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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

26 Jul

" 13 à tables ! ", Collectif, 2014

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Alcôves

" 13 à tables ! ", Collectif, 2014

Le recueil de nouvelles " 13 à tables ! " réunit de grands noms de la littérature française (tous genres confondus) tels que : Françoise BOURDIN, Maxime CHATTAM, Alexandra LAPIERRE, Agnès LEDIG, Gilles LEGARDINIER, Pierre LEMAITRE, Marc LÉVY, Guillaume MUSSO, Jean-Marie PÉRIER, Tatiana de ROSNAY, Éric-Emmanuel SCHMITT, Franck THILLIEZ, Bernard WERBER.

13 auteurs réunis, pour la première fois, autour d'une cause caritative, Les Restaurants du Cœur, et offrant des nouvelles inédites sur le thème du repas, de la nourriture, du partage. Et cette promesse de l'éditeur, les Éditions Pocket, d'offrir 3 repas pour l'achat d'un livre, contre la modique somme de 5 euros. C'est une première dans le paysage français, après les " chanteurs " et autres célébrités reprenant des standards de la chanson française, c'est au tour de nos talentueux écrivains de mouiller la plume pour une noble cause.

Une initiative très sympathique pour un tout petit prix, une occasion de lire des auteurs qu'on ne lirait pas d'ordinaire, de lire un genre qu'on ne lit pas forcément (les nouvelles courtes) et en somme une belle découverte avec de bonnes surprises à la clé !

" 13 à tables ! ", Collectif, 2014

Alors il faut le dire tout de suite, dans ce recueil de nouvelles il y a de tout : du bon, du très bon, du surprenant et du pas transcendant...

Adepte de polars, livres noirs, thrillers, SF, uchronies et dyschronies, fantastique, fantasy etc... (et surtout de choses noires et sombres, allergique que je suis à la guimauve et au sentimental), pas mal d'auteurs dans ce recueil ne m'aurait jamais attiré en temps normal. Puisque j'avais acheté le livre et l'avais entre les mains (pour Maxime Chattam, Franck Thilliez et Bernard Werber, soyons honnête), je me suis forcée à lire les autres nouvelles, puisque après tout elles tournent autour d'une dizaine de pages chacune, ce qui n'est pas la fin du monde en soi.

Le thème imposé était sans conteste celui de la nourriture et du repas. La plupart ont respecté le challenge mais certains pas du tout. Je pense à Marc Lévy et à Dissemblance, un tête à tête entre un palestinien et un israelien. J'ai pas trop trouvé de rapport avec la thématique du livre. Mais bon, ça se lit... enfin, désolée mais je ne suis pas prête de relire du Marc Lévy. La forme est correcte mais le fond, comme ses romans, non, je ne peux pas. C'est la nouvelle que j'ai le moins aimé. Parmi les bonnes surprises, quelques auteurs que je découvre à travers 13 à tables ! et qui m'ont laissé une heureuse bonne impression.

Agnès Ledig et " Un petit morceau de pain ", une nouvelle attendrissante sur un petit garçon dont la mère est un sacrée chieuse qui l'empêche simplement de vivre comme un petit gars de 8 ans, terrifiée qu'elle est à l'idée de le perdre. Un simple petit morceau de pain changera à jamais la vie de la mère et du fiston ... une belle réflexion sur le don, la générosité, l'humour, le partage.

Ensuite on a le récit autobiographique (vraiment) de Gilles Legardinier, " Mange le dessert d'abord ", qui partage avec nous deux morceaux de vie très personnels et néanmoins édifiants sur les regrets, les actes manqués, le carpe diem : en profiter à fond tant qu'il est encore temps.

Vient maintenant la nouvelle d'Eric-Emmanuel Schmitt, " La Part de Reine ", qui est formidable, bouleversante de vérités, très poignante sans pour autant donner dans la guimauve, en nous montrant la véritable bonté chez nos amis canins. On devrait tous prendre exemple sur le comportement de nos compagnons à 4 pattes (même le très grand José Miguel Ruiz le clame haut et fort, afin d'être en paix avec nous-même et de savoir aimer réellement).

Après nous avons quelques valeurs sûres avec Franck Thilliez, Maxime Chattam et Bernard Werber.

La surprise est également venue de " Fantôme " de Guillaume Musso, captivante et dont l'épilogue est complètement renversant et inattendu !

