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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

09 Aug

" Retour de bâton ", une courte nouvelle de Benedict Mitchell (08/2015)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

Illustration de Nastasia Louveau (Pour en savoir plus sur cette artiste, n'hésitez pas à aller découvrir son site Internet : http://nastasialouveau.com/ !)

Illustration de Nastasia Louveau (Pour en savoir plus sur cette artiste, n'hésitez pas à aller découvrir son site Internet : http://nastasialouveau.com/ !)

" Retour de bâton

Kevin Pastelain avait le sourire aux lèvres. Au volant du Kangoo utilitaire de son cher papa – qu'il avait acheté pour la chasse – il roulait à pleine vitesse sur une route départementale. La route, qui filait droite à travers la campagne picarde, était déserte en ce samedi matin. Le jour venait à peine de se lever. Kevin savourait encore le plaisir qu'il ressentait depuis qu'il l'avait enterré dans un terrain vague. Là où personne ne la trouverait. Depuis que son paternel lui avait collé cette satanée femelle dans les pattes, six ans plus tôt, il n'avait cessé de la brutaliser et de développer à son encontre une haine irascible et irrationnelle. Jusqu'à vouloir la tuer. Mais pas trop vite. Il fallait qu'elle souffre. Très lentement, même. N'y tenant plus, succombant à une nouvelle pulsion plus forte que les autres, il s'était retenu, quelques heures plus tôt, de la fracasser contre un mur et l'avait conduite dans cette zone en friche qui jouxtait le champ abandonné du vieux Père Macasson. Personne n'irait fouiner là-bas, s'était-il dit. Lestée d'un sac de parpaings, il l'avait enterré vivante, tout en veillant à recouvrir sa future dépouille funeste de grosses pierres. Juste pour être sûr. En cet instant, le jeune Kevin Pastelain, 21 ans et presque toutes ses dents, se sentait sur son petit nuage. En s'imaginant le calvaire qu'elle devait être en train de vivre, il sentit arriver une trique carabinée. Une aura de puissance l'enveloppait, il était l'égal d'un dieu. Qui serait sa prochaine victime ? Maintenant qu'il était passé à l'acte, il lui tardait de recommencer. Mais avant, il lui faudrait attendre quelques jours. Puis retourner là-bas et savourer le spectacle qui s'offrirait à lui : la contemplation du cadavre de Tania.

Perdu dans ses pensées, il en oublia de concéder l'une des rares priorités qui jalonnaient la longue ligne droite et fut brutalement ramené au monde réel par le klaxon hystérique d'une voiture qui avait bien failli s'encastrer dans le Kangoo de Kevin Pastelain. Ce dernier fit un écart sur la gauche et continua sur sa lancée, sans vraiment prêter attention à la conductrice folle de rage qui lui lançait des signes provocateurs. Kevin Pastelain aurait pu faire demi-tour et rattraper cette hystérique pour lui montrer qui était le patron, mais il était dans un état second, et s'empressa de retourner dans le coton doucereux de ses songes sadiques et contre-natures.

Ce samedi de Juin s'annonçait radieux et Kevin avait hâte de rejoindre la demeure familiale afin de surprendre son père au pied du lit. Il espérait qu'il serait partant pour une bonne partie de chasse dans les Bois de l'Écluse. En attendant, il pourrait toujours passer ses nerfs sur ce qui oserait passer à portée de son fusil.

En pénétrant sur les terres du paternel, il remarqua que les volets étaient encore clos. D'habitude, à 8 heures du matin, ses vieux étaient debout. Kevin Pastelain souffla de rage et pesta contre ses vieux, constatant que sa trique avait disparu. Il se maudit de ne pas s'être arrêté en route et ne pas s'être branlé un bon coup. Une telle gaule ne risquait pas de se représenter de si tôt !

