêcher. Alors, je les vois, d'en haut, insignifiantes fourmis s'adonnant à d'immondes exactions sur ma dépouille. Puis ma vision s'élargit, et à l'horizon je vois la nuée fondre sur eux. Je vois mes frères et mes sœurs marcher vers le camp où j'ai perdu la vie. Rien n'aurait pu me faire plus plaisir : l'espoir est bel et bien là, infaillible, immortel. Cette guerre, nous allons la gagner. Nous sommes tous des héros, même si ça ne dure qu'une heure, qu'un seul jour. Je me retourne vers elle, et tout sourire je lui dis :

- Emmène-moi, je suis prêt.

Le firmament nous aspire tandis que bien plus bas, le tumulte d'un combat décisif est sur le point d'éclater. "

© Benedict Mitchell

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