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Chers aventuriers égarés, bienvenus dans mon royaume souterrain où le Chaos, les Ténèbres et la Folie sont les seuls maîtres à bord ...

13 Apr

Une nouvelle, " Earth Day 0 " de Benedict Mitchell, soumise à un concours chez Librinova ...

Publié par Benedict Mitchell  - Catégories :  #Les Maux

Une nouvelle, " Earth Day 0 " de Benedict Mitchell, soumise à un concours chez Librinova ...

Une petite nouvelle qui vient d'être envoyée à Librinova pour un petit concours ...

La thématique, faire débuter la nouvelle par la phrase : " Il/elle hésita un instant puis cliqua sur " envoyer " ". Entre 10 000 et 30 000 signes (20 999 signes précisément).

Pour le thème, pas de restrictions. Je vous laisse donc en juger par vous-mêmes ....

______________________________ " Earth Day 0 "_________________________________

Elle hésita un instant puis cliqua sur " envoyer ". Elle soupira de soulagement. C'était fait. Un simple clic et le paquet était parti vivre sa propre vie. La technologie avait du bon en permettant d'une simple pression de l'index de se connecter à des milliards de machines dans le monde entier, et à travers elles aux autres êtres humains qui se trouvaient reliés à elles. Jenna aurait du se sentir affreusement coupable en cet instant mais il n'en était rien : " la fin justifiait les moyens ". Les incessantes palabres n'avaient aucunes valeurs, seuls les actes militants comptaient. Passer à l'offensive, se battre pour défendre becs et ongles ses convictions. Il en allait de la survie de l'humanité et de sa planète. Satisfaite de la bouteille de clous qu'elle venait de jeter dans l'océan de toiles virtuelles, elle quitta son fauteuil et son bureau et se rendit dans la cuisine, assoiffée. Elle ouvrit la porte de son réfrigérateur en chantonnant l'air de Blitzkrieg Bop de The Ramones, " Hey ho ! Let's go ! ". Elle se sentait d'humeur légère et festive. Je suis une putain d'anarchiste hé hé ! pensa-t-elle en affichant un rictus mauvais. Jenna la hackeuse, l'une des bêtes noires du web les plus recherchées au monde, la clandestine paranoïaque. Faire tomber le système c'était sa drogue, ce qui la faisait grimper aux rideaux bien plus encore qu'une bonne partie de baise. Sa cible : les lobbys pharmaceutiques, pétroliers, agro-alimentaires, bref tous ces gros porcs qui se goinfraient sur le dos du peuple et s'accaparaient toutes les richesses mondiales au détriment de sa planète, ceux qui conspiraient dans l'ombre des gouvernements pour en tirer les ficelles et considéraient les humains comme une simple main d'oeuvre, ceux qui jouaient aux apprentis sorciers en manipulant le climat, les écosystèmes, ceux qui fomentaient les crises et les catastrophes économiques. Avec sa guilde de guerriers virtuels, ils étaient bien déterminés à saigner cette bande de gros porcs eugénistes et de précipiter le Chaos sur Terre, histoire que le peuple ouvre les yeux une bonne fois pour toute et se réveille. Les pendre sur la place publique, les lyncher, les piller, partager toutes les richesses entre tous, c'était le combat de sa vie, et du haut de ses 35 piges elle entendait bien réussir sa mission. Après tout, il fallait bien crever un jour ou l'autre, alors autant le faire avec panache !

Cela faisait maintenant près d'une minute que le mail " Earth Day 0 " était parti à l'assaut du web, s'infiltrant dans chaque serveur, éclatant chaque pare-feu, contaminant chaque messagerie, chaque carnet de contacts, chaque réseau, privé comme public. La Guilde avait travaillé dur, très dur, pour mettre au point ce virus informatique d'une nouvelle génération. Mais c'était à se demander si la chance n'était pas finalement de leur côté car rien ni personne ne les avaient neutralisé pour l'heure, une véritable aubaine ! Et maintenant, le moment tant attendu n'allait plus tarder. Jenna contempla l'intérieur de son réfrigérateur avec nostalgie.

