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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

13 Aug

" La Compassion du diable ", Fabio M. Mitchelli, 2014

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" La Compassion du diable ", Fabio M. Mitchelli, 2014

Il existe aussi des livres qui ne vous laissent pas indifférents, tant ce qu'ils dégagent est... indescriptible. La Compassion du Diable est de ceux-là. La couverture a, à ce propos, le mérite d'être clair : " Noir .Brutal. Sans concessions. Terrifiant. " d'après le très estimé Bernard Minier (dont on apprend, dans les remerciements de l'auteur, qu'il a beaucoup aidé ce dernier dans son développement). Bon, je n'ai pas encore lu de Bernard Minier, mais je sais d'une source sûre et fiable que c'est du très lourd. Donc, c'est avec une confiance totale que je plonge dans cette œuvre qui a déjà séduit un large public. Mon expérience dans le domaine du polar français ne se limitant, pour l'heure, qu'à Maxime Chattam & Franck Thilliez, je suis impatiente de découvrir cet auteur " cocorico " qui monte ! Et je n'ai pas été déçue... Pas trop fan de viande, je l'ai pourtant dévoré.

" 1963 - Une nuit dans l'Ohio... impulsive.

Suivront des corps, dans des barils en plastique.

1981 - Deux enquêteurs, hantés par leur passé.

Le cannibale de Cleveland... et vous.

Votre compassion... celle pour le diable. "

La 4ème de couverture est très minimaliste. Pourtant, elle m'a tout de suite interpellé. Bon, surtout la citation, une fois encore, sur le verso, de Bernard Minier : " Une plongée terrifiante dans l'esprit d'un serial killer, une lecture dont vous ne sortirez pas intact. "

En avant-propos, je tombe sur " l'avertissement " de l'auteur, indiquant clairement que ce livre s'inspire de la vie de l'un des pires serial killer américain, Jeffrey Dahmer, ainsi que par la série de meurtres perpétrés plus tard par un autre serial killer tristement célèbre lui aussi, Anthony Sowell. L'auteur prévient que les évènements de La Compassion du diable s'inspire en grande partie de faits réels. Je connaissais un peu l'historique de Jeffrey Dahmer, pour avoir lu quelques ouvrages spécialisés sur les tueurs en série... j'étais loin de voir l'atrocité de la réalité sous un autre jour, celui d'un roman. Et là, ce qui frappe davantage : c'est l'horreur absolue, quand on réalise que ce roman n'est pas qu'une fiction. Que les nombreuses victimes du cannibale de Cleveland ont un lien réel avec celles de ces deux tarés de Dahmer & Sowell. Et que les souffrances sans mot qu'elles ont enduré, de pauvres victimes les ont elles aussi endurées.

Une fois n'est pas coutume, l'auteur précise que " certaines narrations peuvent parfois heurter la sensibilité des plus jeunes " (et des plus sensibles aussi, parce que les images ainsi que les odeurs sont particulièrement fortes dans ce polar !)

Alors, oui, on reconnaît bien l'histoire de Dahmer, et le mode opératoire de Sowell pour ce qui est de Blake, celui que l'on a tristement surnommé le Cannibale de Cleveland, un véritable condensé de ce que l'humanité et la génétique ont engendré de pire ! Je ne développerai pas les parallélismes entre la fiction et la réalité, je vous laisse lancer une simple recherche internet sur ces deux malades, vous comprendrez par vous-même. Le mieux, c'est de le faire après avoir lu le livre !

Je vous glisse juste ci-dessous quelques (vraies) photos...

Anthony Sowell (à gauche) et Jeffrey Dahmer (à droite)Anthony Sowell (à gauche) et Jeffrey Dahmer (à droite)

Anthony Sowell (à gauche) et Jeffrey Dahmer (à droite)

Entre parenthèses, découvrir le véritable visage de Dahmer a été un véritable choc : rien ne laisse voir sur ce visage lambda (et presque normal, charmant ?) qu'il abritait en réalité le visage du Diable.

De véritables clichés imputés aux atroces crimes de Dahmer...
De véritables clichés imputés aux atroces crimes de Dahmer...

De véritables clichés imputés aux atroces crimes de Dahmer...

D'avance, je m'excuse encore pour les sensibilités les plus fragiles. Mais cela vous montrera que l'homme est un véritable prédateur, et que la réalité est pire que la fiction dans ces cas-là.

