Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

11 Aug

" Plein gaz ", Joe Hill & Stephen King, 2009

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" Plein gaz ", Joe Hill & Stephen King, 2009

Une nouvelle écrite à 4 mains par deux des plus grands auteurs du genre fantastique/horreur de notre époque, liés par la génétique qui plus est, et qui se veut un vibrant hommage à un illustre génie du même genre littéraire, récemment disparu - Richard Matheson, ça donne une nouvelle qui dépote ! ( sans mauvais jeux de mots).

Effectivement, Plein Gaz a été rédigé pour l'anthologie He is a Legend, publiée en 2009 et consacrée donc à Richard Matheson qui, rappelons-le, est l'un des auteurs qui a le plus influencé le roi de l'épouvante. Si Richard Matheson ne vous dit rien, alors je ne peux plus rien pour vous ! Il a influencé l'un des films les plus réussis de Steven Spielberg - celui qui l'a aussi fait passer de l'anonymat à la postérité - Duel (sorti en 1971) et adapté de la nouvelle éponyme de Richard Matheson. En réalité, Duel est sorti sous la forme d'un téléfilm, diffusé pour la première fois sur ABC. Richard Matheson avait également signé le scénario. Le pitch, très simpliste, était de surcroît très efficace : un camion fou pourchasse avec véhémence un pauvre automobiliste qui avait eu le malheur de le doubler sur la route... La course-poursuite deviendra mortelle et féroce.

Avec Plein Gaz, King & Hill (père et fils, rappelons-le) rendent ici un hommage au génie de Matheson, reprenant le pitch de base de ce dernier, mais avec le style original (et inimitable) qu'on leur connait...

Joe Hill (le plus jeune) et son père, Stephen King
Joe Hill (le plus jeune) et son père, Stephen King

Joe Hill (le plus jeune) et son père, Stephen King

" Dans le Nevada, un gang de motards, anciens du Vietnam et d'Afghanistan, sillonne les routes désolées.

Errance, trafic, violence, la bande n'a rien de dociles enfants de chœurs. Lorsqu'ils sont pris en chasse par un camion fou, tout porte à croire que c'est pour les éliminer jusqu'au dernier.

Commence alors une chevauchée impitoyable. La ruse, le risque, la vitesse ne suffiront pas.

Non, le seul moyen pour ne pas mourir : ne jamais ralentir. "

Père & fils s'éclatent bien !
Père & fils s'éclatent bien !

Père & fils s'éclatent bien !

Si Plein Gaz marque la première collaboration entre le père et le fils King, il n'en reste pas moins un écrit symbolique, centré en grande partie sur la relation d'un père, Vince Adamson, ancien du Vietnam, et de son fils, John "Race" Adamson, vétéran de l'Afghanistan au caractère sulfureux et des plus sanguins. Des relations très compliquées.

On ne doute pas une seule seconde, vu la complicité des deux écrivains, qu'ils ont dû bien se marrer à écrire cette nouvelle qui a de faux airs de la série Sons of Anarchy.

On plonge momentanément dans le monde des bikers, mais pas celui des gros bisounours tatoués et barbus qui ne vivent que pour le plaisir de la Ride ! Non, c'est plutôt celui d'un gang, la Tribu, qui traîne derrière lui pas mal de casseroles (et bien crasseuses si vous voulez savoir). On n'est pas en présence de gentils héros, comme souvent dans les œuvres respectives de King & Hill. Et pourtant, après une halte sur l'aire de parking d'un restoroute, les membres de la Tribu s'attirent les foudres d'un mystérieux poids lourd, baptisé " MARRADE " (ou " MASSACRE ", le père Adamson ayant eu une hallucination peut-être pas si irréelle que cela). En réalité, c'est l'impétueux Rage, qui ne peut s'empêcher de saper l'autorité paternelle, qui déclenche l'ire du camionneur. On se demande pourquoi, jusqu'à la fin, quand on comprend la chute finale. Et on se dit alors que c'est pas mal. Certains y ont vu du réchauffé. Oui, dans le milieux des bikers hardcores évoluant dans le trafic de méthamphétamine, ça peut ressembler à du déjà-vu, il n'empêche, c'est bien écrit et le suspens est au rendez-vous.

On reconnaît la marque de fabrique bien gore dans certaines descriptions, et une galerie de personnages plus déjantés les uns que les autres. Ah, Roy Knowes et sa machète (on pense tout de suite à Danny Trejo, je ne sais pas pourquoi...).

Le logo du gang de bikers : la Tribu
Le logo du gang de bikers : la TribuLe logo du gang de bikers : la Tribu

Le logo du gang de bikers : la Tribu

Pour info, Plein gaz a été adapté en bande-dessinée avec la nouvelle de Matheson, Duel. Les dessins rendent fidèlement hommage à l'esprit rock'n'roll de la nouvelle. Intitulée Road Rage, les dessins sont signés par Nelson Daniel et le scénario Chris Ryall. Elle est sortie sous un seul volume en France en 2013 (et en 4 volumes aux States en 2012).

