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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

11 Jul

Carnages, Maxime Chattam, 2005

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

Carnages, Maxime Chattam, 2005

Maxime Chattam, un auteur à succès, bien de chez nous, qu'on ne présente plus. L'un des plus grands spécialistes du polar & thriller français, qui peut se vanter de maîtriser à merveille les différents cadres de ses récits sacrément bien ficelés, aussi bien sur le sol américain que sur le sol français (cadres qu'il connait très bien lui-même).

Alors, sans conteste, le plus court récit de Mr Chattam (si l'on ne prend pas en compte la nouvelle publiée dans le recueil de nouvelles " 13 à table " pour les Restos du Coeur) avec ses 93 pages. Bon heureusement d'ailleurs car le sujet évoqué n'aurait pas tenu dans le cadre d'un roman classique (mais bon, ce n'est qu'un avis personnel), celui des fusillades sanglantes dans les lycées américains, sujet tabou et traumatisant chez l'Oncle Sam...

" Harlem Est. 18 novembre. 8h28.

Ils sont tous là, dans le hall de l'entrée du lycée. Plus que quelques minutes avant le début des cours. Parmi les élèves, un adolescent prépare son arme. Le carnage peut commencer...

Quand l'inspecteur Lamar Gallineo arrive sur les lieux, c'est pour découvrir le cadavre du tueur qui a retourné son arme contre lui. L'affaire dépasse rapidement le fait divers : de nouvelles tueries ont lieu dans d'autres établissements.

Lamar doit à tout prix enrayer cette macabre épidémie. Mais les apparences sont trompeuses.

Toujours. "

Bon, certes il faut replacer l'œuvre dans son contexte chronologique, 2005. Depuis Chattam nous a pondu des romans incroyables et diablement machiavéliques. Est-ce pour cela que j'ai lu ce livre en soufflant et en peinant car l'impression d'avoir déjà lu un récit y ressemblant ?

Oui, le thème des fusillades dans des lycées américains est un thème surexploité (on se souvient de Rage de Stephen King, entre autre) aussi bien dans la littérature que dans le cinéma ou les séries télévisées. Mais je dois dire que j'ai été déçu, surtout dans la seconde partie du récit... Pourquoi ? J'y viens...

Harlem, NY

Harlem, NY

New York. Quartier d'Harlem. Décidément, Mr Chattam adore New York il faut croire (CF Le 1er tome d'Autre Monde, la Trilogie du Mal...) ! Comme il connait les lieux, on n'a pas de mal à s'y retrouver, nous n'avons qu'à suivre le guide !

Nous suivons les pas de l'inspecteur Lamar Gallinéo, colosse black de 2 mètres qui ne passe pas inaperçu et qui se retrouve sur le terrain lors d'un massacre dans un lycée d'Harlem. Le premier d'une série... Dès lors, pour Lamar les massacres ont un lien certain qu'il se jure de percer à jour, tenace qu'il est.

Et puis, tandis que d'autres massacres ont lieu dans d'autres lycées du coin (3 en 3 semaines) et au cours desquels les tireurs présumés retournent leurs armes contre eux, Lamar pressent que quelque chose ne tourne pas rond. C'est à ce moment-là que j'ai été déçu. Effectivement, Monsieur Chattam nous avait habitué (mais c'est parce que je ne lis pas ses livres dans leur ordre de parution) à plus machiavélique, à des organisations criminelles ou des psychopathes plus complexes alors que là, quand on comprend qui est derrière ces tueries, on se dit limite que c'était trop prévisible, et trop simple... Je n'en dirais pas plus pour ne pas nuire à l'effet de surprise (éventuel).

Pour autant ça n'est pas du tout un mauvais livre, bien au contraire, mais pour moi (tout comme Que ta volonté soit faite) il est moyen. Maxime Chattam nous a offert de (nombreux) récits de meilleures qualités aussi bien narratives que stylistique.

Maxime Chattam

Maxime Chattam

J'ai aussi trouvé le héros très moyen et limite pas très attachant ou atypique. Mais bon, il ne faut oublier que nous sommes ici dans une longue nouvelle et que dans ce cadre-là on n'a pas le temps de s'attacher au personnage puisqu'en principe on ne le reverra pas (c'est pas comme Joshua Brolin, le profiler/inspecteur de police de la Trilogie du Mal).

< EXTRAITS >

" L'établissement ressemblait à un golem de pierre agenouillé, des tentacules à la place des bras s'étalant entre des flaques de bitume et des nappes d'herbe. La nuit n'était pas encore dissipée si bien qu'un halo jaune irradiait de ses entrailles, des yeux de lumière s'ouvraient depuis les plaies rectangulaires de sa peau minérale.
Le lycée était assis là, derrière un drapeau agité par le vent d'automne et la 120ème Rue au ballet incessant de phares blancs et rouges comme autant de globules alimentant les veines d'un systèm
e.

