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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

10 Jul

La Maîtresse de guerre, Gabriel Katz, 2013

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

La Maîtresse de guerre, Gabriel Katz, 2013
La Maîtresse de guerre, Gabriel Katz, 2013

Ce qui est bien avec l'œuvre de Gabriel Katz (je parle des 5 romans qu'il a signé pour l'heure sous son nom de plume) c'est qu'on évolue dans un même univers, même si avec La Maîtresse de Guerre, le théâtre des opérations se situe tout au sud, là où le désert règne en maître et où la terre est rouge, dangereuse et mortelle... et où séviraient des cannibales esclavagistes barbares !

Enfin, la notion de " barbare " est une notion vague qui a plus trait à une vue de l'esprit qu'à une véritable pathologie génétique qui ferait d'un humain un animal assoiffé de sang & de violence. Peut-être bien un gimmick chère à Gabriel Katz : le barbare dénué de civilité est-il bien celui auquel on penserait de prime abord ?

" Fille de maître d'armes, Kaelyn rêve de reprendre le flambeau paternel, tandis que les autres rêvent d'un beau mariage. Elle a le talent, l'instinct, la volonté. Mais cela ne suffit pas : c'est un monde dur, un monde d'hommes, où la place d'une femme est auprès de son mari, de ses enfants, de ses casseroles.

Il va falloir lutter.

Alors elle s'engage dans la grande armée qui recrute des volontaires pour aller se battre au bout du monde. Dans la violence de la guerre, elle veut acquérir seule ce que personne n'a voulu lui enseigner.

Mais le grand sud, plongé dans le chaos de l'invasion, va bouleverser son destin bien au-delà de ses attentes... "

Alors, à première vue, j'avais un peu peur d'être face à un roman " jeunesse ", à cause de la couverture. En effet, j'avais rencontré Gabriel Katz, au Trolls & Légendes de 2015, et il m'avait alors parlé de la petite erreur de compréhension de la part de la maison d'édition SCRINEO avec cette illustration et la classification du roman dans la catégorie " jeunesse " alors qu'il ne s'agit absolument pas d'un roman à destination des plus jeunes. Certes, la couverture de Miguel Coimbra rend justice à la cité de Damnas dans lequel se déroule l'histoire dans sa grande majorité et à Kaelyn, l'héroïne flamboyante.

La 4ème de couverture m'a aussi dérouté : je dois dire que je m'étais attendue à quelque chose de plus... martial peut-être, le quotidien d'une nana qui s'engage dans l'armée, ni plus ni moins. Je pensais découvrir une sorte de journal intime initiatique et je n'ai pas du tout été déçue, ou plutôt j'ai été émerveillé par le schéma narratif employé par l'auteur ! En guise de point de comparaison je ne dispose que de ma lecture (récente) d'Aeternia - La Marche du Prophète et tout comme cet autre roman j'ai envie de hurler : " mais quelle claque !!! "

Non, vraiment, le style employé, les images, la noirceur ambiante (certes légèrement moindre que dans son dernier roman édité), la destinée des personnages qui se retrouve bouleversée, bref, aucune fausse note si ce n'est quelques erreurs typographiques (oublis de mots) qui seront corrigées à l'avenir lors des prochaines réimpressions.

Kaelyn, le personnage principal, nous offre un portrait d'héroïne comme on aimerait en voir plus : une nana qui a des couilles mais qui n'est pas une Brienne de Torth pour autant. Belle, désirable, un corps aux formes féminines, un caractère bien trempé, insoumise, elle sait faire face à ses peurs et depuis son plus jeune âge elle a du se battre pour s'imposer et ne pas être reléguée derrière les fourneaux.

Kaelyn, la guerrière venue du Nord, telle qu'on pourrait se la représenter...

Kaelyn, la guerrière venue du Nord, telle qu'on pourrait se la représenter...

Kaelyn n'a rien de ces autres héroïnes qui essaient de se battre mais conservent malgré tout ce côté " bonne femme sentimentale énervant " (comme dans la bit-lit par exemple). Pour autant elle n'est pas non plus le faire-valoir d'un féminisme qu'on désespérerait de trouver dans de la Fantasy.

Bon, certes, il n'a pas du être évident pour Gabriel Katz de se mettre dans la peau d'une nana mais au final je trouve qu'il s'en est extrêmement bien sorti : en tant que femme, on arrive sans problème à se mettre à la place de Kaelyn et à considérer ses préoccupations comme étant crédibles (autant qu'elles pourraient l'être dans un tel contexte).