Il claqua sa portière avec violence, espérant ainsi que ses parents seraient brutalement réveillés. Lorsqu'il pénétra à l'intérieur du petit pavillon, l'atmosphère de la demeure semblait être encore plongée dans le sommeil. " Putain ! Mais c'est qu'elles dorment encore ces sales feignasses ! "

Il n'y croyait pas. Son corps s'électrisa d'une flambée de colère qu'il n'avait pas du tout envie de retenir et il monta quatre à quatre les marches de l'escalier. Sans respecter la moindre intimité pour ses géniteurs, il ouvrit la porte d'un coup et resta paralysé dans la stupeur la plus totale : le lit parental était désert. Les draps n'étaient même pas défaits. Kevin essaya de se refaire le film à l'envers. Hier soir, 23 heures passées, ses vieux étaient bien montés dans leur chambre. Jamais ils n'avaient fait mention d'une sortie matinale le lendemain. Il avait encore en mémoire les paroles de son père tandis qu'il montait se coucher : " Et te lève pas trop tard demain ! J'ai envie d'un bon civet de lièvre dimanche. " Persuadé d'avoir raté quelque chose, Kevin entreprit de passer au peigne fin toute la maison. Dix minutes plus tard, en nage, épuisé, et encore plus énervé, il dut se faire une raison : ses sales vieux s'étaient cassés. Par contre, leur voiture était toujours là, de même que l'immonde sac à main de sa mère qui trônait encore sur la commode près de l'entrée. Kevin décida de ne pas s'appesantir de tout cela et s'empressa de rejoindre la cuisine pour un petit gueuleton matinal. Au menu : saucisson et rillettes sur pain de campagne. Il irait ensuite se prendre une douche rapide avant de rejoindre son lit et de se taper une petite queue en repensant à son exploit de la nuit, devant un porno bien trash comme il aimait s'en mater quotidiennement.

*

Elle hurlait de douleur, de peur et de terreur. Sa nouvelle crise de violence lui semblait déjà pire que toutes celles qui avaient précédées. Elle allait mourir, cette fois. Les coups pleuvaient et elle était acculée contre le mur. Elle pouvait voir dans son regard une haine noire comme jamais elle n'en avait encore vu. Pourquoi lui faisait-il subir tout cela ? Qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Elle s'efforçait juste de l'aimer, et à chaque fois qu'elle venait vers lui, elle ne recevait que mépris, coups et violence. Six ans déjà que cela durait. Les séquelles physiques n'étaient déjà que trop visibles. Elle était bien trop maigre, et sous alimentée. Les coups lui avaient donné de l'arthrose. A son âge, elle aurait dû vivre dans l'insouciance et avec tout l'amour qu'elle méritait de recevoir. Mais le destin en avait décidé autrement le jour où il était venu à elle. Oh, elle était pleine d'espoir au début. Elle avait pensé, naïvement, que leur relation serait idyllique. La vie en avait décidé autrement.

Et là, elle avait atteint le fond. Elle avait bien cru mourir sous les coups, mais il avait décidé se se montrer encore plus sadique et cruel. Il l'avait laissé vivante pour qu'elle puisse voir son ultime caveau : de la terre et des pierres. Nul cercueil pour elle. Elle n'en était pas digne. A même la terre, elle redeviendrait poussière. Cette même poussière qui, pour l'heure, lui brûlait les yeux, les narines, la bouche, les oreilles. Elle essayait d'entrer de force, de s'insinuer par le moindre orifice. Elle voulait mourir mais elle n'avait même plus la force d'ouvrir la bouche pour que l'asphyxie la délivre. Résignée, au fond de son trou, dans les ténèbres et entourée d'un silence oppressant, elle attendait, lasse, épuisée, que la Mort vienne la chercher. Ses yeux fermés, par réflexe, elle revoyait sa jeunesse. Tous ces beaux souvenirs avec les siens qui semblaient si loin ! C'était comme s'ils n'avaient jamais existé, ou alors dans une autre vie. Pourquoi les hommes se comportaient-ils ainsi ? Pourquoi son homme, celui qui était tout pour elle, l'avait renié ? Elle avait dû faire quelque chose de mal. Elle devait mérité son sort. Elle n'était pas une bonne fille. Bien qu'elle ne savait pas ce qu'elle avait fait de mal, elle savait qu'elle devait attendre patiemment en souffrant. C'était sa punition. Et elle y ferait face. Quelle autre alternative avait-elle après tout ?

