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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

21 Jul

Faërie, de Raymond E. Feist, 1988 (réédition 2007)

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

Faërie, de Raymond E. Feist, 1988 (réédition 2007)

Raymond E. Feist, un auteur de Fantasy incontournable, avec une solide réputation dans le milieu. Après avoir suivi un MOOC consacré à " La Fantasy de l'époque victorienne au Trône de Fer ", c'est un nom d'auteur qui est apparu régulièrement tout au long des cours. Me voilà donc convaincue et décidée à plonger une fois encore dans l'univers d'un auteur inconnu ( pour moi ).

Plutôt que de m'enfoncer dans sa saga " star ", celle de Krondor et de la trilogie du Magicien, j'ai opté pour un roman de type " one shot ", c'est à dire qui ne s'inscrit pas dans un univers à cycle spécifique et qui, ici, se passe dans notre monde réel et non pas une contrée lointaine ( et surtout imaginaire ) : U.S.A., état de New York, un petit coin paumé et entouré de beaucoup de verdure, la ferme Kessler (ou la ferme de la colline du roi des elfes - son autre nom).

" La vieille ferme isolée dans les bois les avait séduits. La maison était splendide et étrange. Phil et Gloria pensaient y trouver le calme après la vie agitée d'Hollywood. Mais, derrière les portes des maisons anciennes, sous les ponts perdus au fond des bois, se cachent souvent des êtres magiques, des forces obscures, et la maison du vieux Kessler ne fait pas exception.

Les enfants du couple sont les premiers à y être sensibles. D'abord les jumeaux, qui y voient la présence des fées et du vieux peuple des légendes ; ensuite leur fille, dont la beauté attise le désir d'êtres plus inquiétants... Jusqu'à ce qu'ils deviennent tous les jouets de puissances inconnues, des pions dans une guerre éternelle et sanglante... "

La réédition de Bragelonne en Mai 2015 pour une édition spéciale qui célèbre une sélection de best-sellers pour la modique somme de 10 euros, le tout dans une réédition de toute beauté, il faut bien l'avouer !

La réédition de Bragelonne en Mai 2015 pour une édition spéciale qui célèbre une sélection de best-sellers pour la modique somme de 10 euros, le tout dans une réédition de toute beauté, il faut bien l'avouer !

Bon, je ne vais pas commencer par comparer cet ouvrage avec d'autres de Feist puisqu'il est le premier de lui que je découvre.

Il n'est pas non plus un ouvrage de pure Fantasy à proprement parler puisqu'il se déroule dans notre monde, en partie du moins (et il est classé dans la catégorie " terreur " pour l'édition poche de Milady).

Il fait partie de ces ouvrages qui ont le pouvoir de nous convaincre de l'existence de la magie dans notre monde, un peu comme dans Harry Potter où le monde magique serait dissimulé aux Moldus que nous sommes. Dans Faërie, c'est également une sorte d'enchantement qui dissimule l'existence des fées, du Bon Peuple (ou tout un tas d'autre noms qu'on lui prête) aux humains, un enchantement qui permet aux esprits cartésiens humains de l'oublier, n'en faisant subsister que des légendes depuis des temps immémoriaux.