" Adieu technologie ... ", murmura-t-elle, satisfaite, tout en se saisissant d'une bouteille de bière bien fraîche qu'elle décapsula avant de la porter à ses lèvres. Le compte à rebours était enclenché. L'Apocalypse n'allait plus tarder et Jenna quitta la cuisine pour gagner son salon transformé en forteresse numérique, saturé d'écrans d'ordinateurs, de bécanes dernier cris, de serveurs et de tout un tas d'appareils reliés les uns aux autres par d'innombrables câbles - sa Matrice ... Elle appuya sur la commande du volet électrique qui s'ouvrit sur la baie vitrée et son balcon. La nuit était tombée depuis peu. La ville s'offrait à son regard en une multitude de points lumineux. Le tumulte de la civilisation, les concerts des klaxons, le brouhaha de la populace montaient jusqu'à ses oreilles. Jenna ouvrit la baie vitrée et sortie sur sa terrasse. Accoudée à la rambarde elle contempla les derniers instants de la civilisation, l'insouciance des gens qui n'avaient aucune conscience de ce qui allait leur tomber sur le coin de la gueule d'ici peu ... quel régal c'était ! Son seul regret c'était de ne pas pouvoir contempler ce spectacle avec les siens – les autres membres de la Guilde.

Alors qu'elle fixait l'horizon, laissant la douce brise nocturne la bercer de ses flux apaisants, le moment tant attendu arriva : toutes les lumières artificielles urbaines s'éteignirent d'un coup. En une seconde, la ville arachnéenne se retrouva plongée dans les ténèbres poisseuses et étouffantes. Tic Tac Tic Tac ... Jenna connaissait la prochaine étape. Seule la lune, pleine ce soir-là, venait éclairer les ténèbres urbaines. Soudain les lumières des voitures s'éteignirent à leur tour, de même que les véhicules. " Earth Day 0 " avait une couleur quasi mystique et magique. Tous les symboles du développement, du progrès technologique étaient en train de mourir. La civilisation capitaliste avait connu son apogée – bien trop longtemps même – et comme chaque civilisation fleurissante avant elle, elle allait à présent connaître son déclin. Il serait rapide. Pas de signes annonciateurs, juste le Jugement Dernier, cruel, brutal, unanime. Pas d'autre alternative. L'humanité devait comprendre dans la souffrance qu'elle était allée trop loin et que l'Homme était le pire des virus que la Terre ait hébergé. Un vulgaire parasite.

Le blackout ne faisait que commencer, prenant les humains en otage. Ils n'avaient connu que le luxe du confort de la société capitaliste, en dépit du fait que 99% d'entre eux n'aient connu que l'esclavage (moderne). Et pourtant, Jenna pouvait aisément sentir qu'un vent de panique était en train de se propager à la vitesse de la lumière. Elle savait qu'il en était de même à l'autre bout de la planète. Partout dans le monde, les plus grandes mégalopoles tout comme les petites villes étaient en train de sombrer dans un obscurantisme technologique. " Putain ! J'me sens comme Dieu là .... " pensa-t-elle, ivre d'avoir ouvert la Boîte de Pandore. Depuis le septième étage où elle se trouvait la vue était parfaite : des cris de panique commençaient à se faire entendre. Les voitures s'étaient éteintes sans prévenir, provoquant des accrochages. L'Homme avait pris l'habitude de se réfugier sous les lumières artificielles car l'obscurité, depuis la nuit des temps, l'avait toujours effrayé. Qui sait ce qui pouvait se cacher dans les ténèbres .... Jenna laissa tomber sa bière vide par dessus la rambarde du balcon. Quelques secondes plus tard elle entendit le verre de la bouteille se fracasser contre le bitume, ce qui la fit éclater de rire. Qu'allait-elle faire maintenant ? Une petite promenade ? Arpenter les rues et voir de ses yeux la civilisation disparaître ? Bien trop dangereux car les loups et les pillards allaient s'empresser de laisser éclater leur haine. Mieux valait attendre ici bien sagement, au moins jusqu'à ce que le jour se lève à nouveau sur les ruines fumantes de l'ancien monde ... C'est avec quelques regrets qu'elle rentra dans son appartement et referma la baie vitrée mais sans crier gare un éclair aveuglant la projeta au sol dans une déflagration assourdissante. Elle en eut le souffle coupé. Ses tympans sifflaient atrocement et ses rétines brûlaient. Elle ne voyait plus rien à part une lumière blanche intense. " Putain, c'est quoi ce bordel ???!!! " Elle rampa péniblement jusqu'à rencontrer quelque chose de suffisamment dur pour s'y cramponner tant bien que mal. L'air semblait chargé d'une électricité lourde, comme avant qu'un terrible orage n'éclate. Jenna pouvait sentir les poils de tout son corps se hérisser sous l'effet de l'électricité statique dont l'atmosphère était saturée. Progressivement, elle retrouva un peu de ses sens et sa vue, bien qu'encore brouillée et floue, se redessina. L'intérieur de sa Matrice était complètement ravagé. Une bombe semblait y avoir explosé. Jenna paniqua, elle ne sentait plus vraiment son corps. Elle se palpa rapidement et fut soulagée de constater qu'elle n'était pas blessée. Hagarde, elle reconnut les contours de sa table basse et s'y cramponna de toutes ses forces pour se relever. Elle y parvint en flageolant dangereusement. Sa tête était comme aspirée dans un énorme siphon qui tourbillonnait bien trop vite. C'est alors qu'elle sentit quelque chose braquée sur elle. Un regard. Pas très amical. Elle se retourna mais trop vite, si bien que sa vue chancela à nouveau. Elle craignit un fragment de seconde de tomber dans les pommes mais tint bon, miraculeusement. Une chose se trouvait à quelques mètres en face d'elle, près de la porte d'entrée. L'appartement était à présent plongé dans l'obscurité mais il émanait une douce lueur verdâtre de la masse qui l'observait.