* *

Le sommeil prit Kevin instantanément après une bonne heure de stimulations péniennes intensives. Tandis que le jour se répandait, une menace sourde envahissait progressivement les terres qui appartenaient à la famille Pastelain. Kevin ne s'était pas inquiété outre mesure de l'absence inhabituelle de ses parents. Peut-être aurait-il du s'en inquiéter d'avantage. Ou peut-être n'aurait-il pu rien y faire, en définitif. Les rayons du soleil ne purent atteindre son cœur, car une force maléfique vengeresse l'avait déjà pris pour cible. Les pauvres réceptacles énergétiques que nous sommes sont sensibles à l'énergie terrestre. Il arrive un moment où, lorsque que la coupe est remplie d'eau, elle déborde inexorablement. La vie a ses mystères qu'elle seule est capable de décrypter, et ce qui devait arriver par la suite resterait comme un mystère inexpliqué. Et inexplicable.

Les rêves que fit Kevin cette journée-là furent des plus étranges. Il se retrouvait dans la peau de la proie chassée, que son père et lui-même avaient si souvent traqué, ensemble, dans les Bois de l'Écluse. Il fuyait à en perdre haleine, les muscles tétanisés par la frayeur. Quelque chose le pourchassait. Il n'avait pu voir de quoi il s'agissait, mais il sentait que c'était quelque chose qu'il ne pourrait supporter de voir réellement. Les bois semblaient s'étendre à perte de vue, il n'en voyait pas le bout alors qu'il cherchait désespérément à en sortir. C'était comme si la forêt ne voulait pas qu'il lui échappe. Il allait mourir ici, dévoré par cette Chose indescriptible. Elle gagnait du terrain, se rapprochait de lui, petit à petit, tandis qu'à chaque foulée parcourue, il se sentait faiblir dangereusement. S'arrêter, trébucher serait la dernière chose qu'il ferait, vivant. Et comme dans un mauvais film, ses pieds rencontrèrent des racines noueuses. Ce fut la chute. Elle déferla sur lui. Il hurla.

Kevin Pastelain se redressa, le corps trempé de sueur. Son cœur battait à rompre. Il était essoufflé. Il lui fallut quelques secondes pour se reprendre et émerger du brouillard cauchemardesque dans lequel il se trouvait encore quelques secondes auparavant. Ce n'était qu'un rêve, mais un putain de rêve réaliste. " Reprends-toi mec, tu vas pas faire ta chochotte, tout ça à cause d'une sale chienne ! "Tania hantait son esprit. Il maugréa contre lui-même. Il n'allait quand même pas se mettre à culpabiliser, maintenant ! Si bien, il était trop tard. Elle devait être morte à l'heure qu'il était et c'était tant mieux. Sans prendre la peine de s'habiller, il descendit au rez-de-chaussée en boxer et jeta un rapide coup d'œil en direction d'une horloge murale. 18H17, la journée touchait déjà à sa fin. Il pesta car il était trop tard pour aller tirer du lièvre avec son paternel. En pensant à lui, il trouva étrange de découvrir à nouveau la maison plongée dans l'obscurité. Les volets étaient toujours tirés, ce qui signifiait que ses parents n'étaient pas rentrés. " Mais ils sont où, bordel ? "

Kevin sortit dans la cour arrière, en direction du chenil de son père, dans lequel étaient censés vivre ses épagneuls bretons. Les sales clébards étaient bien dans leurs boxes. En l'apercevant, ils restèrent couchés, comme s'ils ne voulaient pas attirer l'attention de leur jeune maître à la colère souvent imprévisible (et injustifiée). Kevin passa outre et se dirigea vers l'immense jardin arboré.

La douce brise qui soufflait invitait à se poser. Il eut alors envie de se griller une cigarette mais constata rapidement qu'il avait oublié d'emmener sa précieuse drogue avec lui. Il allait faire demi-tour pour regagner la maison lorsque son regard capta un étrange mouvement à l'autre bout du jardin. Une silhouette presque familière... elle... non ça ne pouvait pas être possible. Elle était morte. Dubitatif, il se frotta les yeux et fixa à nouveau l'horizon verdoyant mais ne vit rien. Il mit cela sur le compte de la fatigue, car après tout, il venait d'émerger d'une longue nuit/journée de sommeil.