Kaelyn n'est encore qu'une jeune femme et en s'engageant dans l'armée conquérante venant soumettre les sudistes esclavagistes et cannibales elle va enfin se trouver elle-même, à travers les horreurs de la guerre. En se retrouvant privée de son humanité, de sa liberté elle va trouver ce qu'elle n'aurait jamais pu espérer avoir dans son nord natal : son destin, tout simplement. Celui d'une nana épatante promise à devenir une guerrière de légende, avec peut-être un petit bonus à la clé...

Damnas, la grande cité du sud, passage obligé des caravanes qui sillonnent le désert vers d'autres royaumes et contrées lointaines. La cité qui est sensée être aux antipodes de la capitale Kyrenia, le berceau des lettrés et de la connaissance. Un univers que nous allons découvrir en même temps que Kaelyn lorsque son groupe d'éclaireurs tombe sur l'ennemi et un maître de guerre énigmatique, Hadrian, le guerrier-reptile aussi froid et glacial que les lames légendaires hors de prix qu'il collectionne... Puis, ce sera pour elle le marché aux esclaves et la peur d'être vendue à un monstre, de payer sa misérable condition de femme promise au viol des hommes, du sexe fort - celui qui possède le phallus dominateur & conquérant ainsi que son prolongement, l'épée.

Comme dans Aeternia, deux forces s'opposent : la coalition des territoires du Nord, du centre et de l'Ouest (dits civilisés alors qu'ils ont enrôlé dans leur immense armée une faction de brutes barbares, les waegs), priant chacun leurs propres divinités (dont la Grande Déesse que l'on retrouve sous l'égide de l'armée des Rouges ou des Libérateurs). Face à l'envahisseur, Damnas, une transposition d'une Damas-Constantinople antique avec à sa tête un Sultan, un peuple marchand et nomade maîtrisant un certain nombre de choses & de savoirs non barbares et priant la déesse Kadesh, vénérant des sanctuaires paradisiaques avec des monastères vivant en osmose avec de petits villages accueillants et pacifiques. Un choc des cultures, deux civilisations qui s'affrontent : l'une se disant civilisée, prétextant débarrasser le monde de sa vermine, envahissant et détruisant, massacrant, pillant tout sur son passage et l'autre luttant pour survivre, pour repousser l'ennemi et sa barbarie sanguinaire.

Damnas, un écrin de beauté perdue au milieu d'un désert arride sanguinaire...

Damnas, un écrin de beauté perdue au milieu d'un désert arride sanguinaire...

< EXTRAITS >

" Le village était en deuil. Devant une grande maison au toit couvert de neige, un groupe d'hommes se tenait en silence. Ils étaient tous là, malgré le vent de la montagne qui soulevait des nuages de givre. Le meunier, le forgeron, le tanneur, le bûcheron et ses fils, les clercs, les marchands de fourrures, l'ébéniste, les trappeurs. Et même les gamins du village, qui se pressaient derrière leurs pères. Il ne manquait que Horn, le maître d'armes, et c'était lui qu'on attendait.

Quelqu'un lança à voix haute :

- Il ne viendra pas.

Il y eut des murmures d'approbation. Le jour déclinait déjà sur les crêtes, bientôt la route serait trop dangereuse pour chevaucher. Lorsque la nuit tombait sur les montagnes de Nordland, le pays appartenait aux loups et aux esprits des ténèbres.

Les villageois se dispersaient quand résonna le grondement sourd d'un galop sur la neige. C'était lui. Avec son manteau détrempé, son bonnet de laine, sa grande épée nordique. Sa barbe tressée était blanche de givre.

Le forgeron, son plus vieil ami, vint prendre sa monture par la bride en se forçant à sourire.

- Bienvenue, Horn.

Le maître d'armes descendit de son cheval, un grand sourire aux lèvres. Il donna l'accolade à son ami, salua les badauds d'un signe de la main et marcha à grands pas vers la maison devant laquelle tout le village l'attendait. À cet instant, il prit conscience que les yeux se détournaient pour éviter son regard. Une main consolatrice se posa sur son épaule, quelques têtes hochèrent tristement. son sourire s'effaça et, malgré le froid glacial qui lui faisait monter le sang aux joues, il pâlit comme un mort.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Personne n'osa lui répondre.

- Ma femme ? Elle est...

- Non, ta femme va bien, Horn.

Alors c'est l'enfant ? Ne me dites pas que...

Cet enfant, c'était le rêve d'une vie. Quinze ans déjà que le maître d'armes et sa femme essayaient d'avoir un enfant... Tout y était passé : les prières, les potions, les décoctions de feuilles et mêmes les remèdes chamaniques, vendus sous cape dans les ruelles sombres des grandes villes. Ils avaient sacrifié dix agneaux à la déesse de la fertilité. Ils avaient glissé des amulettes sous leurs oreillers et fait brûler des bougies sacrées. Rien n'y avait fait. Valenia prenait de l'âge, les sages-femmes disaient que bientôt il serait trop tard. Horn avait refusé de la répudier, malgré les conseils des anciens ; il l'aimait comme au premier jour, elle et elle seule lui donnerait un héritier.