- " Putain ! Qu'est-ce que vous m'voulez bordel ? Z'êtes du F.B.I. ? N.S.A. ? " lança-t-elle ivre de rage.

Elle était encore trop mal pour voir clairement ce qui était en train de la narguer. Néanmoins elle put voir la forme avancer lentement vers elle, flotter même, ce qui lui glaça le sang immédiatement. Elle eut un geste de recul, la peur commençant à lui dévorer les entrailles mais ses pieds se prirent dans un tas de débris qui jonchaient à présent le parquet de son salon. Elle chuta lourdement mais son instinct lui commanda de ne surtout pas tourner le dos à la menace qui avançait vers elle, de plus en plus grandissante. Elle se frotta les yeux avec rage afin de retrouver pleinement sa vue mais ça ne l'aida pas vraiment.

- " Mais vous êtes qui bordel de merde ???!!! ", hurla-t-elle complètement paniquée.

La pression dans l'air s'évapora aussi soudainement qu'elle était apparue. Jenna eut l'impression que l'air affluait en abondance dans ses poumons atrophiés par la terreur. Le brouillard qui l'entourait depuis l'explosion commença lui aussi à s'estomper et c'est là qu'elle la vit. Elle pensait avoir un militaire ou un agent fédéral du gouvernement face à elle mais il n'en était rien. Comment aurait-elle pu imaginer une seule seconde être face à une telle apparition ? Elle pensa alors qu'elle devait être morte ou inconsciente au point d'halluciner, et pas qu'un peu. Une créature luminescente très fine et grande se tenait face à elle, vêtue d'une lumière blanche. Sa peau semblait verte mais elle irradiait elle aussi. Des lambeaux rougeoyant tournoyaient autour d'elle et sur sa tête flottait une chevelure enflammée. Quand à son visage, Jenna fut frappée par les deux yeux noirs qui la fixaient avec sévérité et froideur. Était-ce un homme, une femme ? Elle ne put le déterminer. C'était juste quelque chose d'inconcevable pour l'esprit humain, une apparition qu'on aurait pu trouver dans un film de science-fiction ou un comic, mais certainement pas dans la vraie vie. En cet instant, Jenna ne s'était jamais sentie aussi misérable et petite. " Mais qu'est-ce qui se passe ? ", sanglota-t-elle dans sa tête, complètement perdue. Et comme si la créature pouvait lire ses pensées, elle lui répondit d'une voix éthérée et charmeuse.

- Je suis là pour t'empêcher de faire une grosse bêtise, femme.

- Hein ?! Mais c'est quoi ce délire ? Je rêve, c'est ça ? Ou pire, j'suis morte c'est obligé !

- Non ... pas encore mais ton heure viendra, comme elle vient pour chacune des créatures qui peuplent ce monde.

La créature et Jenna restèrent là à se toiser pendant ce qui sembla durer une éternité pour la jeune femme. Puis la créature reprit la parole. Pourtant Jenna était persuadée de ne voir aucune bouche remuer sur ce visage si effrayant et fascinant à la fois.

- Beaucoup de questions tu te poses, je peux le sentir. Je suis une Gardienne. Mais cette information tu l'oublieras très vite ... Je suis là pour réparer ton erreur.

- Mon ... erreur ?

- Il n'est pas encore l'heure pour l'humanité de disparaître. C'est bien trop tôt ...

- Mon virus n'avait pas pour but de détruire l'humanité, seulement ces gros porcs de capitalistes !

- Nous savons ce que tu avais en tête et ça aurait irrémédiablement détruit le monde et causé des pertes bien trop importantes.

- Mais ... je ne comprends rien à votre charabia de merde là ! Vous voyez pas qu'on est trop nombreux sur cette terre ? Que nous sommes tous les esclaves des plus riches ? Vous ne pouvez pas cautionner ça !