La famille Hastings, fatiguée de la vie californienne, a choisi de tout quitter pour revenir à des valeurs familiales fondamentales. Parce que le père de famille, Philip Hastings, écrivain à succès si l'on peut dire, a souhaité se rapprocher d'une vieille amie, une sorte de mentor, il a acquis une ferme nichée au milieu des bois avec un terrain arboré aux dimensions colossales - terrain qui abriterait bon nombre de légendes si l'on en croit certaines rumeurs. Tout en suivant les aventures et le quotidien d'une famille américaine recomposée, nous entrons progressivement dans le surnaturel avec les enfants, premières " victimes " de la magie des lieux. Les jumeaux, Patrick et Sean, 8 ans, intrépides, fusionnels, sentent très vite que la forêt abrite des choses terrifiantes, qui les suivent même jusque dans leur chambre. Puis c'est au tour de de la jeune fille, Gabbie, d'être la cible d'une entité sans âge et aux motivations beaucoup plus cruelles et noires. La maison commence à livrer certains vieux secrets, tous tournant autour de l'ancien propriétaire de la maison, Kessler, un immigré allemand qui va très vite susciter le vif intérêt de deux chercheurs. Les voisins ne sont pas en reste pour ce qui est des bruits qui courent sur la célèbre Colline du Roi des Elfes. Sans surprise, les mythes et légendes celtiques font toujours autant parler d'eux. Mais ne sont-ils qu'un ramassis du folklore auquel un vieil ivrogne donnerait trop de crédit ? Le sujet d'étude de toute une vie pour le mentor de Philip ainsi que ses deux connaissances Mark et Gary, des chercheurs universitaires avides d'ésotérisme, de sociétés secrètes et autres mystères ?

Pourquoi Gabbie oublie-t-elle aussi rapidement le souvenir de sa violente agression dans la grange ? Les visions des jumeaux ne sont-ils que pures hallucinations ? Et si la réalité était bien plus terrifiante et inconcevable ? Le maison et son terrain livrent peu à peu des trésors insoupçonnables tandis que les évènements se multiplient laissant présager un ultime dénouement des plus sinistres, dont l'épilogue semble devoir se dérouler le 31 Octobre, une date très particulière et symbolique pour les anciens cultes païens, une nuit " magique " où la frontière qui sépare notre monde de l'Autre est des plus minces...

La Chose Noire, une vraie saloperie ambulante...

La Chose Noire, une vraie saloperie ambulante...

Alors je dois dire qu'il m'a fallu un peu de temps pour vraiment entrer dans l'histoire, bien qu'il se passe très vite des choses très intéressantes (et effrayantes). Peut-être le quotidien de la famille Hastings et les divagations des parents, des jumeaux, de la jeune fille amoureuse en proie à l'ébullition hormonale qui caractérise cet âge y sont-ils pour beaucoup. Néanmoins, les choses perdent vite de leur féérie et on bascule vite dans l'horreur, mais pas gore et stéréotypée pour autant. Tout est question de finesse, en particulier pour les énergies les plus négatives. La torture apparaît même poétique, raffinée, bien que les attentions initiales soient des plus cruelles et maléfiques. L'ouvrage se divise en deux parties " La colline du roi des Elfes " & " Le Fou ", le tout se déroulant de Mai à Octobre. 6 mois qui livreront leur secret lors de l'épilogue. Un cycle.

La date du 31 Octobre apparaît comme une date butoir mais le chaos va déferler bien avant cela sur la famille Hastings. La maison attire toutes les convoitises, mais est-ce ce qu'elle contient ou plutôt ceux qui l'habitent qui font offices de cibles ? Peut-être les deux ?

Les mythes et légendes se font la part belle dans ce roman très réussi et captivant et l'auteur sait nous surprendre par des évènements imprévus et des retournements de situations incroyables !

Raymond E. Fest

Raymond E. Fest

Oui Faërie est une invitation à pénétrer un monde invisible, secret, mystérieux, terrifiant et millénaire. Un monde qui était là avant l'Homme et qui pourrait lui survivre... ou pas. Un monde que nous connaissons tous à travers les mythes et légendes mais que nous avons oublié, délaissé. Un monde à deux visages cependant, l'un soucieux de préserver l'harmonie, la nature et l'autre ne désirant que régner sur le monde sans vergogne,torturer, corrompre, annihiler.

Dans la 4ème de couverture il est fait mention d'une guerre " éternelle et sanglante " et c'est là-même le cœur du récit. On réalise très vite que les créatures du monde " invisible " ne sont pas toutes démoniaques et animées de mauvaises intentions. Cependant, l'un des camps semble plus apte à obtenir ce qu'il convoite. Mais cette guerre millénaire entre deux factions invisibles n'est-elle pas au final plus profonde ? Quel est le rôle & la place de l'Homme dans tout cela ? Assurément pas celle à laquelle nous serions tentés de penser en premier lieu.