La première photo, très bien illustée dans le roman de Mitchelli, montre l'usage que faisait Dahmer/Blake des corps des jeunes hommes gays qu'il mutilait et assassinait. Enfin, s'il n'avait fait que cela car la liste est tellement longue et abjecte ! Là encore, sur le cliché, les crânes humains semblent " intacts ", alors que dans le roman... ils servent littéralement de décoration d'intérieur !

Quand à l'autre cliché, le plus abominable, il illustre, là encore, le Modus Operandi de Dahmer/Blake : la réalisation, une fois les corps morts, après de multiples étranglements/réanimations, de photos destinées à pimenter la libido du cannibale... Cela se passe de commentaires. Si vous voulez vous pencher dans cet univers poisseux pour, comme moi, essayer de comprendre pourquoi tant d'atrocités et de folie chez ces hommes, je vous renvoie au plus grand spécialiste mondial des tueurs en série : Stéphane Bourgoin. Les nombreux ouvrages qu'il a rédigé, les nombreux documentaires auxquels il a participé, et enfin, les longues retranscriptions d'interview qu'il a réalisé (car oui, il a rencontré un très grand nombre de tueurs en série américains, en prison), vous permettront de vous faire votre idée, et, je l'espère, de ne pas tomber en admiration de tels monstres de la nature. On peut être fasciné par ces personnages, mais pas dans le sens positif du terme (enfin, si l'on est soi-même sain d'esprit, cela va sans dire). Car il est effrayant de voir que c'est souvent suite à des sévices infligées pendant l'enfance, que les futurs mécanismes de la vie d'adulte se mettent en place, et transforment ces esprits purs, ces enfants, en de véritables psychopathes & sociopathes. Il en va de même de notre Blake, le cannibale de Cleveland, qui déjà enfant avait réussi à se faire passer pour le diable auprès de son oncle. Même enfant, il avait déjà le Mal en lui... Alors, dans ce cas, quand est-ce que la contamination se fait-elle ? Dans l'utérus de sa mère, alors qu'il n'est qu'un simple embryon ? Parce sa mère est faible et négative, qu'elle se prend des coups régulièrement ? Trop facile d'avancer cette hypothèse car tous les enfants battus, violentés, ne finissent pas tueurs en série ! Alors quoi d'autre sinon ? La question est complexe...

Pour en revenir au roman, j'ai été très déroutée au début par la construction narrative du livre : de très courts chapitres. Les scènes tournent en moyenne autour de 3-4 pages, et elles alternent entre les " Blake Memoria ", l'histoire de Blake, et l'investigation des enquêteurs de la police de Cleveland, le sergent Victoria Fletcher et l'inspecteur Freddy Lawrence. Certains n'ont pas aimé ce parti pris de l'auteur. Personnellement j'ai adoré, cela accroît le rythme et nous empêche de poser le livre car l'intrigue est sans cesse suspendue et recule toujours plus loin pour nous affamer. Un " serial tourneur " La Compassion du diable ? Oui, assurément !!!

Ensuite, le seul point négatif que je pourrais voir ce sont les personnages. Mais je pense, là encore, que cela sert grandement le récit. Je m'explique. Les personnages sont presque tous répugnants. Pas un seul, à part deux personnages mais qui meurent comme des merdes, ne m'a fait avoir de la compassion pour eux. Freddy Lawrence m'a d'emblée dégoûté, avec ses odeurs corporelles répugnantes liées à un dysfonctionnement hormonal et sa façon de se comporter en manière générale. Son acolyte, la très névrosée Victoria, c'est pareil. Elle ne sait pas balancer une phrase sans y ajouter des " bordel " ou des " putain " ! Quelle classe !

Les métaphores sur les odeurs, justement, sont très présentes et y sont pour beaucoup dans l'ambiance malsaine générale de l'histoire. L'auteur insiste (parfois lourdement - mais c'est sans doute fait exprès) sur les sévices auxquelles s'adonne le cannibale sur ses victimes : droguer, violer, étrangler, mettre en scène de manière immonde & photographier, se branler et profaner les dépouilles, sélectionner la viande qui sera consommée, démembrer, faire bouillir les crânes pour les peindre, placer les troncs dans des barils d'acides et jeter les restes dans des sacs poubelles ou aller s'en débarrasser... charmant, je vous l'accorde ! Très (trop) répétitif, ce qui alourdit encore plus l'atmosphère. On a envie de gerber.