- Nous n'intervenons pas dans les querelles humaines, c'est là notre devise. Sauf si la survie de votre espèce est en danger. L'Homme ne doit pas finir de la sorte. Ce n'est pas ce qui est écrit dans le Livre de la Vie.

- Mais qu'est-ce que vous racontez ? C'est quoi ce livre d'abord ?

- Rien que tu ne sois autorisée à savoir, femme. Estime-toi heureuse que je te donne une seconde chance et ne te supprime pas de l'Histoire de la Vie.

Jenna était complètement à la ramasse et ne comprenait absolument rien à ce que lui débitait la créature en face d'elle, cette Gardienne. Elle aurait voulu tenter de comprendre ce qu'il lui arrivait mais la créature continuait à se rapprocher d'elle. Jenna se sentait mal ou plutôt elle se trouvait dans un drôle d'état qu'elle n'avait jamais expérimenté jusqu'à maintenant. C'était comme si elle était déconnectée, hors du temps et de l'espace. Plus que quelques centimètres seulement la séparaient des longs doigts décharnés et fins de la créature. Le contact était imminent. " Je vais mourir " songea Jenna.

- Non ... la Vie n'est qu'un éternel recommencement et la Mort en est juste le passage qui permet de passer d'une vie à une autre.

Jenna aurait voulu éclater de rire et dire à la créature que ses bobards ne voulaient rien dire mais son front rencontra les doigts lumineux de la Gardienne et elle fut aspirée à travers un flot d'énergies tourbillonnantes. Ce fut comme si quelqu'un venait d'éteindre la lumière et elle se retrouva dans l'obscurité. La douleur, la chaleur, ses souvenirs, tout disparut comme si la chasse d'eau venait simplement d'être tirée.

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La frontière entre le temps et l'espace est en somme toute relative et qui peut se targuer de l'avoir réellement quantifié ou bien encore dessiné ? Personne. Il en est de même de ces rêves ou cauchemars que l'on est amené à faire et qui semblent durer des heures et des heures alors qu'en tout et pour tout, ils auront duré à peine quelques minutes.

Jenna s'éveilla comme chaque matin, la tête lourde et les pensées confuses. Un peu comme un lendemain de cuite mais puissance dix. Il lui fallut bien quelques bonnes minutes pour parvenir à ouvrir complètement les yeux et réaliser qu'elle se trouvait dans sa chambre. Quand à savoir quel jour on était, ce qu'elle avait bien pu faire la veille, elle n'en avait pas la moindre idée. Paniquée d'avoir encore fait une connerie, elle tourna la tête sur le côté et réalisa avec soulagement qu'elle n'avait pas ramené de coup d'un soir dans son lit. C'était toujours ça. Elle s'extirpa non sans difficultés de son lit et passa dans la salle de bain faire ses ablutions matinales. À mesure qu'elle se réveillait quelque chose clochait. Ça n'était pas comme d'habitude, pas comme les autres matins. Un rapide coup d'oeil en direction de l'horloge acheva de planter dans son esprit la graine du doute : 8h32. Elle ne se réveillait jamais si tôt, tout du moins c'était ce qu'il lui semblait. Une vague de panique s'empara d'elle et la fit se précipiter vers le salon. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en découvrant qu'il était très épuré, décoré selon les préceptes à la mode du design d'intérieur : spacieux, aéré, du blanc et des dégradés de beige, lin, crème partout et quelques pointes de couleurs via la décoration des coussins, des cadres au mur et quelques plantes vertes majestueuses. Plus de matrice, plus de Q.G. de la Guilde. La Guilde ... ce mot résonnait dans son esprit mais la connexion ne se faisait pas, à moins tout simplement qu'il n'y ait rien du tout à dire au sujet de ce mot. Était-ce un ancien jeu auquel elle aurait joué en réseau ? Malgré tout, quelque chose dans son esprit semblait ne pas vouloir être digéré. Elle ouvrit le volet électrique et sortit prendre l'air sur sa terrasse. Le doux soleil de Juin réchauffait déjà sa peau de si bon matin. La ville semblait ne pas avoir bougé. Les fourmis besogneuses en contrebas s'activaient à rejoindre leur travail et exécuter leurs tâches quotidiennes monotones. Jenna se sentait triste, elle ne comprenait pas pourquoi. Elle se pencha par-dessus la rambarde et contempla le bitume. Le soleil se reflétait sur un amas de morceaux translucides, du verre cassé. Elle fixa le point qui scintillait de mille feux, frappée par sa beauté simple. Le verre semblait vouloir lui délivrer un message mais elle ne reconnaissait pas la langue. Et pourtant, l'explication logique de cet état matinal si étrange n'était pas loin derrière les portes de son esprit embrumé. Ordinateur. Le mot hurla en elle. Elle n'avait pas d'ordinateur et ça n'était pas normal. En 2015 chaque foyer était équipé d'un pc, que ce soit une tablette, un smartphone, un portable ou même une tour, tout le monde était connectée au web. Il fallait qu'elle le trouve, ce pc qu'elle devait posséder. Aussi elle rentra et fouilla de fond en comble son appartement mais ne trouva rien. Même pas l'ombre d'un smartphone. Épuisée et en nage, Jenna s'affaissa dans son canapé d'angle en cuir blanc et essaya de se concentrer pour y voir plus clair. Quelque chose ne tournait pas rond. Ça n'était pas la vraie réalité, sa réalité. Mais la sonnerie de l'interphone la sortit de sa rêverie éveillée et tel un automate, elle se précipita vers la porte d'entrée.