" Plein gaz ", Joe Hill & Stephen King, 2009
" Plein gaz ", Joe Hill & Stephen King, 2009" Plein gaz ", Joe Hill & Stephen King, 2009

< EXTRAITS >

" (...) Le whisky dégoulinait sur la citerne cabossée. Vince jeta un coup d'œil à l'éclaboussure et tressaillit malgré lui. Plusieurs lettres étaient peintes au pochoir sur le flanc du poids lourd. Il crut d'abord lire MASSACRE. Mais non. Il s'agissait de MARRADE. (...) Vince s'en serait volontiers amusé, mais ce qu'il vit ensuite lui en ôta l'envie.

Le chauffeur, assis dans la cabine, laissait pendre son bras par la vitre. Une cigarette se consumait entre l'index et le majeur. Sur son avant-bras, on distinguait un tatouage décoloré : " La mort plutôt que le déshonneur. " Vince en déduisit qu'il avait affaire à un vétéran. Il écarta cette réflexion. Peut-être pour y songer plus tard, peut-être pas. Il tenta de déterminer si le type avait écouté leur conversation, de jauger le risque. Fallait-il d'urgence éjecter Marrade de son bahut pour mettre les choses au point ?

Le chef de bande était encore en train d'envisager les mesures à prendre lorsque le moteur sale et bruyant du semi-remorque gronda. Marrade envoya d'une pichenette sa cigarette sur le parking et desserra les freins à air comprimé. Le pot d'échappement cracha une fumée noire, l'engin avança, ses roue crissèrent sur le gravier. Vince laissa échapper un long soupir tandis que le camion s'éloignait. La tension retomba. Le conducteur n'avait sans doute rien entendu. Et dans le cas contraire, peu importe. Aucun individu sensé n'irait se mêler d'un tel bordel. Marrade avait dû se rendre compte qu'on avait surpris son indiscrétion. Il avait décidé de s'éclipser au moment opportun.

Le temps que le dix-huit roues s'engage sur la chaussée à deux voies, Vince avait déjà fait demi-tour et s'était frayé un chemin parmi ses hommes pour aller manger. Il se passerait presque une heure avant qu'il ne revoie le camion. "

__________________________________________________________________________________

(...)

" ... Lemmy les observait, les bras croisés sur la poitrine. Il était posté à quelques mètres de son chef, prêt à intervenir. Les autres membres s'agglutinaient par petits groupes de deux ou trois, hirsutes, couverts de poussière. Ils portaient des blousons en jean ou en cuir frappés au logo du gang : un crâne orné d'une coiffe d'Indien. La devise du club, sous l'illustration, indiquait : " La Tribu - Vivre sur la route, Mourir sur la route. " "

De gauche à droite : Rage (le fiston qu'on a envie de baffer), Vince (le chef de clan & paternel sympathique) & Lemmy Chapman (le bras-droit du chef, transfuge de Lemmy Kilmister du célèbre groupe adoré par les bikers - entre autre - Motorhead !)

De gauche à droite : Rage (le fiston qu'on a envie de baffer), Vince (le chef de clan & paternel sympathique) & Lemmy Chapman (le bras-droit du chef, transfuge de Lemmy Kilmister du célèbre groupe adoré par les bikers - entre autre - Motorhead !)

Scène d'ouverture et scène de fin...
Scène d'ouverture et scène de fin...

Scène d'ouverture et scène de fin...

MA NOTE : 4/5

Rien de vraiment transcendant, certes, mais une nouvelle qui est fort sympathique à lire !

Une plongée dans l'Amérique profonde et dans le quotidien d'un gang de bikers pas trop commode. Un récit gorgé de testostérone, d'orgueil, de cambouis, et de pétarades dans lequel la vengeance et l'honneur planent sur la destinée de chaque personnage, attendant son heure.

Je ne pense pas que ce soit le type de récit dont on se souvient et sur lequel on s'émerveille mais c'est incontestablement un hommage plus que réussi au Duel de Matheson.

Oui, on pourra dire que l'intrigue est convenue, qu'il est normal que... bla et bla et bla, il n'empêche que la fin m'a surprise, et dans le bon sens du terme.

Chacun se fera son propre avis après tout, mais en 69 pages, c'est plutôt pas mal, et divertissant. J'ai passé un bon moment (un peu trop court toutefois).

Vince et Race Matheson, deux motards aux antipodes (entre tradition et modernité on va dire!)Vince et Race Matheson, deux motards aux antipodes (entre tradition et modernité on va dire!)

Vince et Race Matheson, deux motards aux antipodes (entre tradition et modernité on va dire!)

Commenter cet article

À propos

Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...