Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

24 Nov

CASUS BELLI, de Benedict Mitchell

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

CASUS BELLI, de Benedict Mitchell

Une nouvelle inédite en réponse à un défi relevé sur le 1er réseau social dédié aux écrivains (Scribay).

En résumé il s'agit d'une version imaginée de l'évolution de la situation actuelle d'état d'urgence que nous connaissons actuellement, en France, ainsi qu'en Belgique...

Bonne lecture !

Ça y est, nous y sommes. Le monde est plongé dans la guerre. La troisième Guerre mondiale ? Pire que ça... Personne ne s'est rendu compte que nous allions droit dans le mur. Enfin, si, il y avait les complotistes, les adeptes des théories conspirationnistes. Mais leur prêter une attention, même infime, c'était passer pour un paranoïaque.

Le monde a changé. Il y a six mois, personne n'aurait imaginé qu'une secte de marginaux, à l'idéologie obscurantiste, allait faire office de poudrière. Des attentats à répétition, des gouvernements jusque-là laxistes qui paniquent, une volonté de s'unir mais dans un contexte où les rivalités de chaque homme au pouvoir ne peut être mise de côté, l'engrenage, le clivage des populations, la religion montrée du doigt, la montée de la haine, de la xénophobie, le repli sur soi... une réaction en chaîne, chimique, qui précipite, au fil des semaines, le monde dans le chaos.

Les guerres n'ont pas besoin d'explications. Elles n'ont qu'un seul facteur commun, immuable : l'homme. Le poison humain, qui détruit tout ce qu'il touche, qui veut s'accaparer ce que possède le voisin, qui n'en a jamais assez et en désire toujours plus. Tellement plus...

La guerre est à notre porte mais c'est une guerre d'un nouveau genre. Le théâtre des opérations est à mille lieues d'ici, mais chaque état-membre de l'Europe se tient prêt. Chacun guettant la première provocation du voisin, et n'hésitant pas à faire étalage de ses forces de défenses et surtout, de sa puissance de frappe.

Ma ville ressemble à une cité dont le siège est imminent. Les rues sont mortes. Le couvre-feu est de rigueur, on ne peut plus se promener librement, et d'ailleurs, qui aurait envie et serait assez fou pour avoir envie de se promener dans une ville militarisée à outrance ? Les gens sont reclus chez eux, le pays tout entier s'est arrêté. Les libertés du peuple ont été très sérieusement restreintes, les forces de l'ordre vivent dans la paranoïa qu'un terroriste kamikaze se soit infiltré dans la ville. Nous ne sommes plus que le pale reflet de ce que nous étions jadis. Nous n'avons plus de loisirs et ne savons plus ce que signifie " profiter de vie ". Le monde a reculé, il s'est replié sur ce qu'il a de plus détestable. Mais je ne devrais pas être surpris, la guerre est le propre de l'homme, depuis des temps immémoriaux.

Je bénie - et jamais je n'aurais pensé dire ça un jour - le fait d'être un éternel célibataire sans enfants (enfin, à ce que je sache). 40 ans et personne pour qui m'inquiéter. Je pense être chanceux, comparé à toutes ces familles qui peinent à se nourrir et à subsister.

J'ai même bousillé ma télévision. Les chaînes diffusent toutes les mêmes messages de propagandes des pantins criminels qui nous dirigent encore. Ceux-là même qui nous ont précipité dans le chaos. Je rêve souvent que des terroristes parviennent à se faire exploser à proximité de l'un d'eux... mais je commence à avoir peur que mes pensées les plus intimes ne soient percées à jour. Oui, je sais, ça paraît peu crédible... mais il y a encore quelques mois la guerre semblait peu crédible également, et pourtant...

J'ai faim, le chocolat me manque, la junk food, une bonne bière, un vendredi soir à écumer les bars de la ville et à jouir de la vie comme l'épicurien que j'étais... Je suis devenu un fantôme, une âme en peine qui attend la mort, craint un bombardement de ma ville par des forces ennemies. Ah l'Europe et son unité... c'était une bien belle connerie !! Désormais, si l'un des membres de notre gouvernement pète un peu de travers, le voisin déferlera sans avertissements, et nous, le peuple, serons en premières lignes. Qui se souciera de nous ? Qui se battra pour cet idéal utopique de la démocratie ? Personne ! Les gens sont murés dans la peur... Adieu, courageux élan révolutionnaire !