< EXTRAITS >

" ... À travers le voile écarlate de son sang qui battait, elle vit le jeune garçon avancer pour se placer au-dessus d'elle. Son visage se brouilla et, l'espace d'un instant, une autre face la contempla, dont les traits étaient ceux de la folie façonnés par un artiste dément. Un visage à la cruelle beauté la regardait, puis ce visage vint à la rencontre du sien. Son souffle brûlant était aussi doux que du cidre, sa langue dardée avait une saveur poivrée. Le baiser qu'il lui donna lui scella les lèvres. (...) Gabbie connut le supplice. Et la terreur l'engloutit. Une peur profonde et incontrôlée, la certitude qu'elle était sur le point d'être perdue, au-delà de toute rédemption, l'envahit, l'emportant loin des plaisirs de la chair et de la passion. Elle poussa un cri de terreur intérieur, mais ses lèvres ne firent que gémir de plaisir car son corps était toujours détaché d'elle-même. Prisonnière de sa propre chair, elle sut que ceci n'avait rien de l'amour. Aimer signifiait donner et ceci était prendre, ceci était la violation de quelque chose de précieux. Gabbie hurla de nouveau mais son corps ne produisit que des cris grossiers de satisfaction sexuelle.

L'adolescent s'attaqua à elle avec une fureur bestiale, ses dents et ses ongles labourant la peau blanche, chaque morsure et chaque griffure faisant naître un cri de plaisir. Gabbie se recroquevilla de peur, spectatrice à l'intérieur de son propre corps, si abêtie par son grotesque désir que même la douleur devenait délice. Elle pleura en silence, en proie à une terreur mortelle. Elle sentit les mains étrangères user d'une magie perverse sur sa chair et se rendit compte qu'il allait la prendre. Et elle sut au fond d'elle-même que, dès qu'il l'aurait prise, elle ne retournerait plus jamais dans le monde qu'elle avait connu. Car au-delà de ce plaisir et de cette douleur ne se trouvait que la mort. "

(...)

" ... En bas, le lait fut dédaigné jusqu'au moment où le propriétaire d'une paire d'yeux luisants l'aperçut depuis sa cachette. Une silhouette apparut lentement dans le clair de lune et examina la soucoupe. Le nez d'Ernie se plissa délicatement et, découvrant que ce nectar inattendu était frais, le chat se mit à laper.

Un léger bruit lui fit relever la tête. Derrière lui, quelque chose d'étrange et de déconcertant approchait avec prudence. Un petit homme, guère plus haut que le chat, s'avançait en agitant une canne minuscule en direction d'Ernie. D'une voix ténue et suraigüe, il cria :

- Ouste ! Décampe !

Le chat recula, d'abord tenté par l'idée de donner un coup de griffe à cet homme, mais quelque chose l'en empêcha. D'autres êtres arrivaient derrière l'intrus, et son instinct de félin lui dit qu'il avait intérêt à ne pas jouer avec eux. Ils n'étaient ni comestibles, ni hostiles, seulement bizarres. Ernie battit en retraite et s'assit pour observer ces créatures. Elles étaient au nombre d'une demi-dizaine, minuscules, certaines avec de petites ailes dans le dos, d'autres étrangement vêtues ; leur odeur et leur aspect étaient étranges. Les intrus se placèrent autour de la soucoupe, puis l'un d'eux y plongea un doigt, le retira et goûta le liquide. Il hocha la tête et tous se penchèrent sur la soucoupe et se mirent à boire.