Derrière ce paysage se dressait le spectre palpitant d'artères intriquées, s'éveillant, se mettant en branle pour nourrir un autre jour. "

(...)

" (...) Lamar remarqua aussitôt les trois cadavres. Deux garçons et un adulte.

Une large partie de leurs fluides se trouvaient à présent tout autour d'eux, encore tiède.

Le géant noir posa sur eux un regard blessé sans pour autant se déconcentrer de son objectif prioritaire. Un des officiers s'approcha prudemment d'une porte en bois sans inscription. Il pointa son canon vers la serrure.

- Le gardien nous a assuré qu'on ne pouvait pas ressortir, murmura-t-il, il n'y a pas de poignée de l'autre côté, c'est juste un placard.

Les deux officiers prirent place de part et d'autre du chambranle.

Une odeur fraîche, mélange de fer et de celle qu'on respire dans une boucherie - celle du sang -, se mêlait au parfum piquant qu'avaient laissé les coups de feu. Il avait fallu en brûler, des cartouches, pour imprégner à ce point le corridor, s'étonna Lamar.

L'inspecteur hésita. Il pouvait encore appeler l'unité d'intervention pour régler le problème. Il n'avait pas à aller là-dedans lui-même.

Trop tard.

D'après les témoignages, le tireur était entré dans cette voie sans issue et une détonation avait retenti. Lamar savait que, dans les cas de tuerie comme celle-ci, les auteurs retournaient presque toujours leur arme contre eux. Tout concordait. A priori, il n'y avait plus qu'un cadavre dans ce réduit.

Lamar posa une main sur le bouton doré en braquant son semi-automatique vers l'ouverture. Sa paume était moite. Il pressa la crosse jusqu'à s'en faire blanchir le bord de la main. Il tira d'un coup sec en s'écartant brusquement pour éviter d'offrir une cible trop facile.

Le local n'était pas éclairé, la lumière du couloir l'inonda en entier. Une fragrance écœurante s'en échappa.

Un individu en treillis militaire et gilet à capuche était effondré parmi les seaux et les flacons de produits de nettoyage. Un sac plein de munitions était couché à ses pieds. Un Uzi renversé à côté.

Lamar fit un pas vers l'intérieur.

L'homme avait la tête renversée en arrière, Lamar dut s'avancer encore un peu pour distinguer son visage. Menton pointu, lèvres fines, petite moustache d'adolescent sous un nez plus grossier.

Puis un magma confus de viande et d'esquilles d'os au milieu de trous béants.

Il s'était bien suicidé. Aucun doute là-dessus.

L'odeur pestilentielle se fit plus présente encore. Lamar se mit instinctivement à regarder où il avait marché.

De la merde ! Ça sent la merde !

Il fouilla tout autour de lui le minuscule renfoncement dans lequel il avait pénétré. Un chariot était parqué sur sa gauche, sous une enfilade de blouses et de tenues de nettoyage.

Une chaussure était rangée en dessous. Lamar tiqua. C'était un basket.

Il releva doucement le canon de son arme devant lui. Puis s'approcha précautionneusement. La basket tressauta. "

MA NOTE : 3/5

Clairement pas le meilleur récit de Maxime Chattam mais ça se lit plutôt bien. Peut-être est-ce la faute de la thématique et surtout de cette fin trop convenue & prévisible, à la limite même trop simpliste.

Mais qu'on se rassure ça n'en reste pas moins un récit bien écrit, structuré et maîtrisé !

Que ce soit le pitch ou même le héros pas très intéressant (un portrait classique de flic américain qu'on a peut-être trop vu dans des films et séries US), le tout manque de profondeur.

Heureusement l'œuvre prolifique (et de qualité) de Maxime Chattam ne se limite pas à cette longue nouvelle ! Si on recherche une enquête de police plus captivante on optera plus sur " La conjuration primitive " et sa suite " La patience du Diable " ; si on cherche une investigation américaine on préférera de très loin la Trilogie du Mal avec Joshua Brolin & Annabel O'Donnel (la flic black qui en impose bien plus que Lamar Gallineo). Et si on souhaite lire une fiction avec des adolescents (même bien siphonnés) on se penchera sur le cycle Autre Monde. Mais après tout il ne faut pas oublier que l'écrivain est un homme et non un dieu, et les hommes ne peuvent pas toujours être au top !

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