Aujourd'hui - je ne sais même plus quel jour nous sommes vu qu'ils se ressemblent tous - je m'apprête à effectuer ma sortie quotidienne. 11 heures, les sirènes de la ville retentissent, avertissant la population de la distribution de nourriture par l'armée. Oui, nous le peuple, nous sommes nourris par l'armée. Il ne nous reste plus que cela. Mais nous n'avons même plus la liberté de manger ce que nous voulons. On doit se contenter des colis alimentaires remplis de conserves et de pain de mie industriel. Ainsi qu'une bouteille d'eau par personne, par jour. Comme tous les jours, je n'ai pas envie de sortir. J'ai l'impression de me perdre, chaque jour un peu plus, à force de parcourir les quelques rues mortifères qui me séparent de la place sur laquelle à lieu les distributions de rations alimentaires. Mais bon, les gargouillis de mon estomac ont vite fait de me convaincre et me voilà dehors, à marcher le plus rapidement possible vers la place. Depuis un moment, je ne prête plus attention au paysage urbain. Mais là, je ne sais pas pourquoi, je relève la tête, pour le première fois depuis bien longtemps. Trop longtemps. Les habitants de ma ville sont métamorphosés. Plus personne ne pense à s'apprêter. Certaines personnes sont mêmes en pyjamas & peignoirs, pas coiffées, pas très lavées non plus. Ils marchent tous dans la même direction que moi, tels des automates ou des âmes en peine coincées dans quelques limbes, entre deux mondes. Celui des vivants et celui des morts .Nous sommes des morts en sursis. La seule issue sera l'escalade vers le nucléaire...

Cependant, je sens quelque chose dans l'air... quelque chose d'inhabituel... l'odeur suave et presque sucrée du printemps ! Le ciel s'est teinté d'un bleu radieux, et le soleil, déjà haut dans le ciel, réchauffe mon âme. C'est comme si ses rayons parvenaient à percer et à faire fondre cette espèce de carapace de glace qui m'entoure depuis quelques mois. J'avais oublié ce qu'était la vie, le plaisir simple de se tenir sous le soleil, de sentir sa chaleur inonder son corps, et le réchauffer. Le soleil réveille des choses profondément enfouie en moi : l'espoir. Oui, peut-être que tout n'est pas perdu. Je prends une longue inspiration, me redresse et relève la tête. C'est une sensation indescriptible, qui me plonge dans un état d'euphorie que jamais je ne pensais revoir un jour chez moi. Perplexe, je regarde autour de moi. Apparemment je suis le seul à être dans un tel état ! Sur le chemin, les blindés de l'armée sont stationnés les uns derrière les autres. Les soldats patrouillent de chaque côté de la rue. La garde silencieuse, lourdement armée, nous toise d'un regard vide, dénué de la moindre chaleur humaine. Oui, nous sommes tous une source potentielle de chaos. Un pas de travers et une balle pourrait fuser. Même plus qu'une, d'ailleurs... Je baisse à nouveau le regard sur le bitume. Je me sens presque coupable d'avoir été bouleversé par cette vision céleste du soleil brillant de mille feux. La marche se poursuit, une marche presque forcée puisque forcés nous sommes d'aller quémander de quoi nous maintenir en vie. J'enrage. Une émotion nouvelle en moi se répand. Les larmes commencent à pointer et me brûlent les yeux. Je les ferme brièvement pour mieux les étouffer mais je trébuche et me retrouve à plat ventre. J'ai à peine le temps de respirer qu'une dizaine de militaires, en tenue de combat, m'encerclent, leurs armes de destruction pointées dans ma direction. Je rouvre les yeux, rougis par la colère et l'humiliation, et étouffe un cri de haine. Ils ne me donneraient même pas un coup de main pour me relever, ces sales chiens ! L'un d'eux, les traits fermés au maximum, me lance, sans sommation :

- RELEVEZ-VOUS ! MAINS EN L'AIR !

Mais ouais connard, tu vois pas que je suis en pleine forme ? Le comble de la malchance ou de la poisse - après un tel instant de béatitude, quelques secondes plus tôt - c'est que je me suis bien amoché le genoux ainsi qu'une cheville. Je ne suis pas chochotte mais j'ai mal. Là où un mec normal aurait compris que j'étais pas trop en état de me relever, frais comme un gardon, le soldat ne me laisse même pas le temps de me relever. Et BAM ! Un gros coup de pied dans le flanc gauche ! J'ai l'impression qu'un boulet de canon vient de me frapper. Il n'y est pas allé de main morte, le salaud ! Malgré la douleur qui se propage dans ma poitrine, j'ai le temps, très furtivement, de capter la rue derrière le groupe de militaires. Et là, c'est la consternation totale : les gens continuent de marcher, presque en file indienne, les yeux rivés sur leurs pieds. Pas un seul témoin qui soit susceptible de se sentir concerné par l'injustice qui est en train de se dérouler juste sous ses yeux. Chacun pour soi, chacun sa merde, en somme. C'est devenu la nouvelle devise de notre nation. Adieu les " Liberté ! Égalité ! Fraternité ! " d'antan !