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Il hésita un instant puis cliqua sur " envoyer ". Le jeune homme était très nerveux, peu habitué à ce genre de démarches. Mais il fallait obéir à la Voix de ses rêves, ou plutôt de ses cauchemars. Il ne voulait pas la contrarier, ça non. Il ne comprenait pas la finalité de la commande qu'il venait de valider. Tout ce qu'il savait c'est que la Voix lumineuse lui avait dit de faire livrer des fleurs via internet à une certaine Jenna Jenkins au 7125-B-72 de la 5ème Avenue. Il s'était exécuté, commandant une composition funéraire composée de roses, de lys et de gerberas toutes de couleur blanche. Transpirant de nervosité il regarda sa montre avec crainte. 5H25. La commande serait livrée le lendemain matin à 9h pile. Il expira avec bruit pour se calmer un peu, ce qui ne fit pas grand effet sur lui. Dépité il regagna son lit et se recoucha. Alors qu'il pensait que le sommeil tarderait à venir, il tomba à peine une minute plus tard dans les bras de Morphée. La Voix ne vint plus jamais le tourmenter et à son réveil il en aurait même oublié son simple souvenir ....

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- Oui ? demanda Jenna à travers l'interphone.

- Jenna Jenkins ?

- Oui.

- J'ai une commande de fleurs à vous remettre madame.

Jenna se déconnecta le temps de quelques furtives secondes, interloquée.

- Allez-y, c'est au septième.

Qui pouvait bien lui livrer des fleurs ? Il n'y avait rien de plus ringard et has been pour elle mais elle restait malgré tout très curieuse de voir qui se cachait derrière cette énigmatique livraison.

Deux minutes plus tard elle refermait la porte de son appartement en tenant une énorme composition de fleurs blanches, imposante et élégante. Elle était face à la plus étrange livraison qu'elle ait réceptionné de toute sa vie. Elle posa la composition massive sur la table de la salle à manger et remarqua l'enveloppe épinglée sur un lys blanc. Intriguée elle la décacheta et tomba sur une carte de condoléances. Si c'était une blague (et c'est ce qu'elle pensa) elle était de très très mauvais goût ! Elle avait envie de prendre le bouquet et de le bazarder par-dessus la terrasse mais elle s'en abstint. Plus elle vieillissait et moins elle était dans le coup. Mais où était donc passée la révolutionnaire anarchiste ? Morte ? Fallait croire ...

Soudain ses poumons commencèrent à se contracter, l'air fuyait petit à petit son oesophage et ses bronches. Elle suffoquait et paniquait, ce qui n'allait pas arranger sa situation. Elle essaya bien d'ouvrir la bouche mais tous ses muscles s'atrophiaient et ne répondaient plus à ce que son cerveau leur ordonnait. " Oh non ... je vais pas mourir comme ça comme une conne ? ". Mais tout se passa en un éclair. On dit souvent que lorsque la Mort vient vous faire traverser la passage qui mène de la vie que l'on quitte à la suivante on revoit sa vie passée défiler durant un bref instant. Foutaises. La dernière image dont se souvint Jenna avant de succomber à une réaction allergique ultra violente ce fut le lys blanc qui le narguait depuis la composition florale. Jenna s'écroula, face contre terre. Alors qu'elle rendait son dernier souffle, son regard se figea sur la carte qu'elle tenait encore à la main.

" Mes plus sincères condoléances Jenna.

La Gardienne "

La vie de Jenna Jenkins était terminée mais on lui avait menti, la mort n'était pas un passage vers autre chose si ce n'est vers le néant et les ténèbres éternelles. Oui, la Vie avait un sens de l'humour assez caustique ... pour peu qu'on la contrarie un petit peu trop.

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