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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

08 Jul

La Dragon des Arcanes, Pierre Pevel, 2010

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

La Dragon des Arcanes, Pierre Pevel, 2010

Le dernier tome de la trilogie des Lames du Cardinal sonne le glas d'une ultime aventure palpitante à laquelle nous nous apprêtons à dire adieu. Nul besoin de préambule ici, nous entrons dès les premières pages dans l'action, entre le cœur qui bat la chamade et les larmes qui ne peuvent être retenues. En effet, le précédent tome nous avait laissé un amer goût d'inachevé, avec de trop nombreuses questions restées en suspens et la promesse que les Dragons n'en avait pas fini avec leur impitoyable soif de pouvoir et surtout la convoitise du trône de France. Les attentes sont donc respectées et c'est l'intrépide Agnès (accompagnée de Ballardieu) qui ouvre le prologue de cette épilogue, une ouverture absolument renversante (dans tous les sens du terme).

" Un immense dragon noir menace Paris. C'est du moins les informations dont disposent les fameuses Lames du Cardinal. Mais l'ordre des Sœurs de Saint-Georges, pourtant chargé de contrer les dangers draconiques, ne semble pas décidé à intervenir et fait même obstruction à l'enquête d'Agnès de Vaudreuil. Les hommes du capitaine La Fargue ont déjà payé un lourd tribut à la défense du royaume de France, mais il se pourrait que cette mission soit la plus difficile. Qui se cache vraiment derrière le complot qui se prépare ? Des forces incontrôlables n'ont-elles pas été libérées ? "

" Un libre qui mérite de rejoindre votre bibliothèque. L'idée d'emprunter dans l'univers de Dumas est brillante et la reconstitution du Paris du XVII° siècle est impressionnante. SFX "

Un lourd tribut, oui les Lames ne sont pas épargnées. Dès l'introduction la Mort nous démontre qu'il ne faut pas l'oublier et qu'au final elle seule finit toujours par l'emporter ... et elle n'épargne pas les héros non plus.

On a toujours le fil rouge commun aux trois tomes de la trilogie qui prend plus d'ampleur avec l'Alchimiste des Ombres qui, finalement, se révèle avoir été un ennemi bien pathétique en comparaison de la loge des Arcanes, loge déviante de dragons de la Griffe Noire - des dragons particulièrement sadiques et couillus (aussi bien sous leur forme humaine que draconique ou même intermédiaire). Oui, ça pète de tous les côtés et dans tous les coins ! Certains personnages principaux se retrouvent sous les projecteurs, je pense en particulier à Agnès de Vaudreuil et à son passé trouble avec l'ordre des Soeurs de Saint-Georges, cet ordre militaro-guerrier chargé (au même titre que les Templiers dans le Cycle de Wiestadt) de protéger le royaume de la menace draconique. Alors que dans les deux autres tomes les complots visaient surtout la reine ou la couronne, ici c'est le royaume dans sa totalité qui est menacé, et en particulier son symbole le plus évident : sa capitale, Paris.

Paris dans les années 1620-1630 c'est une cité nauséabonde, avec des ruelles étroites, des quartiers surpeuplés, beaucoup de bois et où les incendies sont la hantise de ses habitants (comme dans toutes les grandes cités médiévales) car ils sont en général toujours terriblement meurtriers et dévastateurs.

Et quoi de pire que la perspective du réveil d'un dragon ancestral, terrible, celui que l'on nomme l'Achéen ... et que certaines ont vu dans des visions prophétiques .... et qui a juré de détruire Paris.

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L'Achéen, un dragon ancestral colossal et très agressif ....

L'Achéen, un dragon ancestral colossal et très agressif ....

Alors oui, ce dernier tome est celui de la maturité. Il est aussi sans conteste le plus épique, le plus magistral et le plus sombre. Déjà, sombre par la cruauté qui s'en dégage, et je ne parle pas des vraies scènes (les premières que je lis dans l'œuvre de Pierre Pevel) de sexe entre deux dragons particulièrement sadiques, cruels et avides de pouvoir : le gentilhomme et la magicienne. Alors qu'avant les choses étaient sous-entendues, suggérées, très vite énumérées là on fourmille de détails parfois. Néanmoins cela ne nuit en rien au récit (bien au contraire).

Pierre Pevel continue ici à briller par sa maîtrise de la narration et des rebondissements. Sans entrer dans le détail (toujours dans un pur soucis de non spoil) j'ai trouvé que certains rebondissements étaient complètement inattendus. Par contre d'autres choses restent malgré tout dans le flou : notamment les origines de Saint-Lucq, le sang-mêlé complètement badass !

Mais bon, comme il l'est écrit dans le livre, d'autres aventures concernant un certain personnage resteraient à écrire ... donc " wait and see "! (comme on dit)

Les références à l'œuvre d'Alexandre Dumas sont omniprésentes, surtout quand certains célèbres mousquetaires (Athos et D'Artagnan) déboulent dans le récit. Effectivement cela peut faire sourire mais ça reste toujours crédible et personnellement j'ai beaucoup apprécié ces références à Dumas (le Masque de fer .... aaaaaaaah !!!!). Comme quoi le genre de la Cape & d'épée n'est pas complètement ringard et au contraire même, il retrouve grâce à Pierre Pevel un nouveau souffle et une nouvelle jeunesse !