Il avait presque rejoint à pieds nus la terrasse lorsque la porte vitrée se ferma juste sous son nez. Pourtant le vent ne soufflait pas si violemment que ça. Il tendit la main pour ouvrir la porte mais elle resta désespérément close. Il s'obstina tout en regardant à travers la vitre, au cas où son père lui aurait joué un mauvais tour, mais ne vit rien. La pièce était toujours plongée dans l'obscurité, malgré le volet de la baie vitrée qu'il avait ouvert pour sortir. Il s'acharna, encore et encore, mais la porte refusait de s'ouvrir, alors qu'elle n'avait pas de système de verrouillage. A chaque problème sa solution, Kevin avisa une chaise en bois qui se trouvait sur la terrasse et s'en saisit dans l'optique de la briser contre la baie vitrée, lorsqu'il cru voir à nouveau une silhouette qu'il ne connaissait que trop bien, mais cette fois-ci en plein milieu de la pelouse. Il reposa la chaise, tout en détournant le regard un centième de seconde. Kevin fixa à nouveau la pelouse, déserte. Il n'eut même pas le temps de pester qu'il entendit un grognement menaçant du côté du chenil,quand les épagneuls se mirent à aboyer tous ensemble. C'étaient des jappements d'excitations, du même type que ceux qu'ils émettaient lorsqu'ils partaient en chasse, rendus fous par la faim, car son père les faisait jeuner quelques jours avant, histoire de s'assurer des performances des chiens de chasse. Kevin Pastelain s'était toujours vanté d'être un gros dur, qui n'avait peur de rien, mais en cet instant il était à deux doigts de faire dans son froc, comme le petit gamin qu'il était. Et elle lui apparut, à quelques mètres seulement devant lui, juste à côté des épagneuls qui hurlaient avec frénésie. Une chance qu'ils étaient enfermés dans leurs boxes. Elle était dans un état lamentable. Sa queue se rétracta dans son boxer. Tania lui faisait face, plus vivante que jamais, mais aussi moins soumise. Quelque chose, au fond de ses prunelles, irradiait d'une rage ancestrale. Si elle était morte, ça en était encore plus flippant car... Kevin ne parvint pas à continuer de dérouler le fil de ses pensées qu'un tas de créatures apparurent de toute part, sortant des parterres de fleurs, émergeant de derrière les arbres, glissant depuis le toit, tombant même du ciel pour certains volatiles particulièrement grands et... dangereux : vautours, faucons, mouettes, corbeaux, pigeons. Ils étaient plusieurs centaines à apparaître d'un coup, comme dans un mauvais film d'épouvante. Toute une faune menaçante avançait vers lui. Il se sentait incapable de bouger, d'ouvrir la bouche. Son petit cerveau étriqué de parasite humanoïde frustré ne pouvait concevoir la réalité : le chasseur se retrouvait traqué et acculé contre un mur, pris au piège. Mais face à lui ça n'était pas les créatures qu'il avait déjà tué avec son père, et qui revenaient à la vie pour se venger. C'était bien plus que cela : l'esprit de la nature se manifestait dans toute sa splendeur, et avec toute sa soif de vengeance à travers celle qu'il avait torturé plus que les autres, Tania, le dogue de Bordeaux que son père lui avait offert afin qu'il ait un peu de compagnie. Tania, une chienne dévouée, aimante, craintive, soumise, qui n'avait eu de cesse, au cours des six ans qu'elle avait passé aux côtés de son jeune maître, de l'aimer et de le vénérer, comme le font les chiens envers leurs maîtres. Car le chien ne vit que pour son maître, que pour lui plaire. Sans lui il n'est rien. Il dépend de lui pour tout : faire ses besoins, manger, profiter de ses caresses et de son affection. Le maître incarne le chef de meute, le chien est son esclave dévoué, et il est heureux de cela. Mais lorsque le maître règne en despote sanguinaire, tyrannique, le chien devient un esclave en souffrance, qui n'a même pas le pouvoir de se rebeller tant il n'est pas grand chose face à l'homme qui le domine. Ce que Kevin Pastelain ne savait pas, c'était que les chiens, et toute les créatures qui nous entourent, sont reliées à l'esprit de la Nature. Nous ne formons qu'un. Et parfois, lorsque la coupe est pleine, la nature rectifie le tir, soit en provoquant une catastrophe naturelle, soit en revêtant son armure et en devenant Némésis. Elle se trouvait face à son bourreau, à travers Tania et toute la faune qui l'accompagnait : renards, lapins, sangliers, perdrix, écureuils, ratons laveurs, rats, chats, hérissons... et même quelques loups... ils avaient investi les terres des Pastelain pour réclamer vengeance. Ils s'étaient déjà chargés de régler leur compte aux deux malheureux qui avaient engendré cette immondice de Kevin, et ils entendaient bien clore les festivités en s'occupant de celui qui prenait son pied en bavant devant des vidéos zoophiles dans lesquelles on violait tout un tas de créatures de Mère Nature. Celui qui avait bandé d'excitation en torturant une ultime fois sa chienne, Tania, et qui entendait bien récidiver et même aller plus loin dans sa perdition sexuelle et ses vils névroses psychiatriques.