- Au secours ! Aidez-moi ! lance-je, je ne sais pour quelle raison.

Mais comme je m'y attends, personne ne me vois. Je suis invisible, et je vais crever là, sur le trottoir. Je ne verrai pas ma ville se faire exploser par les bombardements. C'est déjà ça...

Et tout ça pour quel crime, au juste ? Pour m'être juste cassé la gueule par terre. Oui, il y a des jours où on ne devrait pas sortir de chez soi. Mais à circonstances exceptionnelles, comportement déraisonnable. Et puis merde, j'avais juste faim. Oui, je suis devenu accro aux raviolis en boîtes, premier prix ! Mais quand on a que ça, on fait moins le difficile. Enfin, le dilemme ne se posera plus quand à savoir si je dois ressortir demain, car je ne vais pas m'en sortir.

Les copains du dépressif qui fait la gueule décident de s'y mettre à leur tour. Bah oui, plus on est de fou, plus on rit ? N'est-ce pas ?

Les coups de pieds pleuvent dans un silence glaçant. Juste le bruit des Rangers sur ma peau meurtrie. Je vais pas tarder à ressembler à un vulgaire amas de viande morte.

J'en arrive vite à m'isoler de la douleur qui n'est plus que la seule note qu'entend mon corps, et les yeux fermés, je revois l'image fugace qui m'avait tant bouleversé, juste quelques instants plus tôt. Le soleil... chaud et réconfortant. Je n'ai jamais été croyant, enfin, pas en un dieu salvateur quelconque qui promettait le paradis au bon mouton pratiquant. Mais en cet instant où ma propre mort semble imminente, j'aspire, quelque part au fond de moi, à me rapprocher de ce soleil, symbole de vie. Quoique en Enfer, il paraît qu'il y fait chaud et qu'on s'amuse bien. Enfin, j'ai jamais tué personne, je ne vois pas pourquoi je devrais être condamné au supplice éternel. Sauf s'il n'y a vraiment pas de justice, même dans l'au-delà. Vu la situation sur terre, j'ai de bonnes raisons de me poser la question...

Quand soudain, une énorme déflagration retentit et secoue le sol. Un bruit de déchirement à vous exploser les tympans. Les coups cessent subitement. Mes yeux sont toujours fermés, mes tympans bourdonnent mais je crois quand même distinguer des hurlements de terreur. J'ai subitement envie d'exploser de rire mais je suis trop abîmé pour y parvenir. Enfin, si je suis toujours vivant, car je ne pense pas que le sol se soit ouvert non loin de là pour que Satan en personne vienne chercher mon âme damnée. J'aimerais être aussi important et précieux mais faut pas rêver non plus. Tout en essayant de reprendre le contrôle sur mon corps mis en lambeau par cette milice de la mort, je continue d'entendre des explosions, lointaines, des cris d'effrois. C'est la panique générale !! Du coup, l'ironie m'explose en pleine poire : on dirait bien que je vais assister à ces satanés bombardements en fin de compte ! Hélas, ma volonté capitule face à une enveloppe corporelle peu vaillante et c'est un trou noir glacé qui m'aspire, sans que je puisse avoir mon mot à dire.


Alors, je ne sais pas comment je suis arrivé là, mais si c'est le paradis, c'est carrément mieux que tout ce qui est décrit dans la Bible, le Coran ou tout autre ramassis de conneries religieuses pour lesquelles les hommes tuent depuis la nuit des temps.

Je n'ai pas toutes les informations, mais tout ce que je peux vous dire c'est que finalement, ma ville s'est bien faite bombardée. Que ça a été un carnage. Mais que je m'en suis sorti, un peu (beaucoup même) miraculeusement. J'ignore pourquoi, parce que franchement, j'ai pas l'impression d'avoir été le résistant du siècle. Je me suis juste torché et ait osé regarder en l'air, et appeler à l'aide mes chers voisins... pas de quoi fouetter un chat ! Je n'ai pas retrouvé ma vigueur d'antan mais je me trouve actuellement dans un bunker, sous terre, dans une chambre très confortable dans laquelle je peux regarder tout un tas de vieux films et surtout, manger à ma faim autre chose que des raviolis en boîtes. Bon, sûr que c'est pas de la cuisine gastronomique, mais pour moi c'est le paradis !