La dernière ligne droite est parfaitement réussie. Car un tel tueur en série ne peut pas, de lui-même, se stopper. C'est sa mort ou son arrestation qui lui permettra de stopper définitivement sa folie meurtrière. Et on comprend que c'est ce qui va lui arriver, car il est dévoré par sa propre folie. Arrive ce moment où il est démasqué. De nombreux rebondissements (et des images particulièrement dégueulasses) sont à prévoir dans cette dernière ligne droite.

Par contre, je suis contente, j'avais quand même très vite deviné qui se cachait derrière la véritable identité de Blake. Sans doute à cause de John Wayne Gacy (un autre tueur en série - réel - qui m'avait marqué et avec qui j'ai remarqué de nombreuses similitudes dans le mode opératoire de Blake). Même si l'auteur nous ballade entre deux suspects pendant une bonne partie du livre, un lien les unit. On se demande si on a vraiment deviné, jusqu'à relier tous les indices distillés sagement au fil des pages par Mitchelli.

Le titre (et la magnifique couverture réalisée par Bertrand B.) prennent alors tout leur sens. Et vous, après avoir lu l'histoire de Blake, aurez-vous de la compassion pour le diable ? Moi, non ! Absolument pas. Et sa fin (comme celle de Dahmer) sont limites trop soft compte tenu des actions inqualifiables qu'ils ont commis.

Enfin, rien à redire sur l'écriture : fine, maîtrisée, efficace.

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< EXTRAITS >

" Cette nuit dans l'Ohio, cette nuit... impulsive. Rien n'a été normal depuis. Ça entache votre vie entière. après que ce soit arrivé, j'ai pensé que j'allais juste essayer de vivre aussi normalement que possible, et que j'allais enterrer ça. Mais les choses comme ça ne restent pas enterrées. Je ne pensais pas que ça le ferait, mais ça le fait, ça infecte toute votre vie ".

(Jeffrey Dahmer, parlant de son premier meurtre, celui de Steven Hicks.)

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" Il ne sait pas encore comment il va s'appeler ni même ce que sera son avenir.

Son nom, qui deviendra tristement célèbre, il ne le porte pas encore. Il ne sait pas qui il est, il ne sait pas qu'il mutera plus tard en un redoutable tueur, un tueur sanguinaire, froid, un tueur qui aimera récidiver cet acte abominable qui consiste à briser des existences. Non, il ne sait même pas qui il est car il n'est pas encore né. Il mesure à peine dix millimètres et ressemble à un ver de farine recroquevillé sur lui-même.

Rien à quoi il est malheureusement prédestiné ne lui effleure l'esprit à cet instant-là, aucune image ne vient le frapper, ni le sens des mots " mort " ou " vie ", absolument rien de ce qui sera son héritage génétique de futur meurtrier ne provoque de réaction en lui.

Il est inerte. C'est un embryon de quatre semaines qui danse encore dans le ventre de sa mère, un zygote évolué qui cherche encore à se développer, comme s'il fallait déjà qu'il sauve sa peau au détriment de la vie des autres.

Il entend la musique. Il danse au rythme des pas de sa mère, au rythme de sa vie, au rythme de ses cauchemars. Il nage dans la tiédeur du liquide amniotique, au rythme de ses songes dans lesquels baignent déjà tant d'horreurs.

Il absorbe les sons, les vibrations, les clameurs, la douleur, le sang.

Son cerveau, comme une éponge sèche, se gonfle des informations qu'il perçoit depuis ce monde qui se trouve avant le monde, depuis le seuil de cette porte qui le conduira dans quelques mois au point zéro de son existence terrestre. Les informations ne sont que violences, hurlements, terreur. Il perçoit les chocs, les vibrations des coups qui pleuvent sur sa mère. Les prémices de son destin s'articulent lentement dans sa gangue de chair et de sang, les balbutiements de sa vie prochaine, cette vie de dangereux criminel, celui qu'il deviendra, celui qu'il sera... "

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" ... " Tu vas voir... tu vas aimer tout ce que je vais te faire, même lorsque tu ne ressentiras plus rien, tu en redemanderas encore... " avait jeté Blake en s'installant derrière le volant. Il avait ensuite tourné le bouton de l'autoradio et Bob Dylan s'était mis à claironner " You're no good ". "

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" (...) Tous ces animaux morts qu'il avait éventré pour étudier leur contenu, pour assouvir sa curiosité et son besoin de brasser leurs entrailles pourrissantes alors qu'il n'était qu'un enfant, n'avaient été que le canal conducteur et déclencheur de ce qui allait devenir sa folie, la décrépitude de son esprit humain.