Kevin n'était pas si idiot que cela, il savait qu'il n'était pas dans un rêve et que quoi qu'il fasse pour échapper à son karma, celui-ci le rattraperait toujours. Oh, il le laisserait peut-être prendre un peu d'avance, mais ça serait pour mieux se jouer de lui.

Il essaya de sortir une dernière phrase, même s'il connaissait la réponse en son for intérieur.

- Pourquoi moi ? Mes parents...

Parce que tous le comprenaient, il entendit une voix, féminine, résonner dans son esprit. Elle était forte, impérieuse, impitoyable.

- Ils ont payé, le fait de t'avoir créer, et d'avoir fermé les yeux. Quand à toi, tu sais très bien ce que nous sommes venus chercher.

Kevin pleurait à présent à chaudes larmes, tel un pauvre gamin apeuré, refusant de voir la réalité en face.

- Mais... je sais pas c'qui m'a prit ! J'aimais ma chienne !

- SILENCE HUMAIN !!! commanda la voix avec fureur.

Kevin se sentit rapetisser. Il aurait donné n'importe quoi pour disparaître et ne plus se sentir observé par ces centaines et ces centaines de paires d'yeux. Tania s'approcha de lui, imitée par les animaux les plus dangereux. Le cercle se rapprocha de Kevin qui pouvait sentir leur odeur musquée et boisée. Les pupilles étaient dilatées. Et il comprit. Ils avaient faim. Surexcités par la promesse d'un festin mémorable, ils bavaient d'envie en le fixant de leurs iris enflammés. La folie des hommes se retournaient contre lui. Il allait payer pour tous ces criminels, ces braconniers, ces scientifiques qui expérimentent avec cruauté, tous ceux qui ne respectent pas le vivant et répandent le mal autour d'eux. Il allait leur servir de repas. La première à frapper serait sa Tania. A peine eut-il accepté l'évidence qu'elle bondit sur lui, plantant ses puissants crocs contre sa gorge, perforant la chair d'une pression de sa puissante mâchoire. La carotide fut sectionnée instantanément mais la mort ne devait survenir que quelques secondes plus tard. Quelques longues secondes, atrocement douloureuses pour celui qui avait enterré vivante sa chienne – une chienne qu'il avait battu quotidiennement pendant près de six ans, et qui souffrait d'arthrose. Une chienne qui avait perdu confiance en l'être humain, et était revenue à un état plus sauvage. En à peine quelques secondes de souffrance, Kevin Pastelain éprouva la plus abominable des agonies : des dizaines et des dizaines de mâchoires affamées fondirent sur lui, lui perforant chaque parcelle de son corps, tirant sur les muscles, arrachant des lambeaux de peau, se délectant du sang du chasseur.

Une heure plus tard, le soleil se couchait sur le domaine des Pastelain. Il ne restait plus rien, pas la moindre trace de ce qu'avaient étés les maîtres du domaine. Ils avaient disparu pour de bon, et personne ne saurait jamais ce qui était advenu d'eux. Personne ne songerait non plus à interroger la faune forestière. L'esprit de la Nature continuerait à veiller, et frapperait de son courroux, au hasard, celles et ceux qui continuerait à le bafouer.