Tandis que je me remets tout doucement de mes mésaventures, j'accorde aveuglément ma confiance à l'infirmière qui vient me voir régulièrement pour prendre soin de moi. Le souvenir du séducteur invétéré que j'étais, revient petit à petit. Elle est belle, elle dégage de la chaleur, et de la chaleur je commence à en ressentir pour elle dans tout mon corps. Au début, on ne fait pas attention au contexte, à l'environnement. On n'a pas de raisons de se méfier puisqu'on vous a sauvé et qu'on prend soin de vous quotidiennement. Et on vous gâte... Les sourires du personnel médical vous touche au plus profond de vous-même. De votre naïveté. On ne se méfie pas de celui ou celle qui vous redonne la santé, et encore moins quand il ou elle arbore un sourire magnifique. Un beau jour cependant, des questions commencent à se pointer dans les méandres de votre esprit embrumé. Bah oui, fallait bien que je me demande un jour ou l'autre où je me trouvais et qui étaient mes " sauveurs " ?

Profitant que Mélinda (ma chère infirmière) m'apporte mon déjeuner, je l'invite à prendre place sur la chaise qui se trouve à côté de mon lit. Sa blouse immaculée moule parfaitement son corps si bien sculpté. Des formes voluptueuses, Mélinda est un vrai cliché d'infirmière à elle toute seule. Vous savez, le genre sur lequel nous, les hommes, on aime fantasmer. Blonde, les yeux bleus, une peau de porcelaine. Et pourtant, je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui j'ai l'impression que ce beau corps - qui est une invitation à la luxure la plus crue - n'est qu'un leurre. Une façade. Comme si le masque se fissurait, qu'un pan du rideau était en train de pendre dangereusement. Je ne peux pas me retenir plus longtemps. J'étouffe l'irrésistible envie que j'ai, depuis un moment déjà, de l'embrasser, et la fixe, placidement.

- Quelque chose ne va pas, monsieur ? me lance-t-elle d'une voix de minaudière.

Je feins de la regarder, en paraissant faussement embarrassé.

- Non, quelque chose ne va pas, en effet, Mélinda.

Elle fait mine de ne pas comprendre, mais je devine à la tension, soudainement palpable tout autour de nous, qu'elle se force pour ne pas regarder en direction du miroir qui se trouve face à mon lit, et donc, derrière elle. C'est bien ce que je pensais, ma chambre de convalescence n'est pas vraiment ce qu'elle prétend être. Je me trouve dans une cellule de détention. Je refoule la vague de colère qui ne demande qu'à s'extraire de moi. Je me vois déjà lui lançant mon poing en plein dans son visage si angélique. Je la vois, le visage en sang, hurlant pour qu'on vienne l'aider tandis que je lui lance des salves de coups de pieds furieux. Manipulatrice !

- Où sommes-nous ? Pour qui travailles-tu au juste ? Je pense qu'il est grand temps de briser la glace, tu ne trouves pas ? lui balance-je, cash et directe.

Le masque tombe, et se brise. Elle montre enfin son vrai visage : celui de la haine, du dégoût. Je crois qu'il n'y a pas pire vision au monde : une femme, si charmante, habitée par l'âme du mal.

Mais comme je m'y attendais, nos échanges sont observés depuis mon arrivée, et c'est sans surprise que je vois la porte s'ouvrir violemment pour laisser entrer toute une escouade de gardes, armés et parés pour un assaut. Un homme en tenue de haut gradé fait son entrée, tandis que les autres me tiennent en joue, en demi cercle tout autour du lit. Décidément, je commence à croire que je suis sacrément poisseux, finalement...

- Alors, comme ça, on se plaint, Monsieur le Français ? fanfaronne, hypocritement, le haut-gradé en me toisant, un sourire faussement amical aux coin des lèvres.

- Puis-je savoir à qui ai-je l'honneur ? me décide-je à demander.

Quitte à ne plus rien avoir à perdre, autant essayer de comprendre, même un minimum, dans quel merdier je me suis encore fourré.

- Oh, mais certainement. Général McAllister, annonce-t-il en marchant prestement vers moi et me tendant la main.

Je serre cette main tendue. Très ferme. Un homme à poigne, visiblement. Il n'est pas là pour faire le guignol.

Voyant que je le fixe, perplexe, il se délecte à l'idée de me lancer une grosse bombe dans la figure.

- Oui, j'ai oublié de préciser : Général en chef des armées des États-Unis d'Amérique.

Effectivement, c'est une sacrée bombe : je suis aux mains de l'ennemi. Celui-là même qui a précipité le monde dans l'enfer de la pire guerre mondiale qui ait jamais eu lieu...

Oui, je suis bien dans la merde ! Et pour de vrai !

Commenter cet article

À propos

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...