Puis une autre créature émergea des ténèbres : quelque chose de dangereux. Le dos du chat s'arqua et il feula. Une chose noire et terrible sortit de la pénombre, une chose si maléfique que le chat se leva et recula en feulant et miaulant. Les petits êtres se tournèrent et virent la créature qui s'approchait, et tous s'écartèrent du lait, agitant leurs petits poings en signe de frustration et de colère. Mais eux aussi renoncèrent au lait devant l'approche du mal, et ils fuirent sous la maison. Ernie n'hésita qu'un instant avant de vider les lieux. Il fit demi-tour et courut vers la grange, bondissant en haut d'un pommier décharné. Lorsqu'il eut atteint la plus haute des branches capables de supporter son poids, le chat s'y installa et regarda la chose noire s'approcher du lait. Les articulations de cette créature semblaient anormales, comme si elle avait été le fruit de l'union d'un singe et d'une araignée. Mais le chat ne se souciait guère de ce genre de considérations, une seule chose lui importait : cette créature était dangereuse. Il émanait d'elle une sombre aura et une odeur infecte lorsqu'elle se pencha sur la soucoupe, émettant de petits cris de plaisir en buvant le lait. "

(...)

" ... N'est-ce pas là la plus grande des ironies, humains ? A-t-on jamais vu race plus affligée que la nôtre ? Car prendre le plaisir, c'est devenir esclave, et le sonner sans retour, c'est amère victoire. Aussi prenons-nous des humains en guise de proie, afin de ne pas nous détruire. (Il eut un nouveau rire, plein d'amertume cette fois-ci.) Pourtant, notre perversité n'est rien comparée à celle de l'humanité. Il faudra bien que je comprenne un jour pourquoi vous autres, humains, vous gaspillez les dons que Dieu vous a faits. Ressentir avec autant de force... connaître le plaisir et la douleur... la joie et l'émerveillement... la mort même ! "

L'une des nombreuses apparitions du Roi des Elfes, ou le Fou, ou Amadàn-na-Briona...

L'une des nombreuses apparitions du Roi des Elfes, ou le Fou, ou Amadàn-na-Briona...

MA NOTE : 5/5

Avant de dépasser les 200 pages (sur 629), je pensais mettre un 4/5. On va dire que le premier tiers du livre est comme une longue introduction mais dans laquelle il se passe néanmoins pas mal de choses. Je pense qu'il fallait le temps d'introduire tout un tas de choses qui auraient finalement leur importance dans le dernier tiers.

Néanmoins on ne s'ennuie pas du tout et même le quotidien de la famille (ce qui m'a le moins emballé) reste agréable et plaisant à lire. La terreur monte crescendo et à plusieurs reprises on tremble lorsque l'un des personnages doit emprunter le Pont du Troll. L'endroit fait rêver, une telle ferme avec toutes ses cachettes secrètes et surtout, le terrain qui est un bois à lui tout seul !

La Fantasy ce n'est pas seulement un monde totalement imaginaire. Peut-être le genre révèle-t-il toute sa magnificence lorsqu'il se conjugue à notre époque, transposant les méchants et les héros d'un folklore dépassé dans une réalité que nous connaissons ! La bravoure et l'épique ne sont pas seulement l'apanage de " l'héroïque fantasie " ! Et que dire de la sensation que nous laisse le livre une fois lu et refermé ! Celle qui nous ferait presque rêver, et nous dire que peut-être les anciens mythes & légendes n'ont pas encore révélé tous leurs secrets ? Car après tout, toute chose à son point de départ, et si le peuple des fées existaient réellement mais que quelque chose, peu importe quoi, nous empêche de le voir ou même de nous en souvenir ? Une douce chimère me direz-vous... chacun reste libre de croire ce qu'il veut, mais je reste convaincue qu'après avoir lu ce livre, vous ne ressentirez plus une simple promenade dans les bois d'une manière anodine. Chaque bruit suspect, chaque bourrasque de vent faisant crisser les feuilles des arbres, chaque hurlement lointain vous fera sans doute voir les choses avec plus de... féérie, fantaisie !

En résumé une très bon livre, une écriture très poétique et stylisée pour ce qui est des passages purement narratifs, de belles réflexions sur notre rapport à la nature, aux anciens cultes païens, de la terreur savamment distillée, un très beau voyage en somme.

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