* * *

Le petit Elliott trépignait d'impatience. C'était les grandes vacances, il venait de fêter ses dix ans et pour couronner le tout, ses parents avaient enfin accepter d'adopter un chien, pour son plus grand plaisir. La petite famille faisait route vers la S.P.A. du coin. Nicolas Courvilliers, le père d'Elliott, avait téléphoné au refuge dès l'ouverture, pour prévenir de leur arrivée. On lui avait alors fait part d'une chienne errante, magnifique, qui venait d'arriver au refuge quelques jours plus tôt, et qui pourrait convenir à merveille à la petite famille.

- Papa, on pourra lui acheter des jouets, dis ? demanda le garçon, tout excité.

- Bien sûr, répondit la maman en riant, et même un panier, des friandises, un harnais et certainement d'autres choses encore !

- Ouais !!!! hurla Elliott de plaisir.

Les parents, à l'avant du véhicule, échangèrent un clin d'œil complice, heureux de voir ce qu'un simple chien, qui n'avait même pas encore rejoint leur famille, pouvait déjà provoquer sur leur enfant. La berline familiale se gara sur le parking du refuge. Nicolas n'avait même pas encore coupé le contact du véhicule qu'Elliott bondissait déjà hors de la voiture.

- Attends-nous Elliott ! lui commanda sa mère avec autorité.

- Dépêchez-vous !! Elle va partir si on traîne trop, se languit Elliott.

- Mais elle est réservée, le rassura son père. Elle n'ira nulle part sans nous !

La petite famille pénétra dans le refuge et une jeune bénévole vint immédiatement à leur rencontre. Après un échange de politesses et de quelques banalités, la bénévole emmena les Courvilliers dans le couloir des boxes canins. Des dizaines de cages jouxtaient le couloir de part et d'autre, dans lesquelles de gros comme de petits chiens étaient suspendus aux barreaux. Ils se fendaient de leurs plus belles bouilles, jappaient pour attirer l'attention des adultes, désireux d'être adopté et de sortir de cet enfer. Certains chiens tournaient le dos, comme résignés sur le sort qui les attendrait si personne ne voulait d'eux : l'euthanasie. Elliott avait des étoiles pleins les yeux. Il voulut s'approcher des cages pour caresser les trognes bruyantes qui l'appelaient, mais son père l'en empêcha.

- Mais papa !!! Ils veulent juste des caresses !! se lamenta Elliott

- Nous ne les connaissons pas, donc autant ne pas tenter le diable !

- On peut pas tous les adopter ? proposa le garçon, les yeux brillants de larmes.

Devant eux, la mère et la bénévole échangèrent un regard et se mirent à rire.

- Ce serait tellement plus simple si vous le pouviez, plaisanta la bénévole.

Les parents constatèrent l'évidence en ricanant mais chacun avait la conscience lourde de culpabilité, car au fond d'eux ils savaient que ces pauvres créatures, en attente d'un joyeux heureux où finir leur jour, étaient emprisonnées à cause de leurs semblables. Fort heureusement, la spontanéité d'Elliott attira leur attention et les fit sortir de leurs pensées douloureuses.

- C'est laquelle ma chienne ? demanda-t-il au comble de l'excitation.

- Elle est là, tout au fond ! indiqua la bénévole.

- Waouh !!!! commenta Elliott en courant s'agenouiller face aux barreaux.

- Vous pensez que ça ira avec elle ? questionna la mère, soucieuse, depuis le hall du refuge.

Elliott jouait avec la chienne sur le parking. Tous d'eux semblaient être des amis de longue date. Le garçon s'amusait à pourchasser la chienne, qui se retournait à son tour, le pourchasser elle aussi et lui sautait dessus. Il se retrouva au sol et elle l'inonda de léchouilles et de coups de tête affectueux.

- Je pense qu'elle n'attendait que vous. Elle est arrivée il y a tout juste une semaine. Elle était très craintive au début, mais là, en la voyant avec votre fils, je n'ai aucuns doutes.