Sa sexualité désordonnée, imprécise, son goût prononcé pour les garçons dès son plus jeune âge, la frustration, le désastre du couple de ses parents, le décès de sa mère, la solitude, toute cette folie, cette souffrance, tous ces fragments douloureux de sa vie n'avaient fait que contribuer à l'aboutissement de ce qu'il était devenu.

Très tôt, ce désir infernal et animal. Ce mal, qui s'insinuait dans son bas-ventre chaque fois qu'il apercevait un jeune homme qui l'attirait, ce sexe qui se raidissait jusqu'à le faire souffrir, tout ce diabolique mécanisme qui ne l'avait jamais quitté avait fait de lui l'esclave du mal. Blake n'avait jamais su réfréner ses désirs, ses pulsions sanglantes... il ne l'avait jamais pu.

Mais voilà qu'aujourd'hui, de nouveau, il fallait qu'il tue.

Il fallait qu'il tue non pas pour son propre plaisir, mais pour sa propre survie... "

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" (...) La claque qu'elle avait reçue en apprenant que (...) l'avait quelque peu balancée dans les cordes, secouée, lui avait confirmé ce côté " cannibale " présent chez la plupart des hommes. L'attirance de la chair, le goût de la peau. Oui, décidément, les hommes ne cesseraient de lui apparaître comme un vulgaire concept phallique, une représentation malsaine du genre humain, presque une erreur de la nature. À son sens, tous les hommes portaient le visage de Gary. Cette crapule qui l'avait marquée au fer rouge et l'avait rendue cinglée, ce fumier qui avait défloré son innocence était le responsable de sa chute, de ce qu'elle était devenue et de ce qu'elle allait devenir. "

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Fabio M.Mitchelli, en dédicaces au Salon du Polar de Lens les 21 & 22 Mars 2015

Fabio M.Mitchelli, en dédicaces au Salon du Polar de Lens les 21 & 22 Mars 2015

MA NOTE : 5/5

Une très belle découverte, enfin si on peut utiliser le terme de " beau " pour La Compassion du diable, car bon, le thème est surtout glaçant, sombre, noir, oppressant !

Une histoire captivante avec un suspens haletant et beaucoup de " oh non pas ça ! ", parce que bon, si vous aimez les fins heureuses vous chercherez encore longtemps...

On plonge vraiment dans l'esprit d'un serial killer des plus tordus, et même si certain(e)s seraient tenté(e)s d'avoir de la compassion pour le diable, ça n'explique pas tout. La folie humaine, un bug de la nature ? Un mystère incompréhensible ? Beaucoup d'hypothèses mais pas de pitié pour autant pour ce genre de personnages. Enfin, ce n'est que mon avis. Après tout, parfois les fruits pourrissent tout seul sans qu'on puisse l'expliquer.

Moi qui ne me choque pas facilement (enfin, sauf lorsqu'il s'agit de cruauté envers les animaux) j'ai eu parfois un peu de mal, la nausée n'était pas très loin, signe que l'auteur à réussi son défi de nous faire plonger la profondeur et la noirceur de son antre.

Ce qu'on en retiendra ? De se méfier ! Et beaucoup même ! Je ne dirais pas de quoi, pour ne pas spoiler ou nuire au plaisir d'être happé par cette intrigue captivante. Et de garder malgré tout espoir, car tous les hommes ne sont pas perdus pour autant (enfin, je crois !).

En définitif c'est un livre très réussi, maîtrisé de A à Z, qui nous fait plonger dans les abysses de la folie, qui fait froid dans le dos mais qui nous fait réfléchir et nous interroger. Mais qui appelle surtout à farder la foi en l'homme, je pense. C'est même vital si on veut pas se laisser couler (et quand je dis ça, je pense surtout aux très - trop - nombreux faits divers qui occupent quotidiennement les réseaux sociaux et qui ne nous montrent pas l'homme sous son meilleur jour).

Enfin, pour finir, une petite mention concernant les très nombreuses références musicales, en particulier aux Rolling Stones ? L'auteur serait-il un très grand fan ? En tout cas, la référence à " Sympathy for the Devil " est très appropriée. Pour clore cette chronique diabolique, je vous laisse donc en compagnie du démon Jagger !

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Granola 21/09/2015 07:48

waouh!

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