Enfin, au début du printemps, la grossesse tant attendue était arrivée. Horn avait dû s'absenter plusieurs mois - le temps de former à l'épée le fils d'un grand bourgeois, quelque part dans la vallée -, mais il avait juré qu'il serait de retour pour le grand jour. Et quand un pigeon voyageur lui avait porté la bonne nouvelle, il avait sauté en selle et galopé depuis l'aube, sans égard pour la tempête de neige qui balayait les routes.

- L'enfant aussi se porte bien, répondit le forgeron.

- Eh bien alors ? tonna Horn. Pourquoi vous faites tous une tête d'enterrement ?

- C'est que...

Le forgeron chercha du soutien auprès de ses camarades, mais aucun ne voulut lui venir en aide. Faisant mine de geler dans leurs capes de fourrure, ces rudes hommes du Nord refluaient à l'abri...

La neige s'était remise à tomber, rideau blanc sur un paysage noir. Alors il prit une grande inspiration, regarda Horn dans les yeux et annonça d'une voix sourde :

- C'est une fille. "

(...)

" Les espions mentent, les éclaireurs se trompent, les officiers sont des ânes. La seule personne à qui tu peux faire confiance sur le terrain, c'est toi. "

(...)

" La peur on ne s'en défaisait jamais, mais un bon guerrier, s'il voulait survivre, devait faire de son mieux pour la masquer. "

(...)

" L'amour comme la guerre, repose rarement sur des bases rationnelles. "

Gabriel Katz en dédicaces au " Trolls & Légendes " à Mons (Belgique) le 04/04/2015

Gabriel Katz en dédicaces au " Trolls & Légendes " à Mons (Belgique) le 04/04/2015

MA NOTE : 5/5

Avant d'atteindre la moitié du livre je pensais mettre 4/5, mais finalement j'ai été frappé par les enchaînements et la narration qui est rapide, sans fioriture, sans longueurs inutiles. J'avais même parfois l'impression que ça allait trop vite tant j'aurais voulu m'attarder lors de certaines scènes carrément épiques, lorsque ce petit bout de femme rouquine s'impose petit à petit dans un monde gorgé, saturé de testostérone.

N'ayant pas encore lu la trilogie du Puits de Mémoire j'ai vraiment hâte de me lancer dans cette nouvelle aventure tant la plume de Gabriel Katz est maîtrisée, onirique et invite à l'évasion, même si cette rêverie est noire, sanguinaire et violente. Elle n'en est que plus crédible et réaliste.

Le seul hic c'est qu'il faut faire abstraction de la classification " jeunesse " qui n'a pas lieu d'être. Tout au plus je dirais à partir de 14 ans parce que bon, il est quand même question de beaucoup de violences, de viols, d'humiliations et de certains passages que je ne ferais pas lire aux plus jeunes. Quand au côté fleur bleu qui pourrait transparaître à cause de l'héroïne, y étant allergique de nature je n'en ai pas vu la moindre allusion une seule fois ! Néanmoins ça fait plaisir de voir enfin un portrait de femme qui est dans l'air du temps : moderne, indépendante, capable de se botter le cul toute seule pour avancer, qui brave ses peurs, surmonte les aléas du destin et reste fidèle à ses convictions. Et puis ça fait plaisir de constater une fois encore que la barbarie se cache souvent derrière un masque de bienveillance apparente et que ceux qui sont assimilés à des barbares le sont peut-être injustement ? Après tout, n'est-ce pas ce que notre propre Histoire nous enseigne depuis la nuit des temps ? Les religions aussi, ce sont de belles saloperies, des oriflammes derrière lesquels se cachent les instincts les plus vils afin d'obtenir pouvoir, richesses et luxure.

À n'en pas douter un excellent livre, une histoire à la croisée entre Prince of Persia et Robin des Bois (peut-être s'il fallait trouver une point de comparaison - mais j'ai envie de dire que c'est du pur Gabriel Katz, tout simplement), mais dans un univers très oriental où le fantastique est au final très peu présent mais la force de ce roman est ailleurs... Oui la Fantasy ça n'est pas toujours le combat du guerrier contre un dragon ancestral ! L'ennemi ou monstre peut revêtir les traits d'une nation entière ou d'une galerie de courtisans méprisants et jaloux prêts à tout pour quelques assouvir quelques vendettas personnelles...

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