L'illustration d'Hervé Leblan représentant la Baronne Agnès de Vaudreuil, désormais connue sous un autre nom ...

L'illustration d'Hervé Leblan représentant la Baronne Agnès de Vaudreuil, désormais connue sous un autre nom ...

Agnès .... Ah, quelle héroïne !!! Si vous êtes féministes, vous apprécierez sans doute la place accordée aux femmes dans la trilogie des Lames du Cardinal : La Malicorne/Demoiselle et la Magicienne pour le côté obscur, et Agnès de Vaudreuil dit Soeur Marie-Agnès, une fine lame qui a des couilles, décidément. (Anciennement) libertine, riche, sans peur, Agnès croit avoir tout perdu (ou tout du moins ce qu'elle avait de plus cher au monde) et finalement, à force d'être harcelée par les Soeurs de Saint-Georges, elle quitte les Lames (qui d'ailleurs n'ont jamais été aussi prêt de disparaître) pour retourner porter le voile, ce qu'elle aurait dû faire il y a bien longtemps. Mais une étrange prophétie semble la toucher de très près, et Marie-Agnès est promise à un destin des plus extraordinaires (pour notre plus grand plaisir).

Enfin un dernier mot sur Paris... " Paris brûle-t-il " ?

Oui, Paris brûle à n'en pas douter...

Oui, Paris brûle à n'en pas douter...

Dès les premières pages on comprend tout de suite que oui, malheureusement, Paris va brûler (et pas qu'un peu) et on serre les dents jusqu'à ce que la menace soit libérée, on se retient de respirer, le laisser ses yeux sauter des lignes pour ne pas lire l'impensable, que l'une de nos Lames préférées trépassent à nouveau...

< EXTRAIT >

" C'est la nuit. Des foules paniquées courent dans les rues qu'éclairent des incendies dont les crépitations assourdissent. Le feu tombe du ciel en cataractes éphémères et puissantes. Il est craché par un grand dragon noir. Des jets brûlants frappent les toitures ; des colonnes éblouissantes soulèvent des explosions de tuiles ; des pluies ardentes tombent en particules incandescentes. Tous les tocsins battent à la volée. Les habitants terrifiés veulent fuir. On hurle, on se bouscule, on se bat et se piétine. La peur et la panique tuent autant que la fournaise et les effondrements. Quelques soldats tirent vers le ciel des coups de mousquet dérisoires. Des torches humaines se débattent. Les brasiers dévorent des quartiers entiers, et leurs flammes immenses se reflètent dans les eaux sombres de la Seine, qui longent le Louvre incendié.

Paris brûle, livré à la colère d'un dragon dont les écailles d'onyx luisent de rouge et d'or. Il rugit, crache et triomphe. Un joyau façonné flamboie à son front. Son feu frappe à droite et à gauche tandis que, tombé des hauteurs, il plane au ras des toits. Puis il s'élève en quelques battements d'ailes, laissant derrière lui un sillage de destruction. Il est immense et puissant. Sa colère est bestiale. Il reste un moment dans les cieux noirs, à contempler son œuvre, à chercher sans doute où poursuivre ses ravages. Alors, ayant trouvé, il replonge vers les flammes et l'effroi...

Soudain, le glas de Notre-Dame sonne. "

MA NOTE : 5/5

UNE TRILOGIE INCROYABLE, RÉUSSIE, ÉPIQUE, MAGISTRALE !!!
Personnellement, mon tome préféré à ce jour (par rapport aux deux précédents
).

Une conclusion qui tient toutes ses promesses bien que quelques points restent en suspens et laissent présager une éventuelle suite, loin du royaume de France...

Sans paraphraser à nouveau les points positifs des chroniques des deux précédents opus, je dois dire que tous les ingrédients sont à nouveau réunis ici, avec un côté plus sombre et épique indéniable. Le rythme m'a surpris à plusieurs reprises, je dois dire que je ne m'attendais pas à certaines choses, à ce que certains " drames " soient introduits de la sorte (et tombent un peu comme un cheveu sur la soupe). Mais bon, on ne va pas chipoter pour autant, ça reste un incontournable, un classique de ce nouveau genre littéraire (la fantasy historique ou le roman historique fantastique) - genre qui soit dit en passant a de beaux jours devant lui. Jamais je n'aurais pensé qu'un roman dit " de cape & d'épée " me fasse autant vibrer !

Quoiqu'il en soit, j'espère vraiment que les aventures du Capitaine La Fargue, de Saint-Lucq ne sont pas terminées et que, qui sait, dans quelques années, une nouvelle trilogie verra le jour !

Les nombreux points positifs de ce roman, que je ne détaillerai pas à nouveau (CF les chroniques des Lames du Cardinal et de l'Alchimiste des Ombres), en font une œuvre complètement réussie, maîtrisée, ingénieuse, originale, qui parvient sans problèmes à tenir le lecteur en haleine du début à la fin : humour, anecdotes historiques, héroïsme, complots, fantastique, des personnages à la psychologie intéressante et pas stéréotypée, suspense .. bref, la liste est (trop) longue.

Alors Monsieur Pevel, un énorme merci pour cette trilogie, merci d'avoir redonné au roman historique (français) un nouveau souffle, et surtout merci de nous faire rêver de la sorte !

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