- Que savez-vous de son passé ? demanda le père.

- Pas grand chose. Elle n'était pas pucée, ni tatouée, donc nous n'avons aucuns antécédents médicaux. Elle souffre d'arthrose par contre. Je crois qu'elle a été bien maltraitée par le passé. Elle a besoin de retrouver confiance en l'homme. Et de beaucoup d'amour.

- Rassurez-vous, elle n'en manquera plus. Ça semble bien partie ! commenta la mère, en essuyant une larme d'émotion qui perlait au creux de son œil.

- Oui, c'est un beau spectacle, répondit la bénévole.

- Nous allons y aller, annonça Nicolas. Nous avons une animalerie à dévaliser. Encore merci pour tout !

- Je vous prie, Monsieur'Dame ! Et encore merci pour elle ! S'il y avait le moindre problème, n'hésitez pas à nous contacter ! Et donnez-nous des nouvelles, s'il vous plaît !

- Nous n'y manquerons pas, assura la mère avec un sourire bienveillant.

Les parents rejoignirent leur fils. La chienne leur fit une fête du tonnerre. Elle débordait d'affection pour ses nouveaux maîtres.

Juste avant d'ouvrir les portes du véhicule, Nicolas héla la bénévole qui regardait la scène avec tendresse.

- Au fait, comment s'appelle-t-elle ?

- Tania ! "

Tania, une héroïne inspirée d'une véritable héroïne miraculée de la vie...

Tania, une héroïne inspirée d'une véritable héroïne miraculée de la vie...

Cette nouvelle est dédiée à Athéna, cette dogue de Bordeaux qui a alimenté la rubrique " faits divers " le 1er Août dernier et fait réagir les réseaux sociaux suite aux odieuses sévices que lui a infligé son " maître ". Sauvée in extremis par un promeneur (et surtout son chien), Athéna a connu l'enfer, en plus de la maladie très douloureuse de l'arthrose.

Un sauvetage extrêmement émouvant qui nous montre que l'homme, capable du pire, peut aussi être capable du meilleurUn sauvetage extrêmement émouvant qui nous montre que l'homme, capable du pire, peut aussi être capable du meilleur
Un sauvetage extrêmement émouvant qui nous montre que l'homme, capable du pire, peut aussi être capable du meilleur

Un sauvetage extrêmement émouvant qui nous montre que l'homme, capable du pire, peut aussi être capable du meilleur

Miraculée de la vie, et des hommes, Athéna est désormais sous la protection d'une association, après avoir été soignée. Nul doute que la reconstruction psychologique sera dure et longue pour cette adorable chienne qui n'avait rien demandé. Ne lui reste plus qu'à trouver une famille qui lui donnera tout l'amour qu'elle mérite de recevoir.

" Retour de bâton ", une courte nouvelle de Benedict Mitchell (08/2015)
" Retour de bâton ", une courte nouvelle de Benedict Mitchell (08/2015)" Retour de bâton ", une courte nouvelle de Benedict Mitchell (08/2015)

C'est un début de mois d'Août 2015 bien triste pour les défenseurs des droits des animaux, après le massacre de dauphins des Îles Féroés, la chasse du lion Cecil au Zimbabwe, le cas d'Athena, celui de ce Malinois enfermé durant plusieurs jours, dans l'Oise, dans une voiture en plein soleil et qui lui, n'a pas pu être sauvé etc... Tellement d'abrutis et de connards frustrés qui peuplent la Terre ! Mais la loi a changé, ce n'est pas encore assez mais c'est toujours mieux que rien. C'est à nous de nous battre pour que ce combat soit reconnu à la place qu'il mérite. Nous sommes tous égaux, et l'homme est la pire des choses qui soit arrivé à notre planète. Je ne suis pas la seule à le dire, beaucoup l'ont fait avant moi (et d'une façon plus illustre que moi, très certainement), et beaucoup d'autre, après moi, le feront encore.

Mais nous ne sommes pas tous pourris, alors réveillons-nous et n'ayons pas peur de nous battre pour un monde meilleur (et plus juste) !

" Retour de bâton ", une courte nouvelle de Benedict Mitchell (08/2015)
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