" 13 à tables ! ", Collectif, 2014

< EXTRAITS >

Agnès LEDIG, " Un petit morceau de pain "

" ... J'avais le spleen du trentenaire qui voit ses amis s'installer dans une vie familiale et parentale avec beaucoup de bonheur, et qui prend conscience qu'il n'a toujours pas trouvé l'âme sœur pour en faire de même. Les quelques expériences féminines passées s'étaient achevées de manière désastreuse, quand je prenais conscience que la personne avec qui j'essayais de partager un morceau de vie ne partageait pas grand chose d'autre avec moi. Surtout pas les valeurs que mon enfance avait imprimées en moi. Elles étaient tellement profondes et ancrées qu'il m'était difficile d'en abandonner certaines par concession. "

Gilles LEGARDINIER, " Mange le dessert d'abord "

" ... Une phrase m'a particulièrement marqué. Le père du disparu était assis un peu plus loin à ma droite, et face à lui se trouvait une petite fille qui se plaignait de ne pas aimer le plat principal. Il lui a demandé :

- Qu'est-ce que tu aimes ?

Sans hésiter, elle a répondu :

- Les desserts !

L'homme a alors appelé le serveur et demandé s'il pouvait apporter tout de suite le dessert de la petite, avec sa part en plus pour qu'elle en ait davantage. L'enfant était à la fois surprise que ce soit possible et heureuse de ne manger que ce qu'elle aimait.

L'homme s'est penché vers elle et lui a glissé :

- On ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Ne perds pas de temps. Si c'est ce que tu préfères, mange le dessert d'abord.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire. "

Marc LEVY, " Dissemblance "

" (..)

- Tu sais, ton Dieu et le mien, c'est le même, il change juste de nom quand il franchit la frontière.

- De langue aussi, je te ferai remarquer, une sacrée différence pour un seul homme, non ?

- Ce n'est pas un homme, c'est Dieu. Moi je vais te le dire, Aaron, pourquoi nous nous haïssons. Nous ne parlons pas la même langue, nous ne portons pas les mêmes habits, nous n'avons pas fréquenté les mêmes écoles, et nous ne disons pas les mêmes prières. Voilà une sacrée liste de différences, bien trop grande pour que nous les hommes, nous nous entendions.

- Je me fiche de la langue que tu parles, de l'école où tu as étudié, de la façon dont tu pries, et encore plus des vêtements que tu portes.

- Alors pourquoi nous haïssons-nous ? "

(...)

" De chaque côté du mur règnent les marchands de haine. Ceux qui nous opposent ; ceux qui veulent plus de richesses, de terre, d'eau et de moissons, à leur seul bénéfice ; ceux qui ne vivent sans partage ; ceux qui vendent les armes avec lesquelles on s'entre-tue. Ceux qui réinventent la parole de Dieu pour exercer leur suprématie ; ceux encore qui entretiennent l'ignorance par tous les moyens pour asseoir leur pouvoir ; ceux qui envoient des enfants se faire tuer au nom de ce même Dieu, au nom d'un monde meilleur ou d'un paradis. Comme si le meilleur pouvait naître des terres et des rivières rougies du sang des hommes. Ne me demande par pourquoi, je n'en sais rien. Crois-moi Medhi, personne ne nous écoutera, et si la mort ne vient pas d'en face, on nous tuera dans notre propre camp.

- Alors au lieu de pierres, de fusils et de bombes, c'est de courage qu'il faut s'armer. Maintenant que nous savons la vérité, si nous les laissions faire, si nous renoncions, c'est nous qui serions coupables au jour du Jugement dernier. Et si nous nous unissons, nous serons plus forts que ces marchants de haine.

- Ils ne nous laisseront pas faire justement pour cela. "

Eric-Emmanuel SCHMITT, " La part de Reine "

" - Alors j'ai commis un acte épouvantable, mon garçon : j'achetais à manger seulement pour moi, Reine se tenait à mes pieds, elle m'observait, tranquille, en attendant que je lui tende un bout. Premier jour, je ne lui donne rien. Deuxième jour, je lui lâche un croûton et elle me remercie comme si je lui avais offert un festin. Le troisième et le quatrième jour, rien. Ça ne la changeait pas, elle se tenait, toute sage, les yeux intenses, elle ne s'impatientait pas, elle ne quémandait pas, elle ne me brusquait pas. C'est là que je me suis rendu compte de l'horrible malentendu : elle avait confiance.

Sa voix trembla.

- Oui, j'étais en train de l'affamer, son ventre gargouillait, ses intestins criaient famine, sa peau pendait. Je grignotais devant elle et elle ne se rebellait pas. Elle gardait intacte sa foi en moi. Elle savait que, dès que ce serait possible, je lui servirais un bout. Après une semaine de privation, elle s'était juste autorisée à laper les miettes de ma pitance, et encore, elle l'avait fait quand j'avais le dos tourné, pour ne pas m'humilier.

Il se moucha avec bruit.

- Alors tu vois mon garçon, je me suis aperçu qu'un être humain aurait été incapable d'une telle douceur. Un homme aurait protesté, un homme l'aurait attaqué, un homme m'aurait volé. Pas elle. Dans ses yeux marrons, il y avait le malheur d'avoir faim mais ni haine, ni désaveu, toujours ce même amour, cette absolue fidélité. Et ce n'est qu'une chienne, disais-tu ? "

Bernard WERBER, " Langouste Blues "

" Personnellement, je préférerais qu'on ne me mange pas. J'ai plusieurs arguments pour défendre ce point de vue.

Déjà je trouve un peu scandaleux qu'on me considère comme un met de luxe alors que je ne suis pas du tout un plat, point. Ensuite si vous voulez mon avis il y a beaucoup d'autres aliments qui sont meilleurs que moi.

Je crois qu'une bonne assiette de coquillettes aux œufs avec un peu de sauce tomate basilic, une noix de beurre des Charentes et du fromage parmesan en copeaux n'a pas son égal. En plus on peut avantageusement dévorer les pâtes en quantité accompagnées d'une simple bière à belle robe dorée ou d'un petit beaujolais village de derrière les fagots. Un véritable délice pour les papilles.

Tandis que moi et mes congénères, malgré notre si " envieuse " réputation... nous abîmons les mains de ceux qui s'évertuent à nous attraper, avec nos épines de carapace et de nos antennes, nous sommes souvent pas très fraîches et je ne vous parle même pas de ceux d'entre nous servis congelés (l'hérésie culinaire la plus scandaleuse).

J'ai entendu (et je pense que c'est vrai) que beaucoup de gens qui nous mangeaient avaient par la suite des intoxications alimentaires (parfois mortelles) soit des allergies qui leur interdisaient définitivement la consommation de fruits de mer et de crustacés.

C'est dommage.

Enfin, j'espère que vous avez assez de jugeote et de bon goût pour ne pas être intéressés par notre chair - qui au demeurant est bien surévaluée et ne mérite pas autant d'intérêt que les publicités abusives et une réputation fondée sur les " on-dit " veulent le faire croire. Nous manger, finalement, c'est plus du snobisme que de la culture gastronomique réelle. Je vous l'affirme nous sommes un plat... nul. "

Bernard Werber & Tatiana de Rosnay

Bernard Werber & Tatiana de Rosnay

Franck Thilliez

Franck Thilliez

MA NOTE : 4/5

Finalement, une agréable surprise que ce recueil de nouvelles qui se lit très bien et très rapidement. Pas mal de réflexions intelligentes sur notre rapport aux repas, à la famille, aux autres, au partage, à nos besoins alimentaires. Bon, il faut admettre en outre que certaines nouvelles prennent plutôt le thème de la bouffe comme prétexte pour évoquer des choses plus sombres mais on n'en passe pas moins un bon moment de lecture.

Le tout se termine avec humour et légèreté avec Bernard Werber et son blues de la langouste survivante qui nous livre une poignante autobiographie ! Par pitié, ne mangez plus de homards ni de langoustes (c'est bon pour la planète mais aussi pour vous-mêmes !!) !!! Devenez végétarien, ça fera du bien à la Terre !! L'Homme ne montre pas toujours son meilleur visage mais le constat est amer, cruel, mais très véridique ! Quelles meilleures réflexions que celles développées par ces 13 auteurs lorsque l'on sait quelle honorable cause ils servent tous : lutter contre la faim, mais aussi contre les inégalités, au demeurant encore très nombreuses à notre époque !

Des nouvelles militantes, engagées, un combat quotidien que chacun d'entre nous se doit de mener, de prôner et de vaincre ! Car on ne sait jamais de quoi demain